De Poznan (SAZ 13/07/1898)

De Marxists-fr
Aller à la navigation Aller à la recherche


Les journaux polonais font des observations intéressantes sur les résultats des élections. Comme en Haute-Silésie, l'alliance de cœur des Polonais avec le centre se fissure également en Prusse orientale et occidentale. En effet, il s'est avéré que, alors que les députés du centre doivent presque partout leurs mandats aux voix polonaises, les catholiques allemands de Prusse ont refusé leurs voix aux candidats polonais, voire ont présenté des contre-candidats. Face à cela, des voix s'élèvent dans la presse polonaise pour que l'on refuse à son tour de suivre le centre lors des élections régionales prussiennes et, ce qui est encore plus intéressant pour nous, que l'on arrache également les masses ouvrières polonaises au centre en Westphalie et dans la province rhénane.


Dans le contexte de cette transformation, un autre courant, qui ne nous est pas du tout indifférent, prend de plus en plus le dessus dans le camp polonais. Comme en Haute-Silésie le « Katolik » et ses frères d'armes, en Prusse, outre l'“Orędownik” de Poznan, que nous avons déjà mentionné, la « Gazeta Toruńska » (journal de Thor) écrit : "Les conditions sociales se sont révélées à nous, lors des élections au Reichstag de cette année, sous un aspect qui n'a peut-être pas été suffisamment pris en compte jusqu'à présent. On ne peut en effet plus nier que la classe ouvrière est entrée en scène et que c'est elle qui décide de la victoire ... Nos députés vont devoir oublier qu'ils sont eux-mêmes des frères ... Aujourd'hui encore, les biens idéaux, c'est-à-dire l'amour de la religion et de la langue des pères, ont plus d'importance pour notre peuple que les questions économiques, mais déjà lors des dernières assemblées électorales, nous avons entendu des voix qui montrent que l'ouvrier polonais commence à réfléchir à la signification sociale et économique des élections. Même nos agitateurs ont dû très souvent entendre des objections selon lesquelles “un maître, qu'il soit polonais ou allemand, ne ferait jamais rien de bon pour l'ouvrier, il pense avant tout à obtenir des ouvriers bon marché de l'étranger et à vendre le blé et le bétail à prix d'or”. Les graines de ces messieurs du Zentrum et du Polenklub commencent donc à germer même dans les coins les plus arriérés de la Prusse, et la récolte ne sera bien sûr pas récoltée ici par d'autres que la social-démocratie. Que les « Polonais » et les députés du centre « oublient qu'ils sont des patrons » est bien sûr une suggestion très naïve, qui convient parfaitement à l'esprit limité du politicien petit-bourgeois. C'est plutôt le contraire qui se produira : les masses électorales en Prusse se souviendront qu'elles sont des esclaves du pain, et alors les Polonais comme le centre - le rabbin comme le moine - passeront par-dessus bord. Mais les résultats des élections imposent également des devoirs à la social-démocratie. Le sol déjà remué doit être cultivé avec vigueur, une agitation systématique doit être menée en direction des ouvriers polonais. La forte diminution du nombre de voix social-démocrates polonaises à Poznan prouve que tout reste à faire dans ce domaine, ce qui, de l'aveu même de la « Gazeta Robotnicza », est en grande partie dû au mécontentement suscité à Poznan par son orientation nationaliste. Espérons que les leçons des résultats électoraux ne manqueront pas d'avoir un impact non seulement sur le parti polonais et le parti du centre, mais aussi sur nos camarades. Les politiciens polonais bourgeois en Prusse ont eux-mêmes fait l'expérience que les « biens idéaux », c'est-à-dire les phrases nationalistes, ont perdu leur force d'attraction dans le peuple et que même l'ouvrier polonais ne distingue plus les Allemands et les Polonais, mais les « maîtres » et les ouvriers.