De Poznan (SAZ 15/07/1898)

De Archives militantes
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La germanisation se poursuit. Le gouvernement prussien ne veut rien apprendre et rien oublier ; il refuse toujours de comprendre que le système de tracasseries mesquines et de détails insignifiants appliqué à une population d'un million d'habitants n'aboutit qu'à une seule chose : le discréditer auprès de celle-ci. Ce sont surtout les serviteurs allemands du Christ, les ecclésiastiques catholiques, qui servent la bonne cause de l'évangile de la haine dans les provinces polonaises. Une nouvelle protestation contre la tenue de sermons en polonais dans l'église Saint-Nicolas a récemment été envoyée de Dantzig à Rome ; la presse polonaise soupçonne le pasteur Schermer de Dantzig d'être l'auteur de ce noble document. – L'école est également devenue le théâtre de frictions et de haine incessantes. Ces derniers jours, une série de cas ont à nouveau été jugés par les tribunaux. On a par exemple voulu enseigner la religion en allemand aux enfants d'un Polonais, Skowron, à Krosnowo, malgré toutes les protestations du père. Irrité par le fait que l'on impose à ses enfants l'enseignement de l'allemand, le père s'est laissé aller à insulter l'enseignant et a été condamné à une lourde peine par le tribunal. Dans le même temps, le gouvernement étend également la guérilla « nationale » au domaine scientifique. L'interdiction faite aux « étrangers » de participer au congrès médical polonais à Poznan a naturellement provoqué une grande consternation parmi la population polonaise. Craignait-on une révolte armée avec des scalpels chirurgicaux de la part d'inoffensifs médecins ? On pouvait vraiment être tranquille grâce à « l'intégrité prussienne-allemande » : même si elle provient des trois parties du pays, l'intelligentsia bourgeoise polonaise n'est pas plus nationaliste que dans chacune de ces parties prises séparément ; trois philistins réunis ne font pas un révolutionnaire. C'est pourtant le vieux laquais Dr Ignaz Baranowski de Varsovie qui devait prendre la parole lors du congrès des médecins, lui qui avait été l'un des plus zélés lors de la manifestation et dans la délégation lors de la dernière visite du tsar à Varsovie. Et on croyait devoir tenir ces gens à distance à coups de poing policiers ! Quand on pense à tout ce système mesquin et haineux de germanisation, ce système de piqûres d'épingle, on pense involontairement avec Börne : « Que dire d'une telle misère ? Je voudrais la qualifier de prussienne, mais cela ne suffit pas. »