Marxisme

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Le marxisme est le système des idées et de la doctrine de Karl Marx et de ceux qui ont continué à utiliser sa méthode.

Marx a continué et parachevé les trois principaux courants d'idées du XIXe siècle, la philosophie classique allemande, l'économie politique classique anglaise et le socialisme français. La logique et l'unité remarquables de ses idées sont des qualités reconnues même par ses adversaires, et aujourd'hui timidement et partiellement réhabilités par ceux qui se disent marxiens.

Le marxisme est la base du socialisme scientifique, qui est pour beaucoup de révolutionnaires l'acquis le plus précieux pour l'émancipation de l'humanité. Car  "la pensée marxiste n'est pas seulement pensée orientée vers l'action. Elle est théorie de l'action, réflexion sur la praxis, c'est-à-dire sur le possible et l'impossible. (...) La pensée critique n'a de sens et de portée que par l'action pratique révolutionnaire, critique en acte de l'existant."[1]

Les fondements

Le marxisme utilise comme fondements le matérialisme et la dialectique, réunis dans une même théorie de l'évolution qu'est le matérialisme dialectique.

Le matérialisme

Le marxisme part du principe matérialiste : le monde est matériel, et l'on doit chercher à expliquer la réalité à partir de la matière. 

La dialectique

La dialectique est en philosophie une manière de raisonner et d'interpréter le monde qui part des contradictions apparentes et cherche à les dépasser, c'est-à-dire à faire émerger de nouvelles thèses dans lesquelles les contradictions sont résolues.

La méthode

La méthode de raisonnement marxiste se situe à la fois sur le plan de l'interprétation de l'histoire, et sur celle de l'analyse économique du capitalisme. Les deux approches ne sont pas dissociables, chacune fait appel à l'autre.

L'analyse de l'histoire

La conception matérialiste de l'histoire

L'aspect directement pratique du matérialisme dialectique est la conception matérialiste de l'histoire, ou matérialisme historique. Celle-ci permet de comprendre les évolutions de l'humanité à partir des changements intervenus dans la sphère matérielle. De même que l'on ne juge pas une personne selon ce qu'elle pense d'elle-même, on ne doit pas juger une société sur les valeurs qu'elle proclame. On doit à l'inverse chercher dans les conditions de vie des masses et dans les rapports de production les sources de la politique et des idéologies.

La lutte des classes

Résultat principal du matérialisme historique : l'histoire est dans ses grandes lignes dessinée par la lutte des classes. Marx a donné de nombreux exemples d'analyses approfondies des événements politiques majeurs de son époque, et des époques antérieures.

L'analyse économique

Marx a consacré de nombreuses années de sa vie a étudier en détail le fonctionnement du capitalisme, ce qui nous permet aujourd'hui de disposer de résultats d'une précision toujours d'actualité.

Marchandises et loi de la valeur

Lorsque l'on s'intéresse aux marchandises dans le marxisme, on distingue la valeur d'usage (l'utilité sociale) et la valeur d'échange (le prix moyen).

Marx a montré rigoureusement que la valeur (d'échange) des marchandises correspond au temps de travail socialement nécessaire pour la produire. C'est ce qu'il a appelé la loi de la valeur.

Le fétichisme

Un point sur lequel Marx insiste beaucoup : les marchandises et leur prix, aussi concrets qu'ils soient, sont des constructions sociales. Leur réalité n'est pas une donnée intemporelle et immuable, mais le reflet des rapports de production actuels. Ce phénomène de fétichisme est illustré de façon plus frappante par la monnaie, la marchandise servant d'équivalent universel.

La plus-value et le profit

En étudiant le capitalisme, un des premiers phénomènes que Marx a remarqué et cherché à comprendre a été l'accroissement de la richesse sociale. En effet, malgré l'inégalité sociale, la paupérisation et la concurrence entre capitalistes, il est apparu que cet accroissement ne résultait pas, à l'échelle sociale, d'un transfert de valeur, mais de création. Plus précisément, c'est par l'exploitation du travail que les capitalistes dégagent une plus-value, qui leur permet à la vente des marchandises de réaliser un profit.

Les crises

Mais le système capitaliste a un fonctionnement tout sauf statique. De par l'accumulation même du capital, il créé une tendance à la baisse du taux de profit, ce qui se traduit pas des crises régulières.

Histoire et économie sont inséparables

On le voit, l'économie capitaliste tout entière participe de la lutte des classes, et par conséquent détermine en très large partie les idéologies, la politique, en bref l'histoire. En retour, les choix des militants du mouvement ouvrier ainsi que les expériences qui forgent la conscience de classe du prolétariat, et donc sa combativité, peuvent imposer des conditions d'exploitation très différentes au capitalisme, voire, dans la perspective révolutionnaire, le renversement définitif du système.

Il est toujours utile de rappeler aux penseurs révolutionnaires que l'économisme -croyance une autonomie totale de l'économie- est au moins aussi improductif que l'activisme indifférent à l'économie.

Les acquis

Le capitalisme est traversé de contradictions

L'instabilité du capitalisme apparaît avec évidence tout au long de son histoire, évidence qui d'ailleurs aujourd'hui se fait sentir plus brutalement encore. Cette instabilité, illustrée notamment par les crises à répétitions, n'est pas une caractéristique accidentelle, qui serait due à des mauvaises gestions. Même si les choix politico-économiques diffèrent ou changent la forme que celles ci peuvent prendre, les crises du capitalisme sont inévitables.

Le capitalisme créé les conditions de son dépassement

Par l'approche du matérialisme historique, Marx conclut que le capitalisme est, comme les systèmes qui l'ont précédé, voué à être remplacé par un système qui lui est supérieur.

Les principales contradictions que le marxisme a identifié sont :

La perspective communiste

Pour le socialisme scientifique, la perspective communiste n'est pas une utopie, mais le système sur lequel le capitalisme peut déboucher, et pour laquelle les progressistes d'aujourd'hui doivent donc militer.

La socialisation du travail et le sujet révolutionnaire

La socialisation du travail qui progresse toujours plus rapidement sous mille formes diverses et qui, pendant le demi-siècle écoulé depuis la mort de Marx, s'est surtout manifestée par l'extension de la grande production, des cartels, des syndicats et des trusts capitalistes, ainsi que par l'accroissement immense des proportions et de la puissance du capital financier ; et c'est là que réside la principale base matérielle de l'avènement inéluctable du socialisme.

Le moteur intellectuel et moral, l'agent physique de cette transformation, c'est le prolétariat éduqué par le capitalisme lui-même. La lutte du prolétariat contre la bourgeoisie, revêtant des formes diverses et de plus en plus riches de contenu, devient inévitablement une lutte politique tendant à la conquête du pouvoir politique (« dictature du prolétariat »).

La socialisation de la production ne peut manquer d'aboutir à la transformation des moyens de production en propriété sociale, à « l'expropriation des expropriateurs ». L'augmentation énorme de la productivité du travail, la réduction de la journée de travail, la substitution du travail collectif perfectionné aux vestiges, aux ruines de la petite production primitive et disséminée, telles sont les conséquences directes de cette transformation. Le capitalisme rompt définitivement la liaison de l'agriculture avec l'industrie, mais il prépare en même temps, par son développement à un niveau supérieur, des éléments nouveaux de cette liaison : l'union de l'industrie avec l'agriculture sur la base d'une application consciente de la science, d'une coordination du travail collectif, d'une nouvelle répartition de la population (mettant un terme à l'isolement de la campagne, à son état d'abandon et d'inculture, de même qu'à l'agglomération contre nature d'une population énorme dans les grandes villes).

Dissolution du patriarcat

Les formes supérieures du capitalisme moderne préparent une nouvelle forme de la famille, de nouvelles conditions quant à la situation de la femme et à l'éducation des nouvelles générations ; le travail des femmes et des enfants et la dissolution de la famille patriarcale par le capitalisme prennent inévitablement, dans la société moderne, les formes les plus terribles, les plus désastreuses et les plus répugnantes.

Toutefois, « la grande industrie, par le rôle décisif qu'elle assigne aux femmes, aux adolescents et aux enfants des deux sexes, dans les procès de production socialement organisés en dehors de la sphère familiale, crée une nouvelle base économique sur laquelle s'élèvera une forme supérieure de la famille et des relations entre les deux sexes. Il est naturellement aussi absurde de considérer comme absolue tant la forme germano-chrétienne de la famille que les anciennes formes romaine, grecque, orientale, qui constituent, d'ailleurs, une série de développements historiques successifs. Il est également évident que la composition du personnel ouvrier, regroupant des individus de tout âge des deux sexes, constitue, dans sa forme capitaliste primitive et brutale pour laquelle l'ouvrier n'existe que pour le procès du travail et non pas ce dernier pour l'ouvrier, une source pestilentielle de corruption et d'esclavage qui doit inversement se transformer, dans des conditions adéquates, en une source de développement humain » (Le Capital, livre I, findu 13e chapitre).

Le système de fabrique nous montre « le germe de l'éducation de l'avenir, éducation où le travail productif s'unira, pour tous les enfants au-dessus d'un certain âge, à l'instruction et à la gymnastique, et cela non seulement comme méthode destinée à accroître la production sociale, mais comme la seule et unique méthode pour produire des hommescomplets » (Ibidem).

Internationalisme

C'est sur la même base historique que le socialisme de Marx pose les problèmes de la nationalité et de l'Etat, non seulement pour expliquer le passé, mais aussi pour prévoir hardiment l'avenir et entreprendre une action audacieuse en vue de sa réalisation. Les nations sont un produit et une forme inévitables de l'époque bourgeoise de l'évolution des sociétés. La classe ouvrière n'aurait pu se fortifier, s'aguerrir, se former, sans « s'organiser dans le cadre de la nation », sans être « nationale » (« quoique nullement au sens bourgeois du mot »). Mais le développement du capitalisme brise sans cesse les barrières nationales, détruit l'isolement national, substitue les antagonismes de classes aux antagonismes nationaux. C'est pourquoi, dans les pays capitalistes développés, il est parfaitement vrai que « les ouvriers n'ont pas de patrie » et que, tout au moins dans les pays civilisés, leur « action commune » « est une des premières conditions de l'émancipation du prolétariat »(Manifeste du Parti communiste)".

L'État

L'État, cette violence organisée, a surgi inévitablement à un certain degré d'évolution de la société lorsque celle-ci, divisée en classes inconciliables, n'aurait pu subsister sans un « pouvoir » placé prétendument au dessus de la société et séparé d'elle jusqu'à un certain point.

Né des antagonismes de classes, l'État devient « l'État de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. C'est ainsi que l'Etat antique était avant tout l'Etat des propriétaires d'esclaves pour mater les esclaves, comme l'Etat féodal fut l'organe de la noblesse pour mater les paysans serfs et corvéables, et comme l'Etat représentatif moderne est l'instrument de l'exploitation du travail salarié par le capital » (F. Engels : L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, où il expose ses vues et celles de Marx).

La forme même la plus libre et la plus progressive de l'Etat bourgeois, la république démocratique, n'élimine nullement ce fait, mais en modifie seulement l'aspect (liaison du gouvernement avec la Bourse, corruption directe et indirecte des fonctionnaires et de la presse, etc.).

L'extinction de l'Etat

Le socialisme, en menant à la suppression des classes, conduit par là même à la suppression de l'Etat.

« Le premier acte dans lequel l'Etat apparaît réellement comme représentant de toute la société, - la prise de possession des moyens de production au nom de la société, - est en même temps son dernier acte propre en tant qu'Etat. D'un domaine à l'autre, l'intervention d'un pouvoir d'Etat dans les rapports sociaux devient superflue et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des opérations de production. L'Etat n'est pas , il s'éteint » (F. Engels : Anti-Dühring). « La société, qui réorganisera la production sur la base d'une association libre et égalitaire des producteurs reléguera toute la machine de l'Etat là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze » (F.Engels : L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat).

Le socialisme et la petite paysannerie

Enfin, en ce qui concerne la position du socialisme de Marx à l'égard de la petite paysannerie, qui existera encore à l'époque où les expropriateurs seront expropriés, il importe de mentionner cette déclaration d'Engels, qui exprime la pensée de Marx :

« ...lorsque nous serons au pouvoir, nous ne pourrons songer à exproprier par la force les petits paysans (que ce soit avec ou sans indemnité), comme nous serons obligés de le faire pour les grands propriétaires fonciers. Notre devoir envers le petit paysan est, en premier lieu, de faire passer sa propriété et son exploitation individuelles à l'exploitation coopérative, non en l'y contraignant, mais en l'y amenant par des exemples et en mettant à sa disposition le concours de la société. Et ici les moyens ne nous manquent pas pour faire entrevoir au petit paysan des avantages qui lui sauteront aux yeux dès aujourd'hui » (F.Engels : La Question paysanne en France et en Allemagne, édit. Alexéïéva, p. 17. La traduction russe contient des erreurs. Voirl'original dans la Neue Zeit).

Ecrits de marxistes en ligne

Le site Marxists.org

Notes et références

  1. Henri Lefèbvre, Sociologie de Marx, 1974