Aline Valette

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Aline Valette (née Alphonsine Goudeman, 1850-1899) était une féministe et socialiste française. Sa pensée naturalise un "rôle biologique" des femmes d'une part, et soutient que le socialisme satisfera toutes les revendications féministes d'autre part.


Biographie[modifier | modifier le wikicode]

Jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

Alphonsine-Eulalie Goudeman est née à Lille le 5 Octobre 1850. Elle était la fille d'un travailleur des chemins de fer. Elle reçut une formation d'enseignante, et fut employée par une école privée dans le quartier ouvrier de Montmartre à Paris. De 1873 à 1878, elle a enseigné dans une école professionnelle municipale pour les jeunes filles au 26 rue Ganneron, et elle a ensuite enseigné à des jeunes filles au 12 rue Saint-Lazare jusqu'à 1880. En 1878, lors du congrès fondateur du syndicat des enseignants conduit par Marie Bonnevial elle a été élue secrétaire, poste qu'elle occupe jusqu'en 1880.

En 1880, Aline épouse M. Valette, un avocat prospère, et arrête de travailler. Elle se sépare de son mari vers 1885. Lorsqu'elle était mère seule avec ses deux fils, elle écrit un manuel pour les femmes au foyer qui transmettait des valeurs très traditionnelles à propos du travail d'une femme à la maison. Pendant de nombreuses années La journée de la petite ménagère a été utilisé par les écoles à Paris. Le guide a été réédité à de nombreuses reprises les années qui ont suivi. Valette faisait partie de l'association Charité des femmes libérées de la prison de Saint-Lazare, qui visait à réhabiliter des prostituées, et a écrit un pamphlet pour la charité.

Activité socialiste et féministe[modifier | modifier le wikicode]

Dans les années 1880, Aline Valette travaille comme inspecteur du travail bénévole dans la région parisienne. À 40 ans, elle devient socialiste en réaction à ce qu'elle avait vu des conditions de travail en usine. Elle devient membre d'un groupe d'étude guesdiste et en 1889 représentait ce groupe lors du congrès de fondation de l'Internationale ouvrière. Elle assiste au congrès international de 1891 à Bruxelles comme guesdiste confirmée. Le 29 juin 1891, une séparation officielle d'avec son mari était lancée. Elle gagnait environ 2000 francs par an par les ventes de La journée de la petite ménagère et par l'enseignement. Son mari, qui a vécu en Algérie, avait été condamné à payer une pension alimentaire de 200 francs par mois, mais ne donnait rien. Elle avait deux enfants âgés de 8 et 10 ans qui, conformément à une ordonnance du tribunal, vivaient avec la famille de son avocat à Sèvres.

Valette était parmi les femmes qui, comme Marie Guillot, Séverine, Maria Vérone et Marie Bonnevial, ont fait campagne pour le droit de vote des femmes, pour la réforme du code civil (qui traitait les femmes comme des mineures) et pour l'accès des femmes à tout type d'études et de métiers. En janvier 1892, Eugénie Potonié-Pierre rassemble huit groupes féministes à Paris dans la Fédération Française des Sociétés féministes. Valette rejoint le comité qui organise le premier Congrès en mai 1892, et représente un (éphémère) syndicat des couturières au congrès. Le 17 juin 1892, en raison d'un différend sur le contrôle de la Fédération, Potonié-Pierre démissionne de son poste de secrétaire et est remplacée par Valette.

La tâche principale de la Fédération avait été définie comme la préparation d'un Cahier des doléances Féminines. Valette fonde l'hebdomadaire L'Harmonie sociale qui paraît le 15 octobre 1892, et qui cherche à s'adresser aux femmes travailleuses. L'en-tête comportait le slogan « La femme doit être affranchie par le travail affranchi ».

Cependant, les collaboratrices de la revue, dont Eliska Vincent, Marie Bonnevial et Marya Chéliga-Loevy (Maria Szeliga), étaient plus intéressées par le féminisme que par le socialisme. Le journal publie La femme et le socialisme d'August Bebel, ainsi que divers textes et résolutions des congrès socialistes, même s'il était loin d'être marxiste. L'Harmonie sociale a cessé de paraître en 1893. En 1893, elle est co-auteur de Socialisme et Sexualisme: Programme du parti socialiste féminin. Après cela, elle défend le "sexualisme", une idée selon laquelle la biologie évolutionniste exige que les femmes et les enfants reçoivent un soutien plus important de la société que les hommes.

En tant que secrétaire de la Fédération des Sociétés féministes, Valette assiste en 1893 au congrès du Parti Ouvrier Francais (POF) et devient membre de son conseil national. Valette fut secrétaire permanente du POF de 1896 jusqu'à sa mort. Sa santé commence à se détériorer, et pendant l'hiver 1897-1898 elle toussait continuellement. Elle ne fut pas en mesure d'assister au congrès du POF de 1898, mais elle soumet un projet de résolution sur les droits de la femme, qui appelait les municipalités socialistes à mettre en place des bulletins de vote non officiels pour les femmes en même temps que les bulletins de vote officiels, pour faire progresser l'idée du suffrage féminin. Mais aucune femme ne participe à ce congrès, et son projet de résolution n'est pas entendu.

En avril 1898, Valette se rend à Arcachon, au sud de Bordeaux, dans l'espoir que le climat doux et l'eau minérale guérissent sa tuberculose. Elle y meurt le 21 mars 1899, âgée de 48 ans. Des femmes socialistes lui ont plus tard donné un statut de martyr. Le POF érige un petit monument à Aline Valette dans le cimetière d'Arcachon, représentant un soleil éclairant le monde. Il porte la légende « La femme doit être affranchie par le travail affranchi ».[1]

Idées[modifier | modifier le wikicode]

Valette soutenait que le programme socialiste satisfaisait toutes les revendications féministes. Fin 1897, son enquête sur les travailleuses de l'industrie paraît dans le journal La Fronde. Elle y montrait la force qu'avaient ces travailleuses, et les handicaps qu'elles rencontraient. Les femmes n'étaient pas syndiquées, n'étaient pas représentées aux conseils de prud'hommes, n'avaient pas le droit de vote, et percevaient souvent des salaires de misère. Elle déclara « La dignité et l'indépendance de la femme, comme celle de l'homme, n'a pas de plus sûre garantie que le travail. »

Cependant, Valette donnait une grande importance à la maternité, et était agacée par les femmes qui choisissaient de ne pas avoir des enfants. Valette était d'accord avec les socialistes sur le fait que les femmes étaient économiquement opprimées, mais soutenait que la communauté devrait soutenir la maternité comme le statut et la "profession" la plus élevée. Dans le premier numéro L'Harmonie sociale, l'article principal de  Valette disait que, en prenant le « rôle artificiel de producteur » les femmes avaient négligé leur « rôle naturel de reproducteur ». Elle attendait « l'époque heureuse où les femmes seront revenues à leur rôle biologique de créateur et éducateur de l'espèce. »

Textes[modifier | modifier le wikicode]

Aline Valette, L’hygiène dans l’atelier, La Fronde, 29/03/1898

Aline Valette, Le travail des femmes. Ouvrières et syndicats, La Fronde, 10/07/1898

Aline Valette, L ‘« Ouvrière » de Michelet, La Fronde, 17/07/1898

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]

  1. M. Roudier, UN MONUMENT DU FÉMINISME EFFACÉ À ARCACHON. Horizon 21, 2012