Sædt (1849)

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Auteur·e(s) Friedrich Engels
Écriture 17 février 1849

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Publié en français dans le recueil La Nouvelle Gazette Rhénane aux Éditions sociales (1963-1971). Numérisé par MIA et l'UQAC.

Neue Rheinische Zeitung n°225, 18 février 1849
Mots-clés : Allemagne, Cologne, Justice


Cologne, le 17 février.

Chaque bourgade a son esprit fort ; le Parquet de Cologne a aussi le sien. L'esprit fort du Parquet de Cologne est un certain Saedt. Homo novus atque ignotus [1] (en allemand : un penseur profond).

Il y a deux sortes d'insolence, on peut être insolent soit par esprit de supériorité, soit du fait d'un esprit borné qui puise sa force dans une position officielle, dans la conscience qu'il a de lutter avec des armes privilégiées, etc. Dès qu'il disposera du compte rendu, le public décidera laquelle de ces deux supériorités l'esprit fort du Parquet de Cologne a développée hier après-midi dans son réquisitoire contre Kinkel[2] . Il appréciera ensuite à quel point M. Sædt est encore jeune.

Mais nous ne saurions pas comment concilier avec notre devoir de publiciste le fait de taire plus longtemps au public européen une déclaration de notre esprit fort. Nous savons que le Démosthène du Parquet de Cologne chercha à rectifier l'interprétation que l'on donna après-coup du passage à citer. Mais nous estimons trop les inspirations spontanées de ce génie bouillonnant pour nous les laisser gâter et affaiblir par le commentaire d'une réflexion ultérieure.

M. Saedt, substitut du procureur général dit :

En allemand : « Sie dürfen alles, was ich sage, widerlegen, aber Sie dürfen meinen Vortrag nicht kritisieren. »

En français : M. Sædt, substitut du procureur du roi s'adressant à l'accusé : « Libre à vous de réfuter tout ce que je viens de dire, mais il ne vous appartient pas de critiquer le réquisitoire d'un substitut du procureur du roi. » (Avis à la Réforme, à la République et à la Révolution [3] ).

En anglais : The Queen's counsel, Mr. Saedt, to the defendant : « You may refute all I say, but you have no right to criticize my speech. » (N. B. Our English contemporaries, principally the Northern Star [4] , are requested to publish the above[5] .)

En italien : Sig. Sædt, accusatore publico, replico : « Dite quanto volete in rifutazione di questo che ho detto, ma vi è difeso di criticare il mio requisitorio. » (Avviso all'« Alba », al « Contemporaneo » ed alla « Concordia »[6] .)

En espagnol : El fiscal, Sennor Sædt, dijo, hablando al acusado : « Sennor, Ud puede refutar todo Io que he dicho ; pero el que vengo de decirpor requisotorio, es defendido de tocarlo. » (Pregaramos los jornales radicales de Madrid de publicar esas lineas[7] .)

En danois : « De Kunne gjensige alt hvad jeg siger, men De have intet Tet at kritisiere mit Requisitoire (Angreb). » (De danske demokratische Tidender ville vacre meget glaedt at meddele det danske Publikum den foregasende Bewiss af de preussische Magistraters Sundhed[8] .)

Que M. Sæ dt veuille bien décider lui-même dans quelle langue sa déclaration est la plus drôle.

  1. Citation latine : homme nouveau et inconnu.
  2. Les 16 et 17 février l'affaire Kinkel fut jugée à Cologne. À propos d'un article paru dans la Bonner Zeitung et qui dressait un tableau des exactions des soldats prussiens à Mayence, Gottfried Kinkel, rédacteur de ce journal démocratique était accusé d'avoir offensé les troupes de la garnison prussienne de Mayence. Il fut condamné à un mois de prison. Il fut acquitté le 23 février 1849 au cours d'un procès simultané sur le refus des impôts.
  3. La Réforme était un quotidien français, organe des démocrates et républicains; elle parut de 1843 à 1850 à Paris. La République était un quotidien français, organe des républicains. Elle parut du 26 février 1848 au 2 décembre 1851, sous la direction d'Eugène Barrest à Paris. La Révolution démocratique et sociale était un quotidien, organe de démocrates républicains; elle parut à Paris, du 7 novembre 1848 au 13 juin 1849, sous la direction de Charles Delescluze.
  4. The Northern Star était un hebdomadaire anglais, organe central des Chartistes; il parut de 1837 à 1852, au début, à Leeds et, à partir de novembre 1844, à Londres. Il avait été fondé par Fergus Edward O'Connor qui en était rédacteur; au cours des années 1840, il eut pour rédacteur George Julian Harney. Engels collabora à ce journal de septembre 1845 à mars 1848.
  5. N. B. Nos contemporains anglais, et principalement le Northern Star, sont priés de publier ce qui précède.
  6. Il s'agit des journaux démocratiques italiens L'Alba qui parut à Florence de 1847 à 1849 et Il Contemporaneo qui parut à Rome de 1846 à 1849 et également du journal libéral bourgeois La Concordia qui fut édité à Turin de 1848 à 1849.
  7. Nous prions les journaux de Madrid de publier ces lignes.
  8. Les journaux démocratiques danois se feront un plaisir de faire part au public danois de la preuve fournie ci-dessus de la bonne santé du magistrat prussien.