Au compte du GPU

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Auteur·e(s) Léon Trotski
Écriture 8 novembre 1938




Pendant les vingt mois où j’ai joui de l’hospitalité de ce pays, M. Toledano, ses conseillers et ses auxiliaires ont lancé publiquement toute une série d’assertions fantastiques :

Que j’avais collaboré avec les fascistes, dans ce pays ou dans d’autres pays ;

Que je préparais la grève générale pour renverser le gouvernement du général Cárdenas ;

Que j’étais entré dans un complot avec Cedillo ;

Que j’avais des contacts secrets avec le Dr Atl ;

Que j’inspirais les articles du général Abelardo Rodriguezen vue de... la prochaine campagne électorale.

Etc., etc.

Après la première affirmation de ce genre, je me suis adressé par lettre au gouvernement en lui demandant d’enquêter officiellement. Mais le gouvernement estima qu’il n’avait aucune raison d’effectuer semblable enquête.

A maintes reprises, par voie de presse, j’ai qualifié les déclarations de M. Toledano et de ses conseillers (Laborde, etc.) comme calomnies conscientes et faux témoignages. L’objectif de ces campagnes de calomnies est de me priver du droit d’asile et de donner au G.P.U. la possibilité de s’emparer de moi.

Récemment — dans Hoy du 5 novembre — j’ai une fois de plus proposé publiquement à M. Toledano de présenter les preuves de ses affirmations devant une commission impartiale qui pourrait être désignée par le gouvernement mexicain, ou, par exemple, par la Fédération syndicale internationale d’Amsterdam. Au lieu de répondre de façon claire et précise à mon défi, M. Toledano, dans le meeting du 8 novembre au Bellas Artes, a proféré un torrent d’injures grossières et ajouté aux anciennes de nouvelles calomnies.

Je ne m’engagerai pas ici dans une polémique politique contre M. Toledano. Je dirai simplement que si on considère des gens comme Kerensky-Toledano comme des « révolutionnaires », alors il est bien évident que je serais un « contre-révolutionnaire ». Mais la question n’est pas là, d’aucune manière. La question est de savoir si j’ai préparé la grève contre le gouvernement du général Cárdenas, si je suis entré dans un complot avec les fascistes, si j’ai eu des liaisons avec Cedillo, si j’ai secrètement rencontré le Dr Atl, etc. Oui ou non ?

Si j’ai fait réellement tout cela, je n’ai aucun droit à l’hospitalité de ce pays. Si je n’en ai rien fait, Toledano est un calomniateur perfide qui trompe systématiquement l’opinion publique de ce pays, au compte du G.P.U.

C’est ainsi et ainsi seulement que se pose la question. Les injures publiques ne témoignent que de l’absence de vergogne de ceux qui les lancent. Elles ne peuvent tenir lieu de preuves.

Je le dis une fois de plus aux ouvriers, aux paysans, à tous les citoyens de ce magnifique pays :

Ce que Toledano vous raconte sur moi, c’est un mensonge conscient. Ne le croyez pas !