Opposition de gauche : Différence entre versions

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L'Opposition de gauche naît en octobre 1923. Elle s'oppose d'une part à la confiscation du pouvoir par la bureaucratie des mains de la [[Classe_ouvrière|classe ouvrière]], mais promeut aussi l'industrialisation rapide du pays pour le sortir de la misère et redonner courage aux masses.
 
L'Opposition de gauche naît en octobre 1923. Elle s'oppose d'une part à la confiscation du pouvoir par la bureaucratie des mains de la [[Classe_ouvrière|classe ouvrière]], mais promeut aussi l'industrialisation rapide du pays pour le sortir de la misère et redonner courage aux masses.
  
La montée de la [[Révolution_chinoise_(1927)|Révolution chinoise]] redonne du souffle à l'Opposition, qui condamne fermement la poltique de l'[[Internationale_communiste|Internationale communiste]] qui conduit en 1927 au massacre de Shanghai. Mais le soulèvement final que lance Staline conduit à l'écrasement des ouvriers révolutionnaires chinois. Tout en validant théoriquement les critiques de Trotsky, cela va objectivement miner son camp. La répression va alors s'abattre : Trotsky exilé, ses partisans déportés et/ou tués...
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La montée de la [[Révolution_chinoise_(1927)|Révolution chinoise]] redonne du souffle à l'Opposition, qui condamne fermement la poltique de l'[[Internationale_communiste|Internationale communiste]] qui conduit en 1927 au massacre de Shanghai. Mais le soulèvement final que lance Staline conduit à l'écrasement des ouvriers révolutionnaires chinois. Tout en validant théoriquement les critiques de Trotsky, cela va objectivement miner son camp.
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En [[URSS|URSS]], deux années d'intense activité révolutionnaire du prolétariat chinois avaient redonné espoir et énergie combative à certains travailleurs. Et cela s'exprimait notamment dans le fait que l'Opposition unifiée au stalinisme, dirigée par Trotsky et Zinoviev, recevait de nouvelles marques de sympathie, des soutiens nouveaux, dans les usines, les quartiers ouvriers.
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Malgré la censure dont étaient victimes les idées de l'Opposition, malgré la mise à l'écart de ses dirigeants (Trotsky, Zinoviev et Kamenev avaient été évincés du Bureau politique par Staline, fin 1926), malgré les bandes de voyous staliniens cherchant à disperser leurs réunions, les dirigeants de l'Opposition rassemblaient parfois des milliers d'auditeurs. Ainsi, le 17 octobre, lors d'une manifestation officielle à Léningrad, Trotsky et Zinoviev, bien qu'écartés de la tribune, avaient été ovationnés par une foule d'ouvriers.
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La semaine suivante, Staline les fit exclure du Comité central. Mais, à l'occasion du dixième anniversaire d'Octobre, et du quinzième congrès du parti qui devait suivre, les dirigeants de l'Opposition étaient bien décidés à se faire entendre, à dénoncer devant le parti la trahison de la révolution chinoise dont s'était rendue coupable la direction stalinienne.
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Craignant l'écho que pourraient avoir dans le parti et l'Internationale les critiques de Trotsky, Staline fit tout pour museler l'Opposition. Prenant prétexte qu'elle avait manifesté à l'occasion du dixième anniversaire d'Octobre, Staline fit exclure Trotsky et Zinoviev du parti. Il fit arrêter plusieurs oppositionnels en vue, il interdit que l'on publiât la plate-forme de l'Opposition pour le congrès. Dans le même temps, pour faire croire que, quoi qu'en dise l'Opposition, le prolétariat chinois n'était pas vaincu, le Komintern stalinien lança le PCC dans une aventure putschiste vouée à l'échec : la prise du pouvoir à Canton, le 11 décembre 1927. Cette " Commune de Canton " se termina, deux jours plus tard, par le massacre de plusieurs milliers d'ouvriers et de communistes chinois.
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Il fallait cela à Staline pour couvrir d'un silence de plomb les critiques de l'Opposition communiste en URSS, et préparer la déportation (dès janvier 1928) de ceux qui, comme Trotsky et ses camarades, refusèrent de se renier en capitulant " devant le monde entier ", comme l'exigea Staline.
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Certains - Zinoviev, Kamenev - notamment cédèrent alors à Staline, une voie qui allait les emporter toujours plus loin dans le reniement de leurs idées. D'autres, autour de Trotsky, allaient payer de leur liberté, puis de leur vie, d'avoir défendu le drapeau du léninisme.
  
 
== Lutte internationale ==
 
== Lutte internationale ==

Version du 11 février 2017 à 09:01

Principaux membres de l'Opposition de gauche, en 1927. Trotsky est au centre.

L'Opposition de gauche est le nom donné à la tendance du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS), entre 1923 et 1927, dirigée par Léon Trotsky, et d'anciens membres de l'Opposition ouvrière. Cette tendance se forma lors des luttes de pouvoir émergeant entre factions rivales au moment où Lénine, qui meurt en janvier 1924, était malade.

En décembre 1927, le « trotskysme » fut déclaré incompatible avec l'appartenance au PCUS (Parti communiste de l'Union soviétique) et les membres de l'Opposition de gauche exclus du Parti, signalant l'avènement de la mainmise complète de Staline sur les institutions du régime soviétique. Trotsky fut banni en février 1929, tandis que certaines figures de l'Opposition décidèrent de faire leur « autocritique » afin de rejoindre le giron du Parti unique bolchévique ; la plupart furent ensuite exécutés lors des Grandes Purges de la fin des années 1930. Trotsky lui-même forma l'Opposition internationale de gauche au sein du Komintern en 1930, devenu en 1933 la Ligue communiste internationale à la suite de l'exclusion du Komintern de ses adhérents. Celle-ci devint en 1938 la Quatrième Internationale, marquant la rupture définitive entre les trotskystes et le Komintern.

Contexte

Depuis l'échec de l'Armée Rouge en Pologne, la révolution reculait sur tous les fronts, « l'offensive révolutionnaire » de mars 1921 en Allemagne ne pouvait enrayer ce mouvement. En octobre 1922, Mussolini formait le premier ministère fasciste. En septembre 1923, c'était en Espagne le coup d'État de Primo de Rivera. Ce recul ne devait pas épargner la Russie des soviets. Dès 1921 la N.E.P. représentait toute une série de concessions faites aux éléments de la ville et de la campagne. La fin de la guerre civile trouva le pays épuisé à un tel point, l'économie si délabrée, qu'il fallut bien en passer par là et renoncer au communisme de guerre.

Le Parti Bolchevik était parfaitement conscient qu'il s'agissait d'un recul, il n'essaya pas de le cacher. Et, pour éviter que la pression de la petite bourgeoisie qui allait immanquablement renaître de la NEP ne se manifeste trop facilement dans le seul parti dirigeant, le Xe congrès supprima le droit de fractions.

Mais cette mesure se révéla la parfaitement inefficace, elle se retourna même finalement contre les révolutionnaires, car ce ne fut pas à la périphérie du parti mais en son centre, dans son appareil, que se manifesta l'influence petite-bourgeoise.

Naissance de l'Opposition de gauche

Avant de mourir en 1923, Lénine était très malade et écarté de fait de la politique du nouvel Etat. C'est aussi en 1923 que Trotsky commence à critiquer la bureaucratisation du parti bolchevik. Son courant lutte en interne pour plus de démocratie, plus d'intervention de la base ouvrière face notamment aux bureaucrates derrière Staline qui accroissent rapidement leur pouvoir. Mais comme Lénine et la vieille garde bolchévique, il sait que le salut ne peut être que dans la « révolution permanente et mondiale ». L'enfermement dans un pays économiquement arriéré ne peut conduire qu'à la démoralisation ouvrière. C'est pourquoi l'échec de la Révolution allemande a directement renforcé la bureaucratie, qui défend désormais la thèse révisionniste du "socialisme dans un seul pays".

L'Opposition de gauche naît en octobre 1923. Elle s'oppose d'une part à la confiscation du pouvoir par la bureaucratie des mains de la classe ouvrière, mais promeut aussi l'industrialisation rapide du pays pour le sortir de la misère et redonner courage aux masses.

La montée de la Révolution chinoise redonne du souffle à l'Opposition, qui condamne fermement la poltique de l'Internationale communiste qui conduit en 1927 au massacre de Shanghai. Mais le soulèvement final que lance Staline conduit à l'écrasement des ouvriers révolutionnaires chinois. Tout en validant théoriquement les critiques de Trotsky, cela va objectivement miner son camp.

En URSS, deux années d'intense activité révolutionnaire du prolétariat chinois avaient redonné espoir et énergie combative à certains travailleurs. Et cela s'exprimait notamment dans le fait que l'Opposition unifiée au stalinisme, dirigée par Trotsky et Zinoviev, recevait de nouvelles marques de sympathie, des soutiens nouveaux, dans les usines, les quartiers ouvriers.

Malgré la censure dont étaient victimes les idées de l'Opposition, malgré la mise à l'écart de ses dirigeants (Trotsky, Zinoviev et Kamenev avaient été évincés du Bureau politique par Staline, fin 1926), malgré les bandes de voyous staliniens cherchant à disperser leurs réunions, les dirigeants de l'Opposition rassemblaient parfois des milliers d'auditeurs. Ainsi, le 17 octobre, lors d'une manifestation officielle à Léningrad, Trotsky et Zinoviev, bien qu'écartés de la tribune, avaient été ovationnés par une foule d'ouvriers.

La semaine suivante, Staline les fit exclure du Comité central. Mais, à l'occasion du dixième anniversaire d'Octobre, et du quinzième congrès du parti qui devait suivre, les dirigeants de l'Opposition étaient bien décidés à se faire entendre, à dénoncer devant le parti la trahison de la révolution chinoise dont s'était rendue coupable la direction stalinienne.

Craignant l'écho que pourraient avoir dans le parti et l'Internationale les critiques de Trotsky, Staline fit tout pour museler l'Opposition. Prenant prétexte qu'elle avait manifesté à l'occasion du dixième anniversaire d'Octobre, Staline fit exclure Trotsky et Zinoviev du parti. Il fit arrêter plusieurs oppositionnels en vue, il interdit que l'on publiât la plate-forme de l'Opposition pour le congrès. Dans le même temps, pour faire croire que, quoi qu'en dise l'Opposition, le prolétariat chinois n'était pas vaincu, le Komintern stalinien lança le PCC dans une aventure putschiste vouée à l'échec : la prise du pouvoir à Canton, le 11 décembre 1927. Cette " Commune de Canton " se termina, deux jours plus tard, par le massacre de plusieurs milliers d'ouvriers et de communistes chinois.

Il fallait cela à Staline pour couvrir d'un silence de plomb les critiques de l'Opposition communiste en URSS, et préparer la déportation (dès janvier 1928) de ceux qui, comme Trotsky et ses camarades, refusèrent de se renier en capitulant " devant le monde entier ", comme l'exigea Staline.

Certains - Zinoviev, Kamenev - notamment cédèrent alors à Staline, une voie qui allait les emporter toujours plus loin dans le reniement de leurs idées. D'autres, autour de Trotsky, allaient payer de leur liberté, puis de leur vie, d'avoir défendu le drapeau du léninisme.

Lutte internationale

Mais la lutte entre trotskisme et stalinisme n'est ni la lutte entre deux personnes, ni un simple "clivage poitique" de l'URSS. C'est grosso-modo la lutte entre les authentiques révolutionnaires communistes d'une part, et la bureaucratie stalinienne et ses laquais internationaux qui lui donnent une puissance incomparable. Et la première force des PC stalinisés partout dans le monde sera un soutien souvent fort de nombreux ouvriers et de "compagnons de route".

Cette lutte internationalisée se traduit en premier lieu par l'insécurité physique des trotskistes dans le monde entier, face à un NKVD / KGB au bras long. L'opposition apparaît nettement dans les situations révolutionnaires : lors de la Révolution espagnole les staliniens, freinant la révolution, s'en prennent au POUM. Trotsky a donné son avis sur ce qu'aurait pu et dû faire le POUM selon lui.

En URSS, les procès de Moscou de 1936 mettront un terme au trotskisme sur la phrase de Vychinski : « Il faut fusiller ces chiens enragés ». Des anciens bolchéviks, il ne reste que le sinistre Staline.

Personnalités de l'Opposition de Gauche