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Special pages :
De France (SAZ 28/07/1898)
| Auteur·e(s) | Rosa Luxemburg |
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| Écriture | 28 juillet 1898 |
L'affaire Didon-Jamont est un grand coup porté au cabinet radical de Brisson. Le pouvoir civil ne peut être plus malmené et giflé, comme il l'a été par le discours du prêtre dominicain Didon, et Brisson, le chef du pouvoir civil, doit se taire. Ce sont les conséquences fatales du premier faux pas qu'il a commis en donnant la main au brutal et borné Cavaignac dans l'affaire Dreyfus. Après avoir donné une fois la parole prépondérante au militarisme, il doit maintenant subir les orgies réactionnaires du militarisme et du cléricalisme. C'est ainsi que le radicalisme en France s'enfonce de degré en degré dans le marécage. « Déjà sous le ministère Bourgeois », écrit Jaurès, "le parti radical a capitulé devant le Sénat, représentant de l'oligarchie bourgeoise ; maintenant, sous le ministère Brisson, il capitule devant l'oligarchie militaire. Voilà donc où sont arrivés les fiers défenseurs du pouvoir civil, tombant de compromis en compromis, de faiblesse en faiblesse. Voilà donc où en est arrivé le parti radical ! "Et c'est là" , ajoute-t-il en guise d'avertissement, "que glissera bientôt le parti socialiste, s'il se laisse émasculer par le poison du nationalisme, par crainte des Rochefort et des Drumont. Qu'on y prenne garde : les premières glissades sont insensibles, mais la chute est ensuite difficile". - Le « Siècle » déclare le général du Paty de Clam complice d'Esterhazy dans toutes ses falsifications. - Une affaire retentissante s'est déroulée à Bourdeaux en rapport avec l'affaire Dreyfus. Aux funérailles du recteur de l'Académie de cette ville, M. Couat, l'ami personnel du défunt, le professeur Stapfer, prononça une oraison profonde qui produisit une puissante impression sur les nombreux assistants ; mais tout à coup, à la fin, il fit un revirement dans lequel il laissa entendre, d'une manière très transparente, que le recteur Couat était un adversaire du gouvernement dans l'affaire Dreyfus, et que la douleur du droit violé et la triste situation de la France actuelle n'étaient pas pour peu la cause de sa mort prématurée. « Messieurs », concluait Stapfer, "le droit est parfois voilé par les brouillards de la passion. Si nous ne savions pas aujourd'hui où est le droit, suivons seulement les voies de ce juste, nous serons sûrs de faire le bon choix".
Cette tournure audacieuse a plongé toute la société présente dans une grande consternation. Il est caractéristique de la servilité rampante devant le militarisme qui s'est maintenant emparée des esprits en France, que plusieurs professeurs présents se soient empressés, après le discours de Stapfer, de serrer la main du général Bazaine, également présent, pour rejeter toute solidarité avec leur collègue.