Modifications

Sauter à la navigation Sauter à la recherche
3 727 octets ajoutés ,  31 mars 2019 à 16:59
aucun résumé de modification
[[File:Alexander Kerensky.jpg|frame|right|245x363px|Alexandre Kerenski]] '''Alexandre Fiodorovitch Kerenski''' (1881-1970), en russe Александр Фёдорович Керенский ; est un avocat et politicien russe, membre du groupe [[Parti_troudovik|Parti troudovik]] (proche du droite des [[Parti_socialiste_révolutionnaire_(Russie)|Parti socialiste révolutionnairesocialistes-révolutionnaires]]). Après la [[Révolution_de_Février|révolution de Février]], il occupa différents postes ministériels dans les deux premiers gouvernements du prince [[Gueorgui_Lvov|Gueorgui Lvov]], puis prit lui-même la tête du [[Gouvernement_provisoire_(Russie)|Gouvernement provisoire]], avant d'être chassé du pouvoir par les [[Bolcheviks|bolcheviks]] lors de la [[Révolution_d'Octobre|révolution d'Octobre]].
== Les premiers pas politiques ==
Ses succès de prétoire favorisent, en 1912, son entrée à la 4<sup>e</sup> [[Douma_d'État_de_l'Empire_russe|Douma]] comme député, sous l'étiquette [[Troudovik|troudovik]]. Avec cette position, sa défense des droits civiques prend de l'ampleur. Il est aussi, à cette époque, un des dirigeants [[Franc-maçon|francs-maçons]] les plus en vue de Saint-Pétersbourg, ayant été initié dans la loge ''Petite ourse''<ref>Nina Berberova, ''Les Francs-maçons russes du XXe siècle'', Actes Sud, Arles, 1990, p. 124 et 182-194.</ref>.
Orateur brillant selon certains, Kerenski rejoint plus tard le groupe parlementaire du [[Parti_socialiste_révolutionnaire_(Russie)|Parti socialiste révolutionnaire]], dont il apprécie la ligne pro-[[Paysannerie|paysannerie ]] (à l'inverse il considère que la [[Classe_ouvrière|classe ouvrière ]] n'a pas encore de poids en Russie). Il porte surtout ses efforts sur la [[Douma_d'Empire|Douma]], mais il est aussi un militant confirmé, véritable conspirateur professionnel pour lequel le repérage des espions, le contournement des filatures, la maîtrise des correspondances secrètes, sont devenus peu à peu une seconde nature.
Au début de la guerre, en 1914, Kerenski fait peu parler de lui au sein de la Douma. Comme beaucoup d'hommes politiques russes, il est toutefois persuadé que le conflit va conduire à l'effondrement du [[Régime_tsariste|régime tsariste]]. Il se construit un profil politique d'opposant absolu à l'autocratie tout en refusant les mots d'ordre [[Marxistes|marxistes]].
=== La montée vers le pouvoir (février-mai) ===
Quand éclate la [[Révolution_de_Février|révolution de Février]] en février 1917, Kerenski est l'un des chefs de l'opposition. Ce statut lui vaut de gravir les échelons politiques au fur et à mesure de la radicalisation des forces qui se disputent le pouvoir. Le 27 février, avec la chute de Nicolas II, se met en place dans le pays une [[Double_pouvoir|double autorité]]&nbsp;: le comité provisoire de la [[Douma|Douma]], formé de députés bourgeois libéraux ([[Parti_KD|parti KD]]) d'un côté, et de l'autre le [[Soviet_de_Petrograd|soviet_de_Petrogradsoviet de Petrograd]]. Installé au palais de Tauride, le soviet est alors présidé par le [[Menchevik|menchevik]] [[Nicolas_Tchkhéidzé|Nicolas Tchkhéidzé]], assisté par Kerenski, en tant que vice-président.
Une semaine plus tard, un gouvernement provisoire succède au comité de la Douma. Kerenski, dans ce gouvernement dirigé par le prince [[Georgy_Lvov|Georgy Lvov]], accède au portefeuille de ministre de la justice, compte tenu de sa connaissance du droit liée à son passé d’avocat. Le nouveau pouvoir proclame toute une série de réformes démocratiques, notamment la libération des prisonniers politiques, l’instauration du suffrage universel et la suppression de la [[Peine_de_mort|peine de mort]]. Mais il poursuit la [[Guerre_impérialiste|guerre impérialiste]], refuse les revendications populaires ([[Journée_de_8_heures|journée de 8 heures]], [[Partage_des_terres|partage des terres]]...) et reporte la convocation d'une [[Assemblée_constituante_(Russie)|Assemblée constituante]] à la fin de la guerre. Pourtant les dirigeants du [[Soviet_de_Petrograd|Soviet ]] (dont Kerensky lui-même qui fait le lien), conciliateurs, acceptent ce compromis et soutiennent le gouvernement provisoire.
Alors que le mouvement [[Bolchevik|bolchevik]] prend de l'ampleur avec le retour des exilés — dont [[Lénine|Lénine]] — un second gouvernement provisoire est formé au mois de mai, une nouvelle fois sous la présidence du prince Lvov. Kerenski monte en puissance en prenant la responsabilité de la guerre, poste duquel il prépare l’offensive l’[[Offensive_Kerenski|offensive Kerenski]].
=== Le maître de la Russie (mai-septembre) ===
En juillet, la démission des ministres Cadets provoque une nouvelle crise ministérielle. Au même moment, à Petrograd, des manifestations radicales contre le gouvernement provisoire éclatent ([[Journées_de_juillet_1917|''journées de juillet'']]). Le gouvernement réprime les manifestants et en profite pour emprisonner les dirigeants bolchéviks. [[Lénine|Lénine]] doit se réfugier en Finlande.
La démission du prince Lvov, aussitôt après, permet à Kerenski de diriger un cabinet de transition. À la fin du mois de Le 21 juillet, avec l'accord du soviet, il forme un nouveau gouvernement à majorité ''«&nbsp;socialiste&nbsp;»'' ([[Troudovik|troudovik]], [[Parti_SR|SR]] et [[Menchévik|menchévik]]). Kerenski, pour la première fois maître du pays(''ministre-président''), va rester aux commandes de la Russie pendant près de 100 jours. À 35 ans, il est sur tous les fronts, toutes les scènes, toutes les estrades, menant de concert l'élimination des membres de l'ancien régime comme leur défense lorsque la populace menace leur vie. À cet instant, la popularité du chef du gouvernement est extrêmeà son zénith.
La [[Conférence_d'Etat_de_Moscou_(1917)|conférence d’État ]] consultative (près de 2500 participants désignés dans toutes les catégories de la population) voit alors émerger la personnalité autoritaire du général Kornilov. Une semaine plus tard, sous le prétexte de prévenir un éventuel soulèvement bolchévique, [[Putsch_de_Kornilov|Kornilov envoie des troupes sur Petrograd]], pour écraser les soviets et chasser les ministres «&nbsp;incapables&nbsp;». Après quelques moments de flottement, Kerenski déclare la destitution de Kornilov. Mais il n'a pas les forces suffisantes, et doit faire appel à tous les dirigeants des soviets, y compris les [[Bolchéviks|bolchéviks]]. Ces derniers, en montrant qu'ils sont en première ligne, regagnent leur liberté et un prestige plus grand que jamais.
Kerenski est affaibli, et la [[Dualité_de_pouvoir|dualité de pouvoir]] avec les soviets s'accentue. Il tente de se renforcer&nbsp;: il prend lui-même le commandement de l'armée, il proclame la République le 14 septembre 1917... A l'initiative des menchéviks et des SR, un [[Pré-parlement_(Russie)|pré-parlement]] sera mis en place pour mieux contrôler le gouvernement.
Ce refus de désengagement, avec un certain nombre d'erreurs tactiques, sont la cause principale de sa chute. La propagande [[Bolchévique|bolchévique]] pour «&nbsp;le pain, la paix, la terre&nbsp;» gagne du terrain. Les soldats du front, très réceptifs à ce discours, désertent en masse pour regagner leurs villages en amplifiant la désintégration de l'armée.
 
En parallèle, Kérenski est de moins en moins apprécié dans les rangs du [[Parti_SR|parti SR]], qui évoluent vers la gauche. En juin, il est exclu du Comité central du parti.
=== La fin de gouvernement provisoire (septembre-octobre) ===
Son deuxième mariage eut lieu en août 1939 avec Lydia Tritton (1899-1946), journaliste d'origine australienne rencontrée à Paris à la fin des années 1930. Habitant en France, le couple doit fuir l'avancée allemande en rejoignant la frontière espagnole pour embarquer sur un navire anglais à Saint-Jean-de-Luz. Établi aux États-Unis, le couple s'installe à New York puis dans le Connecticut. La guerre terminée, son épouse souhaitant revenir en Australie, Alexandre s'établit à Brisbane où celle-ci, peu après leur installation, décède en avril 1946.
 
== Rumeurs sur Kerenski ==
 
A l'époque, Kerenski est accusé d'être juif par l'[[Extrême_droite|extrême droite]], mais ce discours pénètre d'autres secteurs, notamment les soldats. A ce sujet, l’écrivain M. Prichvine écrit&nbsp;: ''«&nbsp;partout dans la rue, vous pouvez entendre les gens marmonner la même chose sur ce premier membre de l’intelligentsia à s’être incarné dans la vie publique&nbsp;: Kerenski est un juif&nbsp;»''. Le journal de droite ''Groza'' décrit de cette manière Kerenski dans son numéro de juillet 1917&nbsp;: ''«&nbsp;… un gamin… un avocat imberbe au visage de juif&nbsp;»''. <ref>http://www.ladamedepique.ru/article/alexandre-kerenski-histoire-travestie</ref> Trotski cite également un des chefs du contre-espionnage en province, Oustinov qui témoigne que dans son milieu on était ''«&nbsp;indigné de voir gouverner un mauvais petit avocat, le petit youpin Sacha Kerensky&nbsp;»''.<ref>Léon Trotsky, ''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr28.htm Histoire de la révolution russe - 28 Le mois de la grande calomnie]'', 1932</ref>
 
Pourtant, les socialistes ([[Menchéviks|menchéviks]] comme [[Bolchéviks|bolchéviks]]) l'accusaient au contraire de mener des politiques [[Antisémites|antisémites]]<ref>Boris Kolonitski, ''Alexandre Kerenski comme « juif » et comme « victime des juifs »''</ref>.
 
Un témoignage raconté par Kerenski lors de sa fuite dans [[Insurrection_d'Octobre_1917|la nuit du 24-25 octobre]] révèle aussi les préjugés qui existaient dans les masses insurgées de Petrograd. La voiture de l’ambassade américaine qui l'amène passe devant un graffiti ''«&nbsp;A bas le juif Kerensky, vive le camarade Trotsky!&nbsp;»''<ref>Brendan McGeever, ''[http://alencontre.org/societe/histoire/les-bolcheviks-et-lantisemitisme.html Les Bolcheviks et l’antisémitisme]'', 2017</ref> C'était d'autant plus absurde que [[Trotski|Trotski]], lui, est de famille juive.
 
Aussitôt s'ajoute à cela toutes sortes de rumeurs sur la piteuse fuite du chef de l'Etat, qui aurait fui déguisé ''«&nbsp;en soldat&nbsp;»'', ''«&nbsp;en femme&nbsp;»''<ref name="russinet">http://www.russie.net/Alexandre-Kerenski-Aron-Kirbis</ref>, ''«&nbsp;en infirmière&nbsp;»''<ref>Léon Trotsky, ''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr46.htm Histoire de la révolution russe - 46 La prise du palais d'Hiver]'', 1932</ref>, selon les nombreuses version.
 
Dans les [[Armées_blanches|armées blanches]] et dans l'émigration d'extrême droite, les récits phantasmés sur Kerenski circulent et s'entretiennent<ref>[https://russianflagship.wisc.edu/event/kerensky-jew-and-woman-representation-and-rumor-during-russian-revolution Kerensky as a 'Jew' and a 'Woman': Representation and Rumor during the Russian Revolution]</ref>. On déteste celui qu'on considère comme responsable de la destruction de la Russie et de l'arrivée au pouvoir des bolchéviks. Les services de propagandes [[Staliniens|staliniens]] ont parfois repris ces éléments pour s'appuyer dessus. Certains inventent des [[Théories_du_complot|théories du complot]] qui perdurent jusqu'à aujourd'hui encore, où l'on peut trouver toutes sortes de biographies avec des informations douteuses sur Kerenski<ref name="russinet" />.
== Notes ==
*Abraham Richard, ''Alexandre Kerensky, the First Love of the Revolution'', Columbia University Press, New York, 1987.
*[http://www.kerensky.org.uk/index_en.htm Kerensky Museum]
 
 
[[Category:Russie / URSS]] [[Category:Socialistes]]

Menu de navigation