Grève des ovalistes

De Wikirouge
Aller à : navigation, rechercher
Atelier-Taulignan.jpg
Les ovalistes étaient des ouvrières de la soie.

Elles sont connues notamment au travers la grève des ovalistes qui eut lieu à Lyon en 1869.

Le métier d'ovaliste[modifier]

Les ovalistes appliquaient des traitements préparatoires au fil de soie grège au sortir de la filature, afin de le rendre propre au tissage (l’ovale étant la pièce centrale du moulin qu’elles surveillaient). Cette activité s’appelle également le moulinage.

Les ovalistes étaient des jeunes femmes recrutées dans les campagnes voisines de Lyon, ou immigrées italiennes. Elles étaient payées 1,40 francs la journée de 12 heures, dans le bruit et l'humidité. Elles étaient logées dans des chambres souvent insalubres et surpeuplées.

Si elles ne meurent pas avant d’une tuberculose due à leurs conditions de travail, elles économiseront peut-être une petite dot pour un mariage. Une fois en ménage, les tâches domestiques les accapareront toutes entières... Parfois, le travail manque, elles chôment et doivent se prostituer pour arrondir les fins de semaine.

Quant aux patrons, on les appellait les « maîtres mouliniers ».

La grève des ovalistes de Lyon[modifier]

Origine[modifier]

A l'été 1869, les ovalistes commencent à affirmer leurs revendications. En particulier, celle d'être augmentées de 1,40 F à 2 F par jour.  Pour un métier équivalent, les hommes, eux, étaient payés un salaire de 2 F par jour. Elle réclament également une baisse du temps de travail de 2 h par jour.

Elles tentent d'abord de réclamer, ou de faire intervenir les autorités. Elles signent une pétition à 250 et adressent une lettre au préfet le 17 juin. La veille du mouvement, elles signent à 250 une pétition et elles demandent l'aide du préfet, mais en vain.

Quatre jours après, le 21 juin, elles cessent le travail. Elles reçoivent l'aide de la section lyonnaise de l'Association_internationale_des_travailleurs (AIT) - constituée de travailleurs hommes - qui leur a permis de constituer un comité de grève, et qui a obtenu du Conseil général l'autorisation d'organiser une collecte de soutien (des fonds ont ainsi été récoltés en France mais aussi en Belgique, en Angleterre, en Suisse…).

Essor[modifier]

Le matin du 25 juin 1869, à la pause de 9 h, les ouvrières des ateliers des Brotteaux quittent leur travail en donnant à leurs patrons à vive voix rendez-vous à 15 h salle de la Rotonde pour négocier. Dans cette salle (aujourd’hui détruite) de la Rotonde, au moins un millier de personnes  se retrouve. Surtout des femmes. Toutes illettrées : l’écrivain public devient leur rapporteur. Les patrons refusent de venir négocier.

Énervées et déçues par leur indifférence, les ovalistes rassemblées déclarent la grève. Sortant de la réunion, des bandes de jeunes femmes envahissent Lyon pour débaucher les ateliers. Elles submergent littéralement les petites rues des pentes de la Croix-Rousse, et menacent si le travail reprend. A la terrasse d’un café tout proche de la rue de Créqui, chapeau vissé sur les oreilles, un patron attablé profite du mouvement pour provoquer une des grévistes qui passe à sa portée. Folle de rage, celle-ci se jette sur lui, l’insulte et le gifle. Vivats et bravos parcourent l’attroupement qui se rassemble autour de la jeune fille. Effrayé, le patron se réfugie à l’intérieur du café…

Dans l’ancien couvent des Carmélites, au 10 montée des Carmélites -aujourd’hui détruit et remplacé notamment par le lycée Flesselles-, tous les ateliers s’arrêtent. Au 20, rue de Flesselles, Thérasse, un patron employant plusieurs dizaines d’ouvrières, tente de calmer les femmes et promet d’accepter les revendications si les principaux chefs d’atelier adhèrent les premiers. Mais hormis cet  atelier et sans doute quelques autres, le samedi 26 juin, personne ne travaille. C’est la grève générale.

A la Croix-Rousse, les ateliers traditionnels dirigés par des patrons paternalistes pullulent. Comme tous les petits ateliers qui parsèment Lyon, ils restent fragiles face aux grandes usines de la rive gauche, aux Brotteaux et à la Part Dieu, où les patrons sont favorables à une industrialisation musclée.Tous dépendent des « Soyeux », les marchands de soie, qui prodiguent les commandes. Sur la question de la grève des ovalistes, ces riches commanditaires restent fermes : ils n’augmenteront pas leurs prix.

Durcissement et répression[modifier]

La semaine du lundi 28 juin au samedi 3 juillet marque le durcissement de la grève. Des policiers surveillent les ateliers et arrêtent des frondeuses.

Certains patrons font venir de jeunes Italiennes pour casser la grève, et menacent de jeter les ouvrières hors des dortoirs si elles ne reprennent pas le travail. Les ovalistes les prennent au mot. Au 12, rue du gazomètre, entre Guillotière et Part-Dieu, dans l’usine des frères Christophe qui emploie une centaine d’ouvrières, les voilà qui empaquettent leurs vêtements et quittent le dortoir. Elles se retrouvent  dans la rue, assises sur leurs malles, ne sachant trop encore où aller.

Le mouvement se masculinise, d’autres corps de métier s’y joignent. Une émeute gronde devant les ateliers Bonnardel, à l’époque au 65, rue Bossuet, aux Brotteaux. Les carreaux des premiers étages sont brisés par des jets de pierre. Trois arrestations, des hommes.

Pour les grévistes, les ressources s’amenuisent : certaines repartent dans leur pays plutôt que de céder aux patrons. Les autres logent un peu partout et se nourrissent grâce à la mise en place d’une caisse de secours. Le week-end du 3-4 juillet, 1800 ovalistes continuent la grève, sur 2400 ouvrières au total.

Reprise du travail[modifier]

Et pourtant, il fait faim. Dans l’expectative, beaucoup d’ouvrières se remettent au travail à partir du lundi 5 juillet.

En parallèle, d’anciens militants prennent la plume pour demander des soutiens financiers en dehors de Lyon, qui arriveront trop tard. Pour accéder aux 1 500 francs récoltés par la caisse de l’Association internationale des travailleurs (AIT), les ovalistes doivent y adhérer : une adhésion mollement consentie au cours de la réunion du 11 juillet à la Rotonde, rassemblant un petit millier de personnes, surtout des hommes.

Reculade : l’assemblée abandonne la revendication de salaire pour les femmes tout en conservant la demande de réduction de deux heures de la journée de travail. Un cri dans la salle :

« On ne gagnait pas assez ! Plutôt que de faire un travail qui n’est pas payé le prix, j’irais faire des pantalons ! »

Deux jours plus tard, le journal « Le Salut Public » annonce que les patrons consentent aux deux heures de moins par jour, sans bouger les salaires. La grève touche à sa fin, sur une semi-victoire.

En septembre, se tient le congrès de Bâle de l’Association internationale des travailleurs. L'une des meneuses, Philomène Rozan, y fut déléguée.

Invisibilisation des femmes[modifier]

Quand on parle de l’histoire sociale de Lyon, la lutte des ovalistes est souvent complètement dans l'ombre de la révolte des Canuts. Pourtant, au 19e, les conditions de salaire et de vie des femmes étaient bien plus terribles que celles des hommes.

Sources[modifier]

Articles[modifier]

Rue89, Quand les femmes se révoltaient à Lyon : la grève des ovalistes, 20 février 2016

La ficelle, Histoire des soyeuses, 2014

Livres[modifier]

Claire Auzias, La Grève des ovalistes. Lyon, juin-juillet 1869, Paris : 1982, Payot, collection : « Le Regard de l'histoire », ISBN 2-228-27400-3

Notes et sources[modifier]