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Special pages :
De France (SAZ 27/07/1898)
| Auteur·e(s) | Rosa Luxemburg |
|---|---|
| Écriture | 27 juillet 1898 |
Traduction parue dans Le SOCIALISME en FRANCE 1898-1912 (Daniel Guérin, 1971)
L'église encense l'Etat-Major
La plus récente manifestation du cléricalisme en France en faveur du pouvoir du sabre a provoqué une sensation générale. A l’occasion de la distribution des prix au collège dominicain Albert-le-Grand à Arcueil, le directeur de l’école, le célèbre père Didon, a fait un grand discours sur le thème de « l’esprit militaire dans la nation ». L’allocution prononcée avec un puissant talent oratoire ne fut qu’une glorification enflammée du pouvoir du sabre : « Un pays pourrait plutôt se passer de littérature et d’art, de science et de philosophie que de la puissance », déclara entre autres le dominicain et par « puissance », il entendait, sans ambages, selon ses propres termes, « la puissance matérielle, qui ne raisonne pas, mais qui commande et dont l’armée est l’expression suprême ». Cette puissance, Didon la convia à une croisade en règle contre toute opposition, toute démocratie, contre le « civilisme », qu’il traita de « mot barbare ». Pour conclure, il reprocha au gouvernement — en une allusion transparente à l’affaire Dreyfus — de n’avoir pas compris qu’il fallait maintenir dans la masse le respect de l’armée, fût-ce au prix du sang. Cette glorification du militarisme ne resta pas sans réponse. Le général en chef de l’armée, Jamont, était présent à la cérémonie qu’il présidait et il donna le signal d’un tonnerre d’applaudissements, si bien que la solennité prit le caractère d’une manifestation officielle de fraternisation entre l’Etat-major et l’Eglise. Cette dernière circonstance fait maintenant l’objet de commentaires passionnés de l’ensemble de la presse. La question de savoir si [le général] Jamont a pris part de son propre chef à la cérémonie cléricale ou s’il avait sollicité à cet effet l’autorisation du ministre de la Guerre Cavaignac, fait l’objet d’hypothèses contradictoires. Cependant Cavaignac s’est cru obligé de rassurer l’opinion publique par une circulaire, dans laquelle il a mis en garde « ses chers generaux » contre le fait qu’il était déplacé de participer à des manifestations cléricales. Toutefois le journal Le Soir affirme en même temps que Cavaignac avait été prévenu à l’avance que le général Jamont présiderait la cérémonie d’Arcueil.
Le socialiste Eugène Fournière adresse dans La Petite République uns lettre ouverte au président du conseil [Henri] Brisson dans laquelle il lui annonce son intention de l’interpeller au sujet de cette affaire. Un autre socialiste, Colly, membre du conseil municipal de Paris, va interpeller le préfet de police pour lui demander de quel droit la musique de la garde républicaine a pris part à la cérémonie dominicaine antirépublicaine.