Vers le XVI° congrès du PCUS

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La publication du numéro actuel de notre Biulleten coïncide en gros avec le XVI° congrès du parti. Il n'est pas trop difficile de prédire ce que sera le caractère de ce congrès. Il suffit pour cela de savoir qui le convoque et comment cela se passe. C'est l'affaire de la fraction stalinienne - avec le soutien du G.P.U. et de l'armée par le moyen de l'appareil du parti et avec l'aide de l'appareil d'Etat - que de réunir un organe législatif soigneusement sélectionné et suffisamment intimidé dont les décisions sur toutes les questions fondamentales ont été décidées d'avance, alors que l'exécution de ces décisions cessera d'être obligatoire en ce qui concerne la fraction stalinienne le lendemain de la fin du congrès. Pas un seul membre du parti capable d'observer et de réfléchir ne trouvera la moindre exagération dans ce qui vient d'être dit. Au contraire, c'est le diagnostic le plus objectif et le plus précis de ce qui existe réellement.

Le congrès se réunit après une crise d'une exceptionnelle gravité dans la vie intérieure du pays, qui a confronté le régime soviétique à des tâches nouvelles et de nouveaux dangers aigus. Il semblerait que si le congrès du parti devait avoir quelque signification, ce serait précisément en tant que forum dans lequel le parti juge de la politique de son comité central, c'est-à-dire son organisme suprême entre les congrès. Entre les congrès, dans ce cas, signifie une période de deux ans et demi. Et quelles étaient ces années! Des années dans lesquelles les avertissements et prédictions de l'Opposition battue et calomniée ont été, à la surprise du parti, confirmés avec une force et conviction qui étaient frappantes. C'étaient des années où l'on a découvert, conformément aux affirmations de la presse officielle, que Rykov, chef du gouvernement, "essayait de profiter des difficultés économiques du pouvoir soviétique", que le dirigeant de l'I.C. Boukharine a été découvert comme Ie "véhicule des influences libéralo-bourgeoises", que leur co-conspirateur avait été le président du conseil central des syndicats, Tomsky, chef de l'organisation qui englobe la classe dirigeante du pays tout entière.

Les trois personnes nommées ci-dessus ne sortent pas du vide. C'étaient là des membres du comité central sous Lenine, occupant aussi à cette époque des postes de haute responsabilité. Chacun d'eux a derrière lui de deux à trois décennies d'appartenance au parti. Ils ont fait des erreurs et ont été corrigés plus d'une fois par le parti. Comment se fait-il que leurs idées "bourgeoises-libérales" soit apparues aussi soudain - et à un moment où la force de la dictature et du socialisme a tellement grandi que la direction peut poser brutalement la question de l'élimination des classes "dans le plus bref délai possible" ?

Ce n'est bien entendu pas l'aspect personnel de la question qui nous intéresse. Mais sous la forme de choses qui semblent "personnelles", tout le régime du parti, tel qu'il s'est formé dans les treize années écoulées depuis la conquête du pouvoir par le prolétariat, est exposé devant nos yeux.

Le système du bureaucratisme est devenu un système de révolutions de palais ininterrompues, ce qui est maintenant l'unique moyen par lequel il puisse se maintenir. Une semaine avant que la scission au sein du comité central explose en surface et que les irréprochables "léninistes" aient été proclamée libéraux bourgeois, renégats, traitres, etc. - avec l'accompagnement des cris et des huées d'une bande déchaînée de jeunes chenapans, parmi lesquels se trouvaient cependant plus d'un vénérable vieux monsieur, 9 une semaine avant que cela arrive, la rumeur selon laquelle il y avait des désaccords dans le comité central a été qualifiée de calomnie criminelle inventée par I'Opposition trotskyste. Tel est le régime! Ou plutôt tel est l'un de ses traits les plus voyants!

Juste en ce moment, le parti est en train d'entrer dans les préparatifs du congrès ou, plus précisément l'apparence de préparatifs pour l'apparence de congrès. On s'attendrait à ce que précisément la question de la politique du comité central - sa 'ligne générale", son mode interne de gouvernement, qui consiste en une série de coups de palais, arrivant comme de brutales surprises qui frappent le parti sur la nuque et le surprennent à l'improviste pour ne pas parler des autres grosses surprises comme "l'élimination des classes" dans le cadre du plan quinquennal, aurait été au centre des discussions d'avant-congrès. Mais c'est justement une telle discussion qui a été interdite. Oui, complètement interdite!

Bien entendu, il n'y a pas et il ne peut y avoir le moindre doute que l'appareil suit avec beaucoup d'attention la discussion ou plutôt le semblant de discussion et qu'il a en coulisses pris toutes les mesures pour préserver la domination de la fraction militarisée de Staline - ou, plus précisément, pour ne pas être obligés d'employer des mesures de répression ouvertes et générales contre le parti. On l'avait fait auparavant, mais on ne l'avait pas mentionné. Maintenant, en revanche, des mesures de coercition contre le parti sont élevées au niveau des principes et ouvertement annoncées du haut des tribunes les plus autorisées du parti. C'est incontestablement le dernier cri, la réalisation la plus récente de l'appareil du parti. Une telle situation n'existait pas au temps du XV° congrès.

S.V. Kossior, secrétaire du comité central ukrainien - ne pas confondre avec le camarade V.V. Kossior, l'oppositionnel, qui est maintenant exilé - a donné le ton, bien, mais pas de sa propre initiative. Le groupe stalinien de Kharkov a joué le rôle de troupe de choc dans le système de bonapartisme du parti depuis un certain temps. Chaque fois que le parti a besoin d'être abasourdi par le dernier mot que les autres secrétaires locaux ne se sont pas décidés ou ont honte de prononcer, on confie la mission à Kharkov. Manouislky venait de là; Kaganovitch y a travaillé; c'est là qu'est l'homme de confiance Skrypnik; là plus d'un bébé Moïse a éclaté sur la scène comme bien des œufs pourris; là, à l'époque où le fil du télégraphe de Moscou noué autour de son cou quand il joue au "chef", S.V. Kossior, déjà cité - de braconnier oppositionnel sous Lenine, est devenu sous Staline un gendarme bureaucratique. Dans un rapport publié par la presse tout entière, Kossior a assuré qu'il y avait dans le parti des éléments assez criminels pour oser parler à des réunions de cellules, pendant des discussions de la politique du parti, des erreurs du comité central dans l'application de la politique kolkhozienne. "Il faut vraiment leur dire leur fait!, déclare Kossior, et ses paroles sont publiées dans toute la presse du parti. "Leur dire leur fait" - cette formule prudemment tournée mais vile, comporte toutes les formes de la répression physique: exclusion du parti, renvoi du travail, privation d'appartement familial, exil pénal et finalement diffamation pnr la calomnie diffusée par un des Jarostavsky locaux. Un autre membre du comité central, kstychev, également un Ukrainien, a publié dans la Pravda une accusation sous forme d'article - une accusation faite de morceaux de discours de certains membres individuels du parti qui, de nouveau, dans des réunions de cellules du parti - ont "osé" - ils ont osé - parler des erreurs du comité central. Sa conclusion est la même que celle de Kossior, il faut les chasser. Et cela à la veille d'un congrès ostensiblement convoqué avec l'objectif précis d'évaluer le comité central.

Le régime bureaucratique est bien sur la voie d'établir le principe de l'infaillibilité de la direction, complément nécessaire du fait qu'elle n'a pas de comptes à rendre. Telle est la situation présente.

Ces faits ne tombent pas du ciel. Ils résument le second chapitre de la révolution celui de l'après-Lenine, le chapitre de son déclin graduel et de sa dégénérescence. La première révolution de palais, résultat d'une conspiration organisée méthodiquement, a été réalisée en 1923-1924, après avoir été soigneusement préparée pendant les mois où Lenine luttait contre la mort. Dans le dos du parti, six membres du Politburo organisèrent une conspiration contre le septième. Ils se lièrent par un engagement de "discipline mutuelle"; ils communiquèrent avec leurs agents et leurs groupes de confiance dans toutes les parties du pays par des télégrammes codés. Le pseudonyme officiel utilisé collectivement par les organisateurs de la conspiration était le terme de "Vieille Garde léniniste". On annonça que ce groupe, et lui seul, était le continuateur d'une ligne politique juste. Il est intéressant de rappeler maintenant les gens qui constituaient cette infaillible "Vieille Garde léniniste" de 1923-1924: Zinoviev, Kamenev, Boukharine, Staline, Rykov et Tomsky. De ces six incarnations vivantes du léninismes deux idéologues principaux de la vieille garde - Zinoviev et Kamenev - ont fini deux ans plus tard par être dénoncés pour "trotskysme" et, encore deux ans plus tard, furent exclus du parti. Trois autres - Boukharine, Rykov et Tomsky, se sont avérés des "bourgeois libéraux" et ont été écartés en fait de toute activité. Sans aucun doute, après le congrès seront-ils aussi révoqués formellement. Aucun aveu ne peut les aider à ce point. Les brèches dans l'appareil bureaucratique ne seront jamais refermées; elles ne peuvent que s'élargir. Ainsi, de ceux qui constituaient la "Vieille Garde léniniste", seul Staline n'est pas tombé sous la roue de l'appareil. Et ce n'est pas par hasard: c'est lui qui la fait tourner.

D'abord, c'est-à-dire après le premier coup (la maladie de Lenine et l'exclusion de Trotsky), le principe de l'"infaillibilité" de la direction en un certain sens avait un caractère philosophique en rapport avec le parti: la "Vieille Garde" liée avec Lenine par son passé entier et maintenant liée par une solidarité idéologique inébranlable, était soi-disant capable par son effort collectif de garantir "une direction irréprochable" Telle était la doctrine du régime d'appareil à cette étape. Au temps du XV° congrès, l'infaillibilité avait changé, de principe "historique et philosophique" en un guide pratique de coulisses qui n'a pas encore été ouvertement reconnu. Mais lors du XVI° congrès, il est déjà devenu un dogme ouvertement professé. Bien que, par habitude, on fasse encore référence à l'infaillibilité du comité central, il ne viendrait à l'idée de personne de penser à lui comme s'il était une sorte quelconque de collectif stable, puisque personne ne prend au sérieux les membres du Politburo: eux-mêmes ne le font pas. Ce qu'on entend réellement par là, c'est Staline. Ce n'est pas camouflé du tout. Au contraire, c'est souligné de toutes les façons possibles. L'année de son couronnement officiel comme dirigeant infaillible ne devant de compte à personne a été 1929. Un des capitulards a donné une formule générale pour cette nouvelle étape: il est impossible d'être loyal au parti sans être loyal au comité central; il est impossible d'être loyal au comité central sans être loyal à Staline. C'est le dogme du parti bonapartiste. Le fait que Piatakov, qui considérait possible au temps de Lenine d'être pour le parti tout en étant un opposant persistant de Lenine, explique maintenant que le concept de parti signifie un groupement plébiscitaire autour de Staline (ceux qui sont pour lui sont dans le parti et les autres non) - ce fait en lui-même caractérise suffisamment le cours qui a été pris par le parti officiel dans les sept dernières années. Et ce n'est pas sans raison qu'on a dit de ce même Piatakov, quand il était encore dans l'Opposition, remâchant tristement les débris des anciennes idées: "Bonaparte faisait parfois ses préfets à partir de semblables débris".

L'ensemble de l'histoire démontre combien il est difficile d'arriver à une conception générale des événements auxquels on a participé, surtout si ces évènements ne coïncident pas facilement avec les façons anciennes, coutumières, "automatiques" de penser. C'est pour cela qu'il arrive souvent que des gens honnêtes et sensibles soient sincèrement excédés si on fait simplement référence à voix haute à ce qu'ils font ou à ce qui arrive avec leur coopération et qu'on l'appelle cela par son nom. Et ce qui arrive est un processus automatique, très largement extérieur à la conscience, mais pas moins réel pour autant, à travers lequel le parti ouvre la voie au bonapartisme. derrière la fiction des préparatifs pour le XVI° congrès - convoqué conformément au principe plébiscitaire de Piatakov (quiconque est pour Staline va au congrès) - c'est précisément cette réalité qui apparaÎt de façon aussi menaçante: la préparation sans y penser, inconsciemment, automatiquement. du terrain pour le bonapartisme.

Aucun cri d'indignation ni aucun hurlement hypocrite que libéraux et mencheviks disent "la même chose" ne nous empêchera de dire ce qui est vrai puisque c'est seulement dans cette voie qu'il est possible de trouver les bases d'un soutien et les forces pour contre-attaquer et pour repousser le danger. Le parti a été étouffé. Il n'a plus qu'un seul droit: être d'accord avec Staline. Mais ce droit est en même temps son devoir. Plus, le parti a été appelé à exercer ce droit douteux après un intervalle de deux ans et demi. De combien sera le prochain ? Qui peut aujourd'hui le dire ?

Non seulement tout ouvrier communiste qui pense, mais aussi tout fonctionnaire du parti qui n'a pas été complètement Jaroslavskysé ou Manouilskysé ne peut s'empêcher de demander: comment se fait-il qu'en résultat de la croissance économique et culturelle et du renforcement de la dictature et du socialisme, le régime du parti soit en train de devenir de plus en plus lourd et intolérable? Les apparatchiki eux-mêmes l'admettent dans les conversations privées sans même un moment d'hésitation; et comment le nieraient-ils ? L'écrasante majorité d'entre eux ne sont pas seulement les exécutants du régime de Staline, mais aussi ses victimes.

De deux choses l'une. Ou le système de dictature prolétarienne est entré de façon irréconciliable en contradiction avec les besoins économiques du pays, et la dégénérescence bonapartiste du régime du parti n'est qu'un sous-produit de cette contradiction fondamentale - c'est ce que les ennemis de classe, les mencheviks au premier rang, croient, disent et espèrent; ou bien le régime du parti, qui a sa propre logique et son propre élan, est entré dans un état de contradiction aiguë avec la dictature révolutionnaire, en dépit du fait que cette dernière conserve toute sa vitalité et est l'unique régime capable de protéger la Russie de la servitude coloniale, garantissant le développement de ses forces productives et ouvrant devant elle de grandes perspectives socialistes. C'est ce que nous, Opposition communiste de gauche, nous croyons. Nous devons accepter l'une de ces deux explications. Personne n'en a proposé de troisième. Et dans l'intervalle la dégénérescence progressive du régime du parti exige d'être expliquée.

Le régime du parti dirigeant n'a pas de signification définie pour le destin de la dictature révolutionnaire. Bien entendu le parti est un facteur de l'ordre des "superstructures". Le processus qui s'y déroule se réduit en dernière analyse à des rapports de classe qui changent sous la pression des forces productives. Mais les interrelations entre les éléments superstructurels de type différent et leur relation à leur base de classe ont un caractère dialectique extrêmement complexe. Le régime du parti n'est pas en ou par lui-même un baromètre automatique des processus qui prennent place en dehors du parti et indépendamment de lui.

Il n'est pas nécessaire de répéter que nous n'avons jamais été enclins à nier ou minimiser la signification des facteurs objectifs qui pèsent de l'extérieur sur le régime interne du Parti.

Au contraire, nous les avons soulignés à plusieurs reprises. Ils se ramènent tous en dernière analyse à l'isolement de la république soviétique.

Au niveau politique, il y a deux raisons pour cet isolement prolongé: Le rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie qui est venue au secours de l'Europe capitaliste après la guerre et étaie en ce moment sa domination impérialiste (le rôle du gouvernement Mc Donald en ce qui concerne l'Inde); et la politique opportuniste et aventuriste de l'I.C. qui a été la cause immédiate d'un certain nombre de défaites colossales pour le prolétariat (Allemagne, Bulgarie, Lettonie, Chine, Grande-Bretagne). Les résultats des erreurs de l'I.C. sont chaque fois devenus la source de difficultés ultérieures et par conséquent de la détérioration ultérieure du régime. Mais les trahisons même de la social-démocratie - un "facteur objectif" du point de vue communiste - se déroulent avec une relative impunité seulement parce qu'elles sont couvertes par les fautes parallèles de la direction communiste. Ainsi les "facteurs objectifs" eux-mêmes, au sens de la pression des forces de classe hostiles sur le parti représentent dans une très large mesure - qui ne peut bien sûr être mesurée mathématiquement - les résultats actuels de la politique fausse d'hier de la bureaucratie centriste.

Si l'explication de la détérioration systématique du régime au cours des sept années écoulées était simplement qu'il y avait eu une augmentation automatique de la pression des forces de classe hostiles, cela impliquerait une sentence de mort pour la révolution. En fait, ce n'est pas le cas. En plus de la pression des forces hostiles de l'extérieur qui, de plus, ont trouvé un soutien dans la politique fausse à l'intérieur du parti, le régime subit la pression directe et pesante d'un facteur interne d'une force immense et qui grandit sans cesse, à savoir la bureaucratie du parti et de l'Etat. Cette bureaucratie est transformée en force auto-suffisante: elle a ses propres intérêts matériels et développe son point de vue, correspondant à ses propres positions privilégiées. Utilisant les moyens et les méthodes parmi lesquelles la dictature armée, la bureaucratie subordonne de plus en plus le régime du parti non aux intérêts de la dictature, mais à ses propres intérêts, c'est-à-dire la garantie de ses positions privilégiées, son pouvoir et son droit de ne pas rendre de comptes. Bien entendu ce phénomène est né de la dictature. Mais c'est un dérivé auquel s'opposent d'autres dérivés dans la dictature elle-même. Ce n'est pas que la dictature soit entrée en contradiction avec les besoins du développement économique et culturel; au contraire, le régime soviétique, en dépit de toutes les erreurs de sa direction a montré dans des circonstances difficiles et continue à montrer même maintenant les inépuisables sources de créativité qu'il porte en lui. Mais il n'est pas douteux que la dégénérescence bureaucratique de l'appareil de la dictature sape la dictature elle-même; et comme les zigzags économiques des dernières années l'ont montré, cette dégénérescence peut vraiment mettre le régime soviétique en contradiction avec le développement économique du pays.

Le bureaucrate va-t-il dévorer la dictature ou la dictature de la classe révolutionnaire prendra-t-elle le meilleur sur. le bureaucrate ? Tel est le problème auquel nous sommes confrontés maintenant - et de sa solution dépend le sort de la révolution.

Il y a quatre ans, on disait de Staline qu'il s'était porté candidat au poste de fossoyeur du parti et de la révolution. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis lors. Les limites sont presque atteintes. Les dangers se sont multipliés. Néanmoins nous sommes bien plus éloignés qu'à aucun moment des dernières années du pessimisme dans nos prévisions. Des processus profonds se déroulent dans le parti hors du cadre de ses procédures formelles et de ses manifestations destinées au spectacle. Les tournants économiques et les zigzags de la bureaucratie, les convulsions sans précédent de tout l'organisme économique du pays, la chaîne ininterrompue de coups de palais et finalement l'évidence même du passage aux méthodes plébiscitaires bonapartistes pour diriger le parti - tout cela donne naissance à un processus profond de différenciation dans le fondement même du parti, dans l'avant-garde ouvrière et dans le prolétariat dans son ensemble. Ce n'est pas un hasard si maintenant plus que jamais toute la presse officielle est pleine de hurlements contre le "trotskysme". Les éditoriaux, les fictions, les comptes rendus économiques, le prose et la poésie, les rapports de correspondants et les résolutions officielles - tout cela condamne ce qui a déjà été condamné, écrase ce qui a déjà été écrasé, et enterre le "trotskysme" déjà enterré. En même temps, à titre de préparation du congrès, quatre cent cinquante oppositionnels ont été récemment arrêtés à Moscou seulement. Cela démontre que les idées de l'Opposition continuent à vivre. Les idées ont une puissance énorme quand elles correspondent au cours réel des événements. C'est attesté par l'histoire tout entière du bolchevisme que l'Opposition continue dans des conditions nouvelles. "Vous ne pouvez sceller nos idées dans une bouteille", avons-nous dit des dizaines de fois à la bureaucratie stalinienne. Maintenant, elle est contrainte à tirer les mêmes conclusions.

Le XVI° congrès ne décidera rien. Le problème sera tranché par d'autres facteurs: ce que sont les inépuisables ressources révolutionnaires du prolétariat et le potentiel pour l'activité de son avant-garde - qui se rapproche toujours plus d'une grande épreuve. L'Opposition est l'avant-garde de l'avant-garde. Elle a accepté une série de défaites organisationnelles comme le prix pour lancer une certain nombre d'appels à l'avant-garde prolétarienne.

L'histoire dira que ce prix n'était pas trop élevé. Plus l'Opposition a présenté clairement, distinctement et à voix haute ses critiques, prévisions et propositions, mieux elle a rempli son rôle. L'intransigeance idéologique a été inscrite sur notre drapeau. En même temps, l'Opposition n'a jamais, même un instant ni dans sa critique théorique, ni dans ses activités pratiques, dévié de la ligne politique de gagner le parti idéologiquement à une ligne de pouvoir contre le parti. Quand les bonapartistes ont essayé de nous attribuer des plans pour une guerre civile, nous leur avons régulièrement retourné ces provocations au visage. Ces deux principes directeurs de l'activité de l'Opposition demeurent valables encore aujourd'hui. Aujourd'hui, comme dans le passé, nous sommes sur la ligne de la réforme. Nous cherchons à aider le noyau prolétarien du parti à réformer le régime dans une lutte contre la bureaucratie bonapartiste, plébiscitaire. Notre but: la consolidation de la dictature prolétarienne en U.R.S.S. comme le facteur le plus important pour la révolution socialiste internationale.

L'Opposition a été mise à l'épreuve dans des événements d'une importance exceptionnelle et sur des questions d'une complexité sans précédent. L'Opposition est devenue un facteur international et ne cesse de ce point de vue de grandir. C'est pourquoi nous sommes moins pessimistes que jamais auparavant. Le XVI° congrès travaillera à résoudre divers problèmes, mais il ne résoudra pas le problème. Nous écouterons avec attention les discours des délégués au congrès et nous lirons avec soin ses décisions. Mais même maintenant nous regardons plus loin, au-delà du XVI° congrès. Notre politique continue à être celle du long terme.