René Zazzo

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René Zazzo (né le 27 octobre 1910 à Paris et mort le 20 septembre 1995 à Perros-Guirec) est un psychologue expérimental français d'obédience marxiste. Il est un des principaux disciples du psychologue français Henri Wallon. Sous l'impulsion de Wallon, il fut stagiaire au laboratoire du psychologue américain Arnold Gessel à Yale. Il soutient sa thèse sur la psychologie de l'enfant sous la direction du psychologue suisse Jean Piaget en 1958. Il est l'époux de la psychologue Bianka Zazzo.

Il a participé avec Henri Wallon à l'élaboration de la psychologie scolaire qui selon Émile Jalley est peu à peu éliminée par les politiques conservatrices dont de « gauche ». Suite à ses travaux entre 1946 et 1966 dans le cadre de la lutte contre l'échec scolaire, il a construit la « Nouvelle Échelle Métrique de l'Intelligence » (NEMI) qui est une continuité et un dépassement de l'échelle métrique d'Alfred Binet.

Il a mis en avant la précocité du mimétisme chez les bébés. Ses travaux sur les jumeaux et l'image en miroir lui ont valu une réputation internationale.

René Zazzo oppose de façon « discutable » sa notion de miroir à celle de Jacques Lacan qu'il emprunte pourtant à Henri Wallon. Il critique aussi les études sur la personnalité du philosophe marxiste Lucien Sève qui s'appuie pourtant sur le psychologue soviétique Lev Vygotski.

Après la mort de Wallon, Zazzo dirige la revue Enfance de 1962 à 1995.

BIBLIOGRAPHIE[modifier | modifier le wikicode]

Articles[modifier | modifier le wikicode]

Ne sont pas cités ici ses nombreux articles publiés dans les revues spécialisées. Certains sont trouvables sur le net notamment sur le site Persée.

Livres[modifier | modifier le wikicode]

  • Psychologie et psychologie d'Amérique, 1942, PUF.
  • Le devenir de l'intelligence, 1945, PUF.
  • (co-dir.) La Psychologie scolaire, avec Hélène Gratiot-Alphandéry, Paris, Puf, 1953.
  • Les Jumeaux, le couple et la personne, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 1960 (ISBN 2-13-055248-X).
    • Vol 1 _ L'individuation somatique
    • Vol 2_ L'individuation psychologique
  • Conduite et conscience, vol 1 : Psychologie de l'enfant et méthode génétique, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1962
  • (coll.) Nouvelle échelle métrique de l'intelligence, Armand Colin, 1966
  • Conduite et conscience, vol 2 : Théorie et pratique en psychologie, Armand Colin, 1968
  • (coll.) Manuel pour l'examen psychologique de l'enfant, 2 vol., Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1969 (ISBN 2-603-00205-8).
  • (coll.) Des garçons de six à douze ans, PUF, 1969
  • (coll.) Les Débilités mentales, Paris, Armand Colin, 1969
  • L'Évolution de l'enfant et de l'adolescent. Facteurs et dynamiques de l'évolution, in Maurice Debesse et Gaston Mialaret, Le Traité des sciences pédagogiques, Paris, Puf, 1969.
  • Psychologie différentielle de l'adolescent, 1972.
  • (coll.) L'attachement, Delachaux et Niestlé, 1974
  • Psychologie et marxisme : la vie et l'œuvre d'Henri Wallon, Denoël-Gonthier, 1975.
  • (dir.) Traité de psychologie de l'enfance, avec Hélène Gratiot-Alphandéry, Paris, Puf, 1970-1976.
  • Où en est la psychologie de l'enfant ?, Médiations, 1983.
  • Le Paradoxe des jumeaux, Paris, Stock-Pernoud, 1984 (rev. 1987).
  • Les jumeaux, le couple et la personne, PUF, 1986 (2nd 1991)
  • Reflets de miroir et autres doubles, PUF, 1993
  • Psychologie et idéologie, 1995 (inachevé, in Enfance 2 / 1996).

Films (CNRS audiovisuel)[modifier | modifier le wikicode]

  • À travers le miroir, 1973
  • C'est moi quand même, 1976
  • L'image qui devient un reflet, 1981
  • Un autre pas comme les autres, 1982
  • Des singes, des chiens, des enfants devant le miroir (éd. Télévision française - Antenne 2)

Biographie[modifier | modifier le wikicode]

  • avec Bianka Zazzo, Une mémoire pour deux, Sprimont, Pierre Mardaga, 2000 (ISBN 2-87009-758-1)
  • Hommage à René Zazzo, Enfance 2 / 1996. PUF


CITATIONS[modifier | modifier le wikicode]

Devenir de l'intelligence, 1945[modifier | modifier le wikicode]

Avant-Propos et Introduction[modifier | modifier le wikicode]

L'intelligence humaine n'est rien d'autre peut-être que la structure du monde qui prend conscience d'elle-même.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. Avant Propos, p. VII

... on enseigne toujours au lycée la psychologie désuète des philosophes comme si leur arbitraire facilité pouvait servir d'initiation à un savoir plus complexe. En fait, il n'y a pas gradation du simple au complexe mais conversion de l'erreur à la vérité, d'une orientation stérile à une orientation féconde. Alors mieux vaux prendre tout au début la bonne orientation, la bonne attitude, pour n'avoir pas trop à désapprendre.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. Introduction, p. 1-2

Première Partie : La genèse de l'intelligence[modifier | modifier le wikicode]

Chapitre Premier : De l'animal à l'homme[modifier | modifier le wikicode]

L'intelligence se mesure à l'éloignement du but, à la complexité du détour nécessaire.


L'intelligence de l'animal est donc son aptitude à profiter de l'expérience

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. I_ De l'animal à l'homme, p. 13

Deuxième Partie : La mesure de l'intelligence[modifier | modifier le wikicode]

Chapitre IV _ Le niveau[modifier | modifier le wikicode]

La Science est donc fille de la Religion - mais fille rebelle, fille renégate.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. IV_Le Niveau, p. 75

Un changement en plus ou moins n'est perceptible que s'il atteint une certaine grandeur - un minimum perceptible, un seuil différentiel. Et ce minimum n'est pas une grandeur absolue, il est en proportion de l'excitation initiale : ...

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. IV_Le Niveau, p. 77

Nous avons donc, dans l'exemple du poids comme celui de la lumière, la correspondance d'une progression géométrique avec une progression arithmétique, c'est-à-dire la fameuse loi logarithmique de Fechner (un logarithme est comme on le sait un nombre dans une progression arithmétique correspondant par son rang à un nombre pris dans une progression géométrique.

Or, en psychologie nous sommes bie, loin de connaïtre tous les facteurs qui interviennent dans un même fait et d'atteindre à la précision des instruments de physique. Une seule technique nous rest, pour étreindre le fait psychique, complexe, mobile, fluctuant : calculer des moyennes, les variations probables autours de ces moyennes; établir des normes, et des classement à partir de ces normes.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. IV_Le Niveau, p. 78

L'abandon total des techniques de laboratoire - ... [Binet] arriva petit à petit à cette hypothèse qu'il est plus légitime de saisir l'intelligence dans sa totalité, dans son activité, que de le reconstituer à partir de ses prétendus élèments; plus légitime et plus aisé. Il suffit en effet de soumettre aux enfants des problèmes où l'intelligence trouve à s'exercer. La diversité de ces problèmes ne répond plus, comme on le dit parfois, à celle des facultés mentales, mémoire, attention, imagination, elle tend à trouver empiriquement la diversité même des opérations intellectuelles ou tout au moins un échantillonnage suffisant de ces opérations. D'où cette impression de bric-à-brac qui tranche avec la belle ordonnance des tests analytiques. Mais l'empirisme de ce mélange, de ce hoche-pot comme dira Spearman, n'est pas aveugle : il traduit pratiquement l'affirmation bien souvent entendu que la psychologie doit être globaliste et dynamique.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. IV_Le Niveau, p. 87

Chapitre V : La puissance[modifier | modifier le wikicode]

Une vérité statistique ne saurait suffire à une psychologie des différences individuelles.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. V_ La puissance, p. 113

... L'inintelligence n'est pas plus une réduction d'intelligence que l'enfant n'est une réduction dd'adulte.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. V_ La puissance, p. 133

L'ingénu, le candide, le loufoque, l'extravagant, dont les actes sont données en contraste, par les moralistes, à toutes nos turpitudes de civilisé, ne sont bien souvent dans la réalité que des êtres vaniteux, insolents et dénués de scrupules ; ils ont parfois l'étoffe d'excellents hommes de pailles ; c'est dire qu'avec un peu de chance ils peuvent fort bien réussir dans un mode comme le nôtre.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. V_ La puissance, p. 125-126

La bêtise quelle qu'en soit la forme ne suffit pas à faire un homme honnête ; mais elle peut par contre constituer le facteur de certaines réussites sociales

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. V_ La puissance, p. 126

Bref, il est impossible d'attribuer toutes les ressemblances [des Jumeaux] à l'hérédité, ,difficile d'attribuer toutes les discordances au milieu.

Le milieu n'est pas seulement la famille, la profession, la nation, la classe sociale, l'époque où nous vivons, toutes les larges catégories géographiques et sociales où peuvent se classer les individus, mais une expérience originale de tous les instants.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. V_ La puissance, p. 138

Chapitre VI : Le style[modifier | modifier le wikicode]

Mais, le moment est venu où l'on sait que s'il est impossible de trouver le test idéal d'intelligence c'est qu'il n'y a pas une Intelligence, que de l'Intelligence conduit nos comportements, toutes nos activités que la routine n'a point encore endormis. Toutes nos activités : l'intelligence n'est pas séparée de la personnalité, du caractère.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. VI_Le style, p. 141

Dans l'analyse de l'intelligence, l'analyse factorielle a conduit Spearman à considérer plusieurs groupes d'activités, plusieurs aptitudes : logique, psychologique, verbale, arithmétique, mécanique, imaginative. Et l'on voit déjà par là que le facteur G de niveau général est insuffisant pour caractériser un individu puisque la réussite à une épreuve d'intelligence mécanique, par exemple, ne nous permet aucune prévision pour la réussite à une épreuve d'intelligence verbale. La réussite varie donc suivant la matière d'activité : avant que Spearman ne l'établit avec rigueur on s'en doutait bien un peu.

  • Le devenir de l'intelligence (écrit en 1943), René Zazzo, éd. PUF, 1945, chap. VI_Le style, p. 145

Où en est la psychologie de l'enfant, 1983[modifier | modifier le wikicode]

« Qu’est-ce que la connerie, madame ? »[modifier | modifier le wikicode]

J'affirme au départ que le contraire de la connerie n'est pas l'intelligence logique ou celle que l'on mesure avec les tests habituels. En somme c'est une autre dimension, une autre forme d'intelligence que je cherche.

En bref chacun de nous est le con de quelqu'un.

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?, René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. « Qu’est-ce que la connerie, madame ? (p.47-65), p. 51

Un con ne se doute pas qu'il l'est. Pour le savoir il lui faudrait se décentrer, se voir avec les yeux d'autrui… Ce qui suppose qu'il ne le serait pas.

Mais, en conclusion partielle, et parce que les mots tendent à se définir mieux par leurs oppositions, je me risque à dire que la connerie est à la débilité ce que l'humour est à l'intelligence.

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?, René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. « Qu’est-ce que la connerie, madame ? (p.47-65), p. 52

Jean-Pierre Changeux (dans Le Monde-Dimanche du 31 oct. 1982) : « S'il existe un terme à rayer du vocabulaire, c'est bien celui d'intelligence… » Je suis d'accord, comme on peut le deviner par tout ce qui prècède, avec ce rejet du mot intelligence. Mais la raison de Jean-Pierre Changeux n'ont rien à voir avec les miennes. On ne supprime, disait Auguste Comte, que ce que l'on remplace.

Si je raye de mon vocabulaire le terme nu, tout cru, d'intelligence, c'est que signifiant trop, il ne signifie rien.

Car il ne suffit pas de posséder telle « intelligence » et telle autre, il faut encore savoir s'en servir. Être intelligent, c'est utiliser au bon moment et convenablement les moyens dont on dispose. C'est la « réalisation » qui compte…

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?, René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. « Qu’est-ce que la connerie, madame ? (p.47-65), p. 53

Les chemins du cœur comme voies royales de la raison sont agrémentés de pièges à cons, de miroirs aux alouettes.

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?, René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. « Qu’est-ce que la connerie, madame ? (p.47-65), p. 63

À propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, 1980[modifier | modifier le wikicode]

Langue savante et langue quotidienne [modifier | modifier le wikicode]

Il y a même des idées prétendues neuves qui ne sont que le camouflage ou la forme pédante de vielles lunes.

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?', René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. À propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 69

Le chercheur est un chasseur avant d'être comptable[modifier | modifier le wikicode]

=> Où en est la psychologie de l'enfant ?', René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. À propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 71

1_ Termes techniques[modifier | modifier le wikicode]

« Sans doute est-on obligé de créer parfois des mots nouveaux, des termes techniques, pour désigner des réalités, des concepts qui ne correspondent exactement à rien de connu jusqu'alors. Ainsi quand je parle d'hétorochronie à propos de la débilité mentale ou de cryptophasie pour désigner le jargon secret des jumeaux.

Ces mots sont sans grandes ambition, malgré l'allure savante que leur donne le grec. Ils sont un moyen commode de désigner des faits d'observation, et il est facile de les expliquer à tous lecteur, même profane. D'emblée, ce sont des termes techniques, d'autant pus stricts qu'ils n'évoquent rien dans ma langue quotidienne. »

2_ Termes vulgaires[modifier | modifier le wikicode]

« il en va autrement quand je parle par exemple de la mémoire, de l'affectivité, de l'instinct, de l'apprentissage, de l'hérédité, de l'amour, de l'intelligence.

Ces mots familiers sont lourds de nos expériences communes et personnelles. Ces mots sont porteurs de notre psychologie quotidienne, un art de penser, de vivre, de communier avec autrui qui remonte aux premiers temps de notre enfance.

-|| Cette psychologie-là précède donc de loin la science psychologique, elle la précède dans l'histoire et en chacun de nous. ||-

En fait, c'est à partir de cette psychologie première avec ces mots de tous les jours que la psychologie scientifique a posé ses maîtres problèmes. Et c'est là que la bataille commence. »

3_ Lutte des mots[modifier | modifier le wikicode]

« Ces mots de tous les jours sont en même temps une source vive et une are originelle, une inspiration et un piège. Il faut écouter ce qu'ils disent, mais il ne faut pas les laisser parler, les laisser penser à notre place.

Ils sont fluctuant approximatifs et infidèles, ces mots, leur sens varies à notre insu pour s'adapter aux milles circonstances de la vie, c'est leur fonction, mais en conséquence ils sont lourds de malentendus et de préjugés. Chacun d'eux est une nébuleuse.»

ex : Francis Bacon : mot = idole à briser

ex : Gaston Bachelard : verbe = chant et séduction = rencontre rarement la réalité. Il dit « A l'égard des mots, la science doit adopter une vigilance malveillante, elle doit être ironiser. »

« D'ailleurs, avec ou sans ironie, on se rend vite compte que les mots échappent à toute définition précise, univoque. »

ex : débilité et intelligence

ex : affectivité : n'existe pas en anglais, ni en allemand

ex : stress : pas d'équivalence en français

ex : intelligence sociale : pas entendu de la même façon pour les Yankees et les Français : intelligence relation à autrui ou compétence, réussite, efficacité

« Dans son travail qui consiste à découvrir l'être humain tel qu'il est, le psychologie est donc amené à remettre en question les notions communes en fonctions des faits : alors les mots originels vont subir eux-même les questions, les uns disparaîtront comme le mot instinct par exemple, les autres éclateront en multiples éclats : c'est le cas de l'intelligence. »

La patience et le hasard[modifier | modifier le wikicode]

...l a découverte peut se produire hors de toute recherche, et même parfois hors de toute interrogation. Plus exactement d'ailleurs qu'elle peut-être au départ de la recherche, non à son terme.

Car la découverte, qu'elle soit relative au tirage de langue ou à la chute d'une pomme, ne deviendra vraiment vérité scientifique qu'après un difficile travail de VÉRIFICATION et d' EXPLICATION. Un fait non vérifié, non expliqué, reste en attente, au plan de l'anecdote.

Un fait non vérifié, non expliqué, reste en attente, au plan de l'anecdote.

J'ai parlé de hasard. Oui, en un sens, mais c'est un hasard qui n'est pas donné à n'importe qui, c'est un hasard qui suppose presque toujours la capacité d'étonnement, la capacité de voir des choses banales avec des yeux neufs. Combien d'homme, depuis Ève et Adam, ont vu tomber des pommes sans s'en étonner, en se disant tout simplement que la pomme tombe parce qu'elle est lourde.

Si la réaction de mon fils m'a perturbé c'est que je ne l'attendais pas. C'est qu'elle était en contradiction avec mes idées reçues, avec les théories habituelles. Un père ou une mère non psychologue ne serait étonné de rien. L'étonnement suppose un savoir antérieur et la capacité de rejeter ce savoir.

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?', René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. À propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 75

La notion de débilité comment s'en débarrassée[modifier | modifier le wikicode]

C'était en 1945 ou 1946. Josiane était une petite fille de 12 ans qui avait passé toute sa vie d'écolière dans une classe de perfectionnement. Pour tous ses maîtres, et pour ses parents, pour son entourage, elle était une débile incontestablement. Incontestablement, elle ne savait ni lire ni écrire, à l'âge de 12 ans. Selon mon habitude, nous lui avons fait passer le test de Binet-Simon pour évaluer avec précision son niveau de développement mental. Or cette petite débile de 12 ans a atteint à ce test un niveau mental de 14 ans. Soit grosso modo un QI de 120.

Comment, avec une telle intelligence, Josiane n'était-elle pas parvenue à lire. Et qu'est-ce que l'intelligence en fin de compte ? Est-ce mon test qui avait raison ou les parents ? Et qu'est-ce que cela veut dire : être débile [et être intelligent] ? Peut-on être débile avec un Q.I. de 120 ?

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?', René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. À propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 80

Je vous dirai seulement nos conclusions majeurs : la notion de débilité a littéralement éclaté. Et dans le même temps la notion d'intelligence elle-même a perdu pour moi son apparente simplicité. Je ne parle plus de l'INTELLIGENCE, mais au pluriel, d'INTELLIGENCES. La notion de débilité a éclaté, et c'est un bel exemple de combats avec les mots… [où] l'illusion des mots [est] renforcée par la caution d'un chiffre.

  • Où en est la psychologie de l'enfant ?', René Zazzo, éd. Ed. Denoël Gonthier (bibliothèque Médiation), 1983, chap. À propos de ces enfants que vous dites exceptionnels, Congrès de Québec, nov 1980 (p.67-100), p. 81-82

Enfance (Revue)[modifier | modifier le wikicode]

Nous constatons chez les garçons une augmentation régulière du pourcentage du refus d'être fille entre 3 et 6 ans. Ce qui est, en tout cas incontestable, c'est que les filles rejettent beaucoup moins l'idée d'être un garçon que les garçons ne rejettent d'être une fille.

À l'âge de 4-5 ans [...], la majorité des filles acceptait éventuellement d'être un garçon et ce qui est plus significatif encore, le quart d'entre elles préférait même être une fille. Ces constatations confirment donc sur deux points essentiels les conclusions auxquelles parvenait Germaine Wallon dans son beau livre sur Les Notions Morales chez l'Enfant : la préférence auto-sexuelle, mais aussi, mais surtout, une sorte d'asymétrie dans l'intérêt que se portent réciproquement filles et garçons. « Les garçons, disait Germaine Wallon, ne paraissent plus tenir aucun compte des filles... Les filles répondent au dédain des garçons par une beaucoup plus grandes considérations pour eux. ». Ces remarques ont été faites à propos d'enfants plus âgés (groupe de 7 à 12 ans) et au moyen d'autres techniques d'observation. Notre technique met en évidence que ces attitudes, identifiées et décrites par Germaine Wallon, valent aussi pour les enfants de la période préscolaire.

  • Attitudes affective et représentions sociales des enfants d'âge préscolaire cité par Émile Jalley (2014) dans Louis Althusser et quelques autres,, René Zazzo, éd. in L'Harmattan (publ. orig. : Enfance n°9-1), 2014 (date orig. 1956), chap. Le style dialectique dans les travaux de Germaine Walllon, p. 394