Politiques monétaires

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Les politiques monétaires sont les décisions prises par les autorités monétaires (en général les banques centrales). Ces décisions visent fondamentalement à assurer la stabilité du capitalisme, en général en suivant plus ou moins des théories économiques bourgeoises qui prétendent viser le plein emploi, la croissance...

Historique

Les théories sur les "bonnes politiques monétaires" ont connu des changements notables en fonction des évolutions du capitalisme. Les revirements en la matière sont souvent imbriqués avec les changements de paradigme (laisser-faire, keynésianisme, néolibéralisme, néo-keynésianisme...).

Les currencistes

Au début du 19e siècle, la principale théorie monétaire était celle du « currency principle », selon laquelle les prix sont déterminés par la quantité de monnaie en circulation. Les « currencistes » (on traduirait aujourd'hui par monétaristes) prônaient une couverture exacte de la masse de billets en circulation par des réserves de métaux précieux. La loi bancaire de 1844 s'inspirait de ce principe.

Marx fait la remarque suivante dans le Capital :

Les adversaires du système mercantile, d'après lequel le but du commerce international n'est pas autre chose que le solde en or ou en argent de l'excédent d'une balance de commerce sur l'autre, méconnaissaient complètement de leur côté la fonction de la monnaie universelle. La fausse interprétation du mouvement international des métaux précieux, n'est que le reflet de la fausse interprétation des lois qui règlent la masse des moyens de la circulation intérieure, ainsi que je l'ai montré par l'exemple de Ricardo (l. c., p. 150). Son dogme erroné : « Une balance de commerce défavorable ne provient jamais que de la surabondance de la monnaie courante... » « l'exportation de la monnaie est causée par son bas prix, et n'est point l'effet, mais la cause d'une balance défavorable » se trouve déjà chez Barbon : « La balance du commerce, s'il y en a une, n'est point la cause de l'exportation de la monnaie d'une nation ci l'étranger, mais elle provient de la différence de valeur de l'or ou de l'argent en lingots dans chaque pays. » (N. Barbon, l. c., p. 59, 60.) Mac Culloch, dans sa Literature of Political Economy, a classified catalogue, London, 1845, loue Barbon pour cette anticipation, mais évite avec soin de dire un seul mot des formes naïves sous lesquelles se montrent encore chez ce dernier les suppositions absurdes du « currency principle ». L'absence de critique et même la déloyauté de ce catalogue éclatent surtout dans la partie qui traite de l'histoire de la théorie de l'argent. La raison en est que le sycophante Mac Culloch fait ici sa cour à Lord Overstone (l'ex-banquier Loyd), qu'il désigne sous le nom de « facile princeps argentariorum » [roi reconnu des banquiers].[1]

Ou encore :

« D'où proviennent les illusions du monétarisme? A considérer l'or et l'argent, il n'a pas vu que ceux-ci représentent, en tant que monnaie, un rapport social de production, bien que sous la forme de choses naturelles douées de propriétés sociales étranges. Quant à l'économie moderne, qui affiche une condescendance hautaine à l'égard du monétarisme, ne touche-t-on pas du doigt son fétichisme à elle dès qu'elle traite du capital? Depuis combien de temps s'est dissipée l'illusion physiocratique qui veut que la rente foncière sorte du sol et non de la société? »

Keynes

En 1924, Keynes tient un discours-manifeste sur La fin du laisser-faire, qui selon lui n'est plus l'unique moyen d’accéder à la prospérité. Dans le même temps, il critique « l’orthodoxie monétaire » dominante. En 1925, il condamne la décision de Winston Churchill de rétablir en Angleterre l’étalon-or et la parité d’avant-guerre de la livre sterling. Dans Les Conséquences économiques de M. Churchill, il l'accuse de mener une politique déflationniste de baisse des salaires. On peut donc estimer que la dévaluation de la livre anglaise finalement décidée en 1931 et qui satisfaisait les intérêts économiques et nationaux de l’Angleterre, constituait une confirmation de ses positions théoriques.

Dans son Traité sur la monnaie de 1930, Keynes reprend encore la théorie quantitative de la monnaie, d'inspiration néo-classique. Sous l 'influence d'Alfred Marshall, il traite encore la monnaie comme un simple moyen d'échange, et non pas en même temps comme moyen d'échange et stock de valeur. C'est sous l'influence directe de la crise qu'il rédige en 1936 sa Théorie générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie qui bouleverse ces conceptions traditionnelles.

C'est une période de profond désarroi de l'économie bourgeoise. Le Manchester Guardian publie le 1er septembre 1931 un article intitulé Banqueroute de l'économie politique qui se désole :

« Nous connaissons mieux la vitesse du mouvement d'un électron que la vitesse de circulation de la monnaie. Nous savons davantage du cycle de la terre autour du soleil et du cycle du soleil dans l'univers que nous ne connaissons le cycle industriel »

Retour en force du monétarisme

Suite à l'instabilité des années 1970 et la baisse générale de la croissance, les préceptes keynésiens sont partous remis en question. C'est alors le retour sur le devant de la scène des partisans du laisser-faire, modernisés, nommés a posteriori les néolibéraux. Dans le domaine monétaire, le pendant du néolibéralisme est le monétarisme, dont le chantre est Milton Friedman.

Utopies

Système des bons de travail

🔍 Voir aussi : Bons du travail.

Au 19e siècle, certains penseurs ont développé l'idée d'un système idéal censé en finir avec les problèmes du capitalisme à l'aide d'un remplacement de la monnaie par des "bons" équivalents à du temps de travail.

Marx parlait décrivait leur entreprise comme un « pieux désir de se débarrasser de l'argent, avec l'argent, de la valeur d'échange, avec la valeur d'échange, de la marchandise, et avec la marchandise, de la forme bourgeoise de la production. »[2]

C'est notamment le cas de l'écossais John Gray dès 1831[3][4], qui après la révolution de février 1848 en France envoya au gouvernement provisoire un mémoire dans lequel il proclamait que la France avait besoin non d'une organisation du travail, mais d'une organisation de l'échange, selon ses préconisations.

Proudhon et Alfred Darimon[5] reprendront plus tard cette même idée.

Marx critiquera vertement leur illusion :

« Abusés par le fait que la monnaie métallique ne se déprécie pas nominalement, les Darimon et consorts ne voient qu'une face de la crise : la hausse du prix de l'or et de l'argent par rapport aux autres marchandises. Mais il y a l'autre face : la dépréciation de l'or ou de l'argent -ou de la monnaie- par rapport à toutes les autres marchandises (à l'exception peut-être -mais pas toujours- du travail) dans les périodes de prospérité où le prix de toutes les marchandises monte temporairement.

Puisque cette dépréciation de la monnaie métallique (et de toutes les monnaies qui s'appuient sur elle) précède toujours son surhaussement, ils auraient dû poser leur problème en termes tout opposés : comment prévenir la dépréciation périodique de la monnaie (dans leur jargon, comment abolir le privilège des marchandises par rapport à la monnaie) ?

En formulant ainsi le problème, ils l'auraient aussitôt résolu : il faut abolir la hausse et la baisse des prix, c'est-à-dire en fin de compte les prix et la valeur d'échange. Il s'agit donc du problème de l'échange dérivant de la forme bourgeoise de la société. Or il exige une révolution économique de toute la société bourgeoise. Dès l'abord, ils auraient constaté qu'on ne peut remédier aux maux de la société bourgeoise en "réformant" les banques ou en instaurant un "système monétaire" rationnel. »[2]

Notes et sources

  1. Karl Marx, Le Capital - Chapitre III : La monnaie ou la circulation des marchandises, 1867
  2. 2,0 et 2,1 Karl Marx, Contribution à la critique de l'économie politique (Grundrisse)
  3. John Gray, The Social System. A treatise on the principle of Exchange, Edimbourg, 1831
  4. John Gray, Lectures on the Nature and Use of Money, Edimbourg, 1848
  5. Alfred Darimon, De la réforme des banques, Paris, 1856.