Réponse de Frédéric-Guillaume IV à la délégation de la garde civique

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Auteur·e(s) Karl Marx
Écriture 18 octobre 1848

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Publié en français dans le recueil La Nouvelle Gazette Rhénane aux Éditions sociales (1963-1971). Numérisé par MIA et l'UQAC.

Neue Rheinische Zeitung n° 121, 20 octobre 1848


Cologne, 18 octobre.

Frédéric-Guillaume IV a répondu aux félicitations du commandant de la garde civique Rimpler à l'occasion du 15 octobre.

« Je sais qu'un peuple héroïque et vaillant est aussi un peuple fidèle. Mais n'oubliez pas que c'est de moi que vous tenez vos armes et que j'exige comme étant votre devoir, que vous vous en serviez pour la défense de l'ordre, de la loi et de la liberté. »

Les rois constitutionnels sont irresponsables à condition de n'avoir pas à répondre de leurs actes - au sens constitutionnel naturellement. Leurs actes, leurs paroles, leurs gestes ne leur appartiennent pas, ils appartiennent aux ministres responsables.

Hansemann, lors de son exit, fit dire au roi que l'ordre de Stein à l'armée était inconciliable avec la monarchie constitutionnelle. Pfuel l'exécuta - au sens parlementaire, s'entend. Hansemann était compromis - au sens constitutionnel. Le roi lui-même ne s'était pas contredit, parce qu'il n'avait rien dit - toujours au sens constitutionnel.

La déclaration ci-dessus du roi n'est rien d'autre qu'une déclaration ministérielle et en tant que telle, elle est soumise à la critique.

Si Pfuel prétend que le roi a créé la garde civique de son plein gré, alors il prétend que le roi était l'instigateur de la révolution de mars, ce qui est un non-sens - même au sens constitutionnel.

N'en parlons plus.

Après avoir créé le monde et les rois de droit divin, Dieu laissa aux hommes l'industrie de moindre importance. Les « armes » etmême les uniformes de lieutenant sont fabriqués suivant un procédé profane et le procédé profane de fabrication ne crée pas en partant du néant, comme l'industrie céleste. Il a besoin de matières premières, d'instruments de travail, de salaire, choses que l'on résume sous le nom simple de frais de production. Ces frais de production, l'État les couvre grâce aux impôts et les impôts sont fournis par le travail de la nation. Du point de vue économique, il reste donc une énigme à résoudre : comment un roi peut-il donner quelque chose à un peuple ? Il faut d'abord que le peuple forge des armes et les donne au roi pour pouvoir recevoir des armes du roi. Le roi ne peut jamais donner que ce qui lui est donné. Il en est ainsi sur le plan économique. Mais les rois constitutionnels apparaissent justement aux moments où l'on est sur la piste de ce secret économique. Ce sont toujours les questions d'impôt qui ont provoqué au premier chef la chute des rois de droit divin. Ce fut également le cas en Prusse. Même les marchandises immatérielles, les privilèges que les peuples se sont fait donner par les rois, non seulement ils les avaient donnés au préalable au roi, mais ils en ont toujours payé comptant la restitution, avec du sang et de l'argent sonnant et trébuchant. Suivez par exemple l'histoire de l'Angleterre depuis le XI° siècle, et vous pourrez calculer assez exactement combien chaque privilège constitutionnel a coûté de crânes défoncés et de livres sterling. M. Pfuel semble vouloir nous reporter au bon temps des Tableaux économiques de Davenant[1]. Dans le tableau portant sur la production anglaise, on lit notamment :

  1. Travailleurs productifs : rois, officiers, lords, ecclésiastiques, etc.
  2. Travailleurs improductifs : marins, paysans, tisserands, fileurs, etc.

D'après ce tableau, le 1 crée et le 2 reçoit. C'est en ce sens que le roi donne, d'après M. Pfuel.

La déclaration de M. Pfuel montre ce qu'on attend à Berlin du héros de « l'ordre et de la liberté croates[2] ».

Les derniers événements de Berlin nous font penser aux heurts provoqués le 23 août entre la garde civique et le peuple. Ce 23 août a été suivi d'un 5 octobre.

  1. Essai anonyme paru à Londres en 1700, écrit par Charles Davenant : An Essay upon the probable methods of making a people gainers in the balance of trade.
  2. Jellachich.