Lettre au Secrétariat international, 31 mars 1936

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Un travail bien inutile

Chers Camarades,

La modification apportée à la déclaration de la commission détruit tout le projet et rend absurde la déclaration elle-même. La commission voulait serrer l'adversaire de plus en plus près et l'isoler en trois ou quatre étapes. On voulait commencer par les questions programmatiques, faire apparaître les contradictions au grand jour et publier à cette occasion toutes les choses importantes dans La Commune elle‑même ; puis on passait aux questions organisationnelles et enfin aux questions personnelles. On aurait ainsi impliqué les lecteurs de La Commune dans l'affaire et on les aurait en même temps éduqués dans une orientation déterminée. La question des personnes devait apparaître de la sorte comme une conséquence de la critique générale. On n'aurait ainsi laissé aucune possibilité de retraite à l'adversaire dans la question personnelle. Tel était le projet[1]. Il pouvait être bon ou mauvais. En tout cas, il était construit de manière homogène.

A présent, il se trouve réduit à néant

1)Par le silence qu'on a observé pendant des mois sur le fait que La Commune s'était adressée au secrétariat international et aux secrétaires d'Amsterdam. On a de la sorte paralysé la commission Crux et perdu un temps précieux.

2)Par le comportement déloyal de Naville dans l'affaire de la lettre (sur ce point je ne veux pas m'étendre davantage afin de ne pas m'exposer à de nouvelles indiscrétions).

3)Par la décision du comité central français.

4)Par le fait qu'on sorte précisément à ce moment la décision de la commission de contrôle (avec deux ou trois mois de retard).

5)Par la petite modification apportée au texte, qui rend cependant absurde toute la déclaration.

Comme je l’ai déjà écrit auparavant, la politique de la commission est absolument inapplicable dans de telles conditions et son existence même absolument sans objet. Le mieux serait que le secrétariat international abandonne le comité central français à son propre destin. La légèreté et l’inconsistance de ces camarades dans les questions organisationnelles est indescriptible. S’il est impossible de s’entendre avec eux, ce n’est pas parce qu’ils ont des idées différentes sur ces problèmes, c’est parce qu’ils n’ont absolument aucune idée et qu’ils se laissent guider par leurs sympathies, leurs antipathies, leurs humeurs, etc. Ils doivent faire leur propre expérience. Peut-être certains comprendront-ils mieux les choses ensuite.

En ce qui concerne la question Naville, j’attends toujours la prise de position du comité central français et je réserve le droit d’exiger une commission de contrôle contre Naville.

  1. Trotsky résume ici pour la première fois le plan tactique qui sous‑tendait le projet de la « commission Crux ».