Grève des mineurs français de 1948

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En 1948 une grande grève des mineurs eu lieu en France. Elle fut durement réprimée par le pouvoir, aux mains des "socialistes" de la SFIO, mais aussi en réalité trahie par les dirigeants staliniens du PCF.

Pendant huit semaines, les mineurs de France ont mené une grève qui constitue une des pages les plus héroïques de l'histoire du prolétariat de ce pays. Témoignage d'une combativité extraordinaire, d'une ténacité remarquable, en face d'un gouvernement déchaîné et de l'aide ouvertement apportée à ce gouvernement par les syndicats réformistes et chrétiens, cette lutte de près de 400 000 travailleurs, conduite par une direction stalinienne, qui exploita leur combativité mais les engagea dans une impasse, ne peut être bien comprise que dans le développement général de la lutte des classes en France.

Contexte[modifier]

C'est en France que se fait sentir à présent le plus vivement le déclin de l'Europe occidentale, sa mise à la portion congrue. Depuis les journées de 1934, qui ont mis fin à la période de démocratie classique, ce ne sont que grands soubresauts de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, sans pouvoir parvenir à un équilibre; le grand capital n'arrive pas aisément à construire un outil réactionnaire fasciste pour imposer son "Etat fort", tandis que le prolétariat reste enfermé par ses directions dans le cadre de la société capitaliste. En 1944-45, à la "libération", ce sont littéralement les staliniens qui ont remis debout l'Etat capitaliste et renvoyé les ouvriers qui avaient confiance dans "leurs" ministères aux usines pour y "produire"... de la plus-value. Au printemps 1947, les masses dont le standard de vie s'abaissait constamment ont commencé à se dégager du carcan stalinien. A partir d'avril, les grèves se multiplièrent. Le mouvement culmina vers les mois de novembre-décembre. Les staliniens qui, avec la création du Cominform, avaient entre-temps fait un tournant "à gauche", firent échouer ce mouvement en raison des mots d'ordre, des formes d'organisation et de la tactique, qu'ils mirent en avant (voir Quatrième Internationale, novembre-décembre, 1947). L'année 1948 s'ouvrit avec la scission syndicale de "Force Ouvrière", et avec une offensive du gouvernement et des patrons contre les conditions de vie et de travail des ouvriers. Mais l'échec de 1947 n'avait pas profondément entamé les forces du prolétariat et les difficultés de plus en plus grandes de la vie quotidienne, la montée des prix, stimulèrent la résistance des travailleurs. D'abord de petits mouvements, sans unité apparente; puis une résistance plus massive. Le recours aux CRS par le gouvernement pour faire évacuer les grévistes de l'usine Bergougnan à Clermont-Ferrand souleva aussitôt cette ville et fut le point de départ d'une résistance des travailleurs se généralisant dans tout le pays.

La contre-offensive ouvrière mûrissait. Dès la fin de l'été, un grand mouvement des travailleurs pointait à l'horizon. L'échec de l'an dernier et la division syndicale étaient des facteurs objectifs rendant moins aisées la généralisation des luttes et leur culmination en une bataille d'ensemble. Dans ces conditions, le rôle de la direction ouvrière devenait d'une importance exceptionnelle. Une direction révolutionnaire disposant d'une autorité sur une large partie de la classe ouvrière aurait, par une vaste campagne, popularisé devant tous les travailleurs les objectifs communs à toutes les catégories et la nécessité de se préparer à une lutte d'ensemble comme le seul moyen pour obtenir ces revendications. Une telle politique aurait d'une part éveillé l'attention des couches les plus retardataires, les aurait préparées pour le combat, et d'autre part, évité dans une certaine mesure des mouvements prématurés dans quelques industries. En tout cas, au moment où des mouvements auraient englobé un certain nombre d'industries importantes ou bien à la faveur d'événements donnés dans la lutte des classes, le mot d'ordre de la grève générale aurait trouvé logiquement sa place et un terrain favorable à sa réalisation. La contre-offensive ouvrière aurait pu alors se transformer en une grande offensive pour le pouvoir des ouvriers et des paysans.

Mais la direction qui, en France, avait et a encore le plus d'autorité sur la classe ouvrière et sur ses couches les plus décisives, la direction stalinienne, avait une tout autre perspective et une tout autre stratégie. Elle ne songeait pas à une lutte pour la conquête du pouvoir par les travailleurs, elle visait à exercer une pression sur la bourgeoisie pour lui faire accepter une certaine politique définie au Comité Central du PCF tenu à Gennevilliers en mai 1948, et dont le point le plus important est une nouvelle orientation de la politique extérieure du capitalisme français. Le mouvement des travailleurs allait être utilisé par cette direction en vue d'obtenir ce résultat. Le rythme propre du mouvement des masses fut négligé. Pour exercer une pression, il fallait aux dirigeants staliniens une série de mouvements séparés, se succédant ou se juxtaposant, mais jamais coordonnés par l'objectif du renversement du pouvoir bourgeois, d'où la tactique des "grèves tournantes". La direction stalinienne freinait ici, accélérait là. La pièce maîtresse dans ce combat de harcèlement de la bourgeoisie devait être la grève des mineurs. Comme toute tactique de harcèlement opposée à un ennemi qui se place sur le plan d'une lutte décisive (à la mesure de ses propres forces, bien entendu), elle devait aboutir à l'inverse du résultat cherché.

Les revendications et le déclenchement de la grève[modifier]

L'autorité des staliniens chez les mineurs était particulièrement grande. Ils avaient, à la "libération", fait nationaliser les mines (les anciens actionnaires en tirent néanmoins un milliard et demi de dividendes par an) et ils avaient assuré aux mineurs toute une série d'avantages par rapport aux autres catégories de travailleurs (salaires, nourriture, etc.), car il fallait "produire". Thorez faisait de la démagogie sur son passé de mineur et allait aussi souvent que possible parler, en patois à l'occasion, aux mineurs pour qu'ils se dépensent sans compter pour produire, produire et produire encore plus de charbon. La production des mines de France s'est rapidement relevée, mais la productivité des mineurs, comme dans tous les pays, n'a pas atteint celle de 1938. Comme tous les travailleurs, les mineurs - malgré quelques avantages reçus au lendemain de la guerre par rapport aux autres catégories - ont des salaires insuffisants. Leurs plus importantes revendications étaient un minimum vital (fixé par les staliniens au chiffre dérisoire de 15.000 francs), la garantie du pouvoir d'achat et une augmentation des retraites. A cela venaient s'ajouter des revendications contre les décrets du ministre socialiste Lacoste qui remettaient aux mains de l'Etat-patron tout un système de sanctions portant atteinte au statut des mineurs, tel qu'il avait été établi après de nombreuses années de lutte.

Pour donner le caractère le plus strictement corporatif au mouvement, les staliniens mirent au premier plan les revendications contre les décrets Lacoste; c'est seulement aux points 3 et 4 que venaient les revendications communes aux mineurs et à toute la classe ouvrière. Dans un référendum qui précéda le déclenchement du mouvement, une écrasante majorité des mineurs se prononça pour la grève. Les dirigeants réformistes et chrétiens eux-mêmes à ce moment-là n'osèrent pas s'opposer ouvertement à celle-ci; ils se prononcèrent pour une grève de deux jours et laissèrent aux ouvriers appartenant à leurs syndicats la liberté d'agir à leur guise par la suite. Dès le démarrage de ce mouvement, qui engloba tous les mineurs de tous les bassins de France, la classe ouvrière comprit que cette lutte était sa propre lutte. Bien que lancée sans tenir compte des développements dans les autres industries, cette grève allait par son existence même et par ses péripéties hâter la maturation d'un mouvement d'ensemble de tous les travailleurs de France.

Les fusillades[modifier]

Commencée le 4 octobre, la grève se poursuivit dans un calme apparent pendant une dizaine de jours. Mais les manoeuvres et les préparatifs gouvernementaux se poursuivaient dans l'ombre. Le gouvernement ayant fait entrer la troupe sur les territoires miniers, la Fédération des Mineurs décida de supprimer pendant 24 heures les services de sécurité. Le gouvernement prit prétexte de cette décision pour faire intervenir ses forces de répression afin de faire évacuer les puits occupés par les mineurs en grève. La Fédération des Mineurs se refusa alors à toute mesure de sécurité; des chocs sanglants étaient prévisibles.

Les forces gouvernementales, les CRS ne pouvaient procéder à une large attaque ; le gouvernement concentra ses forces sur quelques points particuliers, négligeant au début le principal bassin, celui du Nord et du Pas-de-Calais, car il n'avait que des forces limitées, malgré tous ses efforts pour les utiliser au maximum. C'est dans la Loire et dans le Gard plus spécialement qu'il chercha à marquer des points. Une attaque ainsi concentrée sur quelques points commença par susciter une riposte vigoureuse des mineurs. Ceux-ci délogés des puits en chassaient à leur tour les CRS. De véritables épisodes de guerre civile se produisaient. On vit les mineurs rester maîtres du terrain, faire prisonniers des centaines de gardes, avec un colonel à leur tête; les CRS en plusieurs endroits s'enfuyaient, abandonnant leur matériel (camions, etc.). Une arrestation dans le Pas-de-Calais entraînait l'occupation de la sous-préfecture de Béthune. Le Ministre de l'Intérieur, Jules Moch, grand stratège, avait échoué dans son entreprise visant à "assurer la sécurité" et la "liberté du travail" sans faire usage des armes, ainsi qu'il s'était vanté de le faire. Fidèle à la tradition sinon de Jaurès, du moins de Noske, il n'hésita pas à donner l'ordre de tirer. Les journaux et la radio répandirent quelques mensonges pour semer la panique, et le 19 octobre, les fusillades commencèrent. Des mineurs furent tués dans la Loire, dans le Gard; les arrestations se multiplièrent, un régime de terreur fut instauré qui interdisait les réunions, qui terrorisait ceux qui sortaient de chez eux, la troupe occupait les points stratégiques importants. Le gouvernement donnait à son activité le caractère d'opérations militaires; chaque jour un communiqué indiquait le nombre de kilomètres carrés de "territoire libéré".

Il faut à présent examiner séparément les conséquences des fusillades sur toute la classe ouvrière et celles qui en résultèrent par la suite chez les mineurs.

L'aspiration à la grève générale[modifier]

L'assassinat de grévistes déchaîna la colère des travailleurs dans toute la France. L'idée de la grève générale qui faisait jusqu'alors peu à peu son chemin s'imposa très rapidement à de très larges couches de la classe ouvrière. Partant des usines, cette revendication s'éleva jusqu'aux sommets de l'appareil de la CGT. Les syndicats, les unions départementales, les fédérations recevaient des résolutions demandant la grève générale, et ce, quelques jours après la fin du 27e Congrès de la CGT où la direction avait fait repousser la proposition présentée par les délégués de la minorité révolutionnaire. Au Bureau Confédéral, Frachon lui-même dut recevoir des délégations d'usines insistant pour que la direction de la CGT prit la responsabilité de donner l'ordre de la grève générale. La direction stalinienne s'opposa obstinément à ce mot d'ordre. Elle recourut à toutes sortes d'explications. Aux uns, elle dit que c'était les gaullistes qui la voulaient. A d'autres que la classe ouvrière n'était pas mûre pour un tel mouvement. A d'autres aussi que les mineurs poursuivaient un mouvement corporatif, qu'ils n'avaient besoin, pour vaincre, que de la solidarité financière et matérielle. A certains, que les grèves économiques ne pouvaient culminer en une grève générale qui, étant politique, ne pouvait être lancée que sur un mot d'ordre politique, etc. Le document le plus expressif de cette hostilité fut la "lettre ouverte de B. Frachon aux ouvriers de chez Chenard et Walker"; le secrétaire général de la CGT intervint de tout son poids au moment où, de partout, s'exprimait la volonté d'une lutte d'ensemble. Cette lettre n'était alors pas tant destinée à convaincre qu'à semer le désarroi dans les esprits des militants et ainsi à prévenir un débordement de la direction.

Tous les dirigeants staliniens ne trouvaient que des obstacles à la grève générale ; aujourd'hui encore, plusieurs semaines après la défaite des mineurs, ils sont encore contraints de chercher à répondre aux inquiétudes de leurs militants sur ce point. C'est ainsi que l'organe théorique du parti stalinien, les Cahiers du Communisme, reproduit dans son numéro de janvier 1949 un article de Thorez vieux de 20 ans sur la grève politique de masses.

Notre article n'a pas pour objet de discuter tous les arguments staliniens, mais de faire comprendre la place de la grève des mineurs dans la lutte du prolétariat français. A ceux qui peuvent se demander si la classe ouvrière était mûre pour une lutte générale, répondons simplement par ce tableau forcément incomplet des luttes ouvrières pendant cette période, tableau dressé à partir des informations de l'Humanité.

Tout cela, en une période où tous les dirigeants écoutés parlaient contre la grève générale. Tout cela, en une période où la politique stalinienne était que les ouvriers pouvaient arracher les revendications par des mouvements partiels. Aucun doute qu'une propagande qui aurait mis en avant la nécessité d'une lutte générale aurait rencontré un écho formidable et préparé un mouvement d'une ampleur extraordinaire.

Le déclin de la grève des mineurs[modifier]

La grève générale fut ainsi évitée par les dirigeants staliniens et les mineurs poursuivirent leur grève aidés par la solidarité matérielle des travailleurs (collectes à chaque paye, évacuation et hébergement d'enfants de mineurs), mais dans des conditions où la guerre d'usure ne pouvait tourner qu'à leur désavantage.

Les versements, les souscriptions, l'aide matérielle, malgré toute la bonne volonté des travailleurs, se trouvaient limités par les possibilités limitées de ceux-ci. Une chose est de soutenir 5 ou 10.000 grévistes et leur famille ; une autre est de soutenir 400.000 grévistes et leur famille. A 1.000 francs par semaine, chiffre insuffisant, il eut fallu recueillir 400 millions par semaine ! Par contre, le gouvernement français recevait l'aide des Américains qui ne regardaient pas au prix du charbon.

Mais il n'y eut pas que les difficultés matérielles, la faim et le régime de terreur, pour amoindrir la capacité de résistance des mineurs. La tactique de la direction stalinienne vint se combiner à toutes ces difficultés.

Revenons à la question de la suppression des équipes de sécurité. La mesure décidée pour 24 heures fut, par le développement de la lutte, prolongée sans limite. Mais une telle tactique, extrêmement rare dans cette corporation, même au cours de grèves très prolongées, apparaissait visiblement disproportionnée aux objectifs de la lutte tels que les staliniens les présentaient. Dans une lutte décisive pour le pouvoir, où se joue tout le sort de la société, les mesures les plus extrêmes et les plus audacieuses sont justifiées et comprises par tous les travailleurs; mais on ne peut concevoir une direction proposant des objectifs limités au cadre d'une corporation, refusant de recourir à une grève générale et appelant aux moyens de lutte les plus extrêmes. Le gouvernement et les réformistes de tout poil exploitèrent cette discordance entre les moyens et les buts. La propagande dénonçant les dirigeants staliniens comme ayant d'autres buts que les intérêts des mineurs se basait dans ce cas sur quelque chose de très réel; aussi, en l'absence d'une organisation révolutionnaire susceptible d'être entendue avec assez d'autorité pour montrer une issue révolutionnaire, en présence de l'étranglement du mouvement pour la grève générale, un nombre grandissant de mineurs, dont les familles étaient affamées et qui ne voyaient pas d'issue au mouvement, reprenait le chemin des puits.

Ce n'était pas tout. La politique stalinienne favorisait d'une part le retour au travail des moins combatifs; mais elle engendrait d'autre part chez les plus combatifs, chez eux qui continuaient la grève, des sentiments de colère et de désespoir qui se tournèrent à plusieurs reprises en actes terroristes contre ceux qui avaient repris le travail. La violence contre les jaunes est légitime, mais se livrer à des actes de violence (bris de carreau, coups, etc...) envers ceux qui, après plusieurs semaines de lutte, ont repris le travail parce qu'ils n'avaient plus la force de tenir et parce que la direction, pour des raisons qu'elle ne peut honnêtement donner, se refuse à poser la question de la cessation de la grève, ne peut enrayer le déclin d'un mouvement; au contraire, cette tactique (si on peut employer ce mot) ne peut qu'aggraver la défaite en engendrant des sentiments de haine au sein des travailleurs.

Dans la dernière période de la grève, non seulement tous les petit bassins n'étaient plus en lutte, mais même dans le Nord et le Pas-de-Calais il n'y avait guère qu'un tiers des mineurs encore en grève. C'est le 29 novembre, au moment où une dé-sagrégation complète menaçait ce qui restait du mouvement, que la Fédération des Mineurs donna l'ordre de reprise du travail, vingt-quatre heures après avoir appelé à une lutte jusqu'au bout et sans même consulter ceux qui restaient en lutte.

Les suites de la défaite[modifier]

Sur le plan de la corporation minière, ce fut une défaite très lourde. Près de deux mille mineurs ont été emprisonnés et condamnés, notamment presque tous les délégués à la sécurité qui constituent l'armature du mouvement syndical dans les mines. Le gouvernement s'est aussi livré à la plus odieuse des répressions contre les ouvriers immigrés qui avaient fait leur devoir de classe; pour l'internationalisme des Moch et Cie, ils sont tout juste bons à produire et à se taire. Les dirigeants réformistes de "Force Ouvrière" et des syndicats chrétiens ne tireront pas grand profit de cette défaite des mineurs, en dépit ou à cause de l'aide scandaleuse que leur donne le gouvernement et du vote par l'Assemblée nationale d'un crédit de 50 millions en faveur de ceux qui ont subi des actes de violence des grévistes.

Il y a encore peu d'indices pour apprécier exactement l'état d'esprit chez les mineurs et la profondeur de leur défaite. Cependant, tout récemment, à Firminy, où un travailleur fut assassiné, il y eut une élection pour un délégué mineur, dans laquelle sur près d'un millier d'ouvriers, le candidat de la CGT bat très largement les candidats "Force Ouvrière" et du syndicat chrétien, mais dans laquelle aussi près de la moitié des mineurs s'est abstenue de participer au vote.

En ce qui concerne l'ensemble de la classe ouvrière de France, cette défaite a eu pour conséquence une nouvelle offensive contre les conditions de vie des travailleurs et, ce qui est très important, un nouvel affaiblissement du mouvement syndical. La reprise des cartes pour 1949 à la CGT a été très faible; ni "Force Ouvrière", ni la CFTC (chrétiens) n'en ont d'ailleurs bénéficié; en même temps commencent à pulluler les syndicats autonomes où règne la confusion la plus grande et où se sont camouflés des éléments gaullistes, avec la consigne de ne pas se dévoiler. On peut dire qu'il n'y a presque plus de syndicats de masse en France; il y a plusieurs centrales rivales, qui sont plutôt les expressions de partis ou de courants politiques dans le domaine des revendications ouvrières. N'y adhèrent en général que les membres des partis et les sympathisants les plus proches.

La classe ouvrière française a encore des ressources de combativité très grandes; des industries entières (la métallurgie et d'autres) n'ont pas été vaincues dans ce combat; les besoins les plus élémentaires des travailleurs les pousseront vers de nouvelles batailles pour défendre leur standard de vie. La défensive actuelle tout à fait sporadique ne manquera pas de se développer, sans que rien ne permette pour l'instant d'en prévoir le rythme. Mais il est certain qu'une lutte d'ensemble sera beaucoup plus difficile à obtenir, que des corporations entières ou des usines soit ne bougeront plus, soit ne démarreront pas tant que le mouvement n'atteindra pas une ampleur énorme et que l'unité de front des travailleurs ne sera pas réalisée. Et ce front unique est d'autant plus nécessaire que la menace gaulliste s'est accentuée sur la base même de la défaite ouvrière.

Depuis la fin de la grève des mineurs, les dirigeants staliniens ont été plus prudents par la force même des choses; sachant qu'ils ne rencontreraient que peu d'écho, ils se sont rabattus sur les plus petites revendications, non pas tant pour provoquer des mouvements immédiats que pour renforcer les syndicats de la CGT sur la base d'une agitation autour de ces revendications; mais le plus grave est qu'ils ont conservé leur tactique des "grèves tournantes" qui, pour les besoins de la diplomatie du Kremlin, a mené la grève des mineurs à la défaite et qui risque de nuire à l'avenir successivement à toute une série d'industries.

L'activité du PCI[modifier]

Avec des forces réduites, quasi inexistantes chez les mineurs, la section française de la IVème Internationale a porté l'essentiel de ses efforts sur l'agitation pour la grève générale et sur la nécessité pour les travailleurs, en face d'une direction défaillante, de créer eux-mêmes une nouvelle direction capable de préparer et de diriger le mouvement.

La politique du PCI a trouvé un écho parmi les travailleurs. La proposition d'envoi de délégations d'usines au Bureau Confédéral pour lui demander de donner l'ordre de grève générale fut souvent bien accueillie et même réalisée dans l'usine Chenard et Walker, par les dirigeants de la cellule du PCF et de la section syndicale, en l'absence de tout trotskyste organisé. Cette délégation qui y est allée avec pleine confiance dans les chefs de la CGT, a exprimé ce qui se pensait dans toute la métallurgie parisienne, comme en témoigne le compte-rendu d'une réunion de la Commission exécutive du syndicat des métaux de la région parisienne, publié par La Vérité. C'est cette action qui a forcé le secrétaire de la CGT, Benoit Frachon, le plus qualifié des dirigeants syndicaux de la bureaucratie stalinienne, à écrire sa "lettre ouverte aux ouvriers de chez Chenard et Walker", dans laquelle il a dû ouvertement se démasquer et montrer l'hostilité des dirigeants du PCF à la grève générale. Cette lettre a souvent été le point de départ de larges discussions parmi les travailleurs. Malgré la faiblesse des moyens de propagande du PCI, la direction du parti stalinien a cru nécessaire de rééditer une brochure ancienne contre les trotskystes, en y ajoutant une quarantaine de lignes pour dénoncer leur action en faveur de la grève générale. Immédiatement après la fin de la grève, dans le climat de la défaite, une offensive stalinienne s'est déclenchée en vue d'exclure les trotskystes de la CGT ou des postes qu'ils avaient dans les syndicats. Mais, les mesures bureaucratiques ne peuvent ni arrêter l'activité des trotskystes ni mettre fin à la profonde crise du parti stalinien. Le Parti Communiste Internationaliste est sorti renforcé de cette grande lutte du prolétariat français; des travailleurs, en petit nombre certes, ont rejoint ses rangs; son enracinement dans la classe ouvrière se poursuit; sa campagne de front unique se développe. Ses militants ont, malgré les dangers qui menacent la classe ouvrière, une confiance accrue dans les possibilités de leur parti dans les batailles de demain.

Des mouvements de travailleurs en septembre-octobre 1948[modifier]

En septembre (avant la grève des mineurs)
1er septembre - Débrayage et manifestation chez les métallos de Nantes, Saint-Nazaire, Montargis, Bagnolet. - Débrayage partiel à Dôle. Manifestations dans le 15e.
3 septembre - Grève de 2 heures à Marseille.
5 septembre - Débrayage et manifestation à Tulle.
7 septembre - Grève de 24 heures à Troyes. Débrayage et manifestation à Strasbourg. Débrayage dans le Rhône. Débrayage à Pont-de-l'Arche.
8 septembre - Débrayage à Aubusson.
9 septembre - Débrayage au Blanc-Mesnil. Grève de 24 heures à La Rochelle et dans la Somme.
10 septembre - Débrayage et manifestation à Boulogne, Saint-Ouen, Puteaux, Courbevoie, Clichy, Saint-Denis et Issy. Débrayage dans les Ardennes, la Haute-Garonne, le Cher et à Saint-Etienne.
11 septembre - Débrayage et grève dans plusieurs endroits : métallos, bâtiment, textile et papeteries, dans l'Ariège; dans l'Aisne; papeteries de Saint-Girons. Débrayage à Levallois.
12 septembre - Débrayage à Arras et à Boulogne.
14 septembre - Débrayage à Hagondange. Débrayage et manifestation à Gennevilliers, Asnières, Saint-Cloud. Grève d'une heure à Alès et à Nîmes. Grève générale dans le Doubs.
16 septembre - Débrayage et manifestation à Tarbes et en Charente.
17 septembre - Débrayage à Orléans et dans la Sarthe.
21 septembre - Débrayage dans le Haut-Rhin, à Lorient et à Grenoble (obsèques de l'ouvrier Voitrin, assassiné par les gaullistes).
25 septembre - Grève générale de 2 heures dans toute la France, à l'appel de toutes les centrales syndicales (CGT, "Force Ouvrière", CFTC, Cadres).
28 septembre - Débrayage au Havre.
A partir du 1er octobre :
1er octobre - Grève de 24 heures du personnel du gaz et de l'électricité dans toute la France.
5 octobre - grève des taxis à Paris et Bordeaux. Journée d'agitation des communaux (CGT et CFTC) dans toute la France. Début de la grève des chemins de fer du Nord-Est et des métallurgistes de Lorraine (qui durera jusqu'au 16).
8 octobre - Grève de 24 heures de toute la marine marchande.
11 octobre - Grève de 24 heures dans la Moselle. Grève de 48 heures des métallurgistes de Moselle.
13 octobre - Grève de 24 heures de tous les ports de France.
15 octobre - Grève de 24 heures des métallurgistes de Bordeaux. Grève du textile à Troyes, Sedan, Vendôme.
20 octobre - Grève de 24 heures des cheminots de la région méditerranéenne. Grève générale dans le Tarn.
21 octobre - Grève de 48 heures des cheminots du Mans, d'Alençon et de Château-du-Loir.
22 octobre - Grève de 24 heures des cheminots de Toulouse, de Nîmes, d'Alès, d'Avignon, de Sète et du Teil. Refus des dockers de Calais et de Boulogne de décharger du charbon. Débrayage de solidarité dans toute la métallurgie parisienne.
25 octobre - Grève de 24 heures dans la Loire. Débrayage à Lyon, Marseille, Limoges, Saint-Julien, etc... Nombreuses grèves dans tout le pays.
26 octobre - Débrayage à Marseille, Rouen, Dieppe, Montpellier, Béziers, Sète, Clermont-Ferrand, La Rochelle.
27 octobre - Débrayage à Marseille, La Bocca, Toulon, Brignolles, Périgueux.
28 octobre - Grève de 24 heures dans le Gard. Débrayage dans la Vienne, à Mantes, chez les métallos de Denain.
29 octobre - Débrayage à Boulogne-sur-Mer.
1er novembre - Grève des marins de Marseille.

Notes et sources[modifier]