De Karl Marx au Quatre Juillet

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Auteur·e(s) James P. Cannon
Écriture 16 juillet 1951

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Publié dans The Militant le 16 juillet 1951
Recueil(s): The Militant


J'ai toujours été un fan du Quatre Juillet, et grand amateur des pétards, des pique-niques et des fanfares qui l'accompagnent. Vous pouvez m'interrompre à n'importe quel moment pour me raconter la glorieuse histoire de la grandeur de notre pays et la façon dont tout cela a commencé. Le continent où nous habitons existe depuis des temps immémoriaux - mais en tant que nation, que peuple indépendant, que choyés de la destinée, favorisés plus que tous les autres, nous remontons à la déclaration d'indépendance et au Quatre Juillet.

Les représentants au Congrès réunis il y a 175 ans en ont été les grands initiateurs. Quand ils ont dit : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes », ils ont commencé quelque chose qui a ouvert une nouvelle ère de promesses pour toute l"humanité. C'est ce que je suis prêt à fêter dès que les fanfares entament un morceau - le début et les promesses. Mais personne ne me fera avaler les discours du Quatre Juillet qui dépeignent le début comme une fin en soi et les promesses comme des réalisations. J'ai cessé d'y croire il y a bien longtemps. Dès que j'ai été en âge de regarder autour de moi et de voir ce qui se passait dans ce pays - toutes les inégalités et les injustices qui persistent - ceux qui bénéficiaient de privilèges, prétendant à l'héritage de notre première révolution, m'apparaissaient comme des imposteurs. Je considérais les orateurs habituels du Quatre juillet comme des hypocrites, les profanateurs d'une noble aspiration. Ils ne ressemblaient pas aux Liberty Boys de 1776.

Mais cela ne m'a jamais fait fuir le Quatre Juillet, contrairement à de nombreux radicaux et révolutionnaires américains par le passé. Je pensais que le Quatre Juillet appartenait au peuple. J'ai toujours considéré la renonciation au Quatre Juillet comme une erreur du radicalisme américain. Il ne faut pas confondre l'internationalisme avec l'anti-américanisme ; il ne faut pas abandonner les traditions révolutionnaires de notre pays aux réactionnaires ; il ne faut pas laisser le mouvement révolutionnaire ouvrier moderne, héritier légitime des hommes de 1776, apparaître comme quelque chose d'étranger à notre pays.

C'est pourquoi cela m'a fait chaud au coeur de voir le Militant paraître cette année dans une édition spéciale pour le Quatre Juillet, avec son manifeste en première page saluant les peuples d'Asie qui luttent pour leur indépendance, au nom de notre propre révolution de 1776 - ainsi que toute une page d'articles spécifiques consacrés à cette révolution et ses dirigeants authentiques. Les articles de cette édition spéciale sont de toute évidence de résultat d'études sérieuses et de recherches historiques. Ils apportent un éclairage nouveau sur les caractéristiques principales de la révolution qui ont été longtemps obscurcies, et même délibérément cachées, pour servir les intérêts spéciaux des Tories [conservateurs] d'aujourd'hui. Ces révélations mettent une puissante arme de propagande entre les mains de ceux qui voient dans la révolution prochaine des travailleurs américains non une négation, mais une continuation et un aboutissement de la révolution pour l'indépendance nationale il y a 175 ans.

Les auteurs de ces articles remarquables étaient guidés dans leurs recherches par une théorie qui exigeait d'eux qu'ils se penchent sur les faits essentiels et les étudient dans leurs relations mutuelles. Ils ont cherché à révéler les forces motrices de la lutte des classes - la clef de la véritable compréhension de toute l'histoire. La théorie qui a inspiré les auteurs de ces articles pour qu'ils étudient la première révolution américaine, et les guident vers leur travail, est le marxisme - que le Congrès et les cours de justice voudraient mettre hors-la-loi comme doctrine « étrangère », et dont l'enseignement à l'école est maintenant interdit.

La manière dont ces articles de l'édition du Quatre Juillet du Militant ont été rédigés est une histoire intéressante elle aussi. C'est le travail d'étudiants de l'école marxiste de notre parti. Nous adhérons à l'idée que les cadres de notre parti ont une tâche historique à accomplir. Cette tâche est d'organiser et diriger la révolution de la classe ouvrière américaine à venir. Comment mieux se préparer à prendre un rôle actif dans une entreprise aussi colossale sinon en étudiant la révolution d'où est née cette nation ? Et comme peut-on étudier l'histoire révolutionnaire sérieusement et avec profit sans l'aide de la seule théorie révolutionnaire de l'histoire existante ? En tout cas, c''est ainsi que nous voyons les choses. Et nous sommes suffisamment sérieux à ce propos pour retirer de l'activité politique quotidienne durant six mois chaque année un groupe des dirigeants de notre jeune génération pour qu'ils étudient l'histoire de leur pays et cette doctrine « étrangère » qui peut seule l'expliquer.

Vous ne trouverez jamais deux sujets qui s'accordent mieux que ceux-là. Marx a décrit les grandes lignes du capitalisme américain tel qu'il est aujourd'hui en anticipant son développement. En retour, le capitalisme américain dans tous ses traits principaux est la preuve par excellence de la justesse du marxisme. Nos étudiants vont vers Marx pour étudier l'Amérique, et étudient l'Amérique pour vérifier Marx.

Le Marxisme a cent ans, et a été réfuté un millier de fois par des commentateurs professionnels. Ne se contentant pas de cela, ses opposants - qui ont bien plus qu'un intérêt scientifique en la matière - continuent à réfuter le marxisme quotidiennement, semaine après semaine, mois après mois, dans toutes leurs publications et autres moyens de désinformation et de contre-éducation. Nos étudiants savent tout cela, et examinent toutes les réfutations consciencieusement comme une partie de leur étude de la doctrine elle-même. Au cours de cet examen et contre-examen, ils deviennent de vrais marxistes. Ils apprennent leur doctrine à fond, et en l'apprenant, ils se mettent à l'appliquer. Le marxisme n'est pas un dogme qui doit être étudié pour lui-même, mais une théorie de l'évolution sociale et un guide pour l'action dans la lutte des classes. Ce n'est pas un substitut à la connaissance de la réalité concrète, passée et présente, mais un outil théorique pour son étude et son interprétation. Nos étudiants le comprennent de cette manière. Ils sont allés vers Marx - et ont découvert l'Amérique.

Et à mon avis c'est une découverte très importante. Nous n'avons rien à voir avec le chauvinisme, ou aucune autre sorte de basse vanité ou arrogance nationale. Nous sommes des internationalistes, et nous savons très bien que notre sort est lié à celui du reste du monde. La révolution qui va transformer la société et apporter l'ordre socialiste est une affaire mondiale, une tâche qui requiert la coopération internationale à laquelle nous ne faisons qu'apporter notre part. Mais notre part dans cette coopération internationale est la révolution ici chez nous. Nous devons nous y mettre, l'étudier et la connaître. Et nous ne pouvons faire cela correctement sans connaître notre pays, son histoire et ses traditions. Elles sont, pour l'essentiel, bonnes. Le pays lui-même est bon, tout comme la grande majorité des gens qui le peuplent. Leurs réalisations sont nombreuses et grandioses. Il n'y a rien de vraiment mauvais en ce qui concerne les États-Unis, à part le fait que les mauvaises personnes ont usurpé le pouvoir et mènent le pays dans le mur.

Le remède à cette situation ne consiste pas à rejeter le pays et ses traditions, mais à se débarrasser de ces usurpateurs par un procédé popularisé par nos ancêtres sous le nom de révolution. Cette nouvelle révolution aura pour tâche de compléter le travail commencé par les hommes de 1776. Ils ont garanti l'indépendance de la nation. La seconde révolution américaine des années 1860, connue sous le nom de guerre civile, a mis fin au système de l'esclavage, unifié le pays et ouvert la voie à un développement industriel sans entraves. La tâche de la troisième révolution américaine sera de retirer cette grande machine industrielle des mains d'une clique parasitaire qui la dirige pour son propre profit, et de la diriger pour le bénéfice de tous.

C'est l'idée générale. Mais ce n'est pas aussi simple que ça en a l'air. Il y a des complications et des complexités. Les travailleurs doivent trouver leur chemin à travers toute une jungle de pièges et d'illusions. Ils ont besoin d'une carte et d'une boussole. Ils ont besoin d'une généralisation des expériences du passé et d'une ligne directrice théorique pour l'avenir. C'est le marxisme. Les travailleurs américains viendront à Marx, et avec lui ils seront invincibles. « Marx deviendra le mentor des travailleurs américains avancés, » a dit Trotski. Nous avons la même opinion, et nous travaillons pour la réaliser.

Karl Marx, ce juif allemand, qui a vécu et travaillé sa grande théorie en Angleterre, est natif de tous les pays. Cet analyste suprême du capitalisme est chez lui en premier lieu aux États-Unis, là où le développement du capitalisme a atteint son apogée. Marx aidera les travailleurs américains à connaître leur pays, et à le changer et en faire réellement le leur.