Théorie et faits : Différence entre versions

De Wikirouge
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
(S.L. cit faits par Jean Piaget)
(S.L. corr ref)
(4 révisions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 6 : Ligne 6 :
  
 
===EVIDENCE BASED VS SCIENCE BASED===
 
===EVIDENCE BASED VS SCIENCE BASED===
L'Evidence based - traduit de manière trompeuse par « démarches  fondées sur les faits » - est très prisé à l'heure actuelle au XXI dans la recherche (cognitivisme, éducation... ) et dans les fonctions de diagnostiques (médecine, pédiatrie, kinésithérapie, management, politique, infirmerie ...) aliénées à [https://wikirouge.net/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme_ou_le_g%C3%A9nocide_programm%C3%A9 la planification politique néolibérale] de gestion, de rendement, de coût et de ressource humaine.
+
L'Evidence based - traduit de manière trompeuse par « démarches  fondées sur les faits » - est très prisé à l'heure actuelle au XXI dans la recherche (cognitivisme, éducation... ) et dans les fonctions de diagnostiques (médecine, pédiatrie, kinésithérapie, management, politique, infirmerie ...) aliénées à [https://wikirouge.net/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme_ou_le_g%C3%A9nocide_programm%C3%A9 la planification politique néolibérale] de gestion, de rendement, de coût et de ressource humaine.  
  
La philosophie de l'evidence based est d'appliquer au quotidien les techniques les plus pertinentes tirés des résultats scientifiques les plus efficaces. Ses résultats sont issus d'études randomisées contrôlées et des « méta-analyses » soit de la bibliographie scientifique usant de ses démarches d'assurance.     
+
La philosophie de l'evidence based est d'appliquer au quotidien les techniques les plus pertinentes tirés des résultats scientifiques les plus efficaces. C'est une démarche de rationalisation sans raison, sans émotion soit sans rationalisme. Ses résultats sont issus d'études randomisées contrôlées et des « méta-analyses » soit de la bibliographie scientifique usant de ses démarches d'assurance.     
  
Les faits ont ainsi été réifiés pour ne pas dire déifiés.    <blockquote>« Sans aucun doute, le motif le plus puissant qui pèse sur nous comme un interdit, le motif qui nous empêche de remettre en question les structures de cette civilisation et de nous lancer dans la voie de la révolution nécessaire, c'est le respect du fait. (…) Actuellement, le fait constitue la raison dernière, le critère de vérité. Il n'y a pas de jugement à porter sur lui, estime t-on, il n'y a qu'à s'incliner. Et dès lors que la technique, l'État ou la production sont des faits, il convient de s'en accommoder. Nous avons là le nœud de la véritable religion moderne : la religion du fait. »<ref>Jacques Ellul, ''Présence au monde moderne'', 1948. In Réédition dans Le défi et le nouveau, compilation de huit ouvrages, La table ronde, 2007, p.39</ref></blockquote>Tout le monde croit encore que la femelle mante religieuse et veuve noire mangent nécessairement le mâle lors de l'accouplement. Ce sont effectivement des faits observables mis en avant par la vulgarisation scientifique. Or, si ce phénomène est systématique au laboratoire, dans la nature il est très rare.     
+
Les zététiciens prônent en effet l'assurance et la prévoyance plutôt que la guérison immédiate notamment par le vaccin à tout prix qui est devenu un talisman des technosciences. Le terme « assurance » vient étymologiquement du talisman.   
 +
 
 +
Or, un véritable critique d'esprit scientifique prône la guérison.
 +
 
 +
Pasteur a fait fi de l'art expérimental, cher à Claude Bernard dont veut s'inspirer l'EB tout en le caricaturant à outrance, quand il était devant le cas de cet enfant infecté par la rage. Il a injecté son sérum au grand damne de son collègue médecin.
 +
 
 +
Cependant, dans un autre cadre plus bourgeois qu'humaniste, il a préféré vacciner tout un cheptel protégé de la zone d'infection au lieu de faire changer le mode d'équarrissage par enterrement. Ce mode a eu pour conséquence d'infecter les vaches qui paîtraient au dessus du charnier de bêtes malades. Les lombrics et autres vers remontaient l'infection à la surface du sol. Cette petit zone fut pourtant isolée du champs dans sa globalité par des buissons et des hautes haies. Il n'y avait pas d'interaction entre les vaches dans ce carré infecté et les autres vaches du champs plus étendues. Seules les vaches du carrée étaient malades. Mais, toutes les vaches du champs dans sa globalité ont été vaccinées. 
 +
 
 +
Par ailleurs, on remarque que la vaccination a été moins coûteuse à l'éleveur que le changement de mode d'équarrissage. Mais, la zone encore polluée, où vivent toujours les vaches bien que vaccinées, perpétue les risques et les dangers. 
 +
 
 +
De la même manière, le capitalisme met en danger la population. Il est moins coûteux aux capitalistes de vacciner que de changer le mode de production capitaliste qui pourtant appauvrit le milieu social jusqu'à affaiblir le corps et la psyché des individus. Ce qui génère une pandémie potentiel. Les épidémies de rougeole en Roumanie récurrentes avec décès depuis les années 90 est la conséquence de la paupérisation de la société générée par les politiques libérales. Mais, les lobbyings en accusent ceux qu'ils nomment les anti-vax, soit les hérétiques qui pointent du doigt les problèmes de la vaccination.
 +
 
 +
Pasteur a d'abord été un guérisseur avant de se transformer en assureur. C'est en tant que guérisseur que le monde le reconnaît et non par la pratique bourgeoise d'assureur de son institut. Malgré son attitude méprisante envers ses collègues qu'il ne cite jamais, ses réussites se trouvent dans sa force de synthèse et non dans l'analyse.
 +
 
 +
Mais, aujourd'hui dans le cadre de la santé et de la société, en rapport avec l'aliénation US, c'est l'analyse qui prime sur la synthèse. On fait un culte à l'assurance au détriment de la guérison. Dans le cadre des zones sismique, c'est l'inverse la guérison prime sur l'assurance mais on reste dans une pensée d'analyse.
 +
 
 +
Le guérisseur comme le docteur Henri Joyeux, défenseur des trois vaccins obligatoires sans Aluminium<ref>Nathalie Dunand (28 Février 2020). ''En exclusivité, le Pr Henri Joyeux répond aux questions d’Info-chalon.com''. URL : https://www.info-chalon.com/articles/questions-a/2020/02/28/42998/en-exclusivite-le-pr-henri-joyeux-repond-aux-questions-d-info-chalon-com/</ref>, s'est vu être accusé de gourou par les assureurs zététiciens au nom des dites « démarches scientifique » c'est-à-dire de l'Evidence Based. Cependant de grands spécialistes comme Didier Raoult font remarquer que la politique de vaccination actuelle qui date de Pasteur est depuis longtemps devenue caduque par les nouvelles connaissances sur les virus bien que l'on ne connaisse pas encore comment ils apparaissent et disparaissent. Le virus est un phénomène naturelle. Contre les peurs irrationnelles et les fausses alertes, il faut apporter un nouveau regard sur cette microdiversité<ref>Sous la direction de Laurent Palka (MNHN). ''Microbiodiversité -Un nouveau regard.'' éd. Matériologique. URL : https://materiologiques.com/fr/sciences-philosophie/258-la-microbiodiversite-9782373611625.html</ref>.
 +
 
 +
La vaccination et plus globalement les stratégie épidémiologiques sont donc à revoir dans un cadre matérialiste dialectique c'est à dire dans le cadre du complexe bio-psycho-sociologique et non plus strictement biologique et mécaniste. Les stratégies doivent donc respecter le développement des personnes avec ses stades de conflits et de stases, ainsi que le « milieu » : « situation.configuration < échange. (utilité.affectivité) > actions impliqués.potentialisations ». Comme l'Être chez Hegel, la technique dont l'injonction vacinale ne doit plus être un absolu.
 +
 
 +
Stoppons le libre marché des médicaments que les anglo-saxons considèrent comme un marché de bonbon. Socialisons la société, de la sphère professionnelle à la sphère communaliste. Potentialisons l'industrie de la santé plutôt que rationaliser celle des armes. 
 +
 
 +
Comme Marx était un moderne anti-moderne contre les visions mécanistes des modernes du XVIII, comme le médecin matérialiste [[wikifr:Gaétan-Pierre_Stanski|Pierre-Gaetan Stanski]] était anti-contagionniste contre les visions spiritualistes de la contagion, il est aujourd'hui un devoir d'être moderne progressiste anti-progress contre « la marche du progrès » dont être un anti-vax contre les visions technoscientistes de la vaccination. Pour paraphrase, Claude Bernard, il faut douter plutôt que d'être sceptique.
 +
L'épisode du coronavirus en mars 2020 met en avant un conflit entre deux pratiques et solutions contradictoires  : Une solution scientifique (Science Based) immédiate de guérison efficiente sur le long terme (chloroquine, antibiotique diabolisée depuis les années 90)  VS une solution d'assurance préventive tardive efficace sur le court terme (vaccination déifiée par les prosélytes de l'Evidence Based Medecin et les Assureurs)
 +
Mais, chez les zététiciens et le prosélytes de l'evidence based, les faits sont réifiés pour ne pas dire déifiés. C'est un totalitarisme du fait.    <blockquote>« Sans aucun doute, le motif le plus puissant qui pèse sur nous comme un interdit, le motif qui nous empêche de remettre en question les structures de cette civilisation et de nous lancer dans la voie de la révolution nécessaire, c'est le respect du fait. (…) Actuellement, le fait constitue la raison dernière, le critère de vérité. Il n'y a pas de jugement à porter sur lui, estime t-on, il n'y a qu'à s'incliner. Et dès lors que la technique, l'État ou la production sont des faits, il convient de s'en accommoder. Nous avons là le nœud de la véritable religion moderne : la religion du fait. »<ref>Jacques Ellul, ''Présence au monde moderne'', 1948. In Réédition dans Le défi et le nouveau, compilation de huit ouvrages, La table ronde, 2007, p.39</ref></blockquote>Tout le monde croit encore que la femelle mante religieuse et veuve noire mangent nécessairement le mâle lors de l'accouplement. Ce sont effectivement des faits observables mis en avant par la vulgarisation scientifique. Or, si ce phénomène est systématique au laboratoire, dans la nature il est très rare.     
  
 
Ainsi, les faits de  laboratoire - sous contrôles - coïncident rarement avec les faits historiques ou de terrains.     
 
Ainsi, les faits de  laboratoire - sous contrôles - coïncident rarement avec les faits historiques ou de terrains.     
  
Mais, il est vrai - selon toutes vérités - que l'hypothèse posée comme quoi la mante religieuse et la veuve noire ont une ''propension probabiliste''<ref>Belis Marianne. Causalité, propension, probabilité. In: ''Intellectica. Revue de l'Association pour la Recherche Cognitive'', n°21, 1995/2. Fonctionnalismes. pp. 199-231.<br />DOI : https://doi.org/10.3406/intel.1995.1501<br />[https://www.persee.fr/doc/intel&#x20;0769-4113&#x20;1995&#x20;num&#x20;21&#x20;2&#x20;1501 www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_1995_num_21_2_1501]<br /><br /></ref> ''(''Aristote, Charles S. Peirce, Karl Popper) au cannibalisme est validée de manière a priori et sensasionnelle par les domaines de la mesure (observation-expérimention, technique/statistique). Ça peut par ailleurs s'appuyer sur les 30% à 50% d'héritabilité au cannibalisme entre autre pour valider cette « [https://wikirouge.net/Contradiction#Contradiction_et_statistiques hypothèse théorique] » ou « hypothèse de départ ». De ce fait, pour les diagnosticiens et les politiciens, la méthode de laboratoire est plus efficace que la méthode de terrain car l'hypothèse a donné le résultat escompté par des faits hypostasiés.     
+
Mais, il est vrai - selon toutes vérités - que l'hypothèse posée comme quoi la mante religieuse et la veuve noire ont une ''propension probabiliste''<ref>Belis Marianne. Causalité, propension, probabilité. In: ''Intellectica. Revue de l'Association pour la Recherche Cognitive'', n°21, 1995/2. Fonctionnalismes. pp. 199-231.<br />DOI : https://doi.org/10.3406/intel.1995.1501<br />[https://www.persee.fr/doc/intel&#x20;0769-4113&#x20;1995&#x20;num&#x20;21&#x20;2&#x20;1501 www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_1995_num_21_2_1501]<br /><br /></ref> ''(''Aristote, Charles S. Peirce, Karl Popper) au cannibalisme est validée de manière a priori et sensationnelle par les domaines de la mesure (observation-expérimention, technique/statistique). Ça peut par ailleurs s'appuyer sur les 30% à 50% d'héritabilité au cannibalisme entre autre pour valider cette « [https://wikirouge.net/Contradiction#Contradiction_et_statistiques hypothèse théorique] » ou « hypothèse de départ ». De ce fait, pour les diagnosticiens et les politiciens, la méthode de laboratoire est plus efficace que la méthode de terrain car l'hypothèse a donné le résultat escompté par des faits hypostasiés.     
  
 
À partir de là, le fait de laboratoire est généralisé pour tout temps et tout milieu en figeant le fait à un résultat donné par la technique à un moment et un lieu donné. Ils peuvent conclure que les mantes religieuses et les veuves noires mangent de tout temps et tout milieu le mâle lors de l'accouplement. Puisque ce n'est pas l'''argument d'autorité''<ref>'''Olivier Biaggini''', « L’argumentation d’autorité : théorie et pratique », ''Atalaya'' [En ligne], 9 | 1998, mis en ligne le 20 avril 2009, consulté le 22 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/atalaya/71 ; DOI : 10.4000/atalaya.71 </ref> qui le dit mais les faits, tout le monde technoscientiste - porteur de la vérité par les faits - est ainsi satisfait quand bien même irréel et à côte de la plaque.     
 
À partir de là, le fait de laboratoire est généralisé pour tout temps et tout milieu en figeant le fait à un résultat donné par la technique à un moment et un lieu donné. Ils peuvent conclure que les mantes religieuses et les veuves noires mangent de tout temps et tout milieu le mâle lors de l'accouplement. Puisque ce n'est pas l'''argument d'autorité''<ref>'''Olivier Biaggini''', « L’argumentation d’autorité : théorie et pratique », ''Atalaya'' [En ligne], 9 | 1998, mis en ligne le 20 avril 2009, consulté le 22 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/atalaya/71 ; DOI : 10.4000/atalaya.71 </ref> qui le dit mais les faits, tout le monde technoscientiste - porteur de la vérité par les faits - est ainsi satisfait quand bien même irréel et à côte de la plaque.     
  
L'Evidence based est donc hors du mouvement réel. Sous couvert de pratique scientifique, les démarches fondées sur les faits ne font que soutenir les opinions du moment et les idéologies hégémoniques qui englobent les cellules de la science.  Ce qui conduit ainsi à des applications de la technique selon le point de vue de la rationalisation (Taylor). La conception du fait « des démarches fondées sur les faits » est fixiste, et l'application « pertinente » (sic) des résultats « efficaces » (sic) est purement mécanique ou technique.     
+
'''L'Evidence based est donc hors du mouvement réel'''. Sous couvert de pratique scientifique, les démarches fondées sur les faits ne font que soutenir les opinions du moment et les idéologies hégémoniques qui englobent les cellules de la science.  Ce qui conduit ainsi à des applications de la technique selon le point de vue de la rationalisation (Taylor). La conception du fait « des démarches fondées sur les faits » est fixiste, et l'application « pertinente » (sic) des résultats « efficaces » (sic) est purement mécanique ou technique.     
  
 
  Or, '''étymologiquement, le fait a pour origine latine le mot ''factum'' qui désigne l'action (faire, produire) soit ce qui se réalise'''.   
 
  Or, '''étymologiquement, le fait a pour origine latine le mot ''factum'' qui désigne l'action (faire, produire) soit ce qui se réalise'''.   
Ligne 524 : Ligne 548 :
 
<br />
 
<br />
  
=== [[Jean Piaget]] ===
+
===[[Jean Piaget]]===
 
Cf URL : http://www.fondationjeanpiaget.ch/fjp/site/ModuleFJP001/index_gen_page.php?IDPAGE=355&IDMODULE=72#s2
 
Cf URL : http://www.fondationjeanpiaget.ch/fjp/site/ModuleFJP001/index_gen_page.php?IDPAGE=355&IDMODULE=72#s2
 
  le « fait est (…) toujours le produit de la composition, entre une part fournie par les objets, et une autre construite par le sujet »
 
  le « fait est (…) toujours le produit de la composition, entre une part fournie par les objets, et une autre construite par le sujet »
  
* ''Psychogenèse et histoire des sciences''. Jean Piaget et Rolando Garcia,  Flammarion, 1983 <small>(<nowiki>ISBN 2082111377</nowiki>)</small> <abbr>p.</abbr> 30.  
+
*''Psychogenèse et histoire des sciences''. Jean Piaget et Rolando Garcia,  Flammarion, 1983 <small>(<nowiki>ISBN 2082111377</nowiki>)</small> <abbr>p.</abbr> 30.
  
 
<br />
 
<br />

Version du 24 mars 2020 à 10:53


Un fait est un événement advenu ou advenant dans le développement historique d'un phénomène. La philosophie et les sciences s'efforcent d'interpréter les faits. Cependant, les faits ne peuvent que s'interpréter a posteriori à la lumière d'une théorie donnée par sa méthode d'abstraction.

DÉMARCHES FONDÉES SUR LES FAITS

EVIDENCE BASED VS SCIENCE BASED

L'Evidence based - traduit de manière trompeuse par « démarches fondées sur les faits » - est très prisé à l'heure actuelle au XXI dans la recherche (cognitivisme, éducation... ) et dans les fonctions de diagnostiques (médecine, pédiatrie, kinésithérapie, management, politique, infirmerie ...) aliénées à la planification politique néolibérale de gestion, de rendement, de coût et de ressource humaine.

La philosophie de l'evidence based est d'appliquer au quotidien les techniques les plus pertinentes tirés des résultats scientifiques les plus efficaces. C'est une démarche de rationalisation sans raison, sans émotion soit sans rationalisme. Ses résultats sont issus d'études randomisées contrôlées et des « méta-analyses » soit de la bibliographie scientifique usant de ses démarches d'assurance.

Les zététiciens prônent en effet l'assurance et la prévoyance plutôt que la guérison immédiate notamment par le vaccin à tout prix qui est devenu un talisman des technosciences. Le terme « assurance » vient étymologiquement du talisman.

Or, un véritable critique d'esprit scientifique prône la guérison.

Pasteur a fait fi de l'art expérimental, cher à Claude Bernard dont veut s'inspirer l'EB tout en le caricaturant à outrance, quand il était devant le cas de cet enfant infecté par la rage. Il a injecté son sérum au grand damne de son collègue médecin.

Cependant, dans un autre cadre plus bourgeois qu'humaniste, il a préféré vacciner tout un cheptel protégé de la zone d'infection au lieu de faire changer le mode d'équarrissage par enterrement. Ce mode a eu pour conséquence d'infecter les vaches qui paîtraient au dessus du charnier de bêtes malades. Les lombrics et autres vers remontaient l'infection à la surface du sol. Cette petit zone fut pourtant isolée du champs dans sa globalité par des buissons et des hautes haies. Il n'y avait pas d'interaction entre les vaches dans ce carré infecté et les autres vaches du champs plus étendues. Seules les vaches du carrée étaient malades. Mais, toutes les vaches du champs dans sa globalité ont été vaccinées.

Par ailleurs, on remarque que la vaccination a été moins coûteuse à l'éleveur que le changement de mode d'équarrissage. Mais, la zone encore polluée, où vivent toujours les vaches bien que vaccinées, perpétue les risques et les dangers.

De la même manière, le capitalisme met en danger la population. Il est moins coûteux aux capitalistes de vacciner que de changer le mode de production capitaliste qui pourtant appauvrit le milieu social jusqu'à affaiblir le corps et la psyché des individus. Ce qui génère une pandémie potentiel. Les épidémies de rougeole en Roumanie récurrentes avec décès depuis les années 90 est la conséquence de la paupérisation de la société générée par les politiques libérales. Mais, les lobbyings en accusent ceux qu'ils nomment les anti-vax, soit les hérétiques qui pointent du doigt les problèmes de la vaccination.

Pasteur a d'abord été un guérisseur avant de se transformer en assureur. C'est en tant que guérisseur que le monde le reconnaît et non par la pratique bourgeoise d'assureur de son institut. Malgré son attitude méprisante envers ses collègues qu'il ne cite jamais, ses réussites se trouvent dans sa force de synthèse et non dans l'analyse.

Mais, aujourd'hui dans le cadre de la santé et de la société, en rapport avec l'aliénation US, c'est l'analyse qui prime sur la synthèse. On fait un culte à l'assurance au détriment de la guérison. Dans le cadre des zones sismique, c'est l'inverse la guérison prime sur l'assurance mais on reste dans une pensée d'analyse.

Le guérisseur comme le docteur Henri Joyeux, défenseur des trois vaccins obligatoires sans Aluminium[1], s'est vu être accusé de gourou par les assureurs zététiciens au nom des dites « démarches scientifique » c'est-à-dire de l'Evidence Based. Cependant de grands spécialistes comme Didier Raoult font remarquer que la politique de vaccination actuelle qui date de Pasteur est depuis longtemps devenue caduque par les nouvelles connaissances sur les virus bien que l'on ne connaisse pas encore comment ils apparaissent et disparaissent. Le virus est un phénomène naturelle. Contre les peurs irrationnelles et les fausses alertes, il faut apporter un nouveau regard sur cette microdiversité[2].

La vaccination et plus globalement les stratégie épidémiologiques sont donc à revoir dans un cadre matérialiste dialectique c'est à dire dans le cadre du complexe bio-psycho-sociologique et non plus strictement biologique et mécaniste. Les stratégies doivent donc respecter le développement des personnes avec ses stades de conflits et de stases, ainsi que le « milieu » : « situation.configuration < échange. (utilité.affectivité) > actions impliqués.potentialisations ». Comme l'Être chez Hegel, la technique dont l'injonction vacinale ne doit plus être un absolu.

Stoppons le libre marché des médicaments que les anglo-saxons considèrent comme un marché de bonbon. Socialisons la société, de la sphère professionnelle à la sphère communaliste. Potentialisons l'industrie de la santé plutôt que rationaliser celle des armes.

Comme Marx était un moderne anti-moderne contre les visions mécanistes des modernes du XVIII, comme le médecin matérialiste Pierre-Gaetan Stanski était anti-contagionniste contre les visions spiritualistes de la contagion, il est aujourd'hui un devoir d'être moderne progressiste anti-progress contre « la marche du progrès » dont être un anti-vax contre les visions technoscientistes de la vaccination. Pour paraphrase, Claude Bernard, il faut douter plutôt que d'être sceptique.

L'épisode du coronavirus en mars 2020 met en avant un conflit entre deux pratiques et solutions contradictoires  : Une solution scientifique (Science Based) immédiate de guérison efficiente sur le long terme (chloroquine, antibiotique diabolisée depuis les années 90)  VS une solution d'assurance préventive tardive efficace sur le court terme (vaccination déifiée par les prosélytes de l'Evidence Based Medecin et les Assureurs)

Mais, chez les zététiciens et le prosélytes de l'evidence based, les faits sont réifiés pour ne pas dire déifiés. C'est un totalitarisme du fait.

« Sans aucun doute, le motif le plus puissant qui pèse sur nous comme un interdit, le motif qui nous empêche de remettre en question les structures de cette civilisation et de nous lancer dans la voie de la révolution nécessaire, c'est le respect du fait. (…) Actuellement, le fait constitue la raison dernière, le critère de vérité. Il n'y a pas de jugement à porter sur lui, estime t-on, il n'y a qu'à s'incliner. Et dès lors que la technique, l'État ou la production sont des faits, il convient de s'en accommoder. Nous avons là le nœud de la véritable religion moderne : la religion du fait. »[3]

Tout le monde croit encore que la femelle mante religieuse et veuve noire mangent nécessairement le mâle lors de l'accouplement. Ce sont effectivement des faits observables mis en avant par la vulgarisation scientifique. Or, si ce phénomène est systématique au laboratoire, dans la nature il est très rare.

Ainsi, les faits de laboratoire - sous contrôles - coïncident rarement avec les faits historiques ou de terrains.

Mais, il est vrai - selon toutes vérités - que l'hypothèse posée comme quoi la mante religieuse et la veuve noire ont une propension probabiliste[4] (Aristote, Charles S. Peirce, Karl Popper) au cannibalisme est validée de manière a priori et sensationnelle par les domaines de la mesure (observation-expérimention, technique/statistique). Ça peut par ailleurs s'appuyer sur les 30% à 50% d'héritabilité au cannibalisme entre autre pour valider cette « hypothèse théorique » ou « hypothèse de départ ». De ce fait, pour les diagnosticiens et les politiciens, la méthode de laboratoire est plus efficace que la méthode de terrain car l'hypothèse a donné le résultat escompté par des faits hypostasiés.

À partir de là, le fait de laboratoire est généralisé pour tout temps et tout milieu en figeant le fait à un résultat donné par la technique à un moment et un lieu donné. Ils peuvent conclure que les mantes religieuses et les veuves noires mangent de tout temps et tout milieu le mâle lors de l'accouplement. Puisque ce n'est pas l'argument d'autorité[5] qui le dit mais les faits, tout le monde technoscientiste - porteur de la vérité par les faits - est ainsi satisfait quand bien même irréel et à côte de la plaque.

L'Evidence based est donc hors du mouvement réel. Sous couvert de pratique scientifique, les démarches fondées sur les faits ne font que soutenir les opinions du moment et les idéologies hégémoniques qui englobent les cellules de la science. Ce qui conduit ainsi à des applications de la technique selon le point de vue de la rationalisation (Taylor). La conception du fait « des démarches fondées sur les faits » est fixiste, et l'application « pertinente » (sic) des résultats « efficaces » (sic) est purement mécanique ou technique.

Or, étymologiquement, le fait a pour origine latine le mot factum qui désigne l'action (faire, produire) soit ce qui se réalise.   

Mais, le fait en est devenu dans notre langue alphasyllabaire et abstraite - sans aucun doute - vérité absolue jusque dans la communauté savante et scientifique où

... le fait scientifique est en grande partie, construit, constitué par l'esprit et que, comme le dit A. Lalande[6], « l'idée devient une part du fait ».[7]

Pour Max Weber, l'interprétation des données factuelles ne peut être pleinement objective quand bien même on en appelle à la neutralité. Alexandre Zinoviev a démontré qu'une sphère communaliste produit systématiquement une idéologie. La communauté scientifique ne fait pas exception. Même les chasseurs de « sophismes » et de « totalitarisme » selon la novlangue libérale et les chasseurs de « biais » et de « bullshit » selon la novlangue zététicienne, qui se veulent tous chantre de la raison, dont au sein des comités de lecteur pour le « peers review » sont enfermés dans leurs propres sophismes et biais cognitifs en imposant de manière violent et diffamatoire leur totalitarisme et leur connerie sans possibilité de dialectique. « Alors on voit le champion du réalisme tomber dans l'idéalisme. Mais ne pensons pas qu'il l'admettrait facilement. » (Émile Jalley, 2007).

Ainsi, spiritualité (transcendance ou immanence), philosophie (interprétation du monde), science (représentation du réel) et idéologie (perspective d'avenir) s'interpénètrent. D'où l'importance de faire un choix entre :

  • Le vivre ou l'être ;
  • Le matérialisme dialectique ou le fascisme « spiritualisme <> technoscientisme » dont un de ses deux faces opposées ;
  • La mesure a posteriori évaluée (jugement logique) par un cadre théorique donnée par des méthodes d'abstraction (appréhension, logique complexe, la corrélation) ou l'hégémonie de la mesure apriori triés/validée par une communauté de pairs (classification, abstrait pur, pragmatisme) ; La potentialisation ou la sélection.
  • Le communisme individuant « communaliste moderne (AZ) <> modernisme commun (KM) » ou la dynamique fascisante « traditionalisme <> capitalisme ».

Aujourd'hui, sous-couvert de lutter contre les « pseudo-sciences » ou le « complotisme » (en fait, le « militantisme » anti-gouvernemental et anti-impérialiste), les membres de l'organisation des pairs (peer) calomnient et discréditent les « hérétiques » au nom de leurs Saints faits tout en excluant les faits opposés mis en évidence par les démarches fondées sur la science, la Science based soit les démarches dialectiques. Pour paraître de bonne fois et neutre, les techno-scientistes et les politiciens bourgeois mettent en exergue les principes popperiens - faibles et erronés (false). Mais, cela cache globalement l'obscurantisme fascisant « traditionalisme (spiritualisme) <> capitalisme (technoscientisme) ».

« ... les maîtres de la Suprasociété globale continuent l'œuvre d'Hitler mais en s'appuyant sur les moyens beaucoup plus puisant de la science contemporaine et en masquant leurs visées sous le label démocratique.

On peut considérer que l'époque dans laquelle on vient d'entrer n'est pas seulement post-communiste mais aussi post-démocratique.

Et en ce qui concerne les conquêtes de la science elles sont le socle sur lequel fleurit un obscurantisme auprès duquel l'obscurantisme du Moyen Âge fait pâle figure. » (Alexandre Zinoviev, 2000)

Or, les faits ne peuvent pas s'appréhender, ni se comprendre seuls, par/en eux-mêmes

Pour être un bon observateur, il faut être un bon théoricien.[8]

La connaissance et le savoir ne sont pas « faits » au sens technique du terme. En effet,

« Les nouvelles connaissances des objets d'étude ne viennent pas de l'observation, ni de l'expérimentation (comme cela se passe au niveau empirique), mais des jugements logiques dans le cadre d'une théorie donnée ou nouvellement développées (c'est-à-dire, des groupes spéciaux de concepts et de rapports unis par des règles de la logique) » (Alexandre Zinoviev), 1964)

Crier « Vive les faits ! » comme le font les techno-scientistes afin d'imposer leur vue d'esprit n'est nullement une attitude scientifique. D'un point de vue épistémologique : « un fait ne fait pas un fait scientifique ».

Les faits scientifiques - comme le bon sens - ont besoin a priori d'un cadre théorique donné par les démarches dialectiques dites aussi méthode d'« abstraction (Hegel, Karl Marx), du « passage de l'abstrait au concret » (Alexandre Zinoviev), de « terrain » (Alfred Wegener, Maurice Mattauer), « historique » (Stephen Jay Gould), « globale » (Ovide Decroly, Henri Wallon) ou de « science based » pour parler la langue de l'empire.

Mais, qu'est-ce donc la théorie ?

De la critique rationnelle de la démarche par les faits à l'incompréhension de l'autorité de la méthode scientifique

=> Garcia, R. (2015). Le désert de la critique - déconstruction et politique (p. 67). L'Échappé (collection Versus)

« Entre autres travaux, Feyerabend est resté célèbre pour son ouvrage de 1975 Contre la méthode[9] Selon lui, le progrès de la connaissance humaine se développe et s'explique mieux en fonction d'une méthodologie pluraliste qu'en fonction d'une méthode rationnelle stricte et universellement applicable, à savoir la méthode hypothético-déductive. Grâce à cette méthode basée sur le contrôle des hypothèses par les faits, la sciences parvient à obtenir les résultats les plus fiables en termes de découvertes du vrai.

Or, aux yeux de Feyerabend, non seulement cette méthode s'avère un carcan pour l'intelligence humaine, mais en outre elle ne rend pas du tout compte de la façon dont se sont déroulés les progrès les plus reconnus dans l'histoire des sciences.

Carcan pour l'intelligence humaine, d'abord, car elle est réduit considérablement les sources de connaissance, en passant sous silence les modes de compréhension du réel rétifs au cadre dominant.

Nous nous sommes habitués à relier le progrès de la connaissance humaine et la maîtrise d'une seule méthode, mais cette habitude s'apparente d'avantage au résultat d'un lavage de cerveau.

Des récits traditionnels, des mythes, des invocations magiques, peuvent constituer des sources de connaissances tout aussi importantes, mais ils ont été minorés et étouffés par la science occidentale, qui a au besoin imposé son dogmatisme rationnel par la force, comme en témoigne la domination des savoirs indigènes par le rouleau-compresseur colonial.

Se concentrer sur les faits pour tester des hypothèses, c'est éliminer d'emblée les alternatives théoriques (issue d'un autre mode de raisonnement, d'une autre culture, etc.) qui pourraient réellement enrichir, corriger ou fragiliser la théorie dominante.[10]

Pour Feyerabend, le domaine des faits n'est jamais assez large pour confirmer ou infirmer réellement les théories scientifiques. (y)

Quant à la méthode hypothético-déductive, elle s'avère trop bien rigide. C'est la raison pour laquelle l'auteur en vient à plaider pour un anarchisme épistémologie, considérant que la seule « règle » acceptable est en réalité celle qui récuse tout enfermement méthodologique : dès lors, du point de vue du progrès de la connaissance humaine, tout est bon (anything goes).[11]

Aux yeux de l'anarchiste « épistémologique», c'est bel et bien ce dernier principe , et non la recherche rationnelle, patiente et scrupuleuse du vrai, qui à conduit aux progrès majeurs de l'histoire des sciences.

L'argumentaire de Contre la méthode repose ainsi en grande partie sur la relecture des théories galiléennes sur les mouvements de la Terre. Feyerabend y montre que la reprise des théories coperniciennes [S.L. : sphère de la contemplation : « C1 <A1>C2 »], source de la renommée de Galilée, ne se ramène en rien à la découverte de faits inédits [S.L. : sphère de la mesure : « C2' <A2> C3»] ayant rendu nécessaires de nouvelles hypothèses explicatives [S.L. : nouveaux questionnements] et le réajustement final de la théorie [S.L. : affinement].

Elle consiste plutôt en une suite de « coups de force » intellectuels [S.L. : Pas dans les résultats mais dans les conclusions] : remplacement de données par d'autres, hypothèses 'ad hoc' destinées à camoufler les changements opérés, utilisation du télescope comme arguments d'autorité, utilisation de la persuasion, style de recherche éclectique s'attirant la sympathie des amis de la nouveauté.

Dès lors, la méthode elle-même, valorisée comme l'incarnation de la rigueur intellectuelle, devient le symptôme d'une perverse volonté de puissance : contrebalancer la faiblesse de la rationalité par l'imposition universelle d'un dogmatisme scientifique [S.L. : C'est la technoscience].

En ce sens , la science ne serait qu'un mythe qui aurait réussit à éliminer la crédibilité de tous les autres, en s'appuyant sur des relais institutionnels et financiers, et qui permettrait à une nouvelle sorte de prêtrise d'occuper les places les plus en vue des sociétés occidentales, tout en se coupant de l'expérience du reste de l'humanité. »


[S.L. : Or, pour anticiper le chapitre 41_Tableau du regard-scientifique :

Dans les domaines de la contemplation (Copernic, Darwin, Wegener, Marx, Alexandre Zinoviev...), l'appréhension du concret (matérialiste et dialectique) par des méthodes d'abstractions se substitue, par l'abolition de la raison d'Être, aux interprétations spiritualistes du réel. Cette déontologisation où l'Être n'est plus au centre de Tout ne peut pas se faire a priori directement par la mesure mathématique (Platonicisme) ou empirique (Locke). En effet, les résultats donnés par les domaines de la mesure (Galilée, Taponnier...) ont toujours besoin d'un cadre théorique donnée par les domaines de la contemplation. Sans quoi, il est vrai que la mesure a priori bien que réaliste tombe dans l'ontologie c'est à dire dans ce qui rassure le pouvoir dominant. Le mesure apriori ne sert pas à la vérité c'est-à-dire qu'elle ne sert pas représenter le réel.

Mais, les postmodernes font du concept « théorie » un relativisme et un subjectivisme au nom des visions du monde « alternatifs » contre le « no-alternative » eurocentré de Margaret Thatcher. On comprend ainsi mieux le mépris des empiristes et des matérialistes pour la THÉORIE que le gauchiste postmoderne galvaude. Mais, les objectivistes et absolutistes réagissent exactement comme les postmodernes qu'ils condamnent à raison.

Certes, le post-modernisme ouvre les portes aux spiritualismes. Il y a de quoi les critiquer. Mais, le rejet radical de la théorie et donc de la dialectique par les empiristes et matérialistes obtus, et leurs techniques de laboratoire ne permet pas d'annihiler le spiritualisme. Dans leur combat contre l'obscurantisme d'ancien régime et postmoderne, leur scepticisme vulgaire sanctifie ainsi le fait jusqu'à en rejeter le doute et tous questionnements. Ils restent enfermé dans une dynamique circulaire « spiritualisme <> technoscientisme ». Cette foi au progrés engendre dès lors des mythes et du charlatanisme dans les domaines de la mesure. Les « avions renifleurs » sont devenus légion au XXI sous couvert de démarches fondées sur les faits donnés par la technique.]

MESURER VS ÉVALUER

« En général, on confond mesurer et quantifier. On ne peut pas quantifier la dureté, mais on peut mesurer le coefficient de dureté d'un matériau en déterminant son rang dans une classification générale bien ordonnée. » (T'en Poses Des Questions)

Et, on confond également mesurer et évaluer.

Ce qui se présente comme un système d’évaluation s’avère être un mode de mesure et de jugement automatisés.[12]

En effet, le sens du mot « évaluer » dans la langue des politiques et des scientifiques des démarches fondés sur les faits est en réalité une mesure afin de comparer et de sélectionner ce qui est efficace selon eux.

Ce « système dévaluation » a pris naissance avec la cybernétique dans les années 50. Les archivistes-informaticiens se sont posés la question de comment retrouver les articles scientifiques (méta-analyses) les plus utiles parmi la masse d'informations qui s'accumulent sans cesse. Mais, cette bonne intention a été vite détournée.

On a commencé à « évaluer » les universités et les professeurs c'est à dire mesurer leur performance d'après le nombre d'articles bien classés selon la dite « évaluation par les pairs » (Peer Review). Cela a donné aussi naissance dans les années 70 au « démarches fondées sur les preuves » (Evidence based) qui touchent d'abord la medécine (EBM) puis vont s'étendre partout jusqu'à aujourd'hui dans l'éducation. Cette pratique politique s'est durcie à partir des années 80 jusqu'à aujourd'hui.

L'« évaluation » est ainsi devenue une obsession chez des scientifiques (Franck Ramus) et les politiques.

Or, Émile Jalley pense que le terme d'« évaluation » utilisé en « psychologie scientifique » et par le ministère de l'éducation nationale français a été « importé de l'anglais pour remplacer ce qui s'appelait jadis tout simplement jugement de valeur ».

L'évaluation dans le sens de l'Evidence based issu du monde anglo-saxon est le jugement de valeur soit la mesure de l'Être.

Dans ce sens,

La pratique d’évaluation s’inscrit dans l’histoire de la mesure. Au croisement du positivisme scientifique, de l’économie de marché et des États, « on retrouve la systématisation de la “mesure” comme norme objective permettant de penser le monde en chiffres » (Pillon & Vatin, 2003, p. 161). Les principes d’efficience et de justice justifient un esprit métrologique, caractéristique de la modernité. Max Weber (2000) observait déjà, il y a un siècle, la montée de ce pouvoir dont la légitimité est « rationnelle légale ». La mesure du temps, de l’espace, des populations et des marchés prend son essor simultanément à la monétarisation de l’économie. Celle-ci « objective » par l’abstraction d’un chiffre, la valeur des choses et vise à la diffusion d’une vision quantitative du monde (Simmel, 1999).[12]

Or, Une authentique évaluation fait référence au « jugement logique » d'un cadre théorique (concret pensée) tel qu'il est définit dans sa complexité dans le Manuel (1947) et le Cours (1986/1954) d'Armand Cuvillier, et telle que le logicien Alexandre Zinoviev le pratique.

Ainsi, une authentique évaluation, OBJECTIVE et FIGURATIVE, n'est pas un jugement moral/de valeur (abstrait).

En effet, dans son livre (ISTE, 2017) l'entrepreneur anthropologue et sémiologue Yves Richez montre que l'on confond en occident la mesure et l'évaluation.

Ainsi, d'un point scientifique l'évaluation est un « jugement logique » (Alexandre Zinoviev).

Par conséquent, en science, évaluer n'est pas mesurer.

Une authentique « évaluation » est en fait un « principe [dialectique] d'appréciation d'écart(s)».

C'est comme le dit justement Éveline Charmeux sur son blog : Évaluer c'est « faire le point »[13]

Pour citer le sémiologue et entrepreneur Yves Richez (ISTE, 2017) :

  • « L'évaluation implique un passage à l'acte, là où la mesure peut se contenter de constat ».
  • « La mesure implique en implicite une norme (donc la forte probabilité d'une courbe de Gauss) ».

Il est intéressant de rappeler chez Alfred Binet que

« le mot mesure n'est pas pris ici au sens mathématique... il y a là tout un système d'évaluation que nous croyons nouveau et dont nous n'avons pas le temps d'exposer les principales conséquences philosophiques » (Binet cité par René Zazzo).

L'adaptation des tests de Binet par Ovide Decroly et Amélie Hamaïde est flagrante sur ce point. Cela jure vivement avec les pseudo-évaluations de l'éducation nationale et des démarches fondées sur les faits et de leurs hypothèses sorties du chapeau à valider.

La mesure au sens mathématiques (statistiques, géométrique) fige en effet pour tout temps et tout lieu un état/une forme au moment du test en faisant fi de l'espace (milieu) et du « modus operandi sous-jacent au processus ».

Ainsi, chez les politiciens et les prosélytes de l'Evidence based

« l'évaluation s'amalgame avec la mesure, car elle ne fait plus confiance aux formes du 'regardé' et à l''appréciation' des écarts. Elle préfère la « vue » du « chiffre », car elle ne souffre pas de « discussion » : la mesure rassure par sont « arrêté », là où l'évaluation inquiète par son « approximation » (et donc peut-être sa possible « subjectivité »). Or il a autant de subjectivité dans la mesure qu'il pourrait y en avoir dans l'évaluation, car c'est l'intention et l'usage du professionnel qui « subjectivent » l'évaluation elle-même. » (YR)

Effectivement, comme le rappelle déjà Henri Wallon :

« entre l'objet à mesurer et la mesure, il faut choisir, Si c'est elle qui l'emporte dans l'esprit du chercheur, il saura seulement dire de l'objet qu'il est conforme ou non. Sa connaissance sera donc ou purement négative, pour l'objet auquel la mesure ne convient pas, ou strictement réduite pour les autres, à ce que la définition de la mesure peut contenir de positif ».

Mesurer cherche à ressortir par la technique et le contrôle les sacro-saints savoirs être-dire-faire (noumène, logos, techné) en soi par rapport à une norme pré-déterminée.

Évaluer permet de faire le point à un moment donné et de mettre en lumière des « modes opératoires » (YR) afin de réduire l'écart avec le résultat escompté selon sa singularité par divers chemins stratégiques.

Une évaluation s'appuie sur les compétences « en tant que mode opératoire intentionnel » et non pas sur « un savoir, c’est-à-dire une représentation conceptuelle arrêtée sur elle-même » (Richez, Y. (2018). Le CV, syndrome d’un modèle de pensée obsolète. FocusRH. (en ligne le 16/11/2019)).

ÉTYMOLOGIE DE THÉORIE

« Selon Jacques Hadamard, l’imagination – au sens d’une pensée en image –, joue aussi un grand rôle dans l’invention mathématique. Souvent, un mathématicien « voit » une solution en imaginant un chemin nouveau qui conduit entre deux domaines des mathématiques jusque-là séparés. C’est ainsi que le théorème de Fermat fut découvert. La vision vient en premier, la démonstration suit. Ce n’est sans doute pas un hasard si le mot « théorème » renvoie, selon l’étymologie grecque, au mot « vision ». »[14]

21_Théorème

  • CNRTL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/th%C3%A9or%C3%A8me

Empr. au lat. d'époque impériale theorema « proposition », gr. θ ε ω ́ ρ η μ α « ce qu'on peut contempler; objet d'étude et de méditation », dér. de θ ε ω ρ ε ι ̃ ν « observer, contempler ».

  • Wikitionnaire : https://fr.wiktionary.org/wiki/th%C3%A9or%C3%A8me

Du latin theorema issu du grec θεώρημα, theốrêma (« spectacle, fête, contemplation »), dérivé, avec le suffixe -μα, de θεωρέω, theôréô («  examiner, regarder, considérer »), de θέα, théa (« contemplation ») et ὁράω, horáô (« regarder, voir »)

22_Théorie

=> Mots clés : contemplation, regard, abstraction, connaissance

a_Étymologie :

  • CNRTL : http://www.cnrtl.fr/etymologie/th%C3%A9orie

Empr. au b. lat.theoria (et theorice) « la spéculation, la recherche spéculative », empr. au gr. θ ε ω ρ ι ́ α, de θ ε ω ρ ε ι ̃ ν «  observer, contempler »; comme terme de philos., a remplacé théorique*.

  • Wikitionnaire : https://fr.wiktionary.org/wiki/th%C3%A9orie

de θεωρέω, theoreo (« examiner, regarder, considérer »), de θεωρός, theoros (« spectateur ») lui-même de θέα, thea (« la vue ») et ὁράω, orao (« voir, regarder »).

b_ Définition historique :

=> http://www.cnrtl.fr/etymologie/th%C3%A9orie

  • Scientifique :
1380 : « science qui traite de la contemplation » (Roques t. 2, no12386)

1587 : « ensemble d'idées, de concepts abstraits plus ou moins organisés, appliqués à un domaine particulier » (Cholières, Apres dinees, VIII, p. 307, Tricotel ds Gdf. Compl.);

1656 : «  connaissance purement abstraite, indépendante des spéculations » dans la théorie ... dans la pratique (Pascal, Provinciales, Sixième lettre, éd. L. Lafuma, p. 397)

1610 : « construction intellectuelle, méthodique et organisée qui sert de base à une science et donne l'explication d'un grand nombre de faits » (P. Coton, Institution catholique, I, 745 ds R. Philol. fr. t. 43, p. 133)

  • Idéologique :

1636 milit. « principe de manœuvre »

1765 « ensemble d'opinions systématisées que l'on soutient dans tel ou tel domaine particulier »

=> Dans ce cadre la théorie rejoint la Mètis (La ruse/l'habilité d'Ulysse = le mouvant) honnis par Platon et Aristote (le figé) => stratégie => devenir.

c_ Remarques : théorie, hypothèse, contemplation

Il semblerait que ce soit le latin (influencé par Platon) qui a donné une valeur péjorative à théorie : theoria est défini comme « spéculation » soit « une contemplation intellectuelle donc une vue de l'esprit »[15].

Cela a donné l'expression « en théorie ! » comme si la théorie sortait du crâne de Jupiter et non de l'expérience.

Ce préjugé perdure jusqu'à aujourd'hui en science surtout dans les domaines de la mesure (statistique, diagnostique...) qui font de la mesure un a priori.

Théorie est aussi souvent confondu avec hypothèses

  • Empr. au lat. class.hypothesis « argument », gr. υ ̔ π ο ́ θ ε σ ι ς « action de mettre dessous, base d'un raisonnement, supposition ».

On en oublie le sens originel de théorie. Or : « Contempler » = « Regarder » et non raisonner, ni supputer.

Or,

l'action de « Regarder » (expériencer) est à la théorie (Sphère - Tout) ce qu'« Observer » (expérimenter) est aux  faits (Cellule - Partie du Tout significatif et représentatif du Tout).

Si un fait est mesurable par sa taille abordable (sphère de la mesure - domaine du savoir) par les sens et la technique, une théorie est incommensurable (sphère de la contemplation - domaine de la connaissance). La théorie donne le cadre général à l'objet d'étude.

Contrairement aux faits, la théorie est hors-Je.

Sans cadre théorique, l'explication d'un fait mesuré reste hypothétique pour ne pas dire spéculative ou même idéologique.

Un fait de labo sous contrôle (l'idéel / l'idéalité => le parfait) est rarement en accord avec un fait naturel (le réel / la réalité => le chaos).

L'erreur des technoscientistes et des ingénieurs est de généraliser et d'appliquer des faits de labo à un milieu naturel.

QU'EST-CE DONC LA THÉORIE ?

=> Gilles Willett, « Paradigme, théorie, modèle, schéma : qu’est-ce donc ? », Communication et organisation [En ligne], 10 | 1996, mis en ligne le 26 mars 2012, consulté le 19 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/communicationorganisation/1873 ; DOI : 10.4000/communicationorganisation.1873 [avec reformatage et remarques ajoutées pour wikirouge]

31_Concept de la théorie par Littlejohn

« Pour Littlejohn (Littlejohn, 1989, pp. 2-31),

  • toute tentative d’explication ou de représentation d’un aspect de la réalité constitue une théorie.
  • Une théorie est à la fois une abstraction et une construction de l’esprit.
  • Le but d’une théorie est de découvrir, de comprendre et de prédire les événements.

Dans les études en communication, les théories sont générales ou contextuelles.

  • Les « théories générales » (théories des systèmes, théories des signes, théories du langage, théories cognitives, théories de la culture et de la réalité sociale, théories interprétatives, théories critiques, etc.) conviennent à l’étude du processus de communication dans toutes ses manifestations.
  • Les « théories contextuelles » traitent de la communication dans des situations spécifiques comme, par exemple, les relations interpersonnelles, les groupes, les organisations, les mass-medias, etc. (Littlejohn, 1989, p. 10).
Une théorie est une manière de concevoir et de percevoir les faits et d’organiser leur représentation. [=> Concret Pensée]

Elle sert à

  • conceptualiser et à expliquer un ensemble d’observations systématiques relatives à des phénomènes et à des comportements complexes.
  • aussi à découvrir un fait caché. Il s’agit donc d’une construction de l’esprit élaborée suite à des observations systématiques de quelques aspects de la réalité. [cf abstraction]

La formulation d’une théorie comporte l’énoncé d’un enchaînement de propositions interdépendantes tirées de déductions et faisant appel à la logique intuitive [regard/expérience - questionnement/pratique]. Ces propositions servent à formuler des hypothèses vérifiables en utilisant la méthode scientifique [méthode du passage de l'abstrait au concret]. Cette méthode [dialectique] permet de faire des mesures [aposteriori] rigoureuses dont les résultats constituent la source de prédictions scientifiques, ou encore de susciter de nouvelles observations ou de nouvelles hypothèses.

Une théorie sert

  • donc à définir, décrire, comprendre, expliquer, représenter et prédire un phénomène particulier et un ensemble de relations propres à ce phénomène suite à la vérification d’un certain nombre d’hypothèses.
  • sert aussi à poser de nouvelles questions, à structurer en partie les observations, à porter un jugement sur la réalité et même, dans certains cas, à prendre des décisions qui influencent le cours des événements quotidiens.

La formulation d’une théorie est un processus systématique et contrôlé mais néanmoins adapté aux conditions restrictives de son contexte de production. Cela signifie donc que les théories sont toujours partielles car, en mettant l’accent sur une partie du réel [Cellules, Partie du Tout], elles ignorent donc tout le reste [sphère, Tout].

De plus, elles ont des limites qui doivent être précisément décrites par le chercheur. Une théorie n’est pas la réalité ni un moyen pour révéler la vérité [Théorie = Concret Pensée].

Toutefois,

une théorie crée une réalité qui permet de concevoir, de percevoir, de comprendre et d’expliquer un aspect du réel de manière logique et formelle. 

Il est donc plus fécond de se demander si une théorie est UTILE PLUTÔT QUE de se demander si elle est VRAIE. »

[ Ce qui importe est le réel - avec sa mise en lumière au plus juste par une représentation globale singulière matérialiste et dialectique -, et non la vérité que chacun porte en soi - selon ses points de vues métaphysiques spiritualistes, idéalistes, technoscientistes - quand bien même qualifiée de scientifique. La recherche de vérité(s) tombe dans « Deux excès : Exclure la raison, n'admettre que la raison. » (Pensées de Pascal Blaise). ]

32_Fonctions de la théorie par Littlejohn

« LittleJohn attribue neuf fonctions à la théorie.

  1. La fonction d’organisation et de synthèse permet de cumuler, de structurer et de synthétiser les connaissances. [Abstraction (A1)]
  2. La fonction d’intérêt attire l’attention sur les variables et les relations entre les variables importantes. [corrélation, consilience]
  3. La fonction de clarification aide à comprendre différents types de relations et balise l’interprétation, la compréhension et l’explication de divers aspects de la réalité. [appréhension, appréciation]
  4. La fonction d’observation précise ce qui doit être observé et comment le faire. [du regardé (sphère) à l' observé (cellules)]
  5. La fonction de prédiction est utilisée pour contrôler, anticiper et même transformer certains aspects de la réalité. [appliquer]
  6. La fonction heuristique favorise l’émergence de nouveaux concepts et de nouvelles recherches dans un domaine particulier, suggère de nouvelles hypothèses ou crée une réalité anticipée. [questionner]
  7. La fonction de communication permet au chercheur de rendre compte de ses observations, ce qui facilite la discussion, le débat et l’analyse critique indispensables à l’évolution des connaissances. [modélisation (A2)]
  8. La fonction de contrôle sert à juger, à partir de valeurs et de normes, la performance, l’efficacité et les propriétés de certains comportements. [cf « jugement logique » d'Alexandre Zinoviev, « évaluation » d'Yves Richez]
  9. Enfin, la fonction de générativité, qui s’applique surtout aux théories interprétative et critique, consiste à mettre en cause la vie culturelle et ce qui est tenu pour acquis, à générer de nouveaux styles de vie, à soulever des questions fondamentales sur la vie contemporaine et à proposer des alternatives pour l’action sociale. »

33_Critère d'évaluation d'une théorie

« cinq critères permettent d’évaluer une théorie. Ce sont les critères d’envergure, d’opportunité, de valeur heuristique, de validité et de simplicité.

  1. L’envergure d’une théorie fait référence à son domaine d’application et se fonde sur le principe de généralité. Une théorie doit être assez générale pour s’appliquer, d’une part, à plusieurs phénomènes ou, d’autre part, à un petit nombre d’événements dans plusieurs situations.
  2. L’opportunité d’une théorie signifie que la perspective théorique utilisée est appropriée aux questions théoriques posées. Ce critère implique l’examen des suppositions épistémologiques qui fondent la perspective théorique.
  3. La valeur heuristique d’une théorie permet de vérifier si celle-ci peut déclencher l’émergence de concepts inconnus, de recherches inédites ou de nouvelles théories. Une théorie satisfait le critère de validité lorsqu’elle est généralisable.
  4. Dans les approches interprétatives et critiques, la validité dépend de l’importance et de la valeur utilitaire d’une théorie. Elle dépend aussi de la correspondance entre la réalité et les définitions des concepts et de leurs relations. La pratique scientifique traditionnelle n’admet qu’une seule correspondance alors que l’approche interprétative et critique estime qu’un certain nombre de théories correspondent à la réalité.
  5. Enfin, le critère de simplicité signifie qu’entre deux théories également valides il faut choisir celle dont la logique d’explication est la plus simple [simplexe]. »

VERS UNE THÉORIE DE LA THÉORIE

41_Tableau du regard-scientifique

Représentation du développement de la science de cercle en cercle sous la forme d'un tableau dynamique marqué par le sens des flèches : { « C1 <A1> C2 » <∞> « C2' <A2> C3 » }

Domaine de la contemplation

Passage de l'abstrait au concret

Domaine de la mesure

Sphère

Tout

Sujet

concret réel complexe

Concret 1 (C1)


C1 <= C3


<--- Représentation simplexe du concret réel complexe


DM à DC

symbole

Concret 3 (C3)

concret pensé modélisé

↓ expérience/regardé ↑ technique/application


↓↑ > abstraction/Abstrait 1 (A1) <

<--- évaluation/jugement logique --- >


DC <---> DM

↑↓ > modélisation/Abstrait 2 <


↓ science-questionnement/praxie

↑ expérimentation/observation
théorie

Concret 2 (C2)

concret pensé naturalisé (matérialisé)

C2 => C2'


Symplexification du concret réel complexe --- >


DC à DM

Cellule

Partie du tout abstrait

Objet

concret réel abstrait

Concret 2' (C2')

Champ de la connaissance Champ du savoir construit

42_Autres représentations génériques

  • Nœud/Ruban

Nous retrouvons une première « représentation » (Henri Wallon) de cette dynamique sous la forme involontairement d'un ruban de Möbius (infini) : Schéma du regard-scientifique.

Après la formation de ce schéma de la pensée et de la méthode scientifique, S.L. a été fortement surpris de voir que cette figure et son mouvement complexe sont analogues à un nœud « borroméen » représenté sur la couverture de La psychanalyse pendant et après Lacan d'Émile Jalley.

  • Réseau/Circuit

Nous pouvons  corréler cette représentation de cercle en cercle ou du ruban de Möbius avec celle d'Yvan Duril (https://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2013/09/03/methode-scientifique) tel que :

  1. domaine de la contemplation => programme et phénoménologie
  2. domaine de la mesure => observation et analyse
  3. évaluation - jugement logique => Analyse combinée
  • Linéaire/Ponctuée

Nous avons réalisé par ailleurs, sans le vouloir soit selon la configuration d'écriture sur une page wiki, une forme linéaire avec sauts de cette dynamique dans l'article abstraction au paragraphe Schéma du regard-scientifique

43_Appréhension du tableau du regard-scientifique

Les termes du regard-scientifique tirent leur origine et inspiration de :

  • Gould, Zinoviev, Marx : Théorie, praxis, science, abstraction
  • Alexandre Zinoviev : Sphère et cellule, jugement logique
  • Yves Richez : regardé et expérience différent à expérimentation, évaluation
  • Émile Jalley : Concret pensé, abstrait, concret réel issus de Descartes, Hegel, Marx
  • Henri Wallon, Stephen Jay Gould : technique, observation et expérimentation par opposition à la « mesure a priori » de Platon, Locke, Frank Ramus... et par prise de position pour la « mesure a posteriori »
  • Alain Berthoz : Simplexification de simplexité comme un processus d'abstraction (partie du tout/cellule <=> tout/sphère)
  • S.L. : contemplation (de theoria), symbole, savoir construit, application (inspiré du numérique), modélisation, représentation (Henri Wallon)

Ce schéma met en avant une opposition entre le champ de la contemplation et le champ de la mesure. Ces champs forment deux sphères différentes et indépendante. Or, cette indépendance n'est qu'apparente. On n'a voulu séparer ces deux sphères en niant leur relation dialectique.

C'est cette incompréhension des luttes qui génèrent les amalgames entre les sciences de la contemplation et les sciences de la mesure. La séparation de la technique et de la science conduit à la rationalisation soit à la gestion de la nature dont de l'homme par la technique générant ainsi une destruction du vivant et sa substitution par la technologie.

La pensée scientifique avec sa mise en lumière de la dialectique conduit à abolir les oppositions conflictuelles entre les antagonistes. La correction/déconstruction mutuelle des erreurs de chaque antagonistes génère une dynamisation des opposés formant ainsi une unité « contemplation <> mesure ». Un nouveau chemin commun, à la fois linéaire et cyclique, s'ouvre entre contemplation et mesure. La connaissance et le savoir sont ainsi en harmonie dans cette pratique intentionnelle de potentialisation des choses.

Mais, encore aujourd'hui d'autant plus avec la révolution numérique - émergeant avec la théorie de l'information et la cybernétique dans les années 50 - on a tendance à privilégier la mesure de manière a priori au détriment de la contemplation. On retombe dans les travers régressifs de chaque révolution technique à cause du rejet de l'histoire par les propriétaires et les fanatiques de la technologie.

QU'EST-CE QU'UNE REPRÉSENTATION ?

« ... : la pensée concrète est la représentation d'une action possible, et la pensée formelle, la représentation d'une représentation d'actions possibles. »
  • Jean Piaget (1940), Le développement mental de l'enfant. Juventus Helveticus, Zurich, 1940, réédit. In Six études de psychologie, 9-86, Genève, Gonthier, 1964.
  • cité par Tran-Thong (1992). Stades et concept de stade de développement de l'enfant dans la psychologie contemporaine (p.78). éd. Librairie Philosophique J. Vrin.  (ISBN 2-7116-0711-9).
La représentation est la médiation de la connaissance. Lorsque le cadre représentatif achève de se constituer sous la forme appropriés des catégories et des concepts, la définition du réel devient possible et marque le début de la véritable connaissance.
  • Tran-Thong (1992). Stades et concept de stade de développement de l'enfant dans la psychologie contemporaine (p.206). éd. Librairie Philosophique J. Vrin.

51_ Le Concret : départ et finalité d"une représentation

Généralité

« Le concret est concret parce qu’il est le rassemblement de multiples déterminations, donc unité de la diversité.

C’est pourquoi il apparaît dans la pensée comme procès de rassemblement, comme résultat, non comme point de départ, bien qu’il soit le point de départ réel et, par suite, aussi le point de départ de l’intuition et de la représentation. Dans la première démarche la plénitude de la représentation a été volatilisée en une détermination abstraite; dans la seconde ce sont les déterminations abstraites qui mènent à la représentation du concret au cours du cheminement de la pensée.


C'est pourquoi Hegel est tombé dans l'illusion qui consiste à concevoir le réel comme le résultat de la pensée qui se rassemble en soi, s'approfondit en soi, se meut à partir de soi-même, alors que la méthode qui consiste à s'élever de l'abstrait au concret n'est que la manière pour la pensée de s'approprier le concret, de le reproduire en tant que concret de l'esprit. Mais ce n'est nullement là le procès de genèse du concret lui-même »

  • Karl Marx. Chapitre III de L'introduction à la critique de l'économie politique Karl Marx. Chapitre III de L'introduction à la critique de l'économie politique cité par Rolando Garcia, « dialectique, psychogenèse et histoire des sciences » (p. 231-232), postface de Piaget, J. et al (1980). Les formes élémentaires de la dialectique. Gallimard (Idées)

De l'observation (C1<>C2) à l'expression (C2<>C2')

« L'enfant commence donc par avoir de l'objet une idée vague, confuse, non pas certes irréelle, mais globale, une idée où les différences propres à chaque objet sont effacées par des notions à la fois plus complexes et plus simples qui peuvent même laisser la prépondérance à des influences affectives ou pratiques.[cf syncrétisme (psychologie)]

L'observation consistera donc pour l'enfant à faire sortir l'objet de cette confusion, et ensuite à discerner ses qualités. Pour qu'il y arrive, il faut tout en le guidant naturellement, lui laisser l'initiative de toutes les opérations qu'il doit faire subir à l'objet. Le second temps de la pédagogie, c'est l'expression.

Et là, Decroly s'oppose à ces pédagogues auxquels je faisais allusion tout à l'heure et qui disent ; la connaissance, c'est avant tout une connaissance pratique, et les notions des choses qui viennent de l'adulte sont capables de vicier la représentation que l'enfant doit se faire par lui-même des choses.

Decroly n'a d'ailleurs pas réduit l'expression uniquement au langage. Il y a joint le dessin, qui est un langage aussi. Et lorsque la représentation que l'enfant se fait des choses passe par son crayon, par sa plume, c'est un commencement d'analyse, un commencement de classement suivant les formes qui se font. Mais c'est surtout le langage qui permet à l'enfant non pas peut-être l'analyse brute de l'objet mais qui lui permet de recueillir cette analyse.

Sans le mot, l'enfant n'arriverait pas à se représenter les objets dans son classement nécessaire. C'est parce que l'enfant entend appeler un objet et des objets apparemment différents du même nom qu'il est capable d'établir des classifications.

Le langage est le support de nos idées, le support de nos représentations, de tout ce que nous pouvons recueillir dans la nature, quand nous cherchons à extraire l'objet des situations particulières auxquelles il se rencontre associé dans l'expérience courante. »

  • L'œuvre du Docteur Decroly par Henri Wallon

Symbole (C3)

« Le symbole au sens étroit du mot est un objet, mais un objet qui est le substitut d'autres réalités : objets, personnes, institutions, clans, groupements quelconques, etc. Il échange sa propre réalité contre celle qu'il représente. Il devient une signification. Il n'est pas en lui-même une représentation, puisqu'il est quelque chose de concret. Sa fonction est déjà représentative. La représentation reste encore aliéné dans un objet; elle n'est pas encore formulable pour elle-même. » (p.194)


  • Wallon, H. (1945). 'De l'acte à la pensée - Essai de psychologie comparée'. Flammarion.

52_ La représentation des choses

Appréhension de la représentation par la psychologie

En psychanalyse, la représentation comme représentation psychique est l'une des deux composantes de la pulsion — contenu concret d'un acte de pensée —, par opposition à l'affect.

La notion de représentation sociale est utilisée en psychologie sociale pour désigner les images de la réalité collective fortement suggérées à l'individu par la société.

Dans la psychologie scientifique, la représentation renvoie à la représentation mentale du monde extérieur en associant une perception à une idée, une catégorie de faits, une image mentale, un symbole ou un modèle explicatif. Dans ce cas, la représentation est réduite à une vision abstraite où l'idéel/le modèle prime sur le réel. Cette même représentation mentale est aussi utilisée en psychologie cognitive et dans les neurosciences. La représentation est vue comme copier-coller du réel scanné - de manière phonétique et passive - dans une des boîtes de la mémoire informatique du cerveau.

Or, selon Émile Jalley, la notion de « représentation » employée par les chercheurs actuels n'est pas significative, ni représentative du réel. Aujourd'hui :

« effectivement personne n'arrive à définir clairement ce qu'est une représentation, autrement que par référence à un ensemble de dénomination purement verbales, toujours plus ou moins empruntée au langage de l'informatique. Comme on le souligne ailleurs (Jalley, 2006, 14.7.), la tendance moderne, concernant la nature et la source de la représentation, semblerait avoir parcouru le chemin d'une critique de Piaget consistant d'une part à jeter par-dessus-bord le côté fort de la doctrine piagétienne, celui consistant dans le versant opératif du schème sensori-moteur et de ses dérivés (concept), et trouvant sa source directe dans l'action, d'autre part à valoriser le versant mineur d'une telle doctrine, l'aspect figuratif du schème et ses rejetons (image mentale), ce qui ne peut ramener le modèle de la représentation qu'à la source très ancienne, mais jamais tarie, de la doctrine empiriste et associationniste, quand ce n'est pas nativiste, offerte par la perception, et à la figure par sa sœur, la mémoire, devenue pour sa part - avec ses trois niveaux [Long Terme, de Travail, Court terme], le cheval de bataille de la psychologie cognitive moderne, ce qui est d'ailleurs n'est pas très nouveau non plus (Taine, Bergson).

Alors que Piaget posait la double nature opérative et figurative de la représentation en privilégiant l'opérativité sur la figurativité, c'est-à-dire grosso modo le calcul logique, vecteur du signifié, pour venir informer l'image mentale et le langage, supports du signifiant, le cognitivisme tend à privilégier au contraire les significations représentatives organisées par un calcul d'espèce plus automatique et plutôt moins riches que la composante logique piagétienne. Le nouvel appareillage installé par la perspective cognitiviste est largement spéculatif.

...: pour Piaget, ce sont les opérations qui contraignent et informent les représentations, alors que c'est le contraire pour le cognitivisme. » [16]

Par ailleurs pour Henri Wallon dans De l'acte à la pensée :

« La représentation n'a pas été une sorte de luxe vis-à-vis du réel, une simple conscience contemplative du monde.

Elle a été un prototype volontariste des choses. Les choses, telles qu'il fallait qu'elles existent, telles qu'elles devaient être modifiées pour les besoins collectifs et par la volontés du groupe. Le prototype n'en est donc pas le simple décalque, il en est comme la raison vivante.

La question de savoir si nos représentations sont d'abord individuelles ou générales est mal posée. Dans la mesure où elle est d'abord la volonté d'une certaine réalité, elles sont antérieures à l'individuel et le dépassent.

Mais, elles ne sont pas plus le général, car elles n'ont rien d'abstrait. Elles sont la volonté d'une chose bien individuelle et concrète, mais une volonté ou un attente susceptible de dépasser chacune de ses réalisations éventuelles.

La représentation commence par se référer non pas au général, mais au générique.

Elle n'est pas une abstraction qui conviendrait à une série d'objets dépouillés de leurs caractères strictement individuels. Elle est une existence en puissance, c'est à dire le contraire d'une abstraction. »[17]

La définition

=> Henri Wallon (1989). Les origine de la pensée chez l'enfant (p.393-502). Quadrige/PUF. chap La définition (part La représentation des choses)


« La définition est nécessaire à la connaissance, avec laquelle certaine philosophie l'a même confondue. Non seulement elle énonce les résultats de l'expérience et de l'analyse, mais elle est la condition nécessaire à l'établissement ou à la découverte de relations définies et stables. Dans la mesure où elle s'y ajoute, elle peut même en paraître le principe et s'élever, suivant la nature de ces relations, aux degrés d'abstraction les plus élevés.


Mais elle doit répondre aux ressemblances et aux différences visibles des choses, en donnant moyen de les classer, c'est là un problème en chaque domaine plein d'incertitudes et dont Aristote a montré qu'il a deux termes : compréhension et extension, c'est à dire ensemble des traits qui entrent dans définition et groupe d'individus à qui elle est applicable.


Il y a là encore toute une série de relation à concevoir et ajuster. Le discernement, portant sur des objets souvent complexes et confus, qu'exige la définition, en fait une opération qui ne peut être d'emblée à la portée de l'enfant. Elle est, par là même, un révélateur des étapes que doit parcourir son esprit, depuis l'image plus ou moins brute, à l'image raisonnée des choses.


Quand, de l'activité purement pratique où chaque situation commande ses actes. soit selon des routines acquises si elle est habituelle, soit par l'éveil de ses intuitions topographiques ou mécaniques si elle est nouvelle, il passe à la connaissance, c'est d'abord dans la stabilisation, en chaque objet, des effets à y retrouver comme lui étant propres, que celle-ci consiste.


Mais elle ne lui permet pas encre d'en dépasser la représentation concrète et particulière. C'est l'objet global qui commence par êtr son principe de compréhension, de comparaison, de classement. En même temps il lui fait obstacle, parce qu'encore indécomposable et, ainsi, contraire, par ses différences, aux autres objets qui pourraient lui être assimilés en raison de leurs ressemblances.


Cette opposition est aggravé par l'impuissance où sa représentation globale des choses met l'enfant, d'énoncer ce que son intuition lui fait ressentir de commun entre elles, autrement que sous la forme complète identité. L'appartenance mutuelle qu'il croit découvrir entre des réalités, des incidents des traits quelconques ne rencontre pas de limite dans quelque chose, qui détaché de leurs masses respectives, pourraient être opposé à ce qui leur est commun.


Elle entraine donc l'affirmation d'une coïncidence totale entre ce qui pourtant ne saurait pas coïncider. d'où ces perpétuelles pseudo-identifications qui laissent perpétuellement en suspens la question d'une exacte assimilation ou d'une indifférence irréductible. Entre les deux enfants ne cesse d'osciller en d'apparentes contradictions. il use des objets comme des synonymes approximatifs, dont il ne saurait exprimer ni résoudre les divergences. il substitue entre elles les réalités. c'est là sa première façon de définir. » (p. 401-402)


« C'est là le « stade substance », où la représentation ne sait pas encore dépasser l'objet concret et global » ( (p. 403)


« L'enfant se débat, de façon souvent contradictoire, entre la seule forme de définition qui soi en son pouvoir, l'identification pure et simple d'un objet à un autre, et les différences qu'il perçois pourtant, en l'espèce ici leur constance ou leur intermittence respectives. » (p. 403)

CITATIONS

Charles Darwin

Pour être un bon observateur, il faut être un bon théoricien.
  • Lumières communes, Cité par Georges Gastaud, éd. Éditions Delga, 2016, t. III, p. 104

Armand Cuvillier

... le fait scientifique est en grande partie, construit, constitué par l'esprit et que, comme le dit A. Lalande , « l'idée devient une part du fait. » (h).
  • Cours de philosophie (1954), Armand Cuvillier, éd. Le Livre de Poche, 1996, chap. §263, p. 436
  • (h). Lalande, A (1929). Les théories de l'Induction et de l'expérimentation. Bovin.

Henri Wallon

Confronter un fait avec tous les systèmes qu'il peut être confrontés, c'est le traité selon sa nature. Le meilleur observateur est celui qui sera utilisé le plus de systèmes, tour à tour pour l'individualiser et l'expliquer.
  • Les origines du caractère chez l'enfant (1934 (Boivin), 1949 (PUF)), Henri Wallon, éd. PUF, 1989, p. IX


Jean Piaget

Cf URL : http://www.fondationjeanpiaget.ch/fjp/site/ModuleFJP001/index_gen_page.php?IDPAGE=355&IDMODULE=72#s2

le « fait est (…) toujours le produit de la composition, entre une part fournie par les objets, et une autre construite par le sujet »
  • Psychogenèse et histoire des sciences. Jean Piaget et Rolando Garcia, Flammarion, 1983 (ISBN 2082111377) p. 30.


Jacques Ellul

Sans aucun doute, le motif le plus puissant qui pèse sur nous comme un interdit, le motif qui nous empêche de remettre en question les structures de cette civilisation et de nous lancer dans la voie de la révolution nécessaire, c'est le respect du fait. (…) Actuellement, le fait constitue la raison dernière, le critère de vérité. Il n'y a pas de jugement à porter sur lui, estime t-on, il n'y a qu'à s'incliner. Et dès lors que la technique, l'État ou la production sont des faits, il convient de s'en accommoder. Nous avons là le nœud de la véritable religion moderne : la religion du fait
  • Jacques Ellul, Présence au monde moderne, 1948. Réédition dans Le défi et le nouveau, compilation de huit ouvrages, La table ronde, 2007, p.39

Albert Einstein

La science n'est  pas un  simple  ensemble  de  lois,  un  catalogue de faits indépendants. C'est une   création de l'esprit humain doté d'une liberté d'invention au plan des idées et des concepts. Les théories physiques tentent de construire une  représentation de la réalité et d'établir des relations avec le vaste monde des impressions sensorielles.  

Stephen Jay Gould

Des faits nouveaux rassemblés dans le cadre d'une nouvelle théorie sont rarement le prélude à une réelle évolution de la pensée. Les faits ne « parlent pas d'eux-même » ; ils sont interprétés à la lumière de la théorie. La pensée créatrice, dans les sciences autant que dans les arts, est le moteur du changement. La science est une activité essentiellement humaine, non l'accumulation mécanique, automatique d'information objectives qui conduirait, grâce aux lois de la logique, à des conclusions inévitables.
Les faits ne « parlent pas d'eux-même » ; ils sont interprétés à la lumière de la théorie.
  • Darwin et les grandes énigmes de la vie (1977), Stephen Jay Gould (trad. Daniel Lemoine), éd. Points, coll. « Sciences », 2001  (ISBN 978-2-02-006980-9), chap. 20, p. 173
... : à l'intention de ceux qui continuent à croire au mythe selon lequel la pure accumulation des faits est le préalable à la formulation solide d'une théorie solide, il me faut souligner que Darwin, au moment où il émit son idée lumineuse et correcte (la comparaison du rapport géographique avec le rapport temporel et l'évolution), a choisi de l'illustrer par un exemple qui s'est révélé complétement erroné !
  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 212
… les belles (et puissantes) théories peuvent rarement être anéanties par « un seul vilain petit fait », comme le dit la célèbre formule de T.H.T Huxley — de même que les grandes idées ne devraient pas êtres réduites à néant de cette façon, dans ce monde où les faits sont tellement difficiles à débrouiller que ceux que l'ont dit avoir observés se révèlent bien souvent inexacts.
  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 212-213
Les faits et les théories interagissent de manières très complexe, se renforçant souvent mutuellement.
Les théories qui ne sont soutenues par aucun fait peuvent éventuellement être creuses (et si elles sont impossibles à étayer, elles sont dépourvues de sens pour la science) : mais, sans théorie à mettre à l'épreuve, nous ne savons pas où porter notre regard.
  • Les pierres truquées de Marrakech, Stephen Jay Gould, éd. Seuil, 2002, chap. Un cancre rusé nommé Darwin, p. 213


Alexandre Zinoviev

L'homme qui pense en petit bourgeois remarque les faits directement observables et en tire aussitôt sans la moindre analyse des généralisations hâtive. Ses jugements sont subjectifs, c-à-d, qu'ils portent la marque de ses penchants personnels.
L'homme qui pense en scientifique cherche non seulement à constater les faits, mais, également à les analyser en tenants compte de leur hasard ou de leur nécessité, il tâche d'en analyser les lois que l'observation immédiate ne discerne pas et d'éliminer l'influence de ses propres penchants sur les résultats de ses réflexions.
La pensée petite-bourgeoise prétend voir ses résultats directement confirmés par les faits observables. La pensée scientifique au contraire sait que ses résultats ne coïncident pas directement avec les faits observables. Ils ne fournissent que des moyens à l'aide desquels on peut expliquer les faits concrets et les prédire.
  • Le Communisme comme réalité, Alexandre Zinoviev (trad. Jacques Michaut), éd. Julliard/L'Âge d'Homme, 1981  (ISBN 2-260-00252-8), partie Pensée petite-bourgeoise et pensée scientifique, p. 35


D'autres interrogent les faits réels et font des erreurs. De mon côté, j'ignore cette face de la réalité et je me trompe peu. Il y a plusieurs façon de trouver la vérité des choses : pour moi, c'est toujours dans ma tête et dans mon cœur.
  • in The 2012 Alexandre Zinoviev Birthday Book, entrevue d'Alexandre Zinoviev par J.J. Lafaye en 1991 à Munich, éd. blurb, 2012, p. 39

Georges Gastaud

... Rousseau dans son Contrat social, puis Kant, notamment dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs, ont montré que le fait ne prescrit pas le droit, que ce qui est ne dit ni ne garantit rien de ce qui devrait être, et que ceux qui confondent ces deux domaines risquent fort d'avaliser les pires injustices en pratiquant, sous couvert de réalisme, la cynique politique du fait accomplit théorisée par Bismarck puis par Guillaume II.
  • Lumières Communes, Georges Gastaud, éd. Delga, 2018, t. 5 - Fin(s) de l'histoire, p. 5

Claude Allègre

Il en va des théories scientifiques comme du talent individuel : lorsqu'elles sont reconnues, elles apparaissent comme des évidences solides qui ne doivent leur succès qu'à leur propre poids. Ce succès est perçu comme un illumination inévitable et sans ombre, et l'on oublie qu'il n'est plus souvent que le résultats d'un cheminement lent et cahotique (sic).
  • L'écume de la Terre, Claude Allègre, éd. Fayard, 1983  (ISBN 2-213-01271-7), chap. Avant propos, p. 7

Émile Jalley

... : en fait, essentiellement donc, c'est la théorie qui au contraire, dans bien des cas, dévore le versant des faits, dans la mesure où elle les anticipe à titre de présupposé, de préjugé, et à la limite, les informe et les modèle, les tripote et les rabote, les suscite, les refait et les recrée, se les donne, voire parfois se les inventerait sur mesure. Il y a là une affaire de degré dans la mise en forme de l'expérience, puis de sa manipulation, et enfin de son adultération complète. Alors on voit le champion du réalisme tomber dans l'idéalisme. Mais ne pensons pas qu'il l'admettrait facilement.
  • Critique de la raison en psychologie - La psychologie scientifique est-elle une science ?, Émile Jalley, éd. L'Harmattan, 2007, p. 37


Références et notes de bas de page

  1. Nathalie Dunand (28 Février 2020). En exclusivité, le Pr Henri Joyeux répond aux questions d’Info-chalon.com. URL : https://www.info-chalon.com/articles/questions-a/2020/02/28/42998/en-exclusivite-le-pr-henri-joyeux-repond-aux-questions-d-info-chalon-com/
  2. Sous la direction de Laurent Palka (MNHN). Microbiodiversité -Un nouveau regard. éd. Matériologique. URL : https://materiologiques.com/fr/sciences-philosophie/258-la-microbiodiversite-9782373611625.html
  3. Jacques Ellul, Présence au monde moderne, 1948. In Réédition dans Le défi et le nouveau, compilation de huit ouvrages, La table ronde, 2007, p.39
  4. Belis Marianne. Causalité, propension, probabilité. In: Intellectica. Revue de l'Association pour la Recherche Cognitive, n°21, 1995/2. Fonctionnalismes. pp. 199-231.
    DOI : https://doi.org/10.3406/intel.1995.1501
    www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_1995_num_21_2_1501

  5. Olivier Biaggini, « L’argumentation d’autorité : théorie et pratique », Atalaya [En ligne], 9 | 1998, mis en ligne le 20 avril 2009, consulté le 22 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/atalaya/71 ; DOI : 10.4000/atalaya.71
  6. Lalande, A (1929). Les théories de l'Induction et de l'expérimentation. Bovin. cité par Armand Cuvillier, Cours de philosophie (p.436), tome 1, Le Livre de Poche (1996, 1954).
  7. Armand Cuvillier (1996). Cours de philosophie (p.436). tome 1, Le Livre de Poche (1954).
  8. Charles Darwin. cité in Lumières communes, Cité par Georges Gastaud, éd. Éditions Delga, 2016, t. III, p. 104
  9. S.L. : Méthode est à comprendre comme synonyme de technique et non dans son sens étymologique de cheminement.
  10. S.L. : Or, aucune théorie n'encadre la mesure dans le cadre de la démarche par les faits.
  11. S.L. : C'est là que ça divergence. Tout est bon à condition de démystifier les choses soit de porter un regard/pensée matérialiste sur les expériences (domaine de la contemplation) et représentation (domaine de la mesure) aliénées à une transcendance.
  12. 12,0 et 12,1 Dujarier Marie-Anne, « L'automatisation du jugement sur le travail. Mesurer n'est pas évaluer », Cahiers internationaux de sociologie, 2010/1 (n° 128-129), p. 135-159. DOI : 10.3917/cis.128.0135. URL :https://www.cairn.info/revue-cahiers-internationaux-de-sociologie-2010-1-page-135.htm
  13. Evaluer... Ou faire le point ? Par Eveline, mercredi 19 février 2020 à 17:52 in Le blog de l'amie scolaire : Questions de profs.

  14. Louisa Yousfi (2012). Gaston Bachelard : une philosophie à double visage. In Travail : du bonheur à l'enfer, Science Humaine Mensuel N° 242 - novembre 2012. URL : https://www.scienceshumaines.com/gaston-bachelard-une-philosophie-a-double-visage_fr_29570.html
  15. SOS Philosophie. Théorie - Analyse du Sujet. URL : http://sos.philosophie.free.fr/theorie.htm
  16. Wallon et Piaget - Pour une critique de la psychologie contemporaine, Émile Jalley, éd. L'Harmattan, 2006, chap. 10.7 - La querelle moderne de l'irreprésentable statut de la représentation, p. 370.
  17. De l'acte à la pensée, Henri Wallon, éd. Flammarion, 1942, partie Conclusion, p. 245.