Révolution allemande (1918-1923) : Différence entre versions

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'''[[Image:Berlin november1918.jpg|thumb|right|314x193px]]La révolution allemande''' désigne la période mouvementée de 1918 à 1923, qui a vu l'échec d'une tentative de [[Révolution socialiste|révolution socialiste]] et l'affaiblissement durable du [[Mouvement ouvrier|mouvement ouvrier]] allemand, et bien au delà, de par ses répercussions internationales.  
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[[File:Berlin november1918.jpg|thumb|right|392x392px|Berlin, le 9 novembre 1918]]La '''révolution allemande''' désigne la période mouvementée de 1918 à 1923, qui a vu le renversement de l'empereur, l'échec d'une tentative de [[Révolution socialiste|révolution socialiste]], et l'affaiblissement durable du [[Mouvement ouvrier|mouvement ouvrier]] allemand, et bien au delà, de par ses répercussions internationales.{{AjoutDates|1918|1923}}
  
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==Contexte==
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====La guerre et la vague révolutionnaire européenne====
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Avec la [[Première guerre mondiale|Première guerre mondiale]], l'Europe connut un des plus grands carnages de son histoire, et l'impact politique fut immense. D'abord en 1914, lorsque la [[Union sacrée (1914)|social-démocratie trahit ses engagements internationalistes]], chaque parti de l'Internationale ouvrière soutenant son État contre les autres (à de rares exceptions près).
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Mais alors que le déferlement de [[chauvinisme]] avait semblé faire reculer brusquement la [[conscience de classe]], les ravages de la guerre provoquent rapidement une radicalisation des masses, dans un premier temps captée par les socialistes révolutionnaires (mais plus tard, de plus en plus, le [[fascisme]] montant). La colère monte contre les gouvernements autoritaires (qui censurent, répriment les grèves et les déserteurs...) et contre les profiteurs de guerre (comme le groupe Krupp).
  
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Dès février 1917, la ruine sociale et économique causée en Russie provoque un profond [[Révolution russe (1917)|processus révolutionnaire]] qui fait tomber l'[[Régime tsariste|Ancien régime]], et qui se radicalise jusqu'à une [[Révolution d'Octobre 1917|deuxième révolution en Octobre]], la première tentative de [[révolution socialiste]] de l'Histoire. La Russie se retire alors de la guerre. Partout en Europe, [[Vague révolutionnaire de 1917-1923|des conflits similaires existent]], et la minorité communiste naissante veut transformer la guerre impérialiste en révolution. Les espoirs des révolutionnaires se tournent en particulier vers l'Allemagne, puissance industrielle majeure qui pourrait s'intégrer à la révolution soviétique et y apporter son avance technologique, sans quoi la Russie isolée serait en grave danger. Les bolchéviks russes étaient alors convaincus de l'urgente nécessité de la [[révolution mondiale]] :
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<blockquote>"La vérité absolue, c'est qu'à moins d'une révolution allemande, nous sommes perdus." [[Lénine|Lénine]], mars 1918<br /></blockquote>Cet espoir semblait à portée vu les soubresauts déjà présents en 1917, et la révolution allemande de 1918 ressemble par bien des aspects à une révolution de Février 1917 ayant évolué différemment.
  
== Contexte  ==
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====La situation politique en Allemagne====
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En 1918, il n'y a pas de parti communiste en Allemagne. L'aile gauche du [[Sozialdemokratische Partei Deutschlands|Parti social-démocrate (SPD)]], comprenant les révolutionnaires, exclue en 1916, s'est regroupée dans l'[[USPD|USPD]] (« social-démocrates indépendants »), et considère qu'il faut attendre du mouvement montant de la classe ouvrière une régénération de la [[Social-démocratie|social-démocratie]]. Sur le plan international, le [[Parti bolchévik|Parti bolchévik]] a fait partie des rares à s'être opposés à la guerre, et à avoir préparé dans les années précédentes une délimitation d'avec les réformistes. Avec l'autorité morale qu'il acquiert ensuite du fait de la [[Révolution d'Octobre|Révolution d'Octobre]], il est le leader du courant révolutionnaire du [[Socialisme|socialisme]], qui sera baptisé [[Communiste|communiste]]. La toute nouvelle [[Internationale communiste|Internationale communiste]] (fondée en 1919) va alors se fixer comme priorité d'étendre la révolution à l'Europe occidentale. En particulier, pendant 5 ans elle va travailler à reconstruire un parti ouvrier révolutionnaire en Allemagne.
  
Suite à la [[Union sacrée (1914)|trahison de la social-démocratie]] que fut le soutien au déclenchement de la [[Première guerre mondiale|Première guerre mondiale]], l'Europe connut un des plus grands carnages de son histoire. Mais malgré les illusions chauvines, la [[Lutte de classe|lutte de classe]] était flagrante pour une bonne partie de la [[Classe ouvrière|classe ouvrière]]&nbsp;: la [[Bourgeoisie|bourgeoisie]] des pays belliqueux avec des groupes comme Krupp profitait grassement de la guerre tandis qu'eux formaient la chair à canon. De plus, les russes avaient été les premiers à ouvrir la voie&nbsp;: ils avaient forcé la fin du conflit par leur [[Révolution russe (1917)|révolution socialiste]]. Les dures restrictions imposées aux masses par la guerre allaient ouvrir une crise révolutionnaire en Europe, et principalement dans ce pays majeur du [[Capitalisme|capitalisme]] qu'est l'Allemagne. L'espoir des communistes révolutionnaires se portait donc sur l'issue de cette crise, car une [[Révolution socialiste|révolution socialiste]] ne peut être que mondiale...
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==Révolution de 1918-1919==
<blockquote>"La vérité absolue, c'est qu'à moins d'une révolution allemande, nous sommes perdus." [[Lénine|Lénine]], mars 1918<br></blockquote>
 
== Les événéments  ==
 
  
=== Reconstruire un parti révolutionnaire<br>  ===
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{{Voir|Révolution allemande (1918-1919)}}
  
Pour les révolutionnaires allemands, la [[Union sacrée (1914)|trahison de 1914]] fut totalement destabilisante. Ils considéraient ce grand parti ouvrier comme un "parlement de la classe ouvrière", et restèrent longtemps focalisés sur la lutte interne. Les révolutionnaires allemands pensaient que le mouvement spontané des masses pourrait "régénérer" la social-démocratie, et ils ne voulaient pas s'en éloigner, ce que [[Rosa Luxemburg|Rosa Luxemburg]] considérait comme [[Sectaire|sectaire]]. Cette aile révolutionnaire se dotait tout juste d'un moyen d'expression propre, mais, également par rejet de la structure rigide du [[SPD|SPD]], se refusait à formaliser une quelconque organisation propre. Les confusions de Luxemburg sur la dialectique classe-parti ou la perspective à avoir face à la guerre, qui apparaissent dans [[Rosa Luxemburg et la Révolution russe|ses polémiques avec Lénine]], y sont pour beaucoup. Même lorsque la gauche du SPD est exclue, les révolutionnaires, unis au sein de la [[Ligue spartakiste|Ligue spartakiste]], décident de rester liés aux vieux caciques ([[Kautsky|Kautsky]], [[Bernstein|Bernstein]]...) qui fondent en 1917 l'[[USPD|USPD]] (Parti social-démocrate indépendant).<br>
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===Novembre 1918&nbsp;: révolution et dualité de pouvoir===
  
Pourtant, la lutte de classe a un caractère de plus en plus aigü. Tout au long de 1917 et 1918, les grèves et les mutineries dans l'armée se multiplient, et les révolutionnaires ont déjà une audience potentielle dans l'avant-garde ou ceux qui sont en première ligne&nbsp;: "Liebknecht est l'homme le plus populaire dans les tranchées" (Kautsky). Conséquence&nbsp;: en 1918, les seules organisations visibles et existantes sont les deux partis sociaux-démocrates. La seule organisation semi-clandestine est celle des "délégués révolutionnaires", regroupement de délégués syndicaux d’usine dotés d’une grande audience et opposés à la politique de "paix civile" des dirigeants nationaux des syndicats.<br>
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L'éruption révolutionnaire spontanée du prolétariat allemand se produit en novembre 1918. Le 6 novembre, les marins basés à Kiel refusent d'aller à un nouveau massacre décidé par l'état-major, et envoient des émissaires dans toute l'Allemagne pour appeler à leur secours la classe ouvrière. Les jours suivants, l’Allemagne se couvre de conseils d’ouvriers et de soldats qui commencent à se substituer aux organismes de l’État monarchique en crise. Le 9 novembre, la révolution atteint Berlin et le Kaiser s'enfuit sans combattre. Tous les socialistes, y compris la social-démocratie majoritaire, salue la "révolution socialiste" et le 11 novembre, l’état-major allemand doit signer l’armistice.
  
Sur le plan international, le [[Parti bolchévik|Parti bolchévik]] a été quasiment le seul à s'opposer à la guerre. Avec l'autorité morale qu'il acquiert ensuite du fait de la [[Révolution d'Octobre|Révolution d'Octobre]], il est le leader du courant révolutionnaire du [[Socialisme|socialisme]], qui sera baptisé [[Communiste|communiste]]. La toute nouvelle [[Internationale communiste|Internationale communiste]] va alors se fixer comme priorité d'étendre la révolution à l'Europe occidentale. En particulier, pendant 5 ans elle va travailler à reconstruire un parti ouvrier révolutionnaire en Allemagne.<br>
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[[File:RévolutionAllemandePierreBroué.jpg|center|RévolutionAllemandePierreBroué.jpg]]
  
=== Novembre 1918&nbsp;: révolution prolétarienne et fin de la guerre<br>  ===
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Mais concrètement, c’est une façade rouge qui a été jetée sur un appareil d’[[État|État]] intact, celui des bourgeois prussiens et de leur état major. Une direction de 6 sociaux-démocrates (3 SPD et 3 USPD) baptisés "commissaires du peuple" se met en place, au dessus des ministères maintenus tels quels. Ce gouvernement proclame dès le 12 novembre des mesures importantes&nbsp;: instauration (formelle) des libertés démocratiques élémentaires, début de législation du travail (promesse de la [[journée de huit heures]], [[Conventions collectives|conventions collectives]], [[Chômage|allocations chômage]]...), que le patronat entérine dès le 15 en signant un accord avec les [[Syndicats|syndicats]] sur ces points. La [[Bourgeoisie|bourgeoisie]] a conscience qu'elle risque de tout perdre et est prête à beaucoup de concessions.
  
L'éruption révolutionnaire spontanée du prolétariat allemand se produit en novembre 1918. Le 6 novembre, les marins basés à Kiel refusent d'aller à un nouveau massacre décidé par l'état-major, et envoient des émissaires dans toute l'Allemagne pour appeler à leur secours la classe ouvrière. Les jours suivants, l’Allemagne se couvre de conseils d’ouvriers et de soldats qui commencent à se substituer aux organismes de l’[[État bourgeois|État bourgeois]] allemand. Le 9 novembre, la révolution atteint Berlin et le Kaiser s'enfuit sans combattre. Tous les socialistes, y-compris la social-démocratie majoritaire, salue la "révolution socialiste" et le 11 novembre, l’état-major allemand doit signer l’armistice.<br>
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Il y a situation de double pouvoir avec un pouvoir ouvrier embryonnaire, face à un État bourgeois fragilisé. Mais l’existence des conseils en soi ne suffit pas. L'appareil social-démocrate tenu par des chefs bourgeois ou embourgeoisés a la main sur les conseils. Si des militants sincères et/ou révolutionnaires sont présents à la base, plus on s'élève dans les organes de délégation, plus le SPD est hégémonique. Celui-ci piétine d’ailleurs sans remords la [[démocratie ouvrière]], imposant des représentations "paritaires" quand elle est ultra minoritaire.  
  
[[Image:RévolutionAllemandePierreBroué.jpg|center]]
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Le gouvernement provisoire convoque des élections à une Assemblée Constituante pour le 16 février 1919. Les conseils d’ouvriers et de soldats doivent, eux, tenir leur congrès à Berlin le 16 décembre 1918. Et c'est exactement dans ces termes, « Assemblée nationale ou gouvernement des conseils » qu'est formulé le deuxième point de l'ordre du jour de ce congrès.
  
=== Social-démocratie hégémonique  ===
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Mais les dirigeants SPD mettent tout leur poids pour la première solution, et pour ravaler les conseils au rang d’auxiliaires consultatifs. Au nom du respect de la « démocratie », c'est-à-dire la démocratie bourgeoise, ou au nom du fait que « Les masses ne sont pas mûres ». Au congrès des Conseils, les quatre cinquièmes des délégués sont contrôlés par le SPD, contre 100 à l'USPD (et parmi eux une moitié pour l’aile gauche des délégués révolutionnaires, une dizaine de spartakistes). Et malgré les arguments [[Marxistes|marxistes]] inlassablement avancés par [[Rosa Luxemburg|Rosa Luxemburg]], c'est le poids du [[SPD|SPD]] qui tranchera... pour la voie de l'[[État bourgeois|État]] (bourgeois) pour construire le [[Socialisme|socialisme]]...
  
Mais concrètement, c’est une façade rouge qui a été jetée sur un appareil d’[[État|État]] intact, celui des bourgeois prussiens et de leur état major. Une direction de six sociaux-démocrates (3 SPD et 3 USPD) baptisés "commissaires du peuple" se met en place, au dessus des ministères maintenus tels quels. Ce gouvernement proclame dès le 12 novembre des mesures importantes&nbsp;: instauration (formelle) des libertés démocratiques élémentaires, début de législation du travail (promesse de la journée de huit heures, [[Conventions collectives|conventions collectives]], [[Chômage|allocations chômage]]...), que le patronat entérine dès le 15 en signant un accord avec les [[Syndicats|syndicats]] sur ces points. C’est que la [[Bourgeoisie|bourgeoisie]] risque de tout perdre&nbsp;: et elle en a conscience.  
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La direction du SPD doit concéder aux délégués des mesures pour révolutionner l'armée (abolition des grades, élection des officiers par les conseils...), mais le pouvoir chargé d'appliquer ces mesures reste un pouvoir bourgeois protégé par le SPD. Le Congrès avance les élections à la constituante au 19 janvier, et donne les pleins pouvoir au gouvernement Ebert-Scheidemann.
  
Mais l’existence des conseils en soi ne suffit pas. Aucun parti n'a le poids pour réclamer "tout le pouvoir aux conseils", et les dirigeants sociaux-démocrates - sur lesquels la bourgeoisie allemande place ses espoirs – est libre de ravaler les conseils au rang d’auxiliaires. Ebert, qui préside le nouveau gouvernement, pousse pour que les conseils soient des organes consultatifs, passant même un accord secret avec l’état-major à propos des conseils dans l'armée.  
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Les spartakistes s'appuient sur les ouvriers radicaux et les marins qui reviennent du front, dirigeant notamment la grande manifestation du 25 décembre (« Noël sanglant ») qui se bat avec des éléments de l'armée fidèles au gouvernement. Les spartakistes quittent l'USPD et fondent le [[Parti communiste d'Allemagne]] (KPD) lors d'un congrès du 28 décembre 1918 au 1er janvier 1919.
  
Mais pour y parvenir, il faut ériger un autre organisme de pouvoir&nbsp;: le gouvernement provisoire convoque des élections à une Assemblée Constituante pour le 16 février 1919. Les conseils d’ouvriers et de soldats doivent, eux, tenir leur congrès à Berlin le 16 décembre 1918. Et c'est exactement dans les termes cités "Assemblée nationale ou gouvernement des conseils" qu'est formulé le deuxième point de l'ordre du jour de ce congrès. C'est, comme l'écrit Rosa Luxembourg au même moment dans Die Rote Fahne, "la question cardinale de la révolution". Toute la puissance de la social-démocratie est mobilisée contre le pouvoir des conseils. "Les masses ne sont pas mûres", affirment les chefs sociaux-démocrates et leur organe central, le Vorwärts. Pour eux, la dictature du prolétariat n’amènerait qu’une catastrophe . A cela, Rosa Luxembourg répond avec justesse et ironie&nbsp;:
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===Janvier 1919&nbsp;: l'insurrection spartakiste===
<blockquote>"Ce sont seulement les combats de la révolution qui amèneront le prolétariat à une pleine maturité, à tous les sens du terme. Le commencement de la révolution fut le signe que ce processus de maturation commençait. Il se poursuivra rapidement et le Vorwärtz dispose d’un bon étalon auquel il pourra mesurer l’accession du prolétariat à la pleine maturité. Le jour où ses rédacteurs s’envoleront de leurs sièges, et avec eux messieurs Scheidemann, Ebert, David et consorts, pour rejoindre le Hohenzollern ou Ludendorff là où ils sont, ce jour-là, la pleine maturité sera acquise"<ref>[[Die Rote Fahne]], 3 décembre 1918</ref>. </blockquote>
 
Le SPD affirme que ce sera la tâche de l’Assemblée constituante que de réaliser le socialisme en votant les lois ad hoc, et face au mouvement du prolétariat pour son propre pouvoir, il oppose la "[[Démocratie|démocratie]]". Rosa Luxembourg fustigera cette vision "pacifique" et "démocratique" du passage au socialisme:
 
<blockquote>"Et si la classe capitaliste constate qu’elle se trouve en minorité, elle déclarera avec un soupir, en tant que parti parlementaire discipliné&nbsp;: "Rien à faire&nbsp;! Nous voyons que nous sommes battus aux voix, soit&nbsp;! Nous en convenons et nous transmettons aux travailleurs tous nos domaines, nos usines, nos mines, tous nos coffre-forts ignifugé et tous nos beaux profits"(…) Ces messieurs les junkers et capitalistes ne se tiennent tranquilles qu’aussi longtemps que le gouvernement révolutionnaire se contente de poser un léger maquillage esthétique sur le régime du salariat&nbsp;; ils ne sont gentils qu’aussi longtemps que le nerf vital, l’artère de la domination de classe de la bourgeoisie, le profit, restent intacts. Si le profit est pris à la gorge, si la propriété privée est offerte au couteau du sacrifice, alors c’en sera fini de la bonhomie"<ref>[[Die Rote Fahne]], 20 novembre 1918</ref>. </blockquote>
 
Aussi justes que sonnent les mots de Rosa Luxembourg, c'est le poids du SPD qui tranche. Plus l’on s’élève dans les degrés formés par la centralisation des conseils ouvriers, plus celle-ci est majoritaire. Il piétine d’ailleurs sans remords la démocratie ouvrière, imposant des représentations "paritaires" quand elle est ultra minoritaire. Du coup, au congrès des Conseils, les quatre cinquièmes des délégués sont contrôlés par la social-démocratie, contre cent aux indépendants (et parmi eux une moitié pour l’aile gauche des délégués révolutionnaires, une dizaine de spartakistes). Le congrès rejette les résolutions sur le pouvoir des Conseils, refuse d’entendre les délégations exigeant qu’ils prennent position en ce sens, représentant des dizaines de milliers de manifestants réunis à l’initiative des spartakistes. Le Congrès donne les pleins pouvoir au gouvernement Ebert-Scheidemann et avance les élections à la constituante au 19 janvier. Par contre, il adopte une résolution abolissant les grades dans l’armée, y donnant le pouvoir dans aux conseils, l’élection des officiers, bref, de mise à mort de l’Etat-major. Majoritaire dans le congrès, la social-démocratie ne peut maîtriser ses propres troupes sur cette question. Mais tout se concentrait sur la question du gouvernement, y compris quand il serait question plus tard de savoir qui appliquerait cette résolution. Et le congrès des Conseils est sur ce point central une victoire incontestable pour la social-démocratie allemande. <br>
 
  
=== Fondation du KPD&nbsp;: l’infantilisme révolutionnaire <br>  ===
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Après le congrès des conseils, la [[Réaction|réaction]] relève la tête. Étant donné que la chaîne de commandement de l'armée est disloquée, le SPD va s'appuyer des éléments proto-fascistes. Le social-démocrate [[Noske|Noske]], qui admettait "je hais la révolution comme la peste", se met en lien et soutient discrètement les [[Corps Francs|Corps Francs]], des groupes [[Paramilitaires|paramilitaires]] d'[[Extrême-droite|extrême-droite]] issus eux-aussi de la débandade de l'armée.
  
Les révolutionnaires finissent par rompre avec l'[[USPD|USPD]] fin 1918 et tiennent le congrès de fondation du [[KPD|Parti Communiste (KPD)]] à partir du 29 décembre, au moment même où les ministres indépendants démissionnent du gouvernement provisoire.  
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La situation très tendue explose à Berlin. Le préfet [[Robert Emil Eichhorn|Emil Eichhorn]] (lié à la gauche de l'USPD) a été porté à son poste par la Révolution et jouit de la confiance des masses berlinoises. Il avait refusé lors du « Noël sanglant » (23-25 décembre) de participer à la répression des marins qui s'étaient mis en grève. Le SPD ne le considérait donc pas comme fiable, et décide de le révoquer le 4 janvier, via le gouvernement (Conseil des commissaires du peuple) il a tous les postes.
  
Une profonde divergence stratégique apparaît entre les dirigeants expérimentés ([[Luxemburg|Luxemburg]], [[Clara Zetkin|Zetkin]], [[Paul Lévi|Lévi]], Mehring) et les autres délégués du congrès. Ceux-ci négligent totalement l'état d'esprit réel en Allemagne et surtout en dehors de Berlin, et veulent renverser immédiatement le gouvernement. Ce [[Gauchisme|gauchisme]] va isoler et affaiblir terriblement le parti&nbsp;: les communistes se coupent des "délégués révolutionnaires", toujours membres de l'USPD, puis le congrès refuse la participation à l'Assemblée constituante et la participation aux syndicats dominés par le SPD (ceux-ci regroupent 10 millions de travailleurs au sortir de la guerre&nbsp;!). Or à ce moment-là la presse bourgeoise et social-démocrate se déchaîne contre les spartakistes "sanglants" et "dictatoriaux"...  
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Un mouvement de protestation démarre alors, une grève générale et des manifestations de masse ont lieu pendant deux jours dans la capitale. Des barricades sont montées et des sièges de journaux occupés, dont le ''[[Vorwärts]]'', organe officiel du SPD, qui publiait des articles hostiles aux « spartakistes sanglants et dictatoriaux » depuis le début du mois de septembre. Les meneurs de l'USPD et du KPD décident rapidement de soutenir la révolte. Ils appellent à la grève générale à Berlin pour le 7 janvier. Mais le comité d'action révolutionnaire qui se forme alors est très divisé, y compris au sein du KPD. Luxemburg est pour se limiter à la revendication du maintien de Eichhorn, Liebkecht est pour le renversement du gouvernement. Les discussions s'éternisent et les masses commencent à se démobiliser.  
  
=== Janvier 1919&nbsp;: boucherie&nbsp;social-démocrate  ===
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Quand [[Karl Liebknecht|Liebknecht]] et d'autres leaders ouvriers proclament un "gouvernement révolutionnaire provisoire" à Berlin (8 janvier), le rapport de force est défavorable. Les Corps Francs sont lâchés dans tout le pays contre les ouvriers révolutionnaires (des milliers de morts), et ces derniers, sans coordination, sont vaincus. C'est la Semaine sanglante (6-13 janvier). Les conseils ouvriers issus de la révolution de novembre sont liquidés. [[Karl Liebknecht|Liebknecht]] et [[Rosa Luxemburg|Luxemburg]] sont capturés par les Freikorps et assassinés le 15 janvier.
  
Après le congrès des conseils, la [[Réaction|réaction]] relève la tête. Le social-démocrate [[Noske|Noske]], dont la profession de foi est "je hais la révolution comme la peste", s'acoquine avec les [[Corps Francs|Corps Francs]], des groupes [[Paramilitaires|paramilitaires]] d'[[Extrême-droite|extrême-droite]]. Ces troupes, supplétives à celles pour l’instant inutilisable de l’armée bourgeoise, doivent être lancées contre la révolution, contre les conseils, et d’abord dans la capitale politique de l’Allemagne, Berlin. Le prétexte trouvé pour ce faire ne tardera pas.  
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Durant tout le printemps, ce qui s’est passé à Berlin va se répéter dans toute l’Allemagne, les [[conseils ouvriers]] résistant plus ou moins vigoureusement. En Bavière, en avril, les sociaux-démocrates proclament une "République des conseils", ensuite dirigée par les communistes, deux semaines durant, avant que la répression particulièrement sauvage fasse de la Bavière le bastion de la [[réaction]] en Allemagne.
  
Le préfet de Berlin, [[Robert Emil Eichhorn|Emil Eichhorn]] a été porté à son poste par la Révolution et jouit de la confiance des masses berlinoises. Quand le gouvernement décide de le révoquer, tout un mouvement de protestation des délégués révolutionnaires et des indépendants de gauche démarre, une grève générale et des manifestations de masse ont lieu pendant deux jours dans la capitale. Mais le KPD hésite et débat sans fin sur l'orientation&nbsp;: maintien inconditionnel de Eichhorn ou insurrection&nbsp;? Et c'est quand les travailleurs, lassés, rentrent tous chez eux, que [[Karl Liebknecht|Liebknecht]] et d'autres leaders ouvriers proclament un "gouvernement révolutionnaire provisoire" à Berlin.
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==Délimitation d'une stratégie révolutionnaire==
  
C’est la débandade&nbsp;: les [[Corps-francs|corps-francs]] interviennent et balayent les maigres troupes de ce "gouvernement révolutionnaire". Une première "semaine sanglante" s’ensuit, des morts jonchent les rues de Berlin, Luxemburg et Liebknecht sont arrêtés, puis assassinés le 15 janvier, privant le KPD de ses deux plus éminents dirigeants. Durant tout le printemps, ce qui s’est passé à Berlin va se répéter dans toute l’Allemagne. Ici, les conseils ouvriers résistent, un moment, s'armant pour se défendre. Ailleurs, non. Les affrontements passent d’une région à une autre. En Bavière, en avril, les sociaux-démocrates proclament une "République des conseils", ensuite dirigée par les communistes, deux semaines durant, avant que la répression particulièrement sauvage fasse de la Bavière le bastion de la [[réaction|réaction]] en Allemagne. Partout, la classe ouvrière combat, cherche à s’emparer des [[moyens de production|moyens de production]], à s’armer. A Berlin, une nouvelle grève générale en mars aboutit à une autre "semaine sanglante". Sans coordination, une à une, les régions insurgées tombent sous les coups des corps-francs. A la fin du printemps 1919, les conseils ouvriers issus de la révolution de novembre ont été liquidés. Sous la direction social-démocrate, la répression a tué des milliers de travailleurs.
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===Mars 1920&nbsp;: putsch militaire et "gouvernement ouvrier"===
  
=== Mars 1920&nbsp;: putsch militaire et "gouvernement ouvrier"<br>  ===
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En mars 1920, estimant que la répression conduite par Noske créé les bonnes conditions, des généraux lancent un [[Putsch de Kapp|putsch]] et portent Wolfgang Kapp au pouvoir. Le drapeau impérial est hissé, les journaux et libertés suspendus, l'état de siège proclamé. Le gouvernement, prévenu à l’avance, n’a rien fait: les ministres sociaux-démocrates prennent la fuite. Or, en l’absence de [[Paul Levi|Paul Levi]], emprisonné, la direction du [[KPD|KPD]] publie un tract suicidaire qui appelle les travailleurs "à ne pas lever le petit doigt pour la défense de la République".
  
En mars 1920, estimant que la répression conduite par Noske créé les bonnes conditions, des généraux lancent un [[Putsch_de_Kapp|putsch]] et portent Wolfgang Kapp au pouvoir. Le drapeau impérial est hissé, les journaux et libertés suspendus, l'état de siège proclamé. Le gouvernement, prévenu à l’avance, n’a rien fait: les ministres sociaux-démocrates prennent la fuite. Or, en l’absence de [[Paul Lévi|Lévi]], emprisonné, la direction du [[KPD|KPD]] publie un tract suicidaire qui appelle les travailleurs "à ne pas lever le petit doigt pour la défense de la République".  
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C'est l’appareil des syndicats qui va se dresser contre le [[Putsch de Kapp|putsch de Kapp]]. Le dirigeant syndical Legien, pilier du [[SPD|SPD]], perçoit avec la menace de restauration celle de la perte de tous ses privilèges. Le lendemain, la centrale syndicale lance un appel à la grève générale, suivie des social-démocrates majoritaires qui n’ont pas pris la fuite et des indépendants ([[USPD|USPD]]). Dès le 14 mars, Berlin est paralysé par la grève, un comité central unitaire voit le jour, puis dans tout le pays les ouvriers se soulèvent, s’arment. Le 17, Kapp s’enfuit, balayé par la puissance de combat de la classe ouvrière. La grève générale ne va pas cependant s'arrêter là, d'autant que les dirigeants syndicaux n'appellent pas à la reprise car ils veulent des garanties. Comme lors de tout mouvement d’ampleur de la [[Classe ouvrière|classe ouvrière]], c’est la question du pouvoir qui est posée.
  
C'est l’appareil des syndicats qui va se dresser contre le [[putsch de Kapp|putsch de Kapp]]. Le dirigeant syndical Legien, pilier du [[SPD|SPD]], perçoit avec la menace de restauration celle de la perte de tous ses privilèges. Le lendemain, la centrale syndicale lance un appel à la grève générale, suivie des social-démocrates majoritaires qui n’ont pas pris la fuite et des indépendants ([[USPD|USPD]]). Dès le 14 mars, Berlin est paralysé par la grève, un comité central unitaire voit le jour, puis dans tout le pays les ouvriers se soulèvent, s’arment. Le 17, Kapp s’enfuit, balayé par la puissance de combat de la classe ouvrière. La grève générale ne va pas cependant s'arrêter là, d'autant que les dirigeants syndicaux n'appellent pas à la reprise car ils veulent des garanties. Comme lors de tout mouvement d’ampleur de la [[classe ouvrière|classe ouvrière]], c’est la question du pouvoir qui est posée.<br>
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Legien propose, pour s’assurer l’épuration des éléments contre-révolutionnaires – y compris les "socialistes" type Ebert - et garantir la place des syndicats, que soit constitué un "[[Gouvernement ouvrier|gouvernement ouvrier]]" regroupant l’ensemble des organisations ouvrières, partis, syndicats, et elles seules. Cette proposition prend de court les Indépendants qui s’y opposent dans l’ensemble, ne voyant là qu’une réédition du gouvernement sans ministres bourgeois ayant existé en Allemagne après la révolution de novembre. Le KPD lui la soutient après quelques hésitations, comprenant que la constitution d’un tel gouvernement, sans signifier la réalisation de la [[Dictature du prolétariat|dictature du prolétariat]], constituerait un pas en avant effectif pour toute la classe ouvrière allemande. Le refus de l'USPD de siéger dans un gouvernement aux côtés du SPD allait permettre à ces derniers de refuser les conditions posées par la centrale syndicale -notamment l’épuration radicale et l’armement du prolétariat- et le [[KPD|KPD]] n'essaie pas de prendre l’initiative sur la ligne du gouvernement d’unité des organisations ouvrières. Dans la Ruhr et dans la Saxe, des comités d’action unitaires assureront le pouvoir quelques temps, mais le gouvernement ouvrier ne verra pas le jour.
  
Legien propose, pour s’assurer l’épuration des éléments contre-révolutionnaires – y compris les "socialistes" type Ebert - et garantir la place des syndicats, que soit constitué un "gouvernement ouvrier" regroupant l’ensemble des organisations ouvrières, partis, syndicats, et elles seules. Cette proposition prend de court les Indépendants qui s’y opposent dans l’ensemble, ne voyant là qu’une réédition du gouvernement sans ministres bourgeois ayant existé en Allemagne après la révolution de novembre. Le KPD lui la soutient après quelques hésitations, comprenant que la constitution d’un tel gouvernement, sans signifier la réalisation de la [[dictature du prolétariat|dictature du prolétariat]], constituerait un pas en avant effectif pour toute la classe ouvrière allemande. Sur le moment, le refus des Indépendants de siéger dans un gouvernement aux côtés des sociaux-démocrates allait permettre à ces derniers de refuser les conditions posées par la centrale syndicale – notamment l’épuration radicale et l’ébauche de l’armement du prolétariat. Dans le même temps, le PC n’a pas cherché à prendre l’initiative ni mené de combat sur la ligne du gouvernement d’unité des organisations ouvrières. Le gouvernement ouvrier ne verra pas le jour – dans la Ruhr et dans la Saxe, des comités d’action unitaires assureront néanmoins le pouvoir quelques temps.  
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Cette occasion manquée, ce sont à nouveau les forces de l’Etat bourgeois qui vont se lancer dans une nouvelle vague de répression des masses.
  
Cette occasion manquée, ce sont à nouveau les forces de l’Etat bourgeois qui vont se lancer dans une nouvelle vague de répression des masses. Mais en Allemagne aura été posée, presque pour la première fois, la question du pouvoir de la classe ouvrière sous la forme d’une transition vers la dictature du prolétariat. Le "gouvernement ouvrier" est cette transition, qui permet de poser la question du pouvoir en des termes immédiatement saisissables par la majorité des travailleurs. C’est d’ailleurs pourquoi, bien entendu, le "gouvernement ouvrier" est une idée générale qui s’exprime sous une forme concrète, ici celle d’un gouvernement d’unité des organisations ouvrières (partis, syndicats), puisqu’il s’agit de formuler l’objectif politique susceptible de rassembler la majorité des travailleurs contre la bourgeoisie. Le Parti à la conquête des masses&nbsp;: la lutte pour le front unique sur les revendications transitoires Avec une stabilisation relative de la situation en Europe, les communistes dans tous les pays peuvent constater qu’ils ne regroupent qu’une minorité plus ou moins importante de la classe ouvrière. La tempête révolutionnaire qui a soufflé dans toute l’Europe est calmée, et il s’agit– une fois les PC délimités politiquement – de s’atteler à la construction de partis susceptibles de conquérir le pouvoir.
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Avec une stabilisation relative de la situation en Europe, les communistes dans tous les pays peuvent constater qu’ils ne regroupent qu’une minorité plus ou moins importante de la classe ouvrière. La tempête révolutionnaire qui a soufflé dans toute l’Europe est calmée, et il s’agit – une fois les PC délimités politiquement – de s’atteler à la construction de partis susceptibles de conquérir le pouvoir.
  
=== Vers un parti de masse : le poids de l'I.C.<br>  ===
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===Vers un parti de masse&nbsp;: le poids de l'I.C.===
  
C’est vers l'[[USPD|USPD]], et non vers le [[KPD|KPD]], que se tournent en masse les travailleurs allemands au fur et à mesure que l’abomination de la politique social-démocrate les prend à la gorge. Cet afflux radicalise ce parti, qui prend position en 1919 contre le régime parlementaire et pour le pouvoir des conseils, et dont l'aile gauche fonde beaucoup d'espoirs sur la Russie des soviets et l'Internationale communiste.  
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C’est vers l'[[USPD|USPD]], et non vers le [[KPD|KPD]], que se tournent en masse les travailleurs allemands au fur et à mesure de leur désillusion envers la politique social-démocrate. Cet afflux radicalise ce parti, qui prend position en 1919 contre le régime parlementaire et pour le pouvoir des conseils, et dont l'aile gauche fonde beaucoup d'espoirs sur la Russie des soviets et l'Internationale communiste.
  
La direction du KPD, soutenue par l'IC, va alors décider à l'été 1919 d'exclure les gauchistes pour pouvoir se rapprocher de la gauche de l'USPD. Cela représente la moitié des effectifs (50 000 militants qui vont fonder le [[KAPD|KAPD]]) mais conduira en décembre 1920 à la fusion dans le [[Vereinigte_Kommunistische_Partei_Deutschlands|Parti communiste unifié d'Allemagne (VKPD)]], avec 350 000 membres. [[Lénine|Lénine]] et l'Internationale auront joué un rôle fondamental en critiquant tant les positions de l'USPD que des gauchistes, et en offrant une ligne politique claire au prolétariat allemande.<br>
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La direction du KPD, soutenue par l'IC, va alors décider à l'été 1919 d'exclure les gauchistes de ses rangs pour pouvoir se rapprocher de la gauche de l'USPD. Cela représente la moitié des effectifs (50 000 militants qui vont fonder le [[KAPD|KAPD]]) mais conduira en décembre 1920 à la fusion dans le [[Vereinigte Kommunistische Partei Deutschlands|Parti communiste unifié d'Allemagne (VKPD)]], avec 350 000 membres. [[Lénine|Lénine]] et l'Internationale auront joué un rôle fondamental en critiquant tant les positions de l'USPD que des gauchistes, et en offrant une ligne politique claire au prolétariat allemand. Cette fusion aura été menée par [[Paul Levi]].
  
Début janvier 1921, une réunion unitaire de métallos de Stuttgart adopte à l’initiative des communistes un appel aux dirigeants des centrales syndicales réclamant d’eux qu’ils organisent le combat pour les revendications urgentes (baisse des prix, hausse des allocations chômage, baisse des impôts sur les salaires et imposition des grosses fortunes, contrôle ouvrier sur le ravitaillement, l’inventaire de la production, désarmement des bandes réactionnaires et armement du prolétariat contre elles). Le VKPD publie cette adresse et la reprend à son compte. Il envoie le 7 janvier à toutes les organisations ouvrières (partis et syndicats) une «lettre ouverte» proposant une action commune sur un certain nombre de revendications recoupant largement celle des métallos de Stuttgart. Aucun parti ou centrale syndicale ne répond positivement à cette lettre . Mais, en mettant en avant la nécessité d’une action unitaire sur des revendications "transitoires", c’est-à-dire tournées contre les capitalistes et leur politique sans faire un préalable de l’adoption de son programme, le VKPD va remporter des succès considérables et élargir son audience. Des assemblées ouvrières se tiennent dans tous les secteurs et adoptent la lettre ouverte. Un pont est ainsi lancé entre les travailleurs communistes et ceux qui suivent les sociaux-démocrates. Les dirigeants syndicaux sont contraints, par le succès de la lettre ouverte, de durcir le ton à l’égard du gouvernement et de lancer eux-mêmes des combats partiels. La "Lettre ouverte", les revendications transitoires, le front unique, sont attaqués au sein du parti par sa "gauche" mais aussi par Bela Kun, et derrière lui Zinoviev. Ils considèrent cette tactique comme de l’opportunisme. Bela Kun, émissaire arrogant de l’I.C. aux moeurs d’aventurier qui repoussent nombre de vieux dirigeants communistes, utilise le prestige de l’Internationale pour pousser le PC "à l’offensive", "théorie" qu’il oppose au combat pour gagner la majorité de la classe ouvrière. Lénine tranchera le débat en soutenant, par écrit, puis au troisième congrès de l’I.C., la "Lettre ouverte": "ceux qui n’ont pas compris que la tactique de la «lettre ouverte» était obligatoire doivent être exclu de l’Internationale dans un délai maximum d’un mois après le congrès". Mais entre-temps, "l'offensive" a fait de terribles dégâts. <br>
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Début janvier 1921, une réunion unitaire de métallos de Stuttgart adopte à l’initiative des communistes un appel aux dirigeants des centrales syndicales réclamant d’eux qu’ils organisent le combat pour les revendications urgentes (baisse des prix, hausse des allocations chômage, baisse des impôts sur les salaires et imposition des grosses fortunes, contrôle ouvrier sur le ravitaillement, l’inventaire de la production, désarmement des bandes réactionnaires et armement du prolétariat contre elles). Le VKPD publie cette adresse et la reprend à son compte. Il envoie le 7 janvier à toutes les organisations ouvrières (partis et syndicats) une «lettre ouverte» proposant une action commune sur un certain nombre de revendications recoupant largement celle des métallos de Stuttgart. Aucun parti ou centrale syndicale ne répond positivement à cette lettre . Mais, en mettant en avant la nécessité d’une action unitaire sur des revendications "transitoires", c’est-à-dire tournées contre les capitalistes et leur politique sans faire un préalable de l’adoption de son programme, le [[VKPD|VKPD]] va remporter des succès considérables et élargir son audience. Des assemblées ouvrières se tiennent dans tous les secteurs et adoptent la lettre ouverte. Un pont est ainsi lancé entre les travailleurs communistes et ceux qui suivent les sociaux-démocrates. Les dirigeants syndicaux sont contraints, par le succès de la lettre ouverte, de durcir le ton à l’égard du gouvernement et de lancer eux-mêmes des combats partiels. La "Lettre ouverte", les revendications transitoires, le front unique, sont attaqués au sein du parti par sa "gauche" mais aussi par [[Bela Kun|Bela Kun]], et derrière lui [[Zinoviev|Zinoviev]]. Ils considèrent cette tactique comme de l’opportunisme. Bela Kun, émissaire arrogant de l’I.C. aux moeurs d’aventurier qui repoussent nombre de vieux dirigeants communistes, utilise le prestige de l’Internationale pour pousser le PC "à l’offensive", "théorie" qu’il oppose au combat pour gagner la majorité de la classe ouvrière. Lénine tranchera le débat en soutenant, par écrit, puis au troisième congrès de l’I.C., la "Lettre ouverte": "ceux qui n’ont pas compris que la tactique de la «lettre ouverte» était obligatoire doivent être exclu de l’Internationale dans un délai maximum d’un mois après le congrès". Mais entre-temps, "l'offensive" a fait de terribles dégâts.
  
=== "L'action de mars 21"&nbsp;: le gauchisme manque de détruire le parti communiste <br>  ===
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===1921&nbsp;: le fiasco gauchiste de "l'action de mars"===
  
En mars 1921, le PC allemand, sous la pression des Bela Kun et autres proches de Zinoviev, fait une terrible rechute gauchiste. Lors de son Comité Central des 16 et 17 mars, l'un de ses dirigeants s'exclame même&nbsp;: "de ce jour, nous brisons avec la tradition du parti. Jusqu’à maintenant, nous avions attendu et maintenant nous prenons l’initiative, nous forçons la révolution". Non content de rompre avec sa tradition, c’est le parti même qui va être près de se briser. L’occasion va venir vite. Le gouvernement saxon social-démocrate décide d’envoyer la police occuper des secteurs miniers, bastions communistes, officiellement pour désarmer les bandes qui y sévissent, en réalité pour ôter aux ouvriers les armes qu'ils avaient prises lors du putsch de Kapp. En quête d'une occasion (prête pour cela y compris à monter des provocations, escomptant que la répression s'en suivant galvanise les masses), la direction du PC allemand décide en majorité d'utiliser cette intervention militaire. Die Rote Fahne somme les ouvriers sociaux-démocrates de choisir leur camp ("qui n'est pas avec moi est contre moi"). Le 22 mars, le PC, conjointement avec le KAPD gauchiste, appelle à la grève générale en Saxe, puis (à la veille de la fermeture des usines pour Pâques&nbsp;!) dans toute l’Allemagne le 24 mars. Une semaine durant, les communistes vont essayer d’entraîner les autres travailleurs, sans succès. Au contraire, "l’action de mars" dresse les autres travailleurs contre les communistes, isole ces derniers. Les manifestations convoquées avec le KAPD sont squelettiques. Dans les entreprises, une répression terrible va s’abattre contre les militants communistes qui se sont ainsi isolés et exposés aux coups du patronat qui les licencie à tour de bras, les jetant dans la misère, ou directement dans les prisons. En quelques mois, les effectifs du PC vont fondre de 350 000 à 150 000. Ce n'est pas tout. S'ensuit une terrible crise de direction. Paul Levi avait démissionné - Lénine s’en était indigné - peu auparavant de la présidence du VKPD pour protester contre les méthodes des émissaires de l'Internationale. Dès avril, Levi critique publiquement dans une brochure "l'action de mars", démontrant au passage que la "centrale" (l’exécutif) du PC cherchait par tout moyen – y compris la provocation - à passer à "l’offensive". Pour les communistes allemands durement éprouvés pour être entrés en grève seule, c'est un coup de couteau dans le dos. Levi est exclu. Une grande partie de la direction prend sa défense (notamment Clara Zetkin, vieille militante spartakiste). De l’autre côté se manifeste une "gauche" du parti revendiquant fièrement la catastrophe de mars (Ruth Fischer). Le parti est profondément divisé, quoique officiellement soudé dans la défense de "l’offensive".  
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En mars 1921, le KPD, sous la pression des Bela Kun et autres proches de Zinoviev, fait une terrible rechute gauchiste. Lors de son Comité Central des 16 et 17 mars, l'un de ses dirigeants s'exclame même&nbsp;: "de ce jour, nous brisons avec la tradition du parti. Jusqu’à maintenant, nous avions attendu et maintenant nous prenons l’initiative, nous forçons la révolution". Non content de rompre avec sa tradition, c’est le parti même qui va être près de se briser. L’occasion va venir vite. Le gouvernement saxon social-démocrate décide d’envoyer la police occuper des secteurs miniers, bastions communistes, officiellement pour désarmer les bandes qui y sévissent, en réalité pour ôter aux ouvriers les armes qu'ils avaient prises lors du [[Putsch de Kapp|putsch de Kapp]]. En quête d'une occasion (prête pour cela y compris à monter des provocations, escomptant que la répression s'en suivant galvanise les masses), la direction du PC allemand décide en majorité d'utiliser cette intervention militaire. [[Die Rote Fahne|Die Rote Fahne]] somme les ouvriers sociaux-démocrates de choisir leur camp ("qui n'est pas avec moi est contre moi"). Le 22 mars, le KPD, conjointement avec le [[KAPD|KAPD]] gauchiste, appelle à la [[Grève générale|grève générale]] en Saxe, puis (à la veille de la fermeture des usines pour Pâques&nbsp;!) dans toute l’Allemagne le 24 mars. Une semaine durant, les communistes vont essayer d’entraîner les autres travailleurs, sans succès. Au contraire, "l’action de mars" dresse les autres travailleurs contre les communistes, isole ces derniers. Les manifestations convoquées avec le KAPD sont squelettiques. Dans les entreprises, une répression terrible va s’abattre contre les militants communistes qui se sont ainsi isolés et exposés aux coups du patronat qui les licencie à tour de bras, les jetant dans la misère, ou directement dans les prisons. En quelques mois, les effectifs du VKPD vont fondre de 350 000 à 150 000. Ce n'est pas tout. S'ensuit une terrible crise de direction. [[Paul Levi|Paul Levi]] avait démissionné - [[Lénine|Lénine]] s’en était indigné - peu auparavant de la présidence du VKPD pour protester contre les méthodes des émissaires de l'Internationale. Dès avril, Levi critique publiquement dans une brochure "l'action de mars", démontrant au passage que la "centrale" (l’exécutif) du Parti cherchait par tout moyen – y compris la provocation - à passer à "l’offensive". Pour les communistes allemands durement éprouvés pour être entrés en grève seule, c'est un coup de couteau dans le dos. Levi est exclu. Une grande partie de la direction prend sa défense (notamment [[Clara Zetkin|Clara Zetkin]], vieille militante [[Spartakiste|spartakiste]]). De l’autre côté se manifeste une "gauche" du parti revendiquant fièrement la catastrophe de mars ([[Ruth Fischer|Ruth Fischer]]). Le parti est profondément divisé, quoique officiellement soudé dans la défense de "l’offensive".
  
=== L’Internationale Communiste généralise la ligne du front unique, du gouvernement ouvrier <br>  ===
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==Conquête de la majorité et défaite sans combat==
  
Le III° congrès de l’Internationale Communiste (juin 1921) est un camouflet infligé aux gauchistes du PC allemand comme aux autres. Sous l’impulsion de Lénine, et en relation avec la stabilisation de la situation politique, le reflux de la vague révolutionnaire, il généralise la ligne du "front unique". Tout en laissant de côté la critique de fond de "l’action de mars" pour ne pas éprouver davantage le Parti, le congrès met en avant l’objectif de la conquête d’une influence majoritaire dans la classe ouvrière et, en ce sens, reproche au parti allemand "il n’a pas encore su suivre avec logique la voie qu’il a prise sur sa "lettre ouverte", la voie sur laquelle s’opposent les intérêts pratiques du prolétariat et la politique traîtresse des partis socialdémocrates et de la bureaucratie syndicale" (thèses sur la tactique). La lutte pour le front unique sur les revendications transitoires devient une partie constitutive de l’armement de l’internationale communiste. Six mois plus tard, au quatrième congrès, c’est le mot d’ordre de gouvernement ouvrier qui vient s’inscrire dans l’armement politique de l’I.C. comme "conséquence inévitable de toute la tactique du front unique" (Résolution sur la tactique), et particulièrement dans les pays où le pouvoir bourgeois est instable. "A la coalition, ouverte ou masquée, bourgeoise et social-démocrate, les communistes opposent le front unique de tous les ouvriers et la coalition politique et économique de tous les partis ouvriers contre le pouvoir bourgeois pour le renversement politique de ce dernier." (…)"Un gouvernement de ce type n’est possible que s’il naît dans la lutte des masses mêmes, s’il s’appuie sur des organes ouvriers aptes au combat et créés par les couches les plus vastes des masses ouvrières opprimées. Un gouvernement ouvrier résultant d’une combinaison parlementaire peut aussi fournir l’occasion de ranimer le mouvement ouvrier révolutionnaire. Mais il va de soi que la naissance d’un gouvernement véritablement ouvrier et le maintien d’un gouvernement faisant une politique révolutionnaire doivent mener à la lutte la plus acharnée, et, éventuellement, à la guerre civile contre la bourgeoisie». La résolution précise encore que, parmi les "gouvernements ouvriers" possibles, se trouvent des gouvernements bourgeois camouflés, "tolérés dans les périodes critiques par la bourgeoisie affaiblie pour tromper le prolétariat sur le véritable caractère de classe de l’Etat", mais qui peuvent, dans le même temps "contribuer objectivement à précipiter le processus de décomposition du régime bourgeois". Un véritable gouvernement ouvrier ne pouvant en tout état de cause qu’être celui d’un Parti Communiste. En réalité, bien que les mots "gouvernement ouvrier" aient été employés dans des circonstances précises, ce n’était pas la première fois que la question se posait pour les bolcheviques. D’avril à septembre 1917, ils menèrent cette politique en direction des deux partis ouvriers majoritaires en Russie dans les soviets, exigeant d’eux qu’ils rompent avec les partis bourgeois, combattant sur le mot d’ordre&nbsp;: "dehors les ministres capitalistes". De fait, le Congrès généralise théoriquement une expérience pratique faite dans deux pays aux conditions très différentes, et ordonne toute la politique des partis communistes autour de la question du pouvoir. C’est ainsi que l’Internationale, et Lénine à sa tête, congrès après congrès, cherchent à redresser et affermir la politique du parti allemand en "faisant avec" sa direction telle qu’elle est. Et, non sans difficultés, c’est grâce à cette orientation que le PC allemand va reprendre sa marche en avant jusqu’à postuler à la prise du pouvoir.
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{{Voir|Révolution allemande (1922-1923)}}
  
=== 1922&nbsp;: le PC Allemand se renforce sur la ligne du front unique <br>  ===
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===1922-1923&nbsp;: ligne juste et conditions objectives...===
  
Tout au long de l’année 1922, la bourgeoisie allemande tente de reprendre un à un les acquis ouvriers de la révolution de 1918. Face à cette offensive, le Parti Communiste prend des initiatives sur tous les terrains. Ainsi, il impulse la (re)constitution et la centralisation des conseils d’usine et, en liaison avec eux, de comités de contrôle des prix, tous unitaires. A la fin 1922 se réunit un congrès national de ces comités, représentant des pans entiers de la classe ouvrière allemande. Il élit un bureau permanent, présidé par un communiste. En février, les cheminots entrent en grève contre les licenciements et l’allongement de la durée du travail. Le gouvernement interdit la grève par décret. Aussitôt le PC s’adresse à tous les partis et syndicats ouvriers pour qu’ils agissent ensemble en défense du droit de grève. Refus de ceux-ci. Mais le syndicat "autonome" qui a lancé la grève s’adresse à son tour (sur les conseils du PC) aux partis et syndicats ouvriers pour qu’ils combattent contre le gouvernement bourgeois et sa majorité parlementaire, pour un gouvernement ouvrier. Comme ils refusent, le syndicat appelle à la reprise. Mais celle-ci a rejeté les appareils bureaucratiques et traîtres sur la défensive. En mars, ce sont les métallos qui entrent en grève contre le passage de la semaine de travail de quarante-six à quarante-huit heures. Seul le KPD soutient cette grève, organisant des meetings, la solidarité financière, cherchant à l’élargir mais toujours dans l’unité des organisations. Au sein de la confédération syndicale, l’influence des communistes ne cesse de progresser. Pour autant, l’assimilation de cette politique ne se fait pas sans difficultés. En juin, suite à l’assassinat d’un ministre du gouvernement par des bandes armées réactionnaires, le KPD propose aux partis et organisations la constitution d’un front uni contre la réaction monarchiste, proposant de confier aux ouvriers le soin de constituer des tribunaux spéciaux pour mener l’épuration à tous les niveaux, et faisant reposer sur des organismes de contrôle ouvriers, sur les conseils d’usine, le combat contre la réaction monarchiste. Le SPD, l’A.D.G.B. ne peuvent qu’accepter de rencontrer le K.P.D. vu les réactions des travailleurs à la provocation des bandes réactionnaires. Des manifestations organisées en commun, le 27 juin, rassemblent des millions d’hommes. Mais sociaux-démocrates et bureaucrates syndicaux n’ont pas accepté les propositions des communistes d’une lutte contre l’extrême droite sur le terrain de la classe ouvrière et les communistes n'ont pas osé rompre. Se constitue finalement un véritable "front républicain", dont le débouché sera le vote au Parlement une loi dite de "défense de la République" confiant cette tâche … à l’appareil d’Etat bourgeois. Le KPD vote contre, bien sûr, mais a subi un échec politique, parce que au nom de l’unité, il n’a pas su rester intransigeant sur le caractère de classe indispensable de tout combat réel contre la réaction. C’est l’occasion pour la gauche du parti et ses démagogues de relever la tête, de condamner "l’opportunisme" de la centrale. La question de la direction, de sa maturité, des indispensables liens de confiance entre ses membres, n’est pas résolue. La "gauche" à Berlin va tenter d’organiser à l’automne une nouvelle "action exemplaire" (attaque d’une réunion d’extrême-droite) qui fera dans les rangs communistes cinquante blessés et un tué, et donnera prétexte à la répression policière contre le PC à Berlin. Néanmoins, au début de l’année 1923, malgré ses faiblesses, le KPD a regagné 100 000 membres. Il est profondément implanté dans la classe ouvrière, dans des syndicats, ses comités de toutes sortes. Son nouveau président, Brandler, est luimême un dirigeant ouvrier (maçon) reconnu. Par contre, son niveau théorique est extrêmement faible (la revue théorique est à peine lue, les écoles du parti sont quasi désertes). Et c’est ce parti qui va devoir faire face à "l’année terrible" de 1923. <br>
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Tout au long de l’année 1922, la bourgeoisie allemande tente de reprendre un à un les acquis ouvriers de la [[Révolution allemande (1918-1919)|révolution de 1918]]. Face à cette offensive, le KPD prend des initiatives sur tous les terrains. Les 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> Congrès de l'[[Internationale communiste|Internationale communiste]] ont défini la ligne du [[Front unique|front unique]] et du [[Gouvernement ouvrier|gouvernement ouvrier]]&nbsp;: proposer les actions les plus larges possibles, sur une base de [[Classe sociale|classe]], et la mise en application va être directe (conseils d'usine, comités de contrôle des prix, appel à soutenir la grève des cheminots...), et fructueuse&nbsp;: soit la proposition rencontre un succès fortifiant le parti, soit en étant refusée elle éclaire la contradiction entre la base ouvrière de la social-démocratie et sa direction bourgeoise. Le parti commet quelques graves erreurs, comme la participation à un "front républicain", et son niveau théorique est extrêmement faible, mais son influence grandit toujours plus.
  
=== 1923&nbsp;: crise politique, économique… <br>  ===
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En janvier 1923, l’armée française envahit la Ruhr, pour saisir directement la production au titre des réparations de guerre. L'Allemagne sombre dans une grave crise économique et sociale, et la réaction nationaliste se renforce, au détriment du gouvernement qui perd peu à peu tout son crédit. Les PC engagent une campagne internationaliste contre l'occupation française, et le KPD organise directement les ouvriers dans la résistance, tout en gardant le cap de la lutte de classe. Les structures d'[[Auto-organisation|auto-organisation des travailleurs]] (dans les usines et dans les villes) se multiplient et l'influence des communistes y est incontestable. Le 9 août une grève générale lancée par les conseils s’étend à tout le pays. Cuno démissionne au bout de deux jours, et un nouveau gouvernement est constitué avec des ministres sociaux-démocrates.
  
Le 11 janvier 1923, au titre des réparations de guerre prévues par le traité de Versailles, l’armée française envahit la Ruhr, pour saisir directement la production – notamment de charbon – à la source. L’impérialisme allemand, par la voix du gouvernement Cuno (homme d’affaires et homme politique bourgeois), appelle à la "résistance passive", interdisant aux Allemands toute relation avec les autorités d’occupation. Pendant deux mois, la Ruhr est quasiment à l’arrêt. La crise économique en Allemagne prend alors des proportions dramatiques. Le mark s’effondre totalement en quelques étapes (de 50 000 pour une livre sterling à 250 000 sur le seul mois de janvier, puis 500 000 en juin, 5 millions en juillet) et avec lui le système des échanges et des paiements. Du même coup la plupart des institutions de l’Etat bourgeois – hors l’armée, mais encore les vieilles organisations ouvrières, sont dans les plus grandes difficultés de fonctionnement. La misère des masses s’accroît brutalement surtout à partir d’avril. Partout, on meurt de faim en Allemagne. Un déluge de propagande nationaliste s’abat tandis que grèves et sabotages menés par des organisations nationalistes paramilitaires se multiplient en Rhénanie. Les sociaux-démocrates allemands soutiennent la "résistance passive" comme ils ont soutenu la guerre impérialiste. Pas les communistes, ni en Allemagne, ni en France où le PC engage une campagne internationaliste contre l’occupation de la Ruhr. En Allemagne, le PC appelle les ouvriers à combattre sur "deux fronts" contre les occupants et contre le gouvernement Cuno. Mais dans la pratique, il va lui falloir préciser cette affirmation générale: il va de plus en plus mettre en oeuvre une ligne de combat indépendant de la classe ouvrière contre l’occupation de la Ruhr, impulsant des organismes ouvriers pour ce faire. En quelques semaines, la bourgeoisie allemande et notamment les capitalistes de la Ruhr renoncent à utiliser les prolétaires comme soldats de leur guerre pour préserver leurs profits, cette guerre se transformant de plus en plus en guerre civile. Le gouvernement allemand range dans sa poche en peu de mois la "résistance passive". Son crédit politique est devenu quasiment nul. Celui du KPD, seule force du mouvement ouvrier à rester debout dans la tourmente politique et économique, ne fait que grandir. La social-démocratie, elle, est à nouveau en crise, politique autant que financière. <br>
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===Octobre 1923&nbsp;: prise du pouvoir préparée... et c'est tout===
  
=== …crise révolutionnaire <br>  ===
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Le [[KPD|KPD]] est alors fort de centaines de milliers de membres et jouit d'une influence sans équivalent. L'[[Internationale communiste|Internationale]] décide alors d’orienter le parti vers la prise du pouvoir, malgré les doutes de la direction allemande, qui ne voit pas à quel point la situation est révolutionnaire. Un plan est élaboré, et ses premières phases se déroulent comme prévu. Le 10 octobre, les communistes forment en Saxe et en Thuringe un [[Gouvernement ouvrier|gouvernement ouvrier]] avec les sociaux-démocrates de gauche. Le gouvernement fédéral envoie l'armée, qui s'approche prudemment de la Saxe.
  
La crise économique qui fait sombrer dans les bas-fonds des pans entiers de la population allemande (un taux de chômage de 40% est fréquent dans les grandes villes) ruine aussi la propagande des bourgeois et des sociaux-démocrates, qui affirmaient en massacrant les spartakistes début 1919 que le communisme n’amènerait à l’Allemagne que la misère et le chaos. Car c’est là qu’en sont rendus les prolétaires allemands. L’agitation sociale se répand dans toute l’Allemagne. Les émeutes de la faim se mêlent aux grèves, même des ouvriers agricoles, aux affrontements spontanés avec la police. Les conseils d’usines se sont encore développés, et leur direction, le "comité des quinze", est dirigée par les communistes. Bien qu’interdites partout sauf en Saxe et Thuringe, les "centuries prolétariennes", organisations de combat unitaires du prolétariat (officiellement sans armes), se dénombrent par centaines. En juin, une vague de grèves parcourt le pays, qui s’opère de son déclenchement à la reprise du travail sous la direction des militants communistes. Le parti a encore accru ses effectifs. Une situation pré-révolutionnaire s’est ouverte en Allemagne, mais le Parti ne s’en aperçoit pas. Il a appelé pour le 29 juillet à des manifestations unitaires partout en Allemagne contre la réaction fasciste qui elle aussi commence à poser sa candidature à la direction du bateau ivre qu’est devenue l’Allemagne, et s’arme au grand jour en Bavière. Le gouvernement fédéral invite les gouvernements des Länder à interdire ces manifestations ce qu'ils font pour la plupart. Craignant une répression des manifestations, et sans les moyens de les protéger notamment à Berlin, le parti s’incline et transforme (avec l'accord de l'I.C.) les manifestations en meetings qui rassemblent des centaines de milliers de travailleurs – la plupart indignée du recul de la centrale. Une nouvelle fois, la direction se déchire devant l’appréciation de la situation. Trotsky soulignera à ce sujet (l’internationale communiste après Lénine)&nbsp;:"à notre époque de brusques revirements, ce qui est le plus difficile pour une direction révolutionnaire, c’est de savoir, au moment propice, prendre le pouls de la situation politique, percevoir son changement brusque et donner en temps voulu un ferme coup de barre. Une direction révolutionnaire n’acquiert pas de telles qualités simplement en prêtant serment à la dernière circulaire de l’Internationale Communiste&nbsp;: leur conquête exige, outre des bases théoriques indispensables, l’expérience personnelle et la pratique d’une véritable autocritique". En août une grève générale lancée par la direction des conseils d’usine, contre la volonté des dirigeants syndicaux sociauxdémocrates, s’étend à tout le pays. Des délégations ouvrières affluent vers le Parlement qui doit voter la confiance à Cuno. Les députés communistes appellent les travailleurs à venir former "un gouvernement ouvrier révolutionnaire". Sous l’impulsion du Comité des quinze, la grève s’étend et se centralise politiquement autour de l’appel à un gouvernement ouvrier et paysan, par la constitution et la centralisation des comités de grève. Aussi Cuno démissionne-t-il en catastrophe. Un nouveau gouvernement est constitué, comprenant cette fois-ci des ministres sociaux-démocrates. Le Comité des quinze et le KPD décident d’appeler à la reprise "tous ensemble" devant l’effilochement rapide de la grève. Le nouveau gouvernement, Stresemann, cherche par tous les moyens à sauver la bourgeoisie allemande. Il passe des accords avec la France, l’Angleterre. Il couvre des préparatifs militaires en Bavière, où les forces de la réaction prospèrent (comme le parti de Hitler). Il cherche à conjurer le spectre de la révolution prolétarienne, et limiter la crise économique (après la chute de Cuno, le mark a repris son effondrement: 45 millions pour une livre sterling fin août, 125 millions en septembre).  
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L'appel à la [[Grève générale|grève générale]] en soutien à la Saxe ouvrière est proposé par plusieurs secteurs, et étouffé par le KPD qui attend l'heure H, ne voulant pas de combat prématuré. Mais quand elle sonne, les sociaux-démocrates de gauche s’opposent irrévocablement à l’appel à la grève générale. Pire encore, Brandler s’aligne sur eux et accepte le renvoi de cette question …en commission. La direction du KPD annule dans la foulée l’ordre de l’insurrection. Quelques jours plus tard, les communistes sont chassés de leurs ministères. Aucune résistance. C’est un incommensurable gâchis, une défaite sans combat et sur toute la ligne. "L'octobre allemand", aboutissement de tout un processus révolutionnaire ouvert par la chute du Kaiser en novembre 1918, échoue lamentablement.
  
=== La prise du pouvoir se prépare <br>  ===
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==Un prix terriblement lourd==
  
Il est notable que ce soit le Parti Russe qui, après notamment consultation de dirigeants ouvriers communistes allemands, le bureau politique décide unanimement le 15 août (y compris Staline qui en juillet s’était prononcé en sens inverse) d’orienter le PC allemand vers la prise du pouvoir, malgré les doutes de la direction allemande. Le plan décidé est le suivant&nbsp;: les communistes, menant campagne sur le mot d’ordre de gouvernement ouvrier, imposent un gouvernement des seules organisations ouvrières en Saxe et Thuringe, et y font franchir un cap aux centuries prolétariennes et aux conseils d’usine. Face à la réaction de l’Etat bourgeois, ne tolérant pas ce développement des linéaments d’un Etat ouvrier, face donc à l’intervention armée qui ne peut manquer de se produire, le congrès des conseils d’usine se tenant en Saxe le 21 octobre doit appeler à la grève générale pour la défense de la Saxe ouvrière. Pendant la grève générale, les communistes s’emparent du pouvoir, en s’appuyant sur les conseils d’usine, ceux-ci devant jouer le rôle des soviets de 1917 en Russie, et leur réunion nationale prévue le 9 novembre 1923 doit ainsi se voir remettre le pouvoir. Techniquement, la rigueur de la préparation laisse à désirer. Trotsky doit par ailleurs batailler pour imposer qu’une date précise soit fixée pour la prise du pouvoir. De plus, l’appareil de l’Internationale, Zinoviev en tête, s’oppose à la demande des Allemands qu’on leur envoie Trotsky pour régler les détails de l’insurrection comme il l’a fait en octobre 1917. Les premières phases du plan se déroulent comme prévu. Sur la base de l’agitation antérieure, de la tenue depuis des mois de réunions unitaires pour imposer un gouvernement d’unité des organisations ouvrières, les sociaux-démocrates de gauche de Saxe et Thuringe ne peuvent s’opposer à l’entrée des communistes dans les gouvernements, le 10 octobre. Cela dit, cette entrée pose de nouveaux problèmes&nbsp;: en Saxe, le président du land, social-démocrate de gauche, refuse à la fois de dissoudre les centuries, comme le lui demande le gouvernement fédéral, et à la fois de les armer en masse, sans que le KPD ne s’y oppose vigoureusement. Comme prévu, son refus de dissoudre les centuries entraînent un ultimatum du gouvernement fédéral. Les troupes de la Reichswehr se rapprochent de la Saxe, mais n’avancent qu’à pas comptés, tâtant le terrain, ne rencontrant sur leur chemin que quelques escarmouches. La conférence des conseils d’usine se tient à Chemnitz comme prévu le 21 octobre. Mais les communistes n’ont eu de cesse que de freiner le prolétariat pour ne pas s’exposer à un combat prématuré. Ils préparent l’insurrection mais le dissimulent tant que dans leur propagande, rien n’indique qu’elle est à l’immédiat ordre du jour. A la veille encore de la conférence des comités d’usine se tient à Hambourg la conférence du syndicat des dockers. Elle veut appeler à la grève générale contre l’intervention armée qui a commencé contre la Saxe et son gouvernement ouvrier. Les communistes s’y opposent&nbsp;: ils attendent l'heure H. Mais quand elle sonne, les sociaux-démocrates de gauche s’opposent irrévocablement à l’appel à la grève générale. Pire encore, Brandler s’aligne sur eux et accepte le renvoi de cette question …en commission. La direction du KPD annule dans la foulée l’ordre de l’insurrection. Il n’y a qu’à Hambourg où, faute d’avoir reçu le contrordre, les communistes se battent deux jours durant avant de se replier en bon ordre. Les masses n’ont de toute façon pas suivie. Quelques jours plus tard, la Reichswehr entre en Saxe et chasse comme des malpropres les communistes de leurs ministères. Aucune résistance. C’est un incommensurable gâchis, une défaite sans combat et sur toute la ligne. "Une démonstration classique de la leçon dont on peut laisser passer une situation révolutionnaire exceptionnelle d’une importance mondiale", écrira Trotsky dans Les leçons d’octobre.", rajoutant&nbsp;: "Le prolétariat allemand aurait marché au combat s’il avait pu se convaincre que, cette fois, le problème de la révolution était nettement posé que le parti communiste était prêt à aller à la bataille, qu’il était capable d’assurer la victoire. (…) C’est la direction dans son ensemble qui hésita, et cette hésitation se transmit au parti et à travers lui à toute la classe." Pour conclure&nbsp;: "Il y a des périodes où Marx et Engels ne pourraient faire avancer d’un pouce le développement historique même en le cravachant. Il en est d’autres où des hommes de faible stature, s’ils sont à la barre, peuvent retarder le développement de la révolution internationale pour toute une série d’années".  
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L’échec de la révolution allemande de 1923 marque un tournant décisif. En 1924, la bourgeoisie allemande stabilisera la situation, grâce aux capitaux américains (plan Dawes), mais surtout l'échec des communistes. Avec cet échec, la révolution russe est durablement isolée. Cet isolement va donner une impulsion aux forces les plus réactionnaires au sein de l’État et du Parti en Russie, derrière l’appareil et son chef, [[Staline]]&nbsp;; contre les forces révolutionnaires du Parti qui précisément ont commencé de s’organiser dans l’opposition de gauche que dirigera [[Trotsky]]. A partir de 1924 va s’ouvrir, sur la base de la stabilisation de la situation internationale, la lutte contre le "trotskysme", au nom d’une "théorie" inventée par Staline début 1924&nbsp;: "le [[socialisme en un seul pays]]". Le développement du [[stalinisme]], cancer bureaucratique de la révolution d’octobre, va se traduire dans toute l’internationale par la soumission jusqu’à les briser des différents partis communistes, au nom de la "[[bolchevisation]]". Cette interdiction faite aux partis communistes de s’éduquer, d’apprendre des leçons des expériences révolutionnaires passées va produire désastre sur désastre, de l’échec de la [[Révolution chinoise (1925-1927)|révolution chinoise de 1927]] à … la prise du pouvoir par Hitler en 1933 dans laquelle le KPD aura une responsabilité écrasante.
  
=== Fin piteuse  ===
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==Les leçons pour les socialistes==
  
Janvier 1923. Les troupes françaises et belges occupent la Ruhr, région la plus industrielle de l'Allemagne, pour saisir directement sa production au titre des "réparations de guerre" prévues dans le traité de Versailles. La crise économique que connaît l’Allemagne prend alors une ampleur extraordinaire, dont un symptôme majeur est l’effondrement total du mark. L'ensemble des rapports sociaux et politiques subit une secousse terrible. Le 9 août, démarre une grève générale qui va balayer le gouvernement en place, celui de Cuno, en deux jours. L'Internationale Communiste oriente alors le PC vers la prise du pouvoir en Allemagne. Ce parti est alors fort de centaines de milliers de membres et jouit d'une influence sans équivalent. En octobre, il impose aux sociaux-démocrates de gauche en Saxe et en Thuringe la constitution de gouvernements de leurs seules organisations, entraînant une intervention militaire de l’Etat bourgeois à laquelle il est prévu de répondre par une grève générale insurrectionnelle. Mais au moment d’appeler à la grève générale contre cette intervention, le 21 octobre, la direction du PC allemand renonce, à la suite des sociaux-démocrates de gauche. Le 29, l'armée congédie sans mal le gouvernement de Saxe. "L'octobre allemand", aboutissement de tout un processus révolutionnaire ouvert par la chute du Kaiser en novembre 1918, échoue lamentablement. <br>
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La révolution allemande montre l'importance, lorsqu'un processus révolutionnaire surgit, d'un parti révolutionnaire suffisamment préparé pour être une locomotive des masses vers la révolution socialiste. Même en Russie, la direction du parti bolchévik a eu beaucoup d'errements (Staline envisageait la fusion avec les menchéviks en mars 1917, Zinoviev et Kamenev ont failli faire flancher l'insurrection d'Octobre...). En Allemagne, les révolutionnaires parmi le SPD (Luxemburg, Liebknecht...) ont tardé à se délimiter des plus opportunistes et chauvins du parti. Et ce alors que paradoxalement, Luxemburg a perçu la dérive de Kautsky bien avant Lénine et Trotski. Même après la [[Union sacrée (1914)|trahison de la social-démocratie]], qui a surpris [[Lénine|Lénine]] le premier, les révolutionnaires allemands ont tardé à réagir.
  
== Un prix terriblement lourd <br>  ==
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Cette première erreur en a aggravé une autre&nbsp;: celle du [[Gauchisme|gauchisme]]. Après avoir tardé à réaliser l'ampleur de l'opportunisme de la direction du SPD, de larges secteurs de la gauche social-démocrate ont basculé dans l'autre excès, celui du gauchisme, sous la forme de l'aventurisme (en janvier 1919) et du sectarisme et du purisme, refusant l'unité d'action avec les masses qui avaient encore des illusions dans le SPD. Il est certain qu'organiser une fraction révolutionnaire centralisée dès 1914 aurait de beaucoup amoindri l'inexpérience et le manque d’homogénéité politique dans lequel se trouvait le KPD en 1919, au moment où ses actions allaient être décisives.
  
L’échec de la révolution allemande de 1923 marque un tournant décisif. En 1924, la bourgeoisie allemande stabilisera la situation, grâce aux capitaux américains (plan Dawes), mais surtout l'échec du Parti Communiste. Avec cet échec, la révolution russe est durablement isolée. Cet isolement va donner une impulsion aux forces les plus réactionnaires au sein de l’Etat et du Parti en Russie, derrière l’appareil et son chef, Staline&nbsp;; contre les forces révolutionnaires du Parti qui précisément ont commencé de s’organiser dans l’opposition de gauche que dirigera Trotsky. A partir de 1924 va s’ouvrir, sur la base de la stabilisation de la situation internationale, la lutte contre le "trotskysme", au nom d’une "théorie" inventée par Staline début 1924&nbsp;: "le socialisme en un seul pays". Le développement du stalinisme, cancer bureaucratique de la révolution d’octobre, va se traduire dans toute l’internationale par la soumission jusqu’à les briser des différents partis communistes, au nom de la "bolchevisation". Cette interdiction faite aux partis communistes de s’éduquer, d’apprendre des leçons des expériences révolutionnaires passées va produire désastre sur désastre, de l’échec de la révolution chinoise de 1927 à … la prise du pouvoir par Hitler en 1933 dans laquelle le PC allemand stalinisé aura une responsabilité écrasante. <br>
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==Notes et sources==
  
== Les leçons pour les socialistes<br>  ==
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*''Les morts restent jeunes'', Anna Seghers
 
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*''Les spartakistes'', Gilbert Badia
Au delà de la [[Union_sacrée_(1914)|trahison de la social-démocratie]], qui a surpris tous les socialistes sincères, [[Lénine|Lénine]] le premier, les révolutionnaires allemands ont tardé à réagir.
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*[http://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all.htm <i>La révolution en Allemagne</i>], [[Pierre Broué|Pierre Broué]], 1971
 
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*[http://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19190114.htm <i>L'ordre règne à Berlin</i>], [[Rosa Luxemburg|Rosa Luxemburg]], 1919
Cette première erreur en a aggravé une autre&nbsp;: celle du [[gauchisme|gauchisme]]. Il est certain qu'organiser une fraction révolutionnaire centralisée dès 1914 aurait de beaucoup amoindri l'inexpérience et le manque d’homogénéité politique dans lequel se trouvait le KPD en 1919, au moment où ses actions allaient être décisives.
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*[http://socialisme.free.fr/cps12_revolution_allemande.htm Article publié en mai 2003] par le groupe [http://socialisme.free.fr/ <i>Combattre pour le socialisme</i>]
 
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*[http://www.socialisme.be/marxismeorg/allemande.html Article de Peter Van der Biest de 1998]&nbsp; sur [http://www.socialisme.be <i>socialisme.be</i>]
== Notes et sources<br>  ==
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*[http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=857 La Révolution allemande&nbsp;: Documents (octobre 1918 - janvier 1919)] sur le site du [http://www.collectif-smolny.org <i>Collectif Smolny</i>]
 
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'''<references />'''
''Les morts restent jeunes'', Anna Seghers <br>''Les spartakistes'', Gilbert Badia <br>[http://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/00/broue_all.htm ''La révolution en Allemagne''], [[Pierre Broué|Pierre Broué]], 1971<br>[http://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19190114.htm ''L'ordre règne à Berlin''], [[Rosa Luxemburg|Rosa Luxemburg]], 1919  
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[[Category:Allemagne]]
[http://socialisme.free.fr/cps12_revolution_allemande.htm Article publié en mai 2003] par le groupe [http://socialisme.free.fr/ ''Combattre pour le socialisme'']<br>[http://www.socialisme.be/marxismeorg/allemande.html Article de Peter Van der Biest de 1998]&nbsp; sur [http://www.socialisme.be ''socialisme.be'']<br>[http://www.collectif-smolny.org/article.php3?id_article=857 La Révolution allemande&nbsp;: Documents (octobre 1918 - janvier 1919)] sur le site du [http://www.collectif-smolny.org ''Collectif Smolny'']  
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Berlin, le 9 novembre 1918

La révolution allemande désigne la période mouvementée de 1918 à 1923, qui a vu le renversement de l'empereur, l'échec d'une tentative de révolution socialiste, et l'affaiblissement durable du mouvement ouvrier allemand, et bien au delà, de par ses répercussions internationales.


Contexte[modifier | modifier le wikicode]

La guerre et la vague révolutionnaire européenne[modifier | modifier le wikicode]

Avec la Première guerre mondiale, l'Europe connut un des plus grands carnages de son histoire, et l'impact politique fut immense. D'abord en 1914, lorsque la social-démocratie trahit ses engagements internationalistes, chaque parti de l'Internationale ouvrière soutenant son État contre les autres (à de rares exceptions près).

Mais alors que le déferlement de chauvinisme avait semblé faire reculer brusquement la conscience de classe, les ravages de la guerre provoquent rapidement une radicalisation des masses, dans un premier temps captée par les socialistes révolutionnaires (mais plus tard, de plus en plus, le fascisme montant). La colère monte contre les gouvernements autoritaires (qui censurent, répriment les grèves et les déserteurs...) et contre les profiteurs de guerre (comme le groupe Krupp).

Dès février 1917, la ruine sociale et économique causée en Russie provoque un profond processus révolutionnaire qui fait tomber l'Ancien régime, et qui se radicalise jusqu'à une deuxième révolution en Octobre, la première tentative de révolution socialiste de l'Histoire. La Russie se retire alors de la guerre. Partout en Europe, des conflits similaires existent, et la minorité communiste naissante veut transformer la guerre impérialiste en révolution. Les espoirs des révolutionnaires se tournent en particulier vers l'Allemagne, puissance industrielle majeure qui pourrait s'intégrer à la révolution soviétique et y apporter son avance technologique, sans quoi la Russie isolée serait en grave danger. Les bolchéviks russes étaient alors convaincus de l'urgente nécessité de la révolution mondiale :

"La vérité absolue, c'est qu'à moins d'une révolution allemande, nous sommes perdus." Lénine, mars 1918

Cet espoir semblait à portée vu les soubresauts déjà présents en 1917, et la révolution allemande de 1918 ressemble par bien des aspects à une révolution de Février 1917 ayant évolué différemment.

La situation politique en Allemagne[modifier | modifier le wikicode]

En 1918, il n'y a pas de parti communiste en Allemagne. L'aile gauche du Parti social-démocrate (SPD), comprenant les révolutionnaires, exclue en 1916, s'est regroupée dans l'USPD (« social-démocrates indépendants »), et considère qu'il faut attendre du mouvement montant de la classe ouvrière une régénération de la social-démocratie. Sur le plan international, le Parti bolchévik a fait partie des rares à s'être opposés à la guerre, et à avoir préparé dans les années précédentes une délimitation d'avec les réformistes. Avec l'autorité morale qu'il acquiert ensuite du fait de la Révolution d'Octobre, il est le leader du courant révolutionnaire du socialisme, qui sera baptisé communiste. La toute nouvelle Internationale communiste (fondée en 1919) va alors se fixer comme priorité d'étendre la révolution à l'Europe occidentale. En particulier, pendant 5 ans elle va travailler à reconstruire un parti ouvrier révolutionnaire en Allemagne.

Révolution de 1918-1919[modifier | modifier le wikicode]

Novembre 1918 : révolution et dualité de pouvoir[modifier | modifier le wikicode]

L'éruption révolutionnaire spontanée du prolétariat allemand se produit en novembre 1918. Le 6 novembre, les marins basés à Kiel refusent d'aller à un nouveau massacre décidé par l'état-major, et envoient des émissaires dans toute l'Allemagne pour appeler à leur secours la classe ouvrière. Les jours suivants, l’Allemagne se couvre de conseils d’ouvriers et de soldats qui commencent à se substituer aux organismes de l’État monarchique en crise. Le 9 novembre, la révolution atteint Berlin et le Kaiser s'enfuit sans combattre. Tous les socialistes, y compris la social-démocratie majoritaire, salue la "révolution socialiste" et le 11 novembre, l’état-major allemand doit signer l’armistice.

RévolutionAllemandePierreBroué.jpg

Mais concrètement, c’est une façade rouge qui a été jetée sur un appareil d’État intact, celui des bourgeois prussiens et de leur état major. Une direction de 6 sociaux-démocrates (3 SPD et 3 USPD) baptisés "commissaires du peuple" se met en place, au dessus des ministères maintenus tels quels. Ce gouvernement proclame dès le 12 novembre des mesures importantes : instauration (formelle) des libertés démocratiques élémentaires, début de législation du travail (promesse de la journée de huit heures, conventions collectives, allocations chômage...), que le patronat entérine dès le 15 en signant un accord avec les syndicats sur ces points. La bourgeoisie a conscience qu'elle risque de tout perdre et est prête à beaucoup de concessions.

Il y a situation de double pouvoir avec un pouvoir ouvrier embryonnaire, face à un État bourgeois fragilisé. Mais l’existence des conseils en soi ne suffit pas. L'appareil social-démocrate tenu par des chefs bourgeois ou embourgeoisés a la main sur les conseils. Si des militants sincères et/ou révolutionnaires sont présents à la base, plus on s'élève dans les organes de délégation, plus le SPD est hégémonique. Celui-ci piétine d’ailleurs sans remords la démocratie ouvrière, imposant des représentations "paritaires" quand elle est ultra minoritaire.

Le gouvernement provisoire convoque des élections à une Assemblée Constituante pour le 16 février 1919. Les conseils d’ouvriers et de soldats doivent, eux, tenir leur congrès à Berlin le 16 décembre 1918. Et c'est exactement dans ces termes, « Assemblée nationale ou gouvernement des conseils » qu'est formulé le deuxième point de l'ordre du jour de ce congrès.

Mais les dirigeants SPD mettent tout leur poids pour la première solution, et pour ravaler les conseils au rang d’auxiliaires consultatifs. Au nom du respect de la « démocratie », c'est-à-dire la démocratie bourgeoise, ou au nom du fait que « Les masses ne sont pas mûres ». Au congrès des Conseils, les quatre cinquièmes des délégués sont contrôlés par le SPD, contre 100 à l'USPD (et parmi eux une moitié pour l’aile gauche des délégués révolutionnaires, une dizaine de spartakistes). Et malgré les arguments marxistes inlassablement avancés par Rosa Luxemburg, c'est le poids du SPD qui tranchera... pour la voie de l'État (bourgeois) pour construire le socialisme...

La direction du SPD doit concéder aux délégués des mesures pour révolutionner l'armée (abolition des grades, élection des officiers par les conseils...), mais le pouvoir chargé d'appliquer ces mesures reste un pouvoir bourgeois protégé par le SPD. Le Congrès avance les élections à la constituante au 19 janvier, et donne les pleins pouvoir au gouvernement Ebert-Scheidemann.

Les spartakistes s'appuient sur les ouvriers radicaux et les marins qui reviennent du front, dirigeant notamment la grande manifestation du 25 décembre (« Noël sanglant ») qui se bat avec des éléments de l'armée fidèles au gouvernement. Les spartakistes quittent l'USPD et fondent le Parti communiste d'Allemagne (KPD) lors d'un congrès du 28 décembre 1918 au 1er janvier 1919.

Janvier 1919 : l'insurrection spartakiste[modifier | modifier le wikicode]

Après le congrès des conseils, la réaction relève la tête. Étant donné que la chaîne de commandement de l'armée est disloquée, le SPD va s'appuyer des éléments proto-fascistes. Le social-démocrate Noske, qui admettait "je hais la révolution comme la peste", se met en lien et soutient discrètement les Corps Francs, des groupes paramilitaires d'extrême-droite issus eux-aussi de la débandade de l'armée.

La situation très tendue explose à Berlin. Le préfet Emil Eichhorn (lié à la gauche de l'USPD) a été porté à son poste par la Révolution et jouit de la confiance des masses berlinoises. Il avait refusé lors du « Noël sanglant » (23-25 décembre) de participer à la répression des marins qui s'étaient mis en grève. Le SPD ne le considérait donc pas comme fiable, et décide de le révoquer le 4 janvier, via le gouvernement (Conseil des commissaires du peuple) où il a tous les postes.

Un mouvement de protestation démarre alors, une grève générale et des manifestations de masse ont lieu pendant deux jours dans la capitale. Des barricades sont montées et des sièges de journaux occupés, dont le Vorwärts, organe officiel du SPD, qui publiait des articles hostiles aux « spartakistes sanglants et dictatoriaux » depuis le début du mois de septembre. Les meneurs de l'USPD et du KPD décident rapidement de soutenir la révolte. Ils appellent à la grève générale à Berlin pour le 7 janvier. Mais le comité d'action révolutionnaire qui se forme alors est très divisé, y compris au sein du KPD. Luxemburg est pour se limiter à la revendication du maintien de Eichhorn, Liebkecht est pour le renversement du gouvernement. Les discussions s'éternisent et les masses commencent à se démobiliser.

Quand Liebknecht et d'autres leaders ouvriers proclament un "gouvernement révolutionnaire provisoire" à Berlin (8 janvier), le rapport de force est défavorable. Les Corps Francs sont lâchés dans tout le pays contre les ouvriers révolutionnaires (des milliers de morts), et ces derniers, sans coordination, sont vaincus. C'est la Semaine sanglante (6-13 janvier). Les conseils ouvriers issus de la révolution de novembre sont liquidés. Liebknecht et Luxemburg sont capturés par les Freikorps et assassinés le 15 janvier.

Durant tout le printemps, ce qui s’est passé à Berlin va se répéter dans toute l’Allemagne, les conseils ouvriers résistant plus ou moins vigoureusement. En Bavière, en avril, les sociaux-démocrates proclament une "République des conseils", ensuite dirigée par les communistes, deux semaines durant, avant que la répression particulièrement sauvage fasse de la Bavière le bastion de la réaction en Allemagne.

Délimitation d'une stratégie révolutionnaire[modifier | modifier le wikicode]

Mars 1920 : putsch militaire et "gouvernement ouvrier"[modifier | modifier le wikicode]

En mars 1920, estimant que la répression conduite par Noske créé les bonnes conditions, des généraux lancent un putsch et portent Wolfgang Kapp au pouvoir. Le drapeau impérial est hissé, les journaux et libertés suspendus, l'état de siège proclamé. Le gouvernement, prévenu à l’avance, n’a rien fait: les ministres sociaux-démocrates prennent la fuite. Or, en l’absence de Paul Levi, emprisonné, la direction du KPD publie un tract suicidaire qui appelle les travailleurs "à ne pas lever le petit doigt pour la défense de la République".

C'est l’appareil des syndicats qui va se dresser contre le putsch de Kapp. Le dirigeant syndical Legien, pilier du SPD, perçoit avec la menace de restauration celle de la perte de tous ses privilèges. Le lendemain, la centrale syndicale lance un appel à la grève générale, suivie des social-démocrates majoritaires qui n’ont pas pris la fuite et des indépendants (USPD). Dès le 14 mars, Berlin est paralysé par la grève, un comité central unitaire voit le jour, puis dans tout le pays les ouvriers se soulèvent, s’arment. Le 17, Kapp s’enfuit, balayé par la puissance de combat de la classe ouvrière. La grève générale ne va pas cependant s'arrêter là, d'autant que les dirigeants syndicaux n'appellent pas à la reprise car ils veulent des garanties. Comme lors de tout mouvement d’ampleur de la classe ouvrière, c’est la question du pouvoir qui est posée.

Legien propose, pour s’assurer l’épuration des éléments contre-révolutionnaires – y compris les "socialistes" type Ebert - et garantir la place des syndicats, que soit constitué un "gouvernement ouvrier" regroupant l’ensemble des organisations ouvrières, partis, syndicats, et elles seules. Cette proposition prend de court les Indépendants qui s’y opposent dans l’ensemble, ne voyant là qu’une réédition du gouvernement sans ministres bourgeois ayant existé en Allemagne après la révolution de novembre. Le KPD lui la soutient après quelques hésitations, comprenant que la constitution d’un tel gouvernement, sans signifier la réalisation de la dictature du prolétariat, constituerait un pas en avant effectif pour toute la classe ouvrière allemande. Le refus de l'USPD de siéger dans un gouvernement aux côtés du SPD allait permettre à ces derniers de refuser les conditions posées par la centrale syndicale -notamment l’épuration radicale et l’armement du prolétariat- et le KPD n'essaie pas de prendre l’initiative sur la ligne du gouvernement d’unité des organisations ouvrières. Dans la Ruhr et dans la Saxe, des comités d’action unitaires assureront le pouvoir quelques temps, mais le gouvernement ouvrier ne verra pas le jour.

Cette occasion manquée, ce sont à nouveau les forces de l’Etat bourgeois qui vont se lancer dans une nouvelle vague de répression des masses.

Avec une stabilisation relative de la situation en Europe, les communistes dans tous les pays peuvent constater qu’ils ne regroupent qu’une minorité plus ou moins importante de la classe ouvrière. La tempête révolutionnaire qui a soufflé dans toute l’Europe est calmée, et il s’agit – une fois les PC délimités politiquement – de s’atteler à la construction de partis susceptibles de conquérir le pouvoir.

Vers un parti de masse : le poids de l'I.C.[modifier | modifier le wikicode]

C’est vers l'USPD, et non vers le KPD, que se tournent en masse les travailleurs allemands au fur et à mesure de leur désillusion envers la politique social-démocrate. Cet afflux radicalise ce parti, qui prend position en 1919 contre le régime parlementaire et pour le pouvoir des conseils, et dont l'aile gauche fonde beaucoup d'espoirs sur la Russie des soviets et l'Internationale communiste.

La direction du KPD, soutenue par l'IC, va alors décider à l'été 1919 d'exclure les gauchistes de ses rangs pour pouvoir se rapprocher de la gauche de l'USPD. Cela représente la moitié des effectifs (50 000 militants qui vont fonder le KAPD) mais conduira en décembre 1920 à la fusion dans le Parti communiste unifié d'Allemagne (VKPD), avec 350 000 membres. Lénine et l'Internationale auront joué un rôle fondamental en critiquant tant les positions de l'USPD que des gauchistes, et en offrant une ligne politique claire au prolétariat allemand. Cette fusion aura été menée par Paul Levi.

Début janvier 1921, une réunion unitaire de métallos de Stuttgart adopte à l’initiative des communistes un appel aux dirigeants des centrales syndicales réclamant d’eux qu’ils organisent le combat pour les revendications urgentes (baisse des prix, hausse des allocations chômage, baisse des impôts sur les salaires et imposition des grosses fortunes, contrôle ouvrier sur le ravitaillement, l’inventaire de la production, désarmement des bandes réactionnaires et armement du prolétariat contre elles). Le VKPD publie cette adresse et la reprend à son compte. Il envoie le 7 janvier à toutes les organisations ouvrières (partis et syndicats) une «lettre ouverte» proposant une action commune sur un certain nombre de revendications recoupant largement celle des métallos de Stuttgart. Aucun parti ou centrale syndicale ne répond positivement à cette lettre . Mais, en mettant en avant la nécessité d’une action unitaire sur des revendications "transitoires", c’est-à-dire tournées contre les capitalistes et leur politique sans faire un préalable de l’adoption de son programme, le VKPD va remporter des succès considérables et élargir son audience. Des assemblées ouvrières se tiennent dans tous les secteurs et adoptent la lettre ouverte. Un pont est ainsi lancé entre les travailleurs communistes et ceux qui suivent les sociaux-démocrates. Les dirigeants syndicaux sont contraints, par le succès de la lettre ouverte, de durcir le ton à l’égard du gouvernement et de lancer eux-mêmes des combats partiels. La "Lettre ouverte", les revendications transitoires, le front unique, sont attaqués au sein du parti par sa "gauche" mais aussi par Bela Kun, et derrière lui Zinoviev. Ils considèrent cette tactique comme de l’opportunisme. Bela Kun, émissaire arrogant de l’I.C. aux moeurs d’aventurier qui repoussent nombre de vieux dirigeants communistes, utilise le prestige de l’Internationale pour pousser le PC "à l’offensive", "théorie" qu’il oppose au combat pour gagner la majorité de la classe ouvrière. Lénine tranchera le débat en soutenant, par écrit, puis au troisième congrès de l’I.C., la "Lettre ouverte": "ceux qui n’ont pas compris que la tactique de la «lettre ouverte» était obligatoire doivent être exclu de l’Internationale dans un délai maximum d’un mois après le congrès". Mais entre-temps, "l'offensive" a fait de terribles dégâts.

1921 : le fiasco gauchiste de "l'action de mars"[modifier | modifier le wikicode]

En mars 1921, le KPD, sous la pression des Bela Kun et autres proches de Zinoviev, fait une terrible rechute gauchiste. Lors de son Comité Central des 16 et 17 mars, l'un de ses dirigeants s'exclame même : "de ce jour, nous brisons avec la tradition du parti. Jusqu’à maintenant, nous avions attendu et maintenant nous prenons l’initiative, nous forçons la révolution". Non content de rompre avec sa tradition, c’est le parti même qui va être près de se briser. L’occasion va venir vite. Le gouvernement saxon social-démocrate décide d’envoyer la police occuper des secteurs miniers, bastions communistes, officiellement pour désarmer les bandes qui y sévissent, en réalité pour ôter aux ouvriers les armes qu'ils avaient prises lors du putsch de Kapp. En quête d'une occasion (prête pour cela y compris à monter des provocations, escomptant que la répression s'en suivant galvanise les masses), la direction du PC allemand décide en majorité d'utiliser cette intervention militaire. Die Rote Fahne somme les ouvriers sociaux-démocrates de choisir leur camp ("qui n'est pas avec moi est contre moi"). Le 22 mars, le KPD, conjointement avec le KAPD gauchiste, appelle à la grève générale en Saxe, puis (à la veille de la fermeture des usines pour Pâques !) dans toute l’Allemagne le 24 mars. Une semaine durant, les communistes vont essayer d’entraîner les autres travailleurs, sans succès. Au contraire, "l’action de mars" dresse les autres travailleurs contre les communistes, isole ces derniers. Les manifestations convoquées avec le KAPD sont squelettiques. Dans les entreprises, une répression terrible va s’abattre contre les militants communistes qui se sont ainsi isolés et exposés aux coups du patronat qui les licencie à tour de bras, les jetant dans la misère, ou directement dans les prisons. En quelques mois, les effectifs du VKPD vont fondre de 350 000 à 150 000. Ce n'est pas tout. S'ensuit une terrible crise de direction. Paul Levi avait démissionné - Lénine s’en était indigné - peu auparavant de la présidence du VKPD pour protester contre les méthodes des émissaires de l'Internationale. Dès avril, Levi critique publiquement dans une brochure "l'action de mars", démontrant au passage que la "centrale" (l’exécutif) du Parti cherchait par tout moyen – y compris la provocation - à passer à "l’offensive". Pour les communistes allemands durement éprouvés pour être entrés en grève seule, c'est un coup de couteau dans le dos. Levi est exclu. Une grande partie de la direction prend sa défense (notamment Clara Zetkin, vieille militante spartakiste). De l’autre côté se manifeste une "gauche" du parti revendiquant fièrement la catastrophe de mars (Ruth Fischer). Le parti est profondément divisé, quoique officiellement soudé dans la défense de "l’offensive".

Conquête de la majorité et défaite sans combat[modifier | modifier le wikicode]

1922-1923 : ligne juste et conditions objectives...[modifier | modifier le wikicode]

Tout au long de l’année 1922, la bourgeoisie allemande tente de reprendre un à un les acquis ouvriers de la révolution de 1918. Face à cette offensive, le KPD prend des initiatives sur tous les terrains. Les 3e et 4e Congrès de l'Internationale communiste ont défini la ligne du front unique et du gouvernement ouvrier : proposer les actions les plus larges possibles, sur une base de classe, et la mise en application va être directe (conseils d'usine, comités de contrôle des prix, appel à soutenir la grève des cheminots...), et fructueuse : soit la proposition rencontre un succès fortifiant le parti, soit en étant refusée elle éclaire la contradiction entre la base ouvrière de la social-démocratie et sa direction bourgeoise. Le parti commet quelques graves erreurs, comme la participation à un "front républicain", et son niveau théorique est extrêmement faible, mais son influence grandit toujours plus.

En janvier 1923, l’armée française envahit la Ruhr, pour saisir directement la production au titre des réparations de guerre. L'Allemagne sombre dans une grave crise économique et sociale, et la réaction nationaliste se renforce, au détriment du gouvernement qui perd peu à peu tout son crédit. Les PC engagent une campagne internationaliste contre l'occupation française, et le KPD organise directement les ouvriers dans la résistance, tout en gardant le cap de la lutte de classe. Les structures d'auto-organisation des travailleurs (dans les usines et dans les villes) se multiplient et l'influence des communistes y est incontestable. Le 9 août une grève générale lancée par les conseils s’étend à tout le pays. Cuno démissionne au bout de deux jours, et un nouveau gouvernement est constitué avec des ministres sociaux-démocrates.

Octobre 1923 : prise du pouvoir préparée... et c'est tout[modifier | modifier le wikicode]

Le KPD est alors fort de centaines de milliers de membres et jouit d'une influence sans équivalent. L'Internationale décide alors d’orienter le parti vers la prise du pouvoir, malgré les doutes de la direction allemande, qui ne voit pas à quel point la situation est révolutionnaire. Un plan est élaboré, et ses premières phases se déroulent comme prévu. Le 10 octobre, les communistes forment en Saxe et en Thuringe un gouvernement ouvrier avec les sociaux-démocrates de gauche. Le gouvernement fédéral envoie l'armée, qui s'approche prudemment de la Saxe.

L'appel à la grève générale en soutien à la Saxe ouvrière est proposé par plusieurs secteurs, et étouffé par le KPD qui attend l'heure H, ne voulant pas de combat prématuré. Mais quand elle sonne, les sociaux-démocrates de gauche s’opposent irrévocablement à l’appel à la grève générale. Pire encore, Brandler s’aligne sur eux et accepte le renvoi de cette question …en commission. La direction du KPD annule dans la foulée l’ordre de l’insurrection. Quelques jours plus tard, les communistes sont chassés de leurs ministères. Aucune résistance. C’est un incommensurable gâchis, une défaite sans combat et sur toute la ligne. "L'octobre allemand", aboutissement de tout un processus révolutionnaire ouvert par la chute du Kaiser en novembre 1918, échoue lamentablement.

Un prix terriblement lourd[modifier | modifier le wikicode]

L’échec de la révolution allemande de 1923 marque un tournant décisif. En 1924, la bourgeoisie allemande stabilisera la situation, grâce aux capitaux américains (plan Dawes), mais surtout l'échec des communistes. Avec cet échec, la révolution russe est durablement isolée. Cet isolement va donner une impulsion aux forces les plus réactionnaires au sein de l’État et du Parti en Russie, derrière l’appareil et son chef, Staline ; contre les forces révolutionnaires du Parti qui précisément ont commencé de s’organiser dans l’opposition de gauche que dirigera Trotsky. A partir de 1924 va s’ouvrir, sur la base de la stabilisation de la situation internationale, la lutte contre le "trotskysme", au nom d’une "théorie" inventée par Staline début 1924 : "le socialisme en un seul pays". Le développement du stalinisme, cancer bureaucratique de la révolution d’octobre, va se traduire dans toute l’internationale par la soumission jusqu’à les briser des différents partis communistes, au nom de la "bolchevisation". Cette interdiction faite aux partis communistes de s’éduquer, d’apprendre des leçons des expériences révolutionnaires passées va produire désastre sur désastre, de l’échec de la révolution chinoise de 1927 à … la prise du pouvoir par Hitler en 1933 dans laquelle le KPD aura une responsabilité écrasante.

Les leçons pour les socialistes[modifier | modifier le wikicode]

La révolution allemande montre l'importance, lorsqu'un processus révolutionnaire surgit, d'un parti révolutionnaire suffisamment préparé pour être une locomotive des masses vers la révolution socialiste. Même en Russie, la direction du parti bolchévik a eu beaucoup d'errements (Staline envisageait la fusion avec les menchéviks en mars 1917, Zinoviev et Kamenev ont failli faire flancher l'insurrection d'Octobre...). En Allemagne, les révolutionnaires parmi le SPD (Luxemburg, Liebknecht...) ont tardé à se délimiter des plus opportunistes et chauvins du parti. Et ce alors que paradoxalement, Luxemburg a perçu la dérive de Kautsky bien avant Lénine et Trotski. Même après la trahison de la social-démocratie, qui a surpris Lénine le premier, les révolutionnaires allemands ont tardé à réagir.

Cette première erreur en a aggravé une autre : celle du gauchisme. Après avoir tardé à réaliser l'ampleur de l'opportunisme de la direction du SPD, de larges secteurs de la gauche social-démocrate ont basculé dans l'autre excès, celui du gauchisme, sous la forme de l'aventurisme (en janvier 1919) et du sectarisme et du purisme, refusant l'unité d'action avec les masses qui avaient encore des illusions dans le SPD. Il est certain qu'organiser une fraction révolutionnaire centralisée dès 1914 aurait de beaucoup amoindri l'inexpérience et le manque d’homogénéité politique dans lequel se trouvait le KPD en 1919, au moment où ses actions allaient être décisives.

Notes et sources[modifier | modifier le wikicode]