Interdiction des clubs à Stuttgart et à Heidelberg

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Auteur·e(s) Friedrich Engels
Écriture 19 juillet 1848

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Publié en français dans le recueil La Nouvelle Gazette Rhénane aux Éditions sociales (1963-1971). Numérisé par MIA et l'UQAC.

Neue Rheinische Zeitung n° 50, 20 juillet 1848


Cologne, 19 juillet

Mon Allemagne a pris un coup de vieux,
Et toi, tu as cru aux toasts;
Tu as cru chaque tête de pipe
Et ses pompons noir-rouge-or[1].

Et ceci, brave Allemand, a été en effet, une fois de plus, ton destin. Tu crois avoir fait une révolution ? Illusion ! Tu crois en avoir fini avec l'État policier ? Illusion ! Tu crois posséder le droit de libre réunion, la liberté de la presse, l'armement du peuple et autres belles paroles que l'on t'a criées par-dessus les barricades de mars ? Illusion rien qu'illusion !

Mais quand s'en est allée la douce ivresse,
Mon cher ami, tu restas tout pantois[2].

Pantois de tes soi-disant assemblées nationales élues au suffrage direct, pantois de voir des citoyens allemands expulsés à nouveau de villes allemandes, consterné de la tyrannie du sabre à Mayence, Trèves, Aix-la-Chapelle, Mannheim, Ulm, Prague, pantois des arrestations et des procès politiques de Berlin, Cologne, Dusseldorf, Breslau, etc.

Mais il te restait une chose, brave Allemand, les clubs ! Tu pouvais aller dans les clubs et te plaindre en public des escroqueries politiques des derniers mois; tu pouvais vider le trop plein de ton cœur devant ceux qui pensent comme toi et trouver une consolation dans les paroles des patriotes ayant les mêmes opinions, subissant la même oppression que toi !

Mais tout a une fin. Les clubs sont inconciliables avec l'existence de l'« Ordre ». Pour que « la confiance revienne », il faut de toute urgence qu'un terme soit mis à l'activité factieuse des clubs.

Nous avons rapporté hier comment le gouvernement wurtembergeois a interdit par ordonnance royale, l'Association démocratique de l'arrondissement de Stuttgart. On ne se donne plus la peine de traduire devant le tribunal les dirigeants des clubs, on revient à toutes les anciennes mesures policières. Qui plus est, MM. Harpprecht, Duvernoy et Maucler, qui ont contresigné cette ordonnance, vont encore plus loin - ils prescrivent des peines extra-légales contre les contrevenants à l'interdiction, peines qui vont jusqu'à un an de prison; ils font des lois pénales, et par-dessus le marché des lois pénales d'exception, sans les Chambres, uniquement « en vertu du paragraphe 89 de la Constitution » !

Ce n'est pas mieux dans le Bade. Nous relatons aujourd'hui l'interdiction de l'Association démocratique des étudiants d'Heidelberg. Dans ce pays, le droit d'association n'est pas en général aussi ouvertement contesté, on le conteste seulement aux étudiants : on les menace des peines prescrites par des lois caduques, les anciennes lois d'exception de la Diète fédérale depuis longtemps abolies[3].

Il faut donc sans doute nous attendre à ce que chez nous aussi les clubs soient très vite supprimés.

Or, si nous avons une Assemblée nationale à Francfort, c'est pour que les gouvernements puissent prendre de telles mesures avec une pleine assurance sans devenir odieux à l'opinion publique. Naturellement cette Assemblée passera à l'ordre du jour sur de telles mesures policières d'un pas aussi léger que sur la révolution de Mayence.

Ce n'est donc pas pour obtenir un quelconque résultat, mais seulement pour obliger une fois de plus la majorité de l'Assemblée à proclamer devant toute l'Europe son alliance avec la réaction, que nous demandons aux députés de l'extrême-gauche à Francfort de proposer :

Que les auteurs de ces mesures et notamment MM. Harpprecht, Duvernoy, Maucler et Mathy, soient mis en état d'accusation pour violation des « droits fondamentaux du peuple allemand. »

  1. Heine : Poèmes d'actualité : « A Georg Herwegh ».
  2. Idem.
  3. Le 14 juillet 1848, le sénat de Heidelberg fit savoir que, suivant la loi du 26 octobre 1833, l'Association démocratique des étudiants était dissoute.