Révolution mexicaine : Différence entre versions

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La révolution mexicaine (en espagnol Revolución mexicana) est la suite de soulèvements populaires, de coups d'État et de conflits armés entre factions qui se produisirent au Mexique entre 1910 et 1920.

Pendant l’essentiel de son histoire, le Mexique avait été dominé par une petite élite qui se taillait la part du lion, pendant que la majorité de la population vivait dans une écrasante misère. L’opposition à Díaz émergea sous la direction de la bourgeoisie libérale, représentée par des individus tels que Madero. Mais le moteur réel de la révolution venait d’en bas. La classe ouvrière mexicaine, encore toute jeune, faisait ses premiers pas. D’importantes luttes secouèrent le pays, comme par exemple la grève des mineurs de Canaena. Sentant que le sol se dérobait sous ses pieds, le Général Díaz organisa des élections en 1910. Mais pour être certain de l’emporter, il jeta en prison son principal opposant, Madero.

Madero s’évada de prison et lança un appel à l’insurrection nationale. Mais pour être victorieuse, la lutte pour la démocratie devait se lier aux questions les plus urgentes qui agitaient la majorité de la population – c’est-à-dire la paysannerie. La lutte des paysans pour la terre était le moteur réel de la révolution. Les armées paysannes de Pancho Villa, dans le nord, et du dirigeant paysan Emiliano Zapata, dans le sud, harcelaient l’armée mexicaine.

Les prémices

Lorsque, en 1910, éclata la Conspiration dite de Madero, le Mexique connaissait depuis 37 ans une dictature qualifiée par les uns de « paternelle », par les autres de « tyrannique », selon que les observateurs faisaient partie des classes privilégiées ou des classes pauvres. Mais sans doute rien ne peut-il mieux illustrer cette dictature que la règle d'action adoptée par Porfirio Diaz, le tout-puissant président, et qui fut reprise plus tard par un successeur un peu mieux averti cependant des réalités de la dictature moderne : « Il vaut mieux verser un peu de mauvais sang pour épargner celui des honnêtes gens ».

Les « honnêtes gens » sont ceux que représentent Don Porfirio, et « Carmelita », « comme l'appelle ce peuple qui l'aime tant » (selon Madame Meloizes-Lefaivre, épouse du représentant diplomatique de la France auprès du Mexique), en leur résidence de Chapultepec.

Le mauvais sang, c'est celui des « peones », c'est-à-dire celui des ouvriers qui travaillent sur les « haciendas », dans les « monterias » ou dans les « cafetales » des maîtres. Celui des Indiens et des Métis, liés à la propriété par les inévitables dettes contractées à la « tienda » de « raya », à l'épicerie patronale où ils sont tenus de s'approvisionner. C'est aussi celui des rares Indiens qui sont restés « libres » dans leurs masures, libres sur leurs lopins de terre, libres de mourir de faim. Car les grands propriétaires et les grandes compagnies sont ici souverains.

Une couche de commerçants tout-à-fait réduite - car que vendre ? et à qui ? - et des intellectuels, voilà qui complète le tableau du Mexique en 1909, date à laquelle Mme Meloizes-Lefaivre, écrivant à une vicomtesse, qualifiait l'ère de Diaz comme « une ère de paix et de prospérité ».

Si l'on pouvait comparer Diaz à Batista, l'homme qui apparut du sein de la bourgeoisie pour le chasser se pourrait comparer à Castro, le panache en moins. Il s'agit de Francisco Madero.

Madero, issu d'une famille de propriétaires fonciers du Nord, avait reçu une éducation très soignée, toute imprégnée d'un esprit humaniste. Selon Mme Meloizes-Lefaivre, « on dépeint celui-ci comme un peu fou, consultant les tables tournantes et conseillé par l'âme de Cromwell et de Napoléon ». A la fois spirite et libre-penseur, Madero avait été élevé dans un esprit religieux, mais il était devenu un idéaliste partisan de l'école laïque, une sorte d'apôtre barbu, dont le programme se bornait à combattre les abus et à créer des écoles et des hôpitaux.

Ce bourgeois démocrate fit son apparition sur la scène politique mexicaine en 1911, soutenu par les intellectuels et les rares industriels mexicains. Son « plan de San Luis » réclamait un régime démocratique, le suffrage du peuple, les libertés publiques, le droit d'association, en y ajoutant cependant la « protection » des travailleurs, et le partage des terres en lots de 30 ha. Trait caractéristique, Madero s'élevait contre les privilèges des commerçants étrangers.

Un tel programme suffisait cependant à le faire traiter de « juif idéaliste et rêveur socialiste » par un journaliste américain.

Début de la révolution

Cet homme, Madero, devint dès 1911, le symbole de la révolution, dans tout ce que ce mot peut impliquer de notions vagues et d'aspirations confuses. Aux yeux des masses, le « petit homme barbu », sorte de nouveau Messie, allait apporter la fin de leurs souffrances. Il n'est d'ailleurs que de penser à la foi aveugle que manifestaient à son égard des chefs tels que Zapata, ou Franscisco Villa, pour imaginer tout ce que les « peones » pouvaient cristalliser d'espérances sur sa personne.

Cela explique que dès 1910, les bandes de Villa aient investi la ville de Chihuahua, bien qu'elles fussent alors encore fort restreintes, composant l'embryon des futurs 60 000 hommes de la fameuse division du Nord. Cela explique l'avance de Villa dans les villages en direction de Mexico, où il enrôlait les hommes et les femmes valides, ces dernières suivant fidèlement la troupe pendant des journées entières, et même tout au long des batailles, auxquelles elles prenaient d'ailleurs très souvent part, comme dans les troupes de Zapata particulièrement. L'enrôlement était suivi de la nomination d'autorités « révolutionnaires ». Ce furent les fermes qui fournirent à Villa et à ses hommes chevaux, selles et montures. Ce furent elles qui les nourrirent et les cachèrent bien souvent - soutien et participation sans lesquels Villa, pas plus que les autres leaders paysans n'aurait pu « tenir » face aux armées régulières qu'il eut à affronter.

Car la bande de Villa, composée de paysans très pauvres et de peones, était dirigée par un homme de même condition sociale. Villa était fort loin d'être un intellectuel. A 17 ans, il avait rejoint la bande d'Ignacio Parra, bande qui vivait, dirions-nous, de la « récupération » des biens des riches, pour ne pas dire du brigandage, comme il en existait beaucoup au Mexique à l'époque. Il s'était échappé d'une hacienda à la suite du meurtre d'un « senorito ».

Homme simple, comme ses hommes, il ne connaissait qu'un mot d'ordre : « Tierra y Libertad ! » « Terre et Liberté ! » C'est à ce cri, et avec l'énergie du désespoir, qu'il poursuivit son avance jusqu'à Ciudad-Juarez, ville-frontière avec les États-Unis, qu'il a conquis à la dynamite en mai 1911, l'aide d'un « corps international » composé de la « garde personnelle » de Madero - aventuriers venus des USA ou d'Italie (parmi eux on remarquait Guiseppe Garibaldi, petit-fils de l'illustre nationaliste), fort élégants et assez idéalistes - n'ayant été que de pure forme.

Madero, lui, avec ses soutiens intellectuels et financiers, organisait des meetings de propagande, surtout à Mexico, en faveur de son parti tout neuf, le « parti antiréélectionniste ». Car la campagne contre Diaz eut pour point de départ la lutte pour empêcher une sixième réélection de Don Porfirio, le bien-aimé. Mais ce fut la véritable lutte de Villa et la prise de Ciudad-Juarez qui lui permit d'entrer à Mexico ; c'est sur le cadavre des peones qu'il assit un pouvoir bien chancelant, le 7 juin 1911. Il s'y maintiendra à peine plus d'un an, toujours environné de conspirations, inapte à prendre la moindre mesure qui eût été susceptible de calmer pour un temps, ou les masses, ou les partisans de l'ex-président Diaz réfugié à Paris.

En effet, bien qu'on fit semblant de préparer des élections présidentielles pour le mois de novembre, personne ne désarmait. dans le sud du pays, une nouvelle bande, celle d'emiliano zapata, qui occupait les trois états de morelos, de guerrero et de puebla, entrait en scène. les recrues affluaient sous sa bannière qu'ornait l'image de la vierge de guadalupe, surmontant une tête de mort et des ossements en croix. elle pillait, elle tuait, surtout des espagnols, et parmi eux, particulièrement des curés. même un journaliste aussi réactionnaire qu'h.h. dunn, espion au profit de diaz parmi les zapatistes, comprend ces actes : « pendant plus de deux siècles, leurs pareils (aux espagnols) s'étaient abattus sur le malheureux mexique et je comprenais fort bien le ressentiment qu'éprouvaient les zapatistes à leur égard ».

La bande de Zapata devenait si puissante que seul le général Huerta eût été capable de la battre en brèche. Mais Madero, balançant entre les deux forces en présence le contrecarrait. Déjà il avait remis en liberté Villa, capturé par ce même Huerta à la fin de 1912.

Dans le même temps, il nommait les généraux dans ses ministères. Son pouvoir était frappé d'une impuissance congénitale. Amené au pouvoir grâce aux masses populaires, il ne pouvait s'y maintenir qu'en leur faisant des concessions importantes, ce qui lui valait l'hostilité des éléments les plus influents de sa propre classe. C'est ce qui lui valut d'être assassiné, en même temps que le vice-président Pino Suarez, un homme doux, poète et quelque peu timoré, le 19 février 1913, de la main des générau ; Reyes, Mondragon, Felix Diaz, auxquels.se rallia Huerta, avaient préparé leur conspiration au cours de l'hiver 1912.

Selon un chaud partisan de la République madériste, Alfredo Aragon, « voici comment l'armée fédérale trahit en février 1913 : elle retourna contre la République les armes que celle-ci lui avait confiées, elle braqua ses canons contre le Palais national et, au lieu de combattre et de détruire l'ennemi (c'est-à-dire les « rebelles » de Reyes), elle se joignit à lui ; elle assaillit la résidence du chef de l'État et s'en empara, et ayant en son pouvoir les représentants de la démocratie, elle assassina le Président et le Vice-Président élus quelques mois auparavant par la volonté unanime du peuple mexicain. »

Et de se lamenter. Que firent les députés en des instants aussi décisifs ? « Ils se turent, ils pâlirent ... », « Ils sanctifièrent le crime de Huerta ».

Dictature et chute de Huerta (1913-1914)

Mme Meloizes-Lefaivre, elle, qui est très représentative de la haute bourgeoisie, se réjouit, car « il manquait un chef ». La chose est maintenant réparée, car Huerta tient le pouvoir et c'est la réaction militaire dans toute son horreur ; police et tribunaux sont fort sommaires, les exécutions et les empoisonnements se succèdent, la peur gagne le pays. Cependant les masses, qui avaient cru en Madero, se sont désillusionnées ; la méfiance s'était emparée de Zapata dès 1912, et, après l'assassinat, c'est une véritable révolution paysanne qui commence : d'une part, dans le Sud, où la bande de Zapata est devenue une véritable force, organisée et riche, d'autre part dans le Nord, dans les États de Sonora et de Coahuila où le gouverneur, V. Carranza, prend la tête de la résistance à Huerta. Il crée un « Parti Constitutionnel » (fidèle à la Constitution républicaine de Madero) et une Armée Constitutionnelle, en faisant appel en masse aux volontaires, par un prétentieux « Manifeste à la Nation ».

En fait, Carranza est un individu assez douteux, qui se fait appeler le « grand chef », que d'autres appellent « le Grand Voleur », et qui s'appelle volontiers lui-même ... « M. Vénus », à cause de ses activités extra-constitutionnelles.

Et pourtant, l'Armée Constitutionnelle parvient à tenir tête à l'armée fédérale, est victorieuse à Candela et entre dans Mexico.

Cela n'a pu se faire que grâce au courage des paysans mexicains qui se battirent jusqu'à la mort, la plupart du temps sans autre arme que leur « machete », contre une troupe régulière. Celle-ci, composée en partie de criminels à qui l'on avait accordé la grâce de finir leur peine dans l'armée, et en partie.de fils de famille débauchés, « punis » par leurs parents, était assez peu enthousiaste au combat

Ses effectifs fondaient rapidement, et les paysans s'enrichissaient de ses armes. Deux cent mille mexicains y laissèrent leur vie . Et leur seule récompense fut que Carranza entra dans Mexico, où en principe Huerta détenait toujours le pouvoir, mais où se trouvaient également les hommes de Zapata.

Car, pendant ce temps, ce dernier avait conquis pratiquement tout le Sud du pays à sa lutte. Ses troupes sont bien organisées en particulier sa « Légion de la Mort ». Il a fait constituer par Juana Mola Mendez - qui fut un temps sa compagne - une armée de femmes amazones, qui jouera plus tard un rôle important en gardant tout le côté ouest de Mexico. Partout où il passe, Zapata fait brûler les archives, les contrats, les actes de propriété, à la grande joie des paysans. Un peu partout, de véritables jacqueries éclatent, des haciendas sont brûlées, et on n'épargne pas le supplice des fourmis aux Espagnols qu'on rencontre, riches propriétaires ou non. On commence à partager des terres. Tout cela se fait dans le plus grand désordre, mais avec âpreté et passion. « Et ce qui avait commencé par être une simple révolution politique devint, grâce à la prise des armes par les paysans, dirigés par Zapata, une révolution paysanne » (Victor Alba).

Guerre entre factions révolutionnaires

Au milieu de l'année 1913 le Mexique a donc échangé le dictateur Porfirio Piaz contre le général Huerta, dictateur. Cet homme féroce, représentant les milieux les plus réactionnaires du pays, qui avait fait assassiner Madero, ne réussit pas cependant à asseoir son pouvoir.

La révolution mexicaine continuait. Les armées formées de paysans pauvres ou d'ouvriers agricoles, Indiens en majorité, qui s'étaient dressées pour la terre et la liberté, continuaient le combat. Elles le continuaient sans trop savoir où elles allaient, car, à part la création d'une République Mexicaine, dont tous les citoyens seraient libres et égaux, ils n'avaient pas de programme. Ils voulaient la terre et la liberté, ils les voulaient au point de mourir pour elles, mais ils ne savaient pas quelles institutions se donner pour les avoir. Et, à cet égard, il n'y a rien dans les actuelles révolutions coloniales, et même dans le destin de l'Algérie, qu'on ne puisse trouver dans la Révolution mexicaine. Le soulèvement des masses les plus pauvres, les armées paysannes, les chefs militaires paysans, aux prises avec les politiciens, dont ils font et défont le pouvoir, jusqu'au jour où l'un de ces politiciens a la force de décréter la Révolution terminée, de désarmer les masses et de neutraliser - ou d'assassiner - leurs véritables dirigeants.

En cette année 1913 donc, une de ces armées paysannes entre à Mexico. Elle est dirigée par un politicien, représentant de la bourgeoisie nationale, et quelque peu corrompu, Carranza.

Infiniment, plus dangereuse pour le pouvoir du général Huerta, l'armée d'Emiliano Zapata installait progressivement son pouvoir dans le Sud et se préparait à marcher, elle aussi, sur Mexico. Certes, encore une fois, ces armées populaires n'avaient guère de programme Mais tant qu'elles n'avaient pas la victoire, elles ne se préoccupaient que de vaincre et le cri de « Tierra y Libertad » valait tous les programmes, et brisait toutes les citadelles. Les peones et les paysans trouvaient leur enthousiasme dans ces deux mots, 1'or dans les églises et le courage en eux-mêmes.

Le pouvoir de Huerta n'aurait pu se maintenir qu'avec l'aide américaine. Mais l'administration démocrate de Wilson, si elle n'avait rien contre le régime de Huerta, bien au contraire, n'entendait pas céder la moindre parcelle de ses intérêts au Mexique. Et dans cette révolution, les intérêts américains eurent assez souvent à souffrir et, si les gringos n'étaient pas tout à fait aussi mal vus que les Espagnols, la Révolution était en grande partie dirigée contre l'oppression raciale des seigneurs de la terre et de ceux du dollar. Les États-Unis, incapables d'aider sérieusement, militairement, le général Huerta, autrement qu'en le finançant, envoyèrent au contraire en avril 1914 un corps expéditionnaire à Vera-Cruz pour exiger de Huerta que le pavillon US soit salué, en réparation Des « injures » faites aux biens américains.

Les insurgés prirent cela comme une menace directe, et Zapata mit ses troupes à la disposition de Huerta contre les USA. Incapable de garder la direction du pays en faisant les concessions nécessaires à la révolution montante, tout en donnant satisfaction à ses maîtres américains, Huerta démissionna le 15 juillet 1914, pour fuir aux États-Unis.

Victoire et chute de Carranza (1916-1919)

Désormais le bourgeois libéral Carranza était le chef reconnu. Mais il était déjà trop tard pour endiguer la colère populaire. Carranza, cantonné à Mexico nomma des présidents très provisoires qui se succédèrent à un rythme rapide, Carbajal, Iturbide, etc... tandis que les armées populaires qu'il était censé diriger, se divisaient entre leurs chefs directs et pour certains, radicaux. Au nord-ouest Obregon et l'instituteur Calles, au nord-est Gonzales, dans l'État de Chihuahua le déjà légendaire Pancho Villa, et dans le sud Emiliano Zapata dirigeaient chacun leur troupe en ne prenant d'ordres que d'eux-mêmes et en n'accordant à Carranza qu'un pouvoir bien symbolique et réduit en fait aux limites de la ville de Mexico. Carranza tenta de réprimer en septembre 1914 une révolte de Villa, mais il fut contraint immédiatement après de réunir une conférence à Aguas-Calientes où la représentation des zapatistes l'emporta de beaucoup.

La situation était instable, Villa et Zapata la résolurent en prenant Mexico.

Mais ces deux hommes ne surent pas quoi faire du pouvoir qui tombait entre leurs mains, Leur première préoccupation fut de s'assurer que les plus pauvres d'entre les indiens puissent manger. Ils répartirent équitablement les impôts à payer. Ils essayèrent sincèrement de construire un État des pauvres, mais ni l'un ni l'autre ne savait ce qu'il fallait faire. Ils avaient vaincu leurs adversaires, ils avaient pris Mexico, mais, contrairement à leur rêve, tout n'était pas réalisé pour autant. Et les troupes de Carranza, c'est-à-dire celles commandées par Obregon et Calles aidées par la suite par un corps de 10 000 hommes commandés par le Général Pershing que les USA envoyèrent finirent par battre Villa et le contraignirent à s'enfuir.

Eliminer Zapata et Villa, détruire la force que représentaient les masses en armes, remettre à leur place les Indiens et les métis, qui avaient eu, un temps, la prétention de se croire des hommes, tels furent désormais les buts réels des présidents qui se succédèrent à la tête du Mexique. Pour cela il fallut d'abord désamorcer la charge explosive que représentait le besoin de terre de ces millions de péones. La Constitution promulgée à Queretaro en 1917 consacra une réforme agraire qui, si elle ne résolut rien du sort réel des masses, donna à chacun un petit lopin de terre caillouteuse à gratter. La liberté, ils étaient censés l'avoir puisqu'ils avaient la République.

Pancho Villa et Eniliano Zapata, quant à eux, moururent assassinés. Pancho Villa fut victime d'un attentat alors qu'il circulait en voiture et Zapata fut attiré par traîtrise dans une embuscade. Mais s'il est vrai que certains hommes ne meurent jamais dans la mémoire des peuples, cela l'est encore bien plus de Villa et Zapata. D'ailleurs bien des peones de l'État de Morelos, ne voulurent jamais croire que Zapata était mort.

La bourgeoisie mexicaine elle aussi, les a craints longtemps après leur mort, bien qu'elle ait eu de bonnes raisons de savoir qu'ils l'étaient vraiment. C'est ainsi que vingt ans après, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, le président Cardenas refit une réforme agraire pour pallier les injustices les plus criantes que les lois économiques du capitalisme avaient créées sur les bases de la réforme précédente. C'est ainsi que le même Cardenas, malgré le désir évident qu'il avait de ne pas s'opposer à ses puissants voisins et commanditaires, nationalisa sous la pression des masses toutes les possessions mexicaines des trusts pétroliers yankees.

Ce sont encore les ombres de Pancho Villa et d'Emiliano Zapata, généraux paysans qui incarnèrent la Révolution pour des millions d'hommes pendant plusieurs années, qui font du Mexique, le pays où rien ne peut se faire, qu'au nom de la Révolution.

Bilan

Le bilan des pertes humaines est estimé à 2 millions, pour une population de 15 169 369 en 1910.

Théorie de la Révolution Permanente

Dans sa théorie de la révolution permanente, Léon Trotsky expliquait que la bourgeoisie des pays retardataires est incapable de mener à bien les tâches de la révolution bourgeoise-démocratique, du fait de ses liens avec les grands propriétaires terriens et les impérialistes. Les banques ont des hypothèques sur des terres, les industriels ont de grandes propriétés dans le pays, les propriétaires terriens investissent dans l’industrie, etc. Tous sont liés entre eux et à l’impérialisme par une multitude d’intérêts qui les conduit à s’opposer à tout changement important.

Ainsi, dans la Russie de 1917, les tâches de la révolution bourgeoise-démocratique sont retombées sur les épaules de la classe ouvrière. Mais celle-ci, après s’être placée à la tête de la paysannerie et de la majorité de la nation, ne pouvait pas s’arrêter aux tâches bourgeoises-démocratiques que sont l’expropriation des propriétaires terriens, l’unification de la nation et l’expulsion des impérialistes. La classe ouvrière russe s’attaqua immédiatement aux tâches socialistes : l’expropriation de la bourgeoisie et la construction d’un Etat ouvrier. C’est seulement en suivant cette voie que l’énorme potentiel de la Révolution Mexicaine aurait pu conduire à une transformation sociale complète.

La faiblesse de la Révolution Mexicaine était la faiblesse d’une révolution paysanne. La paysannerie était assez forte pour renverser l’ordre existant, mais pas assez pour peser de façon décisive sur le destin du Mexique. La paysannerie est une classe d’individus qui ne sont pas liés les uns aux autres par le processus de production. Cette classe a souvent joué le rôle d’auxiliaire de la bourgeoisie, qui l’a utilisée pour renverser ses ennemis féodaux et s’installer elle-même au pouvoir.

La décrépitude de l’ordre établi était telle, au Mexique, que les insurgés mexicains réussirent à prendre le dessus sur les forces gouvernementales, dans leurs régions respectives. En mai 1911, Díaz démissionna. Madero fut élu président du pays. Mais le nouveau gouvernement bourgeois ne répondit pas aux attentes de la paysannerie insurgée. Sous la direction d’Emiliano Zapata, la guerre paysanne continua. Madero exhorta les paysans à attendre patiemment une réforme agraire en bonne et due forme, mais les paysans avaient entendu trop de promesses creuses de la part de gouvernements qui prétendaient se soucier de leurs intérêts.

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