Conquis et consacré

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Auteur·e(s) Lénine
Écriture 5 mars 1919

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Publié le 6 mars 1919 dans le n° 51 de la Pravda
Œuvres t. 28, pp. 502-504
Recueil(s): Pravda


L'article «Conquis et consacré » fut rédigé à l'occasion de l'ouverture du Ier Congrès de l'Internationale communiste qui se déroula du 2 au 6 mars 1919 à Moscou. Le congrès réunit 52 délégués de 30 pays.

Le congrès entendit le rapport de Lénine sur la question principale de l'ordre du jour : la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat. Le congrès approuva les thèses formulées par Lénine, les transmit au bureau de l'Exécutif de l'Internationale communiste pour âtre diffusées dans tous les pays et vota la résolution proposée par Lénine (Œuvres, t. 28, p. 500)

Sur proposition de Lénine les délégués adoptèrent à l'unanimité la résolution sur la liquidation de l'union de Zimmerwald.

Le congrès adopta la plate-forme de l'Internationale communiste, un manifeste aux prolétaires du monde et d'autres résolutions et décisions. Il institua deux organismes dirigeants le Comité exécutif et le Bureau composé de cinq personnes élues par le Comité. [N.E.]

Dans la révolution, seules les conquêtes des masses prolétariennes sont inébranlables. Seules les conquêtes véritablement inébranlables méritent d'être enregistrées.

La fondation de la III° Internationale, l'Internationale communiste, à Moscou, le 2 mars 1919, a été la consécration des conquêtes des masses prolétariennes, non seulement russes, non seulement de Russie, mais aussi allemandes, autrichiennes, hongroises, finlandaises, suisses, en un mot, des masses prolétariennes internationales.

Et c'est justement pour cette raison que la fondation de la IIIe Internationale, l'Internationale communiste, est une œuvre inébranlable.

Il y a à peine quatre mois, on ne pouvait encore dire que le pouvoir des Soviets, que la forme soviétique d'Etat soit une conquête internationale. Il impliquait un élément, du reste essentiel, propre non seulement à la Russie mais à tous les pays capitalistes. Cependant, on ne pouvait encore dire, avant l'épreuve des faits, quelles modifications - de quelle profondeur et de quelle importance - apporterait le développement de la révolution mondiale.

La révolution allemande a donné cette vérification. Un pays capitaliste évolué, après un des pays les plus arriérés, a montré au monde entier, en peu de temps, en une centaine de jours, non seulement les mêmes forces fondamentales de la révolution, non seulement la même orientation fondamentale, mais aussi la même forme fondamentale de la démocratie nouvelle, de la démocratie prolétarienne : les Soviets.

Parallèlement, en Angleterre, pays vainqueur, le plus riche en colonies, le pays qui était et passait depuis fort longtemps pour un modèle de la «paix sociale», le pays du plus vieux capitalisme, nous constatons la croissance puissante, impétueuse, irrésistible, sur un large front, des Soviets et des nouvelles formes soviétiques de la lutte des masses prolétariennes, les « Shop Stewards Committees[1]».

En Amérique, le pays capitaliste le plus puissant et le plus jeune, l'immense sympathie des masses ouvrières va aux Soviets.

La glace est brisée.

Les Soviets ont vaincu le monde entier.

Ils ont vaincu tout d'abord et par-dessus tout dans ce sens qu'ils ont gagné la sympathie des masses prolétariennes. C'est là l'essentiel. Il n'est pas de férocité de la bourgeoisie impérialiste, il n'est pas de persécution et d'assassinat de bolchéviks, capables de ravir cette conquête aux masses. Plus la bourgeoisie «démocratique» sévira, et plus inébranlables seront ces conquêtes dans le cœur des masses prolétariennes, dans leur état d'esprit, dans leur conscience, dans leur volonté de lutte héroïque.

La glace est brisée.

Et c'est pourquoi les travaux de la Conférence internationale des communistes, tenue à Moscou, et qui a fondé la IIIe Internationale, se sont déroulés si aisément sans encombre, avec tant de calme et de fermeté.

Nous avons enregistré ce qui est déjà conquis. Nous avons consigné sur le papier ce qui était déjà inébranlable dans la conscience des masses. Tous savaient, bien plus, tous voyaient, sentaient, percevaient, chacun à la lumière de l'expérience de son pays, qu'un mouvement nouveau, un mouvement prolétarien, sans précédent dans le monde par sa puissance et sa profondeur, a déferlé, qu'il ne se confine pas dans les anciennes limites, quelles qu'elles soient, qu'il ne saurait être enrayé par les grands maîtres de la petite politicaillerie, ni par les Lloyd George et les Wilson du capitalisme démocratique anglo-américain, dont l'expérience et l'habileté sont fameuses, ni par les Henderson, les Renaudel, les Branting et autres héros du social-chauvinisme qui en ont vu de toutes les couleurs.

Le nouveau mouvement va vers la dictature du prolétariat ; il y va en dépit de toutes les hésitations, en dépit des défaites atroces, en dépit du chaos «russe» jamais vu et incroyable (si l'on s'en tient à l'aspect extérieur), il va vers le pouvoir des Soviets avec la puissance d'un torrent, un torrent formé des millions et des dizaines de millions de prolétaires, un torrent qui balaie tout sur son chemin.

Nous l'avons consigné. Nos résolutions, nos thèses, nos rapports et nos discours enregistrent ce qui est déjà conquis.

A la lumière éclatante de la nouvelle expérience des ouvriers révolutionnaires, de cette riche expérience d'une portée universelle, la théorie marxiste nous a aidé à comprendre les lois qui président à la marche des événements. Elle aidera les prolétaires du monde entier qui luttent pour jeter bas l'esclavage du salariat capitaliste, à prendre conscience plus nettement des objectifs de leur lutte, à avancer d'un pas plus ferme sur le chemin déjà tracé, à vaincre d'une manière plus sûre et plus inébranlable et à consolider la victoire.

La fondation de la IIIe Internationale, l'Internationale communiste, est le prélude de la République internationale des Soviets, de la victoire mondiale du communisme.

Le 5 mars 1919

  1. Shop Stewards Committees, organisations ouvrières éligibles, instituées dans plusieurs branches de l'industrie anglaise. Elles connurent une grande expansion au cours de la première guerre mondiale.
    Après la victoire de la Révolution d'Octobre, à l'époque de l'intervention militaire contre la Russie soviétique, les «Shop Stewards Committees» soutinrent activement le pouvoir des Soviets. Plusieurs leaders de ces organisations (W. Gallacher, H. Pollit, A. MacManus) adhérèrent au Parti communiste de Grande-Bretagne. [N.E.]