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Ce que les vétérans et les victimes de l'armée exigent
| Auteur·e(s) | Pantelís Pouliópoulos |
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| Écriture | 1924 |
Traduit de l'anglais par Pierre Vanek, révision à partir du texte grec par Anastasia Koukouna.
Source : Pandelis Pouliopoulos, « Works », « What the veterans and army victms demand”, marxists.org.
Pantelis Pouliopoulos (1900-1943), étudiant en droit, conscrit en Turquie, commence à militer au moment du conflit greco-turc de 1919-1922. Il rejoint les rangs du Part communiste en 1922. À son retour en Grèce, il devient président de la Fédération des vétérans et, en novembre 1924, il en est le secrétaire général. En 1927, il est exclu du Part communiste. Il a traduit en grec notamment Le Capital de Karl Marx et La Révolution trahie de Trotski. Il est arrêté en 1938 durant la dictature de Metaxás. En 1943, il est exécuté par les forces occupation italiennes.
Le texte de positon programmatique est publié dans l'organe de la Fédération des vétérans et des victimes de guerre.
Positons programmatiques générales
votées par la Conférence du 6 mai 1924
Les causes immédiates ayant donné naissance à notre organisation.
Avant que nous ne parlions des revendications de nos organisations, les associations des anciens combattants et des victimes de l'armée, il y a lieu d'examiner comment et pourquoi, ces associations ont été créées. Cela parce que leur programme comme aussi les buts qu'elles poursuivent ne sont pas apparus spontanément et sans raison dans la tête de quelques personnes, mais qu'au contraire ils découlent des besoins de la vie même. Les vrais besoins de la vie sont ce qui donne naissance dans la tête des gens aux désirs, aux aspirations, aux décisions qui - après examen attentif et assemblage - peuvent être formulés de manière ordonnée, logique et systématique, pour constituer le programme de telle ou telle organisation.
Un programme qui sort de la tête des gens, sans refléter certains besoins existant dans la vie réelle, ne peut être considéré comme un vrai programme, il ne peut pas être utilisé comme guide pour l'action d'un grand nombre de personnes, particulièrement de personnes organisées. Il peut être bien écrit et paraître logique, mais il restera toujours un exercice de style philologique, quelque chose comme une nouvelle ou un roman, destiné à la seule lecture. Ainsi, voyons comment sont nées nos associations.
Il est clair que ces organisations sont issues dans notre pays des guerres de ces dernières années, à partir de 1912. Si ces guerres ont laissé derrière elles des monceaux de ruines comme trace de leur passage destructeur, elles ont néanmoins aussi, comme en contrepartie et en guise d'antidote à cette destruction, donné naissance au grand mouvement populaire des vétérans et des victimes de l'année. De même, dans d'autres pays du monde où de telles associations existent (France, Angleterre, Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Serbie, Australie et beaucoup d'autres), elles sont issues de la Grande Guerre mondiale de 1914-1918.
Les raisons immédiates et principales qui ont poussé à organiser d'abord les victimes de la guerre et des armées (invalides, veuves, orphelins, soeurs et parents des morts et disparus de la guerre) et ensuite une grande parte des soldats démobilisés sont les suivantes : en premier lieu, l'immense misère et les incommensurables souffrances des masses populaires appauvries par la démobilisation. Deuxièmement, l'indifférence proprement criminelle de l'État envers les demandes les plus élémentaires des victimes démobilisées, que l'État lui-même avait engendrées par ses guerres constantes, et des réservistes misérables. L'État, ayant d'abord confisqué par la force tous les moyens que ces gens avaient afin de pouvoir travailler et survivre, les ayant tenus éloignés des années durant de leur domicile, ayant fait ce qu'il voulait de leurs peaux mêmes, les a ensuite licenciés et complètement oubliés. Ils ont été abandonnés sans soutien, sans défense, dans la lutte impitoyable de la vie d'après-guerre. Et la lutte était inégale, car dès lors ils avaient sur le dos de gros nouveaux riches ayant accumulé d'immenses profits durant la guerre. Et troisièmement, il existait un sentiment général d'extrême indignation dans toute la population face au gaspillage futile de sang versé, ainsi qu'une répulsion et une haine généralisées contre la guerre et l'armée.
La nécessité d'un programme
Ce sont ces besoins qui ont poussé en avant les anciens combattants et les victimes de l'armée. Ceux-ci ont constitué des organisations à travers la Grèce entière, dans la plupart des villes et même dans des villages. Autour de leurs associations s'est créée une fermentation qui a conduit à un mouvement, à l'assise populaire, comprenant les couches inférieures du peuple seulement, les gens pauvres n'ayant d'autres ressources pour vivre que leur travail. Des travailleurs réservistes, des paysans pauvres ou sans- terre, des salariés des villes et des villages, des employés, des réfugiés. Ce mouvement est toujours resté vivant, à certains endroits plus fortement, dans d'autres moins, mais cela à l'échelle de l'ensemble du pays, il manifeste une tendance quotidienne à s'étendre à des couches toujours plus larges de gens qui ont été conscrits, qui se sont battus et qui se sont sacrifiés au cours de ces guerres.
Bien sûr, ce mouvement, comme nous l'avons décrit et en fonction des besoins communs qui lui ont donné naissance, devait forcément avoir des caractéristiques et une ligne commune à l'ensemble du pays. Cependant, jusqu'ici, il n'a pas eu de programme, et on n'a pas défini ni formulé clairement ses objectifs, franchement et de manière systématique ; cela non pas juste pour les coucher sur le papier, mais pour lever tous les doutes et conduire tous nos collègues sur un même chemin et dans une même direction.
Ce manque de programme s'est révélé très important, non seulement pour notre lutte contre la guerre, mais aussi en ce qui concerne nos aspirations sur le plan économique, c'est-à-dire pour le travail que nous avons à mener pour améliorer notre situation et nous libérer de la misère et des souffrances de notre vie actuelle. Tous nos collègues, dans les différentes associations, ont eu l'occasion de constater combien cette absence de programme nous portait tort dans notre lutte. Le premier tort que nous cause l'absence d'un programme commun et contraignant, c'est que souvent une association exprime une revendication distincte, formulée de manière différente, voire souvent complètement contradictoire, à ce que revendique une autre association. Et pourtant, les deux associations s'intitulent à l'identique Association des vétérans et des victimes de l'armée, et déclarent qu'elles ont les mêmes objectifs et programme. C'est pourquoi, sans programme explicite, notre mouvement ne saurait devenir réellement panhellénique et commun à tous. Et chacun comprend combien plus facilement nous pourrons atteindre nos buts, si nous revendiquons les mêmes choses tous ensemble, comme un seul corps avec des membres nombreux, mais un seul coeur.
De plus, nous avons tous été confrontés aux tentatives, viles et malhonnêtes, de nombreux éléments hostiles à notre lutte honnête, de dirigeants de nombreux parts et d'autres vendus à l'une ou l'autre des factions qui nous ont conduits à la ruine. Ces tentatives visaient à exploiter la confusion engendrée par notre absence de programme, afin de salir notre lutte et de tromper nos associations pour en faire également des organes aveugles des parts de la ruine.
Il est donc évident pour tous que nos associations doivent se doter urgemment d'un programme. La première conférence panhellénique des Anciens combattants et victimes de l'armée, qui a fondé la Fédération des vétérans et des victimes de l'année, a payé pour cela et a voté ces positons programmatiques, qui seront désormais le fondement de notre Fédération et les guides communs pour toutes nos associations à travers la Grèce entière.
La banqueroute des idéaux patriotiques
Si l'on y regarde de près, on ne peut que voir un fait caractéristique, remarquable à l'échelle générale de ces dernières années. Dans la conscience des larges masses populaires pauvres, d'un côté, le sentiment nationaliste a perdu la plus grande part de son intensité initiale et s'est relâché à un point qu'on n’avait pas vu jusqu'ici, alors que, d'un autre côté, l'idéal patriotique a fait complètement banqueroute non seulement dans le peuple, mais aussi dans la conscience d'un grand nombre de soi-disant « intellectuels ». Tout observateur objectif perçoit que pour ces masses populaires la phraséologie patriotique a été réduite à une chose à laquelle elles ne croient pas et que le sentiment national n'est plus utilisable comme moyen de les pousser aux sacrifices.
Cette grande transformation dans la conscience populaire se manifeste très clairement à travers la tendance anti-guerre puissante et spontanée qu'ont toujours les couches populaires, même quand la guerre est présentée dans des discours patriotiques et nationalistes. La guerre reste détestée et considérée comme injustifiable. Les anciens idéaux ne peuvent plus la justifier aux yeux des couches populaires pauvres.
Certains, les naïfs, les pseudo-savants et les exploiteurs (ces derniers étant les plus nombreux), cherchent à expliquer le phénomène en invoquant le fait qu'il refléterait une certaine « corruption de la moralité du peuple » et ils cherchent à nous faire avaler que cette prétendue « corruption » ne viendrait ni des guerres ni des souffrances du peuple, mais qu'elle 'aurait d'autres causes ; une fois, ce serait pour une raison A, une autre fois, ce serait pour une raison B. Ils nous expliquent que le peuple grec a toujours été « nationaliste » et « patriotique » et qu'on ne voit aujourd'hui chez le peuple qu'une déviation psychologique temporaire. Selon eux, il suffirait d'un enseignement et d'une « éducation » nationalistes et patriotiques pour que les déviants rentrent dans le « droit chemin patriotique » ! C'est ce que disent et prêchent les enseignants, les prêtres, les livres, les journaux, les dirigeants de parts et, en général, tous les agents qui ont été mobilisés au cours de toutes ces années pour perpétuer le martyre par la guerre des conscrits et pour encenser, de leurs places en sécurité à l'arrière, les « glorieux » héros qui se sont fait massacrer sur les divers fronts par dizaines de milliers. Ces gens ont été remobilisés pour tenter de raviver les idéaux patriotiques, morts de longue date, dans les consciences des survivants à la guerre.
Mais les faits sont là et ils prouvent combien profondes, permanentes et objectives sont les causes de cette prétendue « déviation » du psychisme populaire. Et la puissance de la réalité est telle que, face à celle-ci, tous les enseignements et tentatives de « rééducation » seront vains et sans résultat. Ce sera comme si quelqu'un s'échinait à vouloir effacer avec une simple éponge une inscription gravée profondément au burin dans une stèle de marbre,
Les guerres des Balkans
Jusqu'à la période des guerres balkaniques, on pouvait dire que les masses populaires conservaient en elles un sentiment patriotique. Mais ce sentiment n'avait pas de racines profondes dans les consciences, il représentait le souvenir vivant des rêves du passé, entretenus par les dirigeants politiques, militaires et religieux au siècle précédent. Mais ce sentiment vague n'a jamais réussi à incarner un contenu substantiel de nature à les conduire pour demain vers des sacrifices volontaires, malgré tous les efforts des politiciens se réclamant du « grand idéal national » et des fils de l'aristocrate grecque moderne.
Ils en étaient restés au rêve d'un nouvel « Empire byzantin » qui ferait renaître l'ancienne majesté de la nation, tout en exigeant le sang du peuple au service de la réalisation de ce songe, sans être capables de l'adapter aux besoins quotidiens pressants pesant sur la vie des gens.
Et les guerres balkaniques de 1912-1913 survinrent. La ruine qu'elles apportèrent aux masses pauvres du peuple commença à les désillusionner et refroidit le zèle sentimental que cherchaient à leur inspirer, à la veille de ces conflits, les dirigeants militaires et politiques avec leurs grands discours et leur rhétorique creuse concernant la « Grande Grèce », « nos frères asservis » et notre « majesté nationale ».
La ruine et le poids que ces guerres ont fait peser sur les vies des masses populaires pauvres sont restés quasi permanents et ont fini comme une blessure constamment croissante et incurable. Une grande parte du peuple était en train de perdre pied. L'État, dans le but de réaliser des expéditions militaires bien au-dessus de ses moyens, saisissait et réquisitionnait constamment jusqu'aux moyens d'existence et de travail les plus élémentaires dont disposaient les paysans. Les dettes de guerre croissaient et on faisait porter leur poids chaque fois sur le dos du peuple par le biais de taxes indirectes. Le coût de la vie s'élevait constamment et quand, au moment de la proclamation de la paix, les fils du peuple revenaient chez eux en provenance des pays « libérés » où ils avaient vu une mosaïque de nations et de tribus (Grecs, Turcs, Bulgares, Serbes, juifs, Arméniens, Roumains, Albanais), ils se trouvaient confrontés à une situation qu'ils n'auraient jamais imaginée auparavant. En contrepartie de l'extension des frontières de l'État, ils voyaient leur vie devenue bien plus pénible auparavant, pleine de difficultés face auxquelles ils étaient eux-mêmes impuissants à lutter, malgré leur qualité de « glorieux héros de guerre ».
L'État, à qui ils avaient offert ce qu'ils avaient de plus précieux, s'est montré encore plus exigeant en les chargeant du poids économique des guerres, en sus de tous leurs sacrifices sanglants. Les victimes de la guerre, invalides, veuves et orphelins, ont été rejetées de la manière la plus inhumaine, par cet État même qui était responsable de leur situation, du fait de ses guerres. Ils ont vu un traité de paix, signé après mille arguties diplomatiques et interventions dans les coulisses des grandes puissances, qui était riche des étincelles propres à allumer de nouveaux conflits armés. Et enfin, ils virent, à côté de leur propre condition misérable, une kyrielle émergente de nouveaux riches, planqués à l'arrière pendant les conflits, qui, après s'être engraissés du sang versé par les nations, profitaient encore de leur sueur par toutes leurs méthodes d'exploitation.
Jusqu'à la campagne d'Asie Mineure
Les guerres des Balkans furent la première plaie ouverte dans le corps de notre peuple malheureux. Depuis lors s'est ouverte une période de dix ans d'aventurisme guerrier. La première plaie s'élargissait sans cesse, déversant un flot croissant de sang, le sang des enfants du peuple. La période des guerres successives ouverte par les guerres balkaniques a traversé diverses péripéties internes et conflits civils, provoqués par les rivalités entre cliques partisanes et par la propagande étrangère, mais dont firent encore une fois les frais les enfants du peuple qui en payèrent le prix de leur sang (la révolution de Salonique, les conflits de soldats mobilisés, les incidents de novembre et de juillet, le blocus de 19161917, les émeutes, les emprisonnements, les exécutons, etc.). Et cette période sanglante a duré, sans qu'il soit possible de dire si elle était réellement terminée. Les plaies du peuple restèrent ouvertes, incurables.
Tous les événements qui survinrent au détriment des gens pauvres durant cette période vinrent aggraver encore les conséquences terribles susmentionnées des guerres balkaniques. Et, durant cette période inoubliable et tragique, toute trace des idéaux patriotiques fut complètement perdue du côté des classes dominées et souffrantes. Plus même, ces idéaux furent démasqués et contestés, la parte du peuple utilisée comme conscrits et sacrifiée dans les guerres (principalement les ouvriers, les paysans pauvres et sans-terre) a commencé à se rendre compte de ce qui se cachait, réellement, derrière ces idéaux.
Dès que la Grande Guerre de 1914-1918 a éclaté en Europe, les influences étrangères des grandes puissances occidentales (Angleterre, France) et de l'Europe centrale (Allemagne, Autriche) commencèrent à s'affronter dans notre pays. Toutes les grandes puissances ont utilisé tous les moyens, y compris les plus honteux (pressions officielles, chantages, propagande, trafics d'influence, achat de journaux, etc.) pour nous attirer dans la guerre de leur propre côté. Il fallait être aveugle pour ne pas remarquer ces influences étrangères. Et seuls les simples d'esprit ou les idiots n'ont pas constaté l'évidence, que les politiciens qui gouvernaient notre pays étaient devenus des instruments aveugles au service des puissances étrangères et ont entraîné notre peuple torturé dans des épreuves terrifiantes afin de servir ces intérêts étrangers.
Parmi une multitude de tels incidents, il suffira d'en mentionner ici deux ou trois, les plus inoubliables, qui démontrent typiquement la nature du grand crime commis pendant cette période contre notre pays, contre nos pauvres et contre toute la nation. Cela parce que même nos compatriotes, les Grecs qui ne vivaient pas à l'intérieur des frontières de l'État « libre », comme ils l'ont appelé, eux aussi, comme d'autres encore, se sont retrouvés victimes de cette politique criminelle.
On se souvient tous des propos pleins d'enflure de Venizélos concernant nos « frères asservis » de la Macédoine de l'Est[1], propos qui ont servi à nous entraîner dans la guerre gréco-bulgare. Beaucoup de sang fut versé ; qui a oublié les boucheries de Tsoumagia, Kilkis et Doïrani ? L'est de la Macédoine « occupée » fut « libéré » à terme en 1913. Mais peu après, avant que deux ans ne se soient écoulés, le même politicien a suggéré, officiellement et sans honte, d'abandonner ce pays (dont Kavala) à la Bulgarie, notre « ennemi de tout temps » comme ils l'appelaient, comme d'abandonner aussi à la Bulgarie ces frères pour la « libération » desquels nous venions de verser notre sang. Et il laissa entendre qu'afin de réussir à faire abandonner sa neutralité à la Bulgarie, au profit du camp de la Grande- Bretagne, il convenait de négocier le sort de nos « frères asservis », comme s'ils étaient une marchandise, parce que c'était ce que demandaient les objectifs de guerre de l'Angleterre. Ainsi, la rhétorique gueularde concernant la « libération » et tout ce qui s'ensuit a été révélée comme n'étant que mensonges et démagogie.
Et on se souviendra aussi que ce même pays, avec nos « frères libérés » en prime, le politicien proche de la cour royale Gounaris en faisait cadeau également avec une aisance admirable aux Bulgares, parce que les Bulgares étaient alliés aux Allemands et que les Allemands étaient les alliés du palais du roi Constantin et que Gounaris était chancelier du Palais et l'exécutant des ordres d'une camarilla courtisane au service des Allemands.[2]
Nos « frères asservis et libérés » de l'est de la Macédoine firent ainsi mis à l'encan, comme des sacs de sucre, sur le marché anglais par Venizélos, et par Gounaris sur le marché allemand.
Après quoi, qui d'entre nous peut l'oublier, vinrent les campagnes d'Ukraine et de Bessarabie de 1918. Il était tellement évident que ces campagnes conduisaient les fils du peuple à mourir pour des intérêts complètement étrangers, cette vérité sautait tellement aux yeux du monde enter, qu'elle a même conduit l'un des généraux de Venizélos, le général Dagldis, à démissionner.[3]
Et contre qui nous ont-ils envoyés combattre dans les steppes enneigées de Russie ? Contre ces paysans russes qui ont déserté les champs de bataille de la guerre européenne en 1917, qui ont arrêté leurs officiers et exécuté leur tsar aux mains ensanglantées, qui ont créé leur propre État soviétique et déclaré qu'ils ne rembourseraient aux banquiers parisiens aucune des dettes du tsar contractées pour mener ses guerres de conquête et pour pouvoir envoyer le peuple russe au massacre. Nous sommes libres, ont-ils affirmé, et nous n'entendons pas travailler pour payer les dettes de notre bourreau le tsar, envers les millionnaires d'Europe. Et c'est pour cela que les banquiers français ont envoyé des troupes françaises, c'est-à-dire des pauvres, ouvriers et paysans, de leur pays, pour tenter d'étrangler la révolution russe et de réinstaller le tsarisme en Russie, afin que les gros prêteurs capitalistes puissent récupérer l'argent qu'ils avaient avancé. Mais nos collègues français, éveillés bien avant nous, ont refusé de marcher, beaucoup ont préféré être fusillés par ordre des tribunaux militaires et se sont déclarés solidaires avec les soldats russes, révoltés pour défendre leurs droits, en déclarant que c'étaient leurs frères.
Après quoi, l'État grec a offert de mettre à exécution les plans des banquiers français, au prix de notre sang. La campagne d'Ukraine restera ainsi la preuve la plus exemplaire du rôle que l'État grec a joué comme agent d'intérêts étrangers.
La campagne d'Asie Mineure
Ceux-là mêmes qui se sont lavé les mains dans le sang du peuple versé en Ukraine, les responsables de ce grand crime, ont cherché à se justifier en déclarant que la campagne d'Ukraine avait comme objectif d'aller en Asie Mineure pour, là-bas aussi, « libérer » nos « frères opprimés ».
Il convient de se souvenir aujourd'hui de cette époque de la guerre en Asie Mineure et de se rappeler le crime que tous les politiciens, de tous les bords, ont commis ; ce fut le plus grand crime contre notre peuple et notre nation. La campagne d'Asie Mineure de 1919-1922 a eu cette importance historique : elle a dépouillé de toute capacité à nous tromper les politiques prétendument « nationales » de tous les parts politiques qui ont gouverné notre pays.
Pour nous, qui avons vécu ces années sur le front en Asie Mineure, qui avons souffert, dans nos corps, tous ces tourments et toutes ces horreurs, quoi qu'on dise ou qu'on écrive à ce sujet est complètement superflu. La vérité nue et entière apparaissait là-bas chaque jour devant nos yeux ébahis, illuminée par les coups de feu des batailles, qui éclairaient les ruines de ce pays. Ainsi, la vérité en ce qui concerne la guerre, nous n'avons pas besoin de l'apprendre en lisant des journaux ou de la bouche de rhétoriciens.
Nous avons de nos yeux vu un peuple brisé par de longues guerres passées, traîné par les différents blocs politiques en direction d'une nouvelle aventure guerrière, d'une nature telle que toute personne logique aujourd'hui, réalisant son étendue, s'arrête et s'interroge. Était-ce un crime ou une folie ? De nos propres yeux, nous avons vu le mensonge national : les Grecs ne constituaient en effet même pas le cinquième de la population de ces territoires et, aux endroits de leur plus haute concentration, n'en atteignaient pas la moité.[4]
De nos yeux, nous avons vu nos frères tomber et être mutilés, par dizaines de milliers. Des trains et des caravanes sans fin traversaient ce pays de mort et de désespoir, plein de chairs pourrissantes et de sang séché. De nos yeux, nous avons vu toute la richesse du pays, le labeur accumulé de tout un peuple, brûler comme un feu d'artifice, sur ordre de diplomates occidentaux et de criminels couronnés, comme nous avons vu toutes les ressources productives de notre pays hypothéquées par l'État, auprès des banquiers européens et américains, afin d'obtenir les moyens de continuer ces ravages.
Et enfin, nous avons vu de nos propres yeux le fait que la guerre de « libération », après avoir « libéré » des milliers de gens en les envoyant dans l'autre monde, a ravagé toute l'Asie Mineure d'Eskiehir et Afyonkarahisar ou Adana jusqu'aux rivages de la mer, imposant à tous les peuples de ce pays, de toutes les races et religions, une misère indicible, chassant de chez eux et conduisant en esclavage plus d'un vie des soldats démobilisés et plus généralement des couches populaires pauvres. Le pays connaît une crise généralisée et permanente, comme une maladie incurable. Tout est brisé ; l'État, la société, l'économie, la famille. Où qu'on regarde, on voit de plus en plus de ruines produites par ces guerres. Des milliers de gens, revenus de la guerre, ne peuvent trouver du travail et sont affamés. On voit la misère, la sous-alimentation et un accroissement massif des maladies et de la mortalité infantile quotidienne. La misère sociale et la pauvreté augmentent en continu, comme aussi la mendicité, la prostitution, et le nombre de criminels que les prisons ne peuvent plus contenir. La monnaie nationale est dévaluée et le cours du change subit des fluctuations terrifiantes. Une clique de financiers joue au casino sur le dos du peuple, rendant sa vie encore plus difficile. La dette nationale dépasse vingt-deux millions et impose un poids terrible au budget de l'État, un poids que l'État n'ose mettre à charge des ploutocrates et des profiteurs de guerre et qu'il cherche au contraire à faire payer au peuple, en pressurant ces mêmes gens dont il a versé le sang au cours de ses aventures guerrières, cela par des taxes brutales sur les biens de première nécessité qui sucent le sang du peuple chaque fois qu'il veut manger, se vêtir, etc.
Les victimes de la guerre, les invalides, les tuberculeux et les êtres misérables qui ont perdu leurs parents dans la guerre subissent une existence horrible de parias, et l'État, seule cause de leur misère, ne leur fournit même pas le minimum indispensable pour ne pas passer de vie à trépas (on donne 450 drachmes à un invalide à 100 % !)[5].
Les vieilles méthodes « démocratiques » ont été abandonnées par les parts politiques, les prétendus droits populaires sont devenus une simple plaisanterie aux dépens du peuple, et il n'y a aucun moyen d'oppression, de violence et de terreur qu'on n'exerce pas à son égard. L'État est devenu un terrain de jeu privé pour les premiers charlatans et démagogues venus, les services sociaux sont des marchandises entre ses mains et tout un train parasitaire de bénéficiaires de sinécures s'accroche aux basques de n'importe quelle clique de parti en suivant les hauts et les bas de ses fortunes politiques. [...]
Le chaos global d'après-guerre et les mouvements révolutionnaires
Si le grand crime historique de la guerre mondiale impérialiste a enterré à jamais, dans la conscience des peuples martyrisés, tous les idéaux fallacieux concernant la « patrie » et la « libération des nations », etc., à la fin de la guerre, son issue terrible a poussé les peuples du monde à l'action directe contre leurs bourreaux et contre le régime sanglant dominant le monde.
Rien dans le monde, après-guerre, n'est resté stable et dans sa positon de départ. Tout a été ébranlé et déséquilibré. Il y a eu une crise terrible, permanente et irrésistible, dans la vie économique de tous les pays sans exception. D'un côté, il y avait des quantités colossales de marchandises invendues (surproduction) et, de l'autre, un manque des biens les plus essentiels. La faim et la mort couraient les rues, on a vu des millions de chômeurs ; la misère était le lot des travailleurs et des masses populaires pauvres dans tous les pays, tant du côté des vainqueurs que chez les vaincus. On n'avait jamais vu une telle détresse auparavant, même à l'occasion des plus grands désastres ; une incertitude générale quant au lendemain, dans tous les aspects de la vie de chaque pays, conflits politiques et renversements, fluctuations terrifiantes dans les taux de change, etc. Et, en sus, les bandes de capitalistes de chaque pays usent de tous les moyens violents, de la terreur, des meurtres de masse et de l'oppression du peuple pour maintenir leur hégémonie, pour extraire constamment de nouveaux profits de la misère des survivants, tout en préparant pour le lendemain de nouveaux bains de sang.
Il n'est, en conséquence, pas étrange que toutes les organisations économiques et politiques des masses populaires exploitées aient pris, à la fin de la guerre, un caractère révolutionnaire et aient visé au renversement violent des impérialistes et de leurs gouvernements. Les peuples, principalement des pays européens où la catastrophe a été la plus étendue, ont compris qu'ils ne pouvaient assurer leur vie qu'à condition que la puissance de l'impérialisme soit détruite dans leurs pays et que l'économie internationale soit construite sur des bases nouvelles, assurant la coopération et la coexistence pacifiques de tous les peuples travailleurs et abolissant, une fois pour toutes, les conflits impérialistes et leur résultat inévitable, la guerre.
Ce mouvement révolutionnaire, à la tête duquel on trouve la parte la plus consciente, la plus éduquée et la plus active des travailleurs, les salariés organisés (le prolétariat), a, en fait, éclaté une année avant la fin de la guerre (en octobre 1917) dans le pays le plus dévasté dans lequel l'impérialisme international avait ses quartiers, soit la Russie tsariste. Et il y a pris le pouvoir complètement.
Mais la guerre mondiale a conduit au déclenchement d'un autre mouvement populaire, tout aussi menaçant pour les impérialistes du monde et tout aussi porteur d'espoir pour les peuples exploités et massacrés : le mouvement révolutionnaire des peuples colonisés. Des centaines de millions de personnes de toutes les races, en Inde, en Afrique, en Amérique, dans les îles, souffrent sous le joug de leurs conquérants. Ces derniers, les impérialistes des grandes puissances, y interviennent prétendument pour domestiquer et « civiliser » les peuplades barbares de ces colonies. Mais chacun d'entre nous comprend bien le genre de « civilisation » que les requins du Capital et les bourreaux des peuples imposent à ces infortunées nations. Sous les matraques des policiers, par le fer, le sang et le feu, par millions, les peuples colonisés sont forcés à travailler, non pas comme les esclaves de l'Antiquité, mais comme des bêtes, pour remplir d'or les coffres des grands capitalistes. Les souffrances que les impérialistes anglais imposent aux Indiens et aux musulmans d'Orient sont indicibles.
Et la presse mondiale vendue reçoit des pots-de-vin coûteux pour répandre jusqu'aux confins de la planète les mensonges servant à occulter les crimes que la « civilisation » européenne commet là-bas et pour encenser par mille propos fleuris la majesté et la justice que l'Empire britannique offrirait prétendument en partage à ces peuples.
Toutes les races du monde ont été armées par les États impérialistes d'Europe, ont été entraînées au maniement des armes et à la pratique de la guerre. Leurs représentants furent traînés sur le front en Europe, afin d'y être aussi massacrés. Comme dans le cas du paysan naïf qui s'éveille à l'armée, la guerre, en mélangeant les esclaves des colonies avec les peuples civilisés des métropoles, a ouvert l'esprit des premiers et leur a montré qu'une vie humaine pour les humains est possible, bien différente de la vie servile qu'ils ont vécue jusque-là. Cela a éveillé chez eux aspiration à la liberté et leur a appris à exiger leurs droits par eux-mêmes. Et quand ils sont revenus dans leur pays, à la fin de la guerre, quand leurs oppresseurs ont exigé d'eux encore plus de travail, afin d'avoir assez de profits pour satisfaire les exigences des esclaves des métropoles, c'est-à-dire des ouvriers, afin d'éteindre leur flamme révolutionnaire, c'est alors que les esclaves des colonies ont commencé à se soulever. Et leur soulèvement est terrible pour leurs oppresseurs. Dans toutes les colonies des puissances impérialistes, une vague révolutionnaire immense va croissant.
« À bas les colonisateurs, nous voulons vivre libres dans notre propre pays, nous gouverner par nous- mêmes, être indépendants, que nos oppresseurs cessent de nous piller au motif de leur « civilisation ! ». C'est ce cri qui s'élève de la part des peuples colonisés.
Les fondements mêmes de l'impérialisme international tremblent de partout.
Il n'est pas difficile aujourd'hui de se rendre compte, du fait que le mouvement anti-impérialiste des nations colonisées est le frère naturel du mouvement révolutionnaire des peuples exploités des métropoles. Ces deux mouvements associés avancent à pas toujours croissants. La liberté et la paix dans le monde sont au bout de leur chemin historique. [...]
Nos objectifs et pourquoi nous luttons
Les associations des anciens combattants et des victimes de l'armée, sur la base des principes fondateurs ci-dessus, sont les principaux et les plus puissants instruments de lutte du peuple contre le gaspillage criminel de son sang, contre l'esclavage militariste et contre l'inhumaine et vile indifférence de l'État envers les souffrances de ses victimes.
Dans leur lutte, ces Associations sont les défenseurs intrépides des intérêts de toutes les victimes de la guerre et de l'armée au sens le plus large.
Et quand nous parlons de victimes, qu'entendons-nous ?
En premier, les victimes des guerres récentes et du militarisme récent. Ces victimes sont les invalides de guerre, les veuves, les orphelins, les soeurs, les parents sans défense, des gens tués dans les guerres ou de ceux qui sont morts à l'armée, ou dans les prisons militaires, ou sur ordre des tribunaux militaires. Ce sont les êtres malheureux qui ont perdu leur appui du fait de la guerre ou de l'armée et que l'État a abandonnés sans défense aucune. Les lois existantes, concernant prétendument leur bien-être, sont la preuve la plus évidente de l'inhumanité de l'État, qui, comme un réel entrepreneur de guerres, ne se sent aucune obligation à compenser les gens qui ont souffert durant ces campagnes guerrières.
Des gens qui ont perdu les deux jambes ou leurs bras ne peuvent même pas acheter leur lecture quotidienne avec les pensions ridicules que l'État leur sert. Les victimes des guerres et du militarisme comprennent enfin aussi l'ensemble des réservistes pauvres qui sont revenus indemnes du service militaire, mais qui se trouvent aujourd'hui sans aides ni ressources et dans une situation où leur survie même est problématique. Pour ces victimes, les associations des anciens combattants et des victimes de l'armée exigent de l'État des compensations, des pensions adéquates adaptées au coût de la vie, des soins médicaux gratuits, et toute autre forme d'assistance de nature à soulager les souffrances des victimes. Nous voulons des mesures spéciales pour la protection des personnes démobilisées, des mesures drastiques contre les profiteurs, une amélioration des conditions d'existence de tous les travailleurs et la remise en cause de l'exploitation sociale sous toutes ses formes, ainsi qu'une guerre sans merci contre la politique fiscale de l'État qui rejette le fardeau de ses guerres sur le dos des masses populaires pauvres en appliquant un programme spécial de réquisitions économiques.
Deuxièmement, il y a les victimes du militarisme d'hier et d'aujourd'hui. Comme les condamnés militaires, enfants du peuple qui pourrissent encore aujourd'hui dans des prisons militaires pour avoir désobéi aux ordres des brandisseurs de sabre, parce qu'ils ne pouvaient pas ou ne voulaient pas supporter les règlements et la discipline militaire bestiale ainsi que l'application du Code pénal militaire. Nos associations luttent pour la libération de ces victimes et en faveur d'une amnistie générale pour tous les condamnés militaires.
Troisièmement, nous défendons les victimes des guerres futures et du militarisme d'aujourd'hui et de demain. En font parte les soldats, nos frères, que nous seuls pouvons défendre, nous qui avons connu la guerre et l'armée et avons vécu la vie misérable qu'ils subissent maintenant. Nos associations vont revendiquer toute une série de réformes en faveur des soldats, correspondant à leurs demandes propres, et visant à rendre leur, vie plus supportable et à les libérer du poids de cette misère que nous avons connue.
Sont aussi des victimes tous ceux qui sont susceptibles d'être appelés au service militaire, le jeune par exemple qui reçoit les idéaux empoisonnés du faux patriotisme dans ses écoles et dans la société et qui se voit duper par les idéaux faux et trompeurs que les patriotards chauvins, les buveurs de sang et les profiteurs de guerre, comme aussi leurs agents, cherchent à leur inspirer systématiquement. Sur ce point, nos associations, selon leur programme, développeront la propagande la plus large contre la guerre et le militarisme et répandront à travers le peuple un esprit d'internationalisme véritable avec leurs slogans : Guerre à la guerre ! À bas l'impérialisme ! À bas le militarisme !
Caractérisation des associations internationales d'anciens combattants et de victimes de l'aimée
Nous savons tous, et pour ceux qui ne le savent pas l'expérience le leur apprendra, que le grand but pour lequel nous luttons sera atteint si nos associations incorporent à leur front organisé la grande masse des démobilisés et des victimes. Plus unis et concrets nous serons, plus forte sera notre puissance et plus terrible pour les exploiteurs et les militaristes sera notre pression sur l'État. Nos associations d'aujourd'hui doivent s'organiser pour réveiller et mettre en mouvement les masses dormantes et indifférentes, pour leur présenter notre programme, leur faire prendre conscience de leurs intérêts et des dangers menaçant leur vie.
Dans cette tâche, les associations compteront sur le dévouement, l'honnêteté et le sens du sacrifice de notre avant-garde.
Comme nous l'avons évoqué précédemment, nos associations ne sont pas politiques, ni ne peuvent jamais être les instruments d'un part X ou Y. Elles resteront autonomes et indépendantes de toute organisation politique ou autre.
Mais, au final, nos associations ne peuvent efficacement mener leur lutte contre la guerre et le militarisme si elles ne se lient pas clairement aux autres organisations anti-guerres des autres pays. Il découle en effet clairement de tout ce que nous avons dit ci-dessus que la source de la guerre ne se trouve pas dans notre seul pays, mais est d'origine internationale.
En conséquence, la lutte des peuples contre la guerre doit, elle aussi, être internationale et rassembler globalement.
Cette vérité a été reconnue par les vétérans et les victimes de la guerre de tous les pays. Nos collègues d'autres pays (français, allemands, autrichiens, alsaciens, anglais, italiens, bulgares, etc.) qui se sont ralliés à la lutte commune pour la paix dans le monde ont rapidement organisé une conférence internationale, tenue le 3 avril 1920 à Genève en Suisse.
À cette occasion a été fondée l'Internationale des anciens combattants et des victimes de guerre, l'organisation internationale faîtière qui concentre et unit la lutte des anciens combattants de tous les pays.[6]
Notre Fédération panhellénique d'anciens combattants et de victimes de l'armée ne peut que s'inscrire dans cette Internationale, pour en devenir la section grecque.
Sous le drapeau de cette Internationale, déployé depuis Paris, par-dessus les frontières des pays, enveloppant tous les peuples sacrifiés qui composent l'humanité, sous ce drapeau, les Anciens combattants et victimes de l'armée grecs combattent, comme fidèles soldats d'une cause sacrée, celle de la lutte pour la paix dans le monde, pour détrôner tous les exploiteurs, les tyrans et les bourreaux, pour la fraternité des nations.
- ↑ Eleuthérios Venizélos (1864-1936) : ministre de la Justice de Crète jusqu'en 1901.Il est appelé à Athènes par la Ligue militaire pour diriger le mouvement révolutionnaire quelle a fondé. En 1910, il est élu député puis devient Premier ministre. Il fondera la Ligue balkanique (Bulgarie, Serbie, Monténégro, Grèce). Pendant les guerres balkaniques, il est le fer de lance de l'expulsion de l'Empire ottoman de la péninsule balkanique. Durant la Première Guerre mondiale, en opposition avec le roi Constantin, qui soutient les puissances centrales, il organise un gouvernement dissident à Thessalonique et en appelle à se joindre aux Alliés. Contre l’occupation de la Macédoine grecque par les puissances centrales, il organise une armée ; le roi Constantin est contraint de s'exiler en 1917. Alexandre, son fils, reprend les rênes du pouvoir et Venizélos redevient Premier ministre ; la Grèce déclare alors la guerre aux puissances centrales. [N.d.E]
- ↑ Dimitrios Gounaris (1866-1922) : il devient Premier ministre de Grèce après la démission de Venizélos, entre mars et août 1915, puis entre 1921 et 1922. (N.d.É.)
- ↑ Panagiotis Dagklis (1854-1924): chef de l’état-major général en 1912, chef de l'armée d'Épire (1913-1914), il est élu député en mai 1915 (Part libéral). Il est ministre de la Guerre (août-septembre 1915), puis membre du triumvirat qui dirige le gouvernement provisoire de Venizélos à Thessalonique (septembre 1916-juin 1917), et commandant en chef de l'armée grecque entre décembre 1917 et novembre 1918. Il est élu de nouveau député en 1920 et en 1923. Il est président du comité de direction du Part libéral de 1921 à 1924 (au cours de l'exil volontaire de Venizélos). [N.d.T.]
- ↑ Quand nous avons compris que c'était un mensonge, nous n'en avons pas été étonnés. On nous avait tant habitués à vivre dans ce mensonge ! Ils nous ont même habitués au crime [...]. [Note de Pouliopoulos]
- ↑ Un ouvrier non qualifié en Grèce en 1924 reçoit entre 30 et 40 drachmes (voir le journal Rizospastis, 12 décembre 1924), ce qui équivaut environ à ce qui est fourni aux invalides selon l'auteur. [N.d.É.] Merci à Anastasia Koukouna pour cette précieuse information.
- ↑ L'Internationale des anciens combattants est fondée par Henri Barbusse et Paul Vaillant-Couturier ; elle aura d'abord son siège à Milan, puis dès 1925 à Berlin. (N.d.E.)