Les prolétaires de Berlin se lèvent

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Auteur·e(s) Parti communiste internationaliste (La Vérité)
Écriture juin 1953

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La politique de la majorité du PCI (M. Bleibtreu, P. Lambert) face à l'insurrection de Berlin Est.
Source : La Vérité, n°317 du 29 juin 1953
Recueil(s): La Vérité
Mots-clés : Allemagne, Stalinisme


Salut aux travailleurs de Berlin-est et de toute l'Allemagne orientale, qui viennent d'écrire une nouvelle page glorieuse dans l'histoire du prolétariat international !

Silence aux chiens sanglants de la bourgeoisie, aux impérialistes français, américains, anglais. L'histoire de leur régime n'est que boue, sang et misère, de la Commune à l'assassinat des Rosenberg.

Qu'ils se taisent ceux qui par deux fois en vingt cinq ans ont déchaîné la guerre impérialiste pour défendre leurs profits. Qu'ils se taisent, ceux qui depuis huit ans font la guerre au VietNam, ceux qui en un jour assassinèrent 45 000 Algériens, ceux qui en trois jours assassinèrent 100 000 Malgaches, les bourreaux de Ferhat Hacged, les râtisseurs de Cap Bon, les hommes de la guerre atomique, les incendiaires de la Corée, les chevaliers du napalm et de la chaise électrique. Les travailleurs de Berlin se sont dressés contre l'oppression et la misère, c'est-à-dire contre vous et votre régime. Vos larmes de crocodile sur le sort de l'Allemagne orientale ne tromperont personne.

Quant aux valets de plume de "L'Humanité " et de "Libération " en assimilant tout un prolétariat dressé pour le pain et la liberté à des "provocateurs fascistes", ils ont montré, au grand jour, leur plate subordination aux bureaucrates du Kremlin et leur mépris de la classe ouvrière.

Travailleurs français voici comment et pourquoi les travailleurs d’Allemagne combattent

Voici les faits[modifier le wikicode]

Le 16 juin les gars du bâtiment de Berlin débrayaient en masse pour protester contre l'augmentation des normes de travail de 10 %, sans augmentation de salaire. Les cheminots, les métallurgistes se joignirent au mouvement: bientôt la grève fut générale. Les grévistes se répandirent dans les rues de la ville, aux cris de: "Nous en avons assez ! Nous ne pouvons plus vivre ainsi. Nous voulons du pain et la liberté! Vive la grève générale!" . Par centaines de milliers, affluant de 30 ou 40 kilomètres à la ronde, ils marchèrent sur le siège du gouvernement Grotewohl pour exiger sa démission.

Le 17 et le 18 juin les manifestations ouvrières s'étendaient à toute l'Allemagne. En maints endroits, la police populaire fraternisa avec les travailleurs.

Le gouvernement stalinien de Grotewohl-Ulbricht - ce même gouvernement qui pour satisfaire les exigences de la politique internationale du Kremlin venait de tendre la main à l'évêque Dibelius, de préconiser le développement de la petite et moyenne industrie capitaliste et la liberté du commerce, de prôner les vertus de la libre concurrence, de promettre des avantages aux paysans riches -; ce même gouvernement qui venait d'amnistier en masse les mercantis et les trafiquants - ce gouvernement aux abois, tout prêt d'être emporté par les travailleurs insurgés, s'abrita derrière les troupes d'occupation russes. Celles-ci intervinrent avec leurs tanks et leurs mitrailleuses qui scandaient : "Qui sommes-nous? Nous sommes les travailleurs de Berlin! Ils ne feront rien, nous sommes des ouvriers !"

Plusieurs dizaines furent tués, plusieurs centaines blessés. A Magdebourg, où 10 000 métallurgistes des usines Thaelmann s'étaient emparés de la préfecture et de la prison et avaient libérés les détenus politiques, vingt d'entre eux furent tués. Des événements semblables se déroulèrent à Weimar, Chemnitz, Hall, Dresde, Leipzig, Erfurt et dans les mines d'uranium de saxe. A Berlin, l'ouvrier électricien en chômage Willy Göttling, fut fusillé pour l'exemple. Le vice-président du gouvernement, Nuschke, déclara: "Les russes ont raison d'employer les tanks, car c'est leur devoir en tant que puissance d'occupation de rétablir l'ordre" .

Où sont les complices de l'impérialisme ?[modifier le wikicode]

Travailleurs ! Vous ne vous laisserez pas duper par les faussaires qui prétendent vous faire croire que les travailleurs allemands, lorsqu'ils luttent pour leurs conditions d'existence, pour leurs libertés, pour l'unité du pays, sont des provocateurs fascistes ! Certes, l'impérialisme américain, qui vient de défier l'opinion publique mondiale en assassinant les Rosenberg, cherche, dans sa rage contre-révolutionnaire, à exploiter la situation.

Mais qui donc fait le jeu de l'impérialisme - qui donc compromet la défense de l'Union soviétique - sinon les bureaucrates du Kremlin qui ont consacré à Postdam, la division de l'Allemagne entre les quatre Grands ? Qui, de concert avec les impérialistes occidentaux, ont imposé au peuple allemand les démantèlements d'usines et d'écrasantes réparations ? Qui fait le jeu de l'impérialisme, sinon ceux qui instaurent en Europe orientale d'étouffants régimes policiers, provoquent l'indignation des masses ouvrières ?

Ne les reconnaissez vous pas ces dirigeants staliniens qui osent écrire aujourd'hui: "Il y a lieu de rougir que les travailleurs allemands soient tombés dans le piège des machinations des provocateurs de Berlin-Ouest, que les ouvriers de Berlin n'aient pas réussi à empêcher que fût souillée leur ville" (Neues Deutschland, 18 juin). Ne les reconnaissez-vous pas ? N'est-ce pas les mêmes qui vous disaient, il n'y a pas longtemps : "La grève est l'arme des trusts" ou encore "Seuls les fascistes veulent la grève générale" . N'est-ce pas eux qui prêchent aujourd'hui le "Front national uni" , avec les bourgeois "patriotes" ? Ne sont-ils pas toujours prêts, aujourd'hui comme hier, en Allemagne comme en France, à sacrifier les travailleurs aux combinaisons diplomatiques du Kremlin ?

Seul contre tous[modifier le wikicode]

Moscou et Washington sont aujourd'hui d'accord pour présenter les travailleurs manifestants de l'Allemagne orientale comme des partisans de la "démocratie" à la mode américaine. Ils entonnent, chacun pour ses raisons, le chœur de cette hideuse calomnie contre les prolétaires allemands. Pas une voix ne s'est élevée contre les falsificateurs, pour la défense des aspirations socialistes du prolétariat d'Allemagne. Personne ne s'est trouvé non plus à la tête des manifestants, inorganisés et livrés à leur seul sens de classe, pour donner un programme à la lutte qu'ils voulaient mener.

Des témoins oculaires ont rapportés comment, au matin du 17 juin, de nombreux travailleurs, manifestant dans les rues de Berlin, disaient entre eux :"Malheureusement nous n'avons pas de direction" . Malheureusement, en effet, les travailleurs allemands n'ont pas encore à leur tête un parti révolutionnaire authentique, indépendant de Wall Street et du Kremlin. Ce parti aurait proclamé devant les prolétaires du monde entier que les travailleurs d'Allemagne orientale, comme quelques jours auparavant ceux de Pilsen et de Morava-Ostrava, en Tchécoslovaquie, ne luttent pas pour le rétablissement du capitalisme; ils luttent pour que les fruits de l'économie nationalisée et planifiée profitent à l'ensemble des travailleurs et non seulement à une minorité de bureaucrates privilégiés.

Ce parti aurait appelé les travailleurs de toute l'Allemagne à ne pas attendre l'unité allemande d'une conférence des grandes puissances - ces mêmes puissances qui à Yalta et à Postdam consacrèrent la division de l'Allemagne. L'unité allemande doit être conquise par l'action des travailleurs allemands. C'est dans cette voie que seront engagés les travailleurs de Berlin. Aussi la presse bourgeoise dissimule-t-elle mal son inquiétude sous ses ricanements. La bourgeoisie redoute que les travailleurs de toute l'Allemagne s'unissent dans un même combat. N'a-t-elle pas vu le 20 juin, précisément, des milliers de manifestants se heurter à la police à Munich, en zone américaine, au cours de violentes bagarres? On comprend dès lors que Kayser, ministre d'Adenauer, ait adressé aux travailleurs insurgés de la zone orientale un appel au calme.

Solidarité[modifier le wikicode]

Travailleurs français ! Nous pouvons et devons aider la classe ouvrière allemande dans sa lutte pour l'unité de son pays, pour le départ des troupes d'occupation étrangères, pour la démocratie ouvrière, pour le socialisme.

Unissons nous pour imposer le retrait de toutes les troupes d'occupation! Exigeons le retrait des troupes d'occupation de notre propre bourgeoisie en Allemagne de la même façon que nous exigeons le retrait du corps expéditionnaire en Indochine, et des troupes d'occupation française en Afrique du Nord !

Vivent les travailleurs d’Allemagne Orientale !

Vive l’action révolutionnaire des travailleurs de toute l’Allemagne pour l’unité allemande contre Adenauer et Grotewolh !

Vive la solidarité internationale du prolétariat !

Le Parti communiste internationaliste (section française de la Quatrième Internationale),

le 22 juin 1953