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Special pages :
A propos de la Galicie autrichienne
| Auteur·e(s) | Rosa Luxemburg |
|---|---|
| Écriture | 13 juillet 1898 |
SAZ numéro159
Traduction et mise en ligne : Dominique Villaeys-Poirré
Note traduite à partir des oeuvres complètes.
En Galicie sous domination autrichienne règne une atmosphère pesante indescriptible. L’instauration de la loi martiale[1] et tout particulièrement l’arrivée d’un bourreau à Neusandez a porté la panique à son comble. Seuls, les pauvres paysans arrêtés, que l’on transfère en ville quotidiennement, entravés, cernés de Uhlans sabre au clair, montrent un visage souriant et plaisantent. Les pauvres croient fermement qu’on les arrête simplement pour la galerie et qu’on va devoir les libérer aussitôt, car c’est « sur ordre de l’Empereur », avec l'autorisation dûment signée du starost, qu’ils se sont livrés au pillage. Ces Messieurs les grands propriétaires affichent, concernant le destin de leurs gens, une bien plus triste figure, ils ont de fait d'autres préoccupations : « Toutes les prisons de Neusandez», écrit le journal de Krakau Réforma « sont surpeuplées mais le peuple (!!) demande : Qui va travailler dans les champs? Qui va assurer les récoltes? Car celles-ci sont dans une, tout au plus deux semaines et les pauvres les plus jeunes, les plus vigoureux (!) restent désoeuvrés dans les prisons (!). Les propriétaires les plus dynamiques devraient prendre des mesures pour faire libérer les gens le temps des récoltes. Ceux-ci ne risquent pas de s’enfuir en Amérique car ils sont pauvres et il ne sera donc pas difficile de les reprendre!». Jamais depuis les premiers meurtres d’enfants de l'industrie en Angleterre, le capital ne s'était exprimé avec tant de cynisme ! Des gens, dont certains risquent peut-être la peine de mort et sûrement de longues peines de prison, devraient être libérés pour assurer les récoltes, puisque « l’on pourrait les reprendre ensuite. ». Oh ! Saint Capital ! Quand t’arrachera-t-on enfin ton horrible langue de ta gorge avide ?
- ↑ Le 28 juin 1898, le gouvernement autrichien et le nouveau gouverneur de Galicie, le comte Léon Piniński, avaient décrété l'état d'urgence dans 32 districts de Galicie pour une durée d'environ 6 mois et la loi martiale dans les districts de Neusandez et Limanowski. Les représailles visaient à anéantir le mouvement socialiste qui se renforçait en Galicie.