A propos des « Enseignements d'Octobre »

De Marxists-fr
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Il y a deux ans que Vladimir Ilitch le disait aux Soviets de Moscou : Nous sommes entrés dans la voie du travail pratique, nous ne devons plus traiter le socialisme comme une image sainte, tracée en joyeuses couleurs. « Nous devons, disait-il, suivre la bonne voie. Il faut tout mettre à l'épreuve, il faut que les masses, il faut que toute la population nous voient à l'œuvre, et constatent que notre régime est meilleur que l'ancien. » C'est le devoir que nous nous sommes assigné.

Notre parti, petit groupe en comparaison avec l'ensemble des populations du pays, assume cette tâche. Cette poignée d'hommes entreprend de tout transformer et transforme tout. Ce n'est pas une utopie, c'est la réalité que nous vivons. Nous l'avons tous vu, car bien des choses sont faites. Il faut maintenant que la grande majorité des travailleurs des villes et des campagnes nous disent : Ce n'est pas vous qui vous louez vous-mêmes, c'est nous qui vous louons, car vous obtenez de meilleur résultat qu'un homme intelligent n'en pourrait attendre d'un retour à l'ancien régime.

Le parti travaille sans trêve ni répit.

La promotion de Lénine nous a montré en 1924 que les masses ouvrières voient dans le P. C. R. leur propre parti. Ce n'a pas été un éloge mais un fait sérieux. Pour certaines choses bien peu nombreuses, il est vrai, on nous loue déjà dans les campagnes. Notre parti se tourne vers le village, vers les couches pauvres et moyennes de la population ; il travaille à l'amélioration des administrations soviétistes intérieures, il travaille dans les organisations de base des campagnes, il espère obtenir de grands résultats. Le parti a devant lui énormément de travail pratique de toutes les sortes, embrassant tous les domaines. Le parti dirige le char de l'histoire dans la voie indiquée par Lénine.

Le parti est entré sérieusement dans la voie du travail efficace. C'est, dans les conditions présentes, une voie ardue. De là, l'hostilité du parti vers toute discussion. Et c'est pourquoi le XIIIe congrès accueillit si froidement le discours du cam. Trotski sur la dernière barricade. C'est pourquoi on commente maintenant avec tant d'amertume la dernière manifestation littéraire de Trotski.

Je ne sais pas si le camarade Trotski est coupable de tout le péché mortel dont on l'accuse. La chose ne va pas sans des exagérations de polémique. Le cam. Trotski n'a pas de raison de s'en plaindre. Il n'est pas né d'hier et il sait qu'un article écrit du ton dont il écrivit les Enseignements d'Octobre doit provoquer des ripostes sur un ton approprié. Mais il s'agit de ce que Trotski, conviant le lecteur à l'étude des Enseignements d'Octobre, ne présente pas cette étude comme il est nécessaire de la présenter. Il fait ressortir le rôle des personnalités ou le rôle des nuances au Comité Central. Ce n'est pas ce que nous devons étudier.

Nous devons avant tout étudier la situation internationale en Octobre et le rapport des forces de classes en Russie.

Le camarade Trotski nous y invite-t-il ? Non. Or, sans analyse profonde du moment historique, sans évaluation des forces en présence, la victoire eut été impossible. L'application de la dialectique révolutionnaire marxiste aux situations concrètes du moment, l'appréciation de la situation, non seulement du point de vue du pays donné, mais aussi du point de vue international, tels sont les caractères dominants du léninisme. Les expériences internationales des 10 dernières années confirment la justesse de cette méthode. Et c'est ce que nous devons dire aux partis communistes de tous les pays, et enseigner à la jeunesse lorsqu'elle étudie Octobre.

Le camarade Trotski omet ces questions. Qu'il parle de Bulgarie ou d'Allemagne, il s'occupe peu d'apprécier la situation générale du moment. Si nous considérions les événements à travers ses lorgnons, il serait facile de les diriger. L'analyse marxiste n'a jamais été le côté fort du cam. Trotski.

De là, chez lui, la sous-estimation du rôle des paysans. Il en a déjà beaucoup été parlé.

Nous devons aussi étudier le Parti pendant Octobre. Trotski parle beaucoup du Parti, mais le voit dans l'Etat-Major, dans le personnel dirigeant. Qui veut étudier Octobre doit étudier le Parti tel qu'il fut en Octobre. C'était un organisme vivant au sein duquel le Comité Central (l'Etat-Major) n'était pas détaché du parti, les membres du C.C. ayant avec ceux des organisations un contact quotidien. Sverdlov et Staline savaient ce qui se passait dans les secteurs de Pétrograd, en province, à l'armée. Lénine, quoique illégal le savait aussi. On lui écrivait beaucoup, on lui écrivait surtout ce qui concernait la vie des organisations. Et Lénine savait, aussi bien qu'entendre, lire entre les lignes. La victoire fut précisément possible à cause de l'étroite liaison existant entre le Comité Central et l'ensemble des organisations.

Un parti dont les milieux dirigeants eussent été détachés de l'organisation, n'aurait jamais pu vaincre. De cette vérité tous les partis communistes doivent se pénétrer fortement pour s'organiser en conséquence.

Dans une organisation de parti où l'Etat-Major connaît la volonté de l'ensemble des organisations — et pas seulement par des résolutions — et accorde son travail avec cette volonté, les hésitations ou les fautes de certains dirigeants n'ont pas l'importance décisive que leur prête le cam. Trotski. Quand l'histoire place le parti dans une situation entièrement nouvelle, il est naturel que tous ne la comprennent pas de même ; mais l'organisation est là pour maintenir la ligne générale.

Lénine accorda toujours au parti dans son ensemble une immense importance. C'est ce qui détermina son attitude envers les congrès. Il leur apportait tout ce qu'il avait pensé dans l'intervalle de deux congrès. Il se tenait pour responsable devant les congrès et l'ensemble du Parti. En cas de désaccord, il en appelait au congrès (comme lors de la paix de Brest-Litovsk).

Trotski méconnaît le rôle du Parti pris dans son ensemble, comme une organisation d'une seule pièce. Le Parti est pour lui l'équivalent de l'Etat-Major. Un exemple : Qu'est-ce que la bolchévisation des partis communistes, demande-t-il dans les Enseignements d'Octobre. C'est une éducation des partis et un choix de leur personnel dirigeant tels qu'à l'heure d'Octobre ils n'aient point de défaillance.

Point de vue purement administratif et de plus superficiel. Oui le personnel dirigeant a la plus haute importance, oui il est nécessaire que les plus doués, les meilleurs, les plus fermes entrent dans l'Etat-Major. Mais il ne s'agit pas seulement de leurs qualités personnelles, il s'agit aussi du degré d'intimité de la liaison du parti avec l'ensemble des organisations.

Un autre facteur de notre victoire d'Octobre c'est la juste appréciation du rôle de la victoire des masses. Relisez ce que Lénine a écrit du rôle des masses dans la révolution et dans l'édification socialiste. Et vous verrez que l'appréciation du rôle des masses est un des éléments décisif du léninisme. Pour Lénine, la masse n'est pas un moyen ; elle est le facteur décisif. Pour conduire les masses de millions d'hommes, le parti doit savoir comprendre la vie, les souffrances, les aspirations de ces masses. Bela Kun relate que parlant à Lénine d'une guerre révolutionnaire contre l'Allemagne Lénine lui répondit : « Je crois que vous n'êtes pas un phraseur. Partez donc demain pour le front et voyez si les soldats sont disposés à faire une guerre révolutionnaire ! » Bela Kun partit et vit comme Lénine avait raison.

Nous ne trouvons pas dans les Enseignements d'Octobre d'appel à l'étude de cet aspect de la révolution. Au contraire. Appréciant les événements d'Allemagne, Trotski sous-estime la passivité des masses.

Un certain Syrkine a fort sottement critiqué le livre de John Reed (10 Jours qui ont ébranlé le Monde). Bien des gens croient qu'il ne faut plus offrir à la jeunesse le livre de John Reed. Il s'y trouve en effet des inexactitudes et des légendes. On ne peut pas étudier chez Reed l'histoire du Parti. Pourquoi Vladimir Ilitch a-t-il cependant accueilli ce livre avec tant de joie ? Parce que l'élément important du livre n'est pas là. Ce qui importe chez Reed, c'est la psychologie, la mentalité des soldats et des masses ouvrières, la mentalité des auteurs d'Octobre, l'impuissance de la bourgeoisie et de ses serviteurs, décrites avec une maîtrise d'écrivain. Le jeune communiste comprendra mieux, plus vite et plus profondément, l'esprit de la révolution par la lecture de John Reed que par celle d'une dizaine de procès-verbaux et de résolutions. Il ne suffit pas que la jeunesse connaisse l'histoire du Parti. Il n'est pas moins important qu'elle sente battre le cœur de la révolution d'Octobre, qu'elle en respire l'atmosphère. Comment nos jeunes deviendraient-ils des léninistes s'ils ne connaissaient que l'histoire du parti, s'ils ne sentaient pas ce que la guerre et la révolution ont été ?

Trotski aborde de façon erronée l'étude de la Révolution d'Octobre. De l'appréciation erronée d'Octobre, il n'y a qu'un pas à celle de la réalité, à celle de divers faits d'une grosse importance actuelle. De l'appréciation erronée de la réalité, il n'y a qu'un pas à des décisions et à des actes erronés. Chacun le comprend. On ne peut faire que ce qui a été n'ait pas été. Puisque les Enseignements d'Octobre ont vu le jour, il fallait que la presse et les organisations discutassent et sous une forme appropriée et de façon à ce que tous les membres du parti pussent comprendre.

Notre parti s'est numériquement développé. De larges masses ouvrières se joignent à nous, peu informées des questions agitées par le camarade Trotski. Ce qui est clair aux yeux d'un vieux bolchévik qui a combattu avec énergie pour le léninisme ne l'est souvent pas pour un jeune membre du parti. Surtout les léninistes doivent comprendre qu'on ne peut pas dire : « Poser ces questions, nous empêche d'étudier. » De l'examen de ces questions précisément nous tirerons une connaissance plus profonde du léninisme.

Dans les années décisives de la révolution, le cam. Trotski consacra toutes ses forces à la lutte pour les Soviets. Il a vaillamment tenu à ses postes difficiles et responsables. Il a dépensé une énergie colossale et a accompli une œuvre immense pour assurer la victoire de la révolution. Le Parti ne l'oubliera pas.

Mais les conquêtes d'Octobre ne sont pas achevées. Nous avons encore à travailler avec acharnement pour remplir les devoirs que nous impose Octobre. Il serait dangereux de s'écarter du chemin éprouvé du léninisme. Et si un camarade tel que Trotski, peut-être sans s'en rendre compte, entre dans la voie de la révision du léninisme, le parti doit dire son mot.