Parti bolchévik

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Le Parti bolchévik, né en 1903 d’une scission au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, était l’une des deux organisations marxistes de la Russie tsariste, l’autre étant le Parti menchevik. En 1917, le Parti bolchévik prit une part éminente dans les événements révolutionnaires et dirigea l’insurrection d’octobre. Il gouverna ensuite la Russie soviétique, puis l’URSS, sous Lénine mais aussi pendant la période stalinienne. Le parti bolchévik disparut officiellement en 1952 : à cette date, il fut remplacée par le Parti communiste de l’Union soviétique. Le Parti bolchévik connut donc plusieurs mutations, il fut successivement l’instrument d’une révolution et celui d’une contre-révolution, et ne saurait être envisagé comme un tout monolithique et invariable.

Fondation du POSDR

Vers la fin du 19e siècle, les idées marxistes se diffusent en Russie et sont discutées par plusieurs groupes militants. Le mouvement russe était alors constitué de cercles isolés, de regroupement régionaux discrets, de groupes d’usines sans coordination entre eux, etc. Il n’y avait pas de centre.

Un premier congrès avait eu lieu en 1898 et n’avait pu aboutir réellement à une unification du Parti ouvrier social-démocrate de Russie.

Le second congrès, prévu pour 1903, devait pour la première fois établir et ramifier un parti dans toute la Russie. C’est pour les besoins de cet événement que Lénine a écrit sa brochure de 1902, Que faire ?.

La fraction bolchévik

Le 2e congrès et la question des statuts

Le POSDR tient, en 1903, son second congrès. Lénine et Martov ne parviennent pas à s’entendre sur la question des statuts : Lénine veut que l’adhésion au POSDR soit réservée à ceux qui militent activement, alors que Martov veut l’étendre à ceux qui partagent le programme du parti (« sympathisants »). Les deux vues étant irréconciliables, le parti se scinde en deux fractions, même s’il maintient une unité organique. On distingue désormais les « majoritaires » (bolchéviks en russe) et les « minoritaires » (menchéviks).[1]

L’idée de Lénine était de faire du POSDR, puis de la fraction bolchévik du POSDR, une organisation de révolutionnaires professionnels, capables de résister à la répression politique menée par l’Okhrana, la police tsariste.

Lénine disait à Martov : si l’on poursuit votre logique jusqu’à son terme, le parti devra intégrer tout le monde et notre message sera dilué ; nous ne serons plus à l’avant-garde, vous ruinez donc le parti. Martov répliquait : si l’on suit votre logique jusqu’à son terme, on obtiendra une organisation étroite, faite de conspirateurs.

Contrairement à ce que certains prétendront plus tard, même la position menchévique ne revenait pas à défendre un « parti de toute la classe ». Les formulations alternatives étaient en réalité assez proches. Dans un article de Trotski publié autour de 1907, celui-ci explique que dans ce genre de polémique, il s’agissait d’adopter la position de l’adversaire, d’en pousser la logique jusqu’à son dernier terme, et de tenter par là d’en révéler l’absurdité (argument de la pente glissante).[2]

Lors du congrès, la tendance de Lénine, avec le soutien de Plekhanov, obtient la majorité face aux menchéviks.

Le revirement de Plékhanov

Se retrouvant en minorité, les menchevik scissionnent. Sous pression, Plekhanov fait volte-face et exige, en vertu du maintien de « l’unité », que la majorité au comité de rédaction de l’Iskra soit rendue aux mencheviks.

Lénine refuse. Il fait valoir que s'il avait été minoritaire il serait resté à la rédaction en tant que minorité, sans faire de chantage à l'unité. Lénine tente pourtant activement d'éviter la scission, assurant des pleins droits démocratiques aux menchéviks. Mais ceux-ci refusent tout compromis.

En 1904, Lénine développe son point de vue dans une brochure, Un pas en avant, deux pas en arrière.[1] Rosa Luxemburg publie une critique de Lénine, Questions d'organisation de la social-démocratie russe.[3]

La révolution de 1905

La révolution de 1905, qui prend par surprise l'ensemble des socialistes, impactera beaucoup la situation politique et les organisations. Les dirigeants bolchéviks étaient au départ méfiants envers ces organes apparus spontanément. Ils n'y étaient pas à l'aise, et fixaient la tâche de « convaincre ces organisations d'accepter le programme du parti social-démocrate comme étant le seul conforme aux vrais intérêts du prolétariat ». Lénine fera évoluer ces positions en favorisant le travail dans les soviets et en reconnaissant leur rôle central dans la révolution.

En janvier, Lénine accuse les minoritaires menchéviks d'avoir un rôle désorganisateur et secrètement fractionniste.[4] Trotsky se tenait à ce moment-là « hors fraction ». Lénine ironisait sur celui qui se promenait « avec le rameau de la paix et la burette d'huile non-fractionniste à la main ».

Mais surtout, la révolution montre que la bourgeoisie préfère se jeter dans les bras de la réaction plutôt que de risquer de tout perdre dans une lutte de classe trop intense. Le POSDR se divise en deux attitudes radicalement différentes :

C'est à ce moment que Trotsky développe une idée différente et originale : la théorie de la révolution permanente.

La caution de Kautsky

En 1906, Kautsky, principal théoricien de l'Internationale socialiste, écrit un article qui sera influent : Les forces motrices de la Révolution russe et ses perspectives. Il y défend le point de vue des bolchéviks sur la stratégie pour mener la révolution anti-tsariste: un pari sur le paysan russe comme combattant pour la transformation démocratique du pays. Cette prise de position apportera une véritable caution marxiste aux bolchéviks, qui l'utiliseront souvent. En 1910, dans une polémique contre le menchévik Martov, le dirigeant bolchévik Kamenev écrit: « il y a un certain plaisir à être assis aux côtés de Kautsky sur le banc des accusés ». Kamenev a publié à nouveau ce texte au début des années 1920 et y réaffirme la marque d’honneur qu’il en retire. Même Staline, bien plus tard, écrira au tout début du second volume de ses œuvres complètes un essai revenant sur l'article de Kautsky de 1906, vantant un « théoricien remarquable », qui « prête aux questions tactiques de la minutie et un grand sérieux », et dont les positions à l’égard des questions russes sont d’une grande valeur.

Démocratisation du régime et du parti

Après la révolution, pendant un bref instant, il était possible de mener une activité politique légale, dont la possibilité de participer à des élections, et de profiter du droit de réunion pour organiser plus démocratiquement le parti qu'en période clandestine. Lénine recommande aussitôt une adaptation du parti et une généralisation des élections des organes par la base,[6] et il rappelle que cela a toujours été la position des bolchéviks :

« Nous autres, représentants de la social-démocratie révolutionnaire, partisans de la « majorité » [bolchévique], nous avons dit bien des fois que la démocratisation du parti, réalisée jusqu’au bout, était impos­sible dans les conditions du travail conspirateur, que le « principe électif » dans cette situation était un vain mot. La vie à confirmé nos paroles. (…) Mais la nécessité d’adopter le principe électif dans de nouvelles conditions, lors de l’accession à la liberté politique, nous autres, bolcheviks, nous l’avons toujours reconnue. »

Lénine écrivait qu'il ne fallait pas craindre une « adhésion fulgurante et massive de personnes qui ne sont pas des so­cial-démocrates ».

Force pratique et faiblesses théoriques

Les évolutions numériques respectives des bolchéviks et des menchéviks nous renseignent sur le type de militants de ces deux organisations : en 1906, après la défaite de la première révolution russe et alors que le reflux du mouvement ouvrier russe commence seulement, les mencheviks sont beaucoup plus nombreux (34 000 militants contre 14 000). Mais en 1907, les bolchéviks ont dépassé les mencheviks. Car si les militants bolchéviks sont plus longs à former, ils résistent également mieux à la répression, d’autant que les bolchéviks ont une structure et une activité clandestines. A partir de 1908, les effectifs des deux fractions s’effondrent, sous l’effet de la répression. La fraction bolchévik, en particulier, est dispersée, morcelée, mais ses militants valeureux sont toujours là et s’illustreront, pour beaucoup d’entre eux, en 1917.

Mais si les militants et les cadres bolchéviks sont bien formés au travail clandestin et à la lutte contre la répression, il n’en va pas nécessairement de même au niveau de la formation théorique. Les écrits de certains militants importants, comme Molotov ou Staline, montrent tantôt une faible culture marxiste, tantôt, dans le cas de Staline par exemple, un nombre considérable de lectures marxistes mais une assimilation grossière de la dialectique. Même les dirigeants bolchéviks sont parfois idéologiquement fragiles. Autour de 1910 se développe dans les cercles dirigeants du parti le courant idéaliste « machiste » (du nom de Mach) autour de Bogdanov, Bazarov et Lounatcharski. Cela explique pourquoi Lénine éprouva, en 1911, alors qu’il était en exil, le besoin d’ouvrir une école du parti pour les ouvriers venant de Russie, à Longjumeau. Mais bien souvent, ces mêmes dirigeants bolchéviks méprisent les ouvriers sans formation qui veulent adhérer, et filtrent leur entrée dans le parti.

Les bolchéviks ne deviendront une organisation indépendante qu'en 1912.

Pendant la guerre (1914-1917)

En 1914, avec l’éclatement de la guerre, la répression, aidée par des provocateurs infiltrés, s’abat sur le Parti bolchévik et le réduit à presque rien – d’autant que certains militants, par faiblesse idéologique, se sont rangés derrière les Menchéviks sur une ligne de défense de la patrie. Les contacts avec l’exil se réduisent à presque rien : en novembre 1916, Zinoviev et Lénine, en exil, ne savent pas ce qu’est devenu leur parti.

Le parti réel était donc fort éloigné du modèle théorique que l’on trouve dans les textes de Lénine. La faiblesse théorique des dirigeants bolchéviks est encore illustrée, de façon dramatique, en mars 1917, lorsque des dirigeants déportés menés par Kamenev et Staline imposent à l’organisation une ligne de ralliement à la politique menchévik de soutien au gouvernement provisoire et de poursuite de la guerre.

Malgré tout, l’acharnement de Lénine aura permis que, malgré la répression et la dispersion, subsiste un corps de militants dévoués, animés par une claire conscience de classe, d’où va sortir l’instrument de la révolution d’octobre.

Le Parti bolchévik en 1917

Lénine rentre en Russie le 3 avril, et publie ses « Thèses d’avril » le 7 du même mois. Dès lors commencent la cristallisation et le redressement du parti. Le 24 avril a lieu une conférence réunissant 149 délégués (qui représentent 79 000 adhérents) : Lénine y obtient une quasi-unanimité contre la guerre, ainsi qu’une forte majorité pour transférer aux soviets les pouvoirs d’Etat, une faible majorité pour entrer dans la voie de la révolution socialiste, mais échoue à changer le nom du parti de « social-démocrate » en « communiste ».

Le parti renaît donc avec des forces inconnues, et un grand radicalisme. Le nombre de militants au moment de la conférence démontre le ralliement au parti de nombreux groupes ou organisations autonomes ou isolés. Mais l’échec ou le semi-succès de Lénine sur certains votes montre aussi que la fraction la plus avancée de la classe ouvrière est encore myope sur les perspectives à long terme. Tout cela bouleverse les structures organisationnelles préexistantes. Les bolchéviks droitiers quittent le parti, les menchéviks de gauche le rejoignent.

Notamment, le comité Interrayons, dirigé par Trotsky, et qui compte à sa tête des dirigeants de qualité, fusionne avec le Parti bolchévik en juillet (lors du VIe Congrès du Parti bolchévik). Auparavant, Staline et Kamenev s’étaient opposé à cette fusion. Au cours de ce congrès, qui regroupe 175 délégués pour 112 organisations et 177 000 membres, Lénine, Kamenev, Zinoviev et Trotsky sont élus au comité central à la quasi-unanimité.

Le parti de la révolution d’octobre est donc un parti refondu dans la lutte. C’est lui qui, forgé sous la répression de l’été 1917, va conquérir en trois mois la majorité dans les soviets et diriger une insurrection victorieuse. Dans ces moments, les mots d’ordre viennent de Lénine (exilé en Finlande) et de Trotsky. Le nombre d’agitateurs diminue, et on n’entend plus guère les voix de Staline, Kamenev et Zinoviev. Ces deux derniers sont explicitement contre la prise de pouvoir. Mais le plus efficace, dans cette période, c’est l’agitation menée à la base par les anonymes, ouvriers et soldats. Voici ce qu’écrit Trotsky à ce sujet :

« Des mois de vie politique fébrile avaient créé d'innombrables cadres de la base, avaient éduqué des centaines et des milliers d'autodidactes qui s'étaient habitués à observer la politique d'en bas et non d'en haut et qui, par conséquent, appréciaient les faits et les gens avec une justesse non toujours accessible aux orateurs du genre académique. En première place se tenaient les ouvriers de Piter [Petrograd], prolétaires héréditairement, qui avaient détaché un effectif d'agitateurs et d'organisateurs d'une trempe exceptionnellement révolutionnaire, d'une haute culture politique, indépendants dans la pensée, dans la parole, dans l'action.

Tourneurs, serruriers, forgerons, moniteurs des corporations et des usines avaient déjà autour d'eux leurs écoles, leurs élèves, futurs constructeurs de la République des Soviets. Les matelots de la Baltique, les plus proches compagnons d'armes des ouvriers de Piter, provenant pour une bonne part de ceux-ci, envoyèrent des brigades d'agitateurs qui conquéraient de haute lutte les régiments arriérés, les chefs-lieux de district, les cantons de moujiks. La formule généralisatrice lancée au cirque Moderne par un des leaders révolutionnaires prenait forme et corps dans des centaines de têtes réfléchies et ébranlait ensuite tout le pays. [...] Les usines conjointement avec les régiments envoyaient des délégués au front. Les tranchées se liaient avec les ouvriers et les paysans du plus proche arrière-front. [...] Les usines et les régiments de Petrograd et de Moscou frappaient avec de plus en plus d'insistance aux portes de bois du village. Se cotisant, les ouvriers envoyaient des délégués dans les provinces d'où ils étaient originaires. [...] Le bolchévisme conquérait le pays. Les bolcheviks devenaient une force irrésistible »[7].

Voilà donc quel était le parti qui prit le pouvoir. Et voilà qui tord le cou à tous les discours qui font de l’insurrection d’octobre un coup d’Etat !

Le parti au pouvoir

Le parti victorieux enregistre, au lendemain d’octobre, des adhésions en masse. En mars 1919, le parti compte 250 000 militants, dont 52% d’ouvriers, 15% de paysans, 18% d’employés, 14% d’intellectuels (étant inclus dans cette dernière catégorie tous ceux qui ont reçu une éducation secondaire). 27% de ces militants sont, à ce moment, dans l’Armée rouge, au combat. C’est un parti jeune : la moitié de ses effectifs a moins de 30 ans. A ce moment, le parti est encore de bonne qualité. Mais ses effectifs vont rapidement exploser, pour atteindre 730 000 membres en mars 1921. Parmi tous ces membres, nombreux sont les arrivistes, attirés moins par le combat bolchévik que par l’ « obséquiosité devant le pouvoir du jour[8] », pour reprendre une expression de Trotsky. En 1922, 97% des militants bolchéviks ont rejoint le parti après octobre 17. La purge de 1923, la première de l’histoire du parti, l’ampute de 180 000 membres – Trotsky s’en félicite au nom de la lutte contre l’arrivisme.

Le problème est que le parti a aussi besoin de ces éléments idéologiquement peu sûrs et socialement hétérogènes à la masse du prolétariat – les employés et les fonctionnaires qui, à l’époque, n’étaient pas aussi prolétarisés qu’aujourd’hui. Car pour faire fonctionner un Etat moderne, on a besoin de spécialistes. Les mêmes qui, en octobre 1917, ont accueilli très hostilement la prise de pouvoir par les bolchéviks, vont voler, en 1918, au secours de la révolution en faisant valoir leurs compétences techniques et en profitant des avantages que procure le fait d’être dans le parti au pouvoir. Le phénomène de corruption par le pouvoir se développe, surtout que nombre de militants perçoivent l’exercice du pouvoir par leur parti comme une sorte de récompense due après des années de misère, de souffrances, de répression et de tensions.

De plus, après la victoire contre les armées blanches, une grande partie des masses s’éloignent des bolchéviks tant le chaos et la misère restent grands, tant les sacrifices exigés ont été insupportables. La guerre civile a également saigné, décimé la fleur du parti, détruisant numériquement une bonne partie de la classe ouvrière et sabrant le moral de ceux qui restaient.

Le 21 septembre 1920, une Commission pour l'étude de l'Histoire du Parti est créée pour recueillir et étudier des matériaux sur l'histoire du parti et de la Révolution d'Octobre. [9]

La Commission centrale de vérification fut créée par le Comité central du P.C.(b)R. le 25 juin 1921 en période d'épuration du parti pour diriger le travail des commissions de vérification locales.

En juillet 1921 le Parti effectua une analyse quantitative et qualitative des militants responsables au niveau des provinces et des districts, ainsi que celle de leur répartition territoriale et de leur utilisation rationnelle. Dans l'appareil central à Moscou, 4700 communistes sont recensés.

Au XIe congrès du PCR (mars 1921), Lénine se plaint que trop de questions mineures, mal gérées par le Conseil des Commissaires du Peuple, sont portées devant le Comité central du PCR. Il déclare que « sur les 18 commissariats que nous avons, 15 au moins ne valent rien ». Il reproche également la tendance à la dilution des responsabilités :

« Ces jours-ci on a épuré les commissions. Il y en avait cent vingt. Combien étaient nécessaires ? Seize. Et ce n'est pas la première épuration. Au lieu de répondre de ses actes, au lieu de soumettre une décision au Conseil des Commissaires du Peuple, en sachant qu'on en porte la responsabilité, on se retranche derrière les commissions. »

Il ajoute qu'il est nécessaire d'élargir et de développer l'autonomie et l'activité des Conseils économiques régionaux. Organes locaux du Conseil du Travail et de la Défense, formés au début de 1921, ces Conseils furent institués pour coordonner et renforcer l'activité de tous les organismes économiques locaux et des conseils économiques de province.

Dégénérescence

A cela s’ajoute qu’il y a un énorme fossé, au niveau de la culture politique, entre les vieux cadres formés et les nouveaux militants. Cela entraîne une hiérarchisation qui ne va avoir de cesse de se creuser. Des rapports de commandement tendent à se substituer aux rapports d’égalité démocratique. Cela favorise l’émergence d’une couche de bureaucrates, capables de rallier à eux des militants non formés et acritiques vis-à-vis de leur mentor. La montée dans l’appareil de Khrouchtchev, par exemple, a été permise par cette fidélité aveugle au cadre sous l’égide duquel il s’est formé. La NEP, en outre, accentua encore le champ de la corruption en rétablissant les privilèges de l’argent pour faire face à la misère engendrée par la guerre civile. Cela permit l’émergence d’une masse de cadres socialement privilégiés qui, d’instinct, protégèrent cette situation par la consolidation de leurs privilèges sociaux.

A partir de 1921, les soviets sont vidés de leurs meilleurs éléments et ne peuvent plus servir de base à la démocratie soviétique. Une opposition, dès lors, ne peut plus être qu’intérieure au Parti bolchévik. L’Opposition ouvrière se forme en 1920. Mais Lénine fait voter, au Xe Congrès (1921), l’interdiction des fractions au nom des menaces de contre-révolution, ainsi que l’attribution au comité central de pouvoirs temporaires d’exclusion. Ces mesures vont favoriser la cristallisation de la bureaucratie. En 1922, Staline s’installe au poste stratégique de secrétaire général du comité central, qui lui permet de contrôler les effectifs du parti.

Le parti bolchévik devenu stalinien purgera les bolchéviks ayant appartenu aux diverses oppositions, et ceux suspectés d’y avoir appartenu. En 1937, les épurateurs sont épurés à leur tour. Les dirigeants bolchéviks ont compris trop tard le problème, Lénine le premier, mais alors qu’il agonise. Trotsky ne suit pas ses conseils et renonce à lutter contre Staline, en 1923, lors du XIIe Congrès.

Sources

Notes

  1. 1,0 et 1,1 Lénine, Un pas en avant, deux pas en arrière, 1904
  2. Lire Lénine. Entretien avec Lars Lih, 2013
  3. Rosa Luxemburg, Questions d'organisation de la social-démocratie russe, 1904
  4. Lénine, Il est temps d'en finir, Vpériod, n° 1 du 4 janvier 1905
  5. Lénine, Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique, 1905
  6. Lénine, La réorganisation du parti, 1905
  7. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, t. 1, Ed. du Seuil, p. 390-392.
  8. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe, t. 2, op. cit., p. 210.
  9. Lénine, XIe congrès du PCR(b), 27 mars 1922