Contre les briseurs de grève

De Archives militantes
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Les compagnons tailleurs de Londres ont fondé, il y a quelque temps, une association générale pour faire valoir leurs revendications contre les maîtres tailleurs de Londres, qui sont pour la plupart de gros capitalistes. La question n’était pas seulement de réajuster les salaires en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires mais aussi de mettre fin au traitement exceptionnellement brutal dont sont l’objet les travailleurs de cette profession. Les maîtres ont cherché à rompre cette entente en embauchant des compagnons tailleurs, notamment en Belgique, en France et en Suisse. Les secrétaires du Conseil central de l’Association internationale des travailleurs ont par conséquent publié dans les journaux belges, français et suisses, une mise en garde, qui eut un plein succès. La manœuvre des maîtres tailleurs de Londres a échoué ; ils ont pu poser les armes et satisfaire aux justes revendications de leurs travailleurs.

Battus en Angleterre, les maîtres tailleurs tâchent à présent d’entreprendre une contre-offensive, à partir de l’Écosse. À la suite des événements de Londres, ils avaient été également forcés de consentir une hausse des salaires de 15 % à Édimbourg. Mais ils ont envoyé sous main leurs agents en Allemagne, pour racoler, parmi les compagnons tailleurs hanovriens et mecklembourgeois notamment, des travailleurs à importer à Édimbourg. Le premier convoi de ce genre a déjà eu lieu. Le but de cette importation est le même que celui de l’importation de coolies hindous[1] à la Jamaïque — la perpétuation de l’esclavage. Si les maîtres tailleurs d’Édimbourg réussissaient, grâce à cette importation d’Allemagne, à reprendre les concessions déjà faites, la répercussion s’en ferait inévitablement sentir en Angleterre. Et personne n’en pâtirait plus que les ouvriers allemands eux-mêmes, qui se sont établis en Angleterre en plus grand nombre que ceux de toutes les autres nations continentales. Et les importés de fraîche date, entièrement sans défense dans un pays étranger, ne tarderaient pas à déchoir au rang des parias.

C’est en outre une question d’honneur, pour les travailleurs allemands, de montrer à l’étranger qu’ils savent défendre les intérêts communs de leur classe et ne se laissent pas racoler comme des lansquenets dociles du capital dans son combat contre le travail.

  1. Terme utilisé à cette période pour désigner les travailleurs asiatiques en général.