Apprentissage

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Un cordonnier et son apprenti (vers 1904)

L'apprentissage, ou formation professionnelle, désigne les cursus de formation directement axés vers des métiers précis, par opposition aux formations universitaires. Dans la logique politique actuelle, il est valorisé, notamment au détriment de l'enseignement professionnel.

1 Actualités[modifier | modifier le wikicode]

Le 22 décembre 2011, des députés UMP déposent un projet de loi visant à "adapter l'apprentissage aux situations locales", c'est-à-dire flexibiliser le droit du travail. Par exemple, cela se traduirait par une extension du travail de nuit à "la production et la commercialisation de produits du terroir".[1]

Par un arrêté du 3 août 2011[2], le gouvernement Sarkozy supprime un à deux trimestres de retraites aux apprentis, l’assiette mensuelle de cotisation étant fondée sur 35 heures et non plus sur 39 heures.

2 Rôle social[modifier | modifier le wikicode]

A priori l'apprentissage est simplement destiné à acquérir des savoirs et surtout des savoir-faire utiles aux activités de production (au sens large, donc incluant les services qui sont indispensables à la production moderne).

Etant donné le contexte de la société actuelle, c'est en réalité surtout un type de formation qui restreint fortement les travailleurs à leur force de travail. C'est globalement la tendance de l'ensemble de l'éducation capitaliste, mais c'est beaucoup plus évident dans le cas de l'apprentissage qu'à l'Université ou aux cycles antérieurs (école primaire, collège, lycée).

3 Contrats au rabais[modifier | modifier le wikicode]

Si les apprentis sont officiellement des salariés avec les droits assortis[3], les contrats d'apprentissage sont des versions très "assouplies" de CDD. En particulier, le salaire est inférieur au SMIC.

3.1 Contrat d'apprentissage[modifier | modifier le wikicode]

3.2 Contrat de professionnalisation[modifier | modifier le wikicode]

4 Emploi
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Plus d’un tiers des apprentis ne trouvent pas d’emploi à l’issue de leur formation.

5 Une formation aux mains du patronat
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Dans le cas de l'apprentissage, la formation est plus directement qu'ailleurs aux mains du patronat, et même pas aux mains de l'État bourgeois.

5.1 Centres de Formation des Apprentis
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Pour l'essentiel, l'apprentissage se déroule en Centres de Formation des Apprentis (CFA), dont 95% d'entre eux sont privés. Ils ont en général été créés dès l'origine par des organisations patronales. Aujourd'hui, leur financement provient en partie des entreprises (via la taxe d'apprentissage), mais surtout d'abondantes subventions publiques (environ 60%[4]). C'est donc une situation proche de l'idéal pour la classe capitaliste : la population se cotise via les impôts (qui, étant régressifs, pèsent d'avantage sur le prolétariat) pour payer les patrons pour former à leur convenance leur main d'oeuvre.

Et cela ne signifie pas que la formation est plus "efficace", au contraire. Le coût d'une formation en CFA est de 25% supérieure à une formation publique équivalente,[5]  Le taux de réussite aux examens professionnels des apprentis est inférieur à celui des élèves ayant suivi la voie scolaire, et les ruptures de contrat concernent environ un quart des apprentis chaque année et atteignent 37% dans l’hôtellerie et la restauration. Les patrons ont une grande liberté de "trier" parmi les apprentis et d'en laisser sur le carreau une grande partie.

5.2 Casse de l'enseignement professionnel public[modifier | modifier le wikicode]

Il existe en parallèle un enseignement professionnel public, assuré par les lycées professionnels ou techniques, et menant à des diplômes du secondaire (CAP, BEP, Bac. pro.) ou du supérieur (BTS). Selon des études, les

Ces dernières décennies, les gouvernements successifs ont fortement fait basculer le centre de gravité du public vers le privé : de nombreux lycées pro ont fermé (la RGPP a accentué ce processus), et les subventions aux CFA privés sont toujours plus grasses. Une réforme de la taxe d'apprentissage en mars 2011 a plafonné la part des recettes qui finance l'enseignement public, pour la part de l'apprentissage augmente[6]. Près de 200 classes ont été fermées de 2007 à 2012 dans la filière agricole. Une déclaration intersyndicale de décembre 2011 dénonce "la casse organisée de l'enseignement professionnel" au profit de l'apprentissage[7].

La raison première est financière : les recettes de l'État diminuant, il sacrifie l'enseignement en général, et subventionner le privé lui revient moins cher qu'entretenir les lycées et payer des fonctionnaires. Mais il y a aussi clairement une large part de choix des politiciens bourgeois de favoriser les formations (et le droit du travail amoindri qui va avec) voulues par le patronat.

6 Positionnements politiques[modifier | modifier le wikicode]

6.1 Discours bourgeois typique[modifier | modifier le wikicode]

L'idéologie dominante encense l'apprentissage, parce que ce serait "bon pour l'emploi des jeunes", "des formations concrètes en phase avec les besoins des marchés"... Et comme souvent, il y a une part de vérité. Mais cette vérité, c'est celle de l'adaptation cynique à la dégradation sociale qu'engendre le capitalisme. La crise de suraccumulation larvée pousse depuis des décennies les entreprises à comprimer les salaires et à réduire l'embauche. De l'autre côté et en lien, les débouchés pour beaucoup de filières universitaires s'amenuisent rapidement (suppression de postes dans l'éducation, la culture...). Donc effectivement, il est en partie vrai que pousser les jeunes travailleurs dans des contrats au rabais peut leur permettre d'avoir des emplois au rabais. Socialement, cela se traduit par une prolétarisation rampante, une dégradation du rapport de force général de la classe travailleuse. C'est en cela que c'est une politique de classe.

Les gouvernements favorisent l'apprentissage, avec force publicités.[8] Le Parti socialiste s'associe totalement à cette politique.

6.2 Hypocrisie d'une certaine "gauche radicale"[modifier | modifier le wikicode]

Le Parti de Gauche et le PCF dénoncent en général ici ou là[9] la surexploitation que représente l'apprentissage, ou dénoncent son extension au détriment de l'enseignement professionnel public[5]. Mais en pratique, dans les Conseils régionaux ou municipaux, ils votent des subventions aux CFA privés et vantent les vertus de l'apprentissage[10].

6.3 Point de vue communiste révolutionnaire[modifier | modifier le wikicode]

Nous n'avons rien contre les formations plus concrètes et ne prétendons pas que les lycées ou l'Université soient le cadre idéal à l'abri de l'utilitarisme patronal. Mais nous dénonçons le prétexte de "permettre à des jeunes de se former" pour leur imposer des conditions de travail dégradées. Plus profondément, nous dénonçons le tri social qui oriente très tôt les jeunes les plus pauvres vers les filières "pro" et ne permet qu'à un cercle toujours plus réduit d'accéder à des formations permettant, au moins partiellement, de s'épanouir et de comprendre le monde.

Pour nous, il est tout à fait possible et souhaitable de casser les barrières entre métiers "manuels" et "intellectuels", tant au niveau de la formation qu'au niveau des écarts de salaires. Il faut que l'orientation professionnelle se fasse plus tard, et ne soit pas une condamnation. On doit toujours pouvoir retourner se former, tant pour acquérir de nouveaux savoir-faire que simplement des savoirs qui nous intéressent. Une formation de base commune à tous-tes doit être assurée pour assoir l'égalité, et elle doit être vraiment "générale", c'est-à-dire inclure aussi bien un aperçu sur l'histoire que sur le fonctionnement des industries et des services d'aujourd'hui.

Cela n'est possible que par une révolution socialiste qui libère enfin les salariés de l'impératif de profit, permettant de répartir les richesses et de réduire massivement le temps de travail en le répartissant.

7 Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]