L'impérialisme, stade suprême du capitalisme : Différence entre versions

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En pleine [[Première_Guerre_mondiale|guerre mondiale]], alors que des armées de millions d’hommes s’affrontaient dans des carnages sans nom, alors que l’économie des pays les plus développés s’était transformée en une vaste production d’engins de mort, que toute la planète était mise à contribution pour la guerre, [[Lénine|Lénine]] voulait répondre à la question : « ''Comment en est-on arrivé là ?'' » À cette époque comme aujourd’hui, les explications et les justifications de la catastrophe ne manquaient pas. Les nationalistes accusaient le camp d’en face, d’autres jetaient la faute sur la nature humaine ou sur celle d’un terroriste illuminé en particulier, les plus raisonnables parlaient de folie politique et du regrettable entêtement des gouvernements. Lénine, lui, allait au fond des choses, en expliquant que le développement même du capitalisme avait exacerbé la concurrence entre les différentes puissances et engendré la guerre pour le repartage du monde.
  
 
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Rédigé durant la [[Première_Guerre_mondiale|Première Guerre mondiale]], Lénine analyse l'[[Impérialisme|impérialisme]] comme un capitalisme « parasitaire ou pourrissant » marqué par la domination du [[Capital_financier|capital financier]] sur le [[Capital_industriel|capital industriel]] : il voit dans le conflit en cours une lutte entre impérialismes rivaux pour le [[Partage_du_monde|partage du monde]], et pronostique la transformation de la guerre entre nations en une guerre entre [[Bourgeois|bourgeois]] et [[Prolétaires|prolétaires]].
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Lénine établit que le déploiement de la libre concurrence implique un développement intense de l’industrie, entraînant la concentration de la production et la formation de grands groupes monopolistes. Ces derniers s’entendent sur les conditions de vente, ils se répartissent les débouchés, ils déterminent la quantité des produits à fabriquer. Ils fixent les prix. Ils gèrent et contrôlent l’ensemble de la vie économique, ce qui conduit à la transformation de la concurrence en monopole. Hier comme aujourd’hui, ce sont eux le vrais détenteur du pouvoir. D’ailleurs aujourd’hui, les 1% les plus fortunés concentrent 46% du patrimoine mondial.
<blockquote>On conçoit toute la difficulté de la concurrence contre ce trust, pratiquement unique et mondial, qui dispose d'un capital de plusieurs milliards et a des "succursales", des représentations, des agences, des relations, etc., en tous les points du globe. Mais ce partage du globe entre deux trusts puissants n'exclut certes pas un nouveau partage, au cas où le rapport des forces viendrait à se modifier (par suite d'une inégalité dans le développement, de guerres, de faillites, etc.).</blockquote>
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Plus largement, il voit analyse la [[Guerre_mondiale|guerre mondiale]] comme l'expression du début du pourrissement du [[Régime_capitaliste|régime capitaliste]].
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Lénine montre aussi que l’interpénétration du capital bancaire et du capital industriel marque la naissance du [[Capital_financier|capital financier]] avec son inévitable domination. En effet, le développement des monopoles ne pouvait s’effectuer sans le rôle des banques qui transforme le capital passif (l’argent) en capital actif (qui génère des profits). De par leur développement et le processus de concentration, les banques deviennent de grands monopoles. Les petites banques disparaissent ou sont absorbées par les grandes. Les entreprises sont ainsi sous le contrôle des grands groupes bancaires avec lesquels elles travaillent.
<blockquote>Si l'on devait définir l'impérialisme aussi brièvement que possible, il faudrait dire qu'il est le stade monopoliste du capitalisme. Cette définition embrasserait l'essentiel, car, d'une part, le capital financier est le résultat de la fusion du capital de quelques grandes banques monopolistes avec le capital de groupements monopolistes d'industriels; et, d'autre part, le partage du monde est la transition de la politique coloniale, s'étendant sans obstacle aux régions que ne s'est encore appropriée aucune puissance capitaliste, à la politique coloniale de la possession monopolisée de territoires d'un globe entièrement partagé.</blockquote>
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A la vision traditionnelle de Marx, chez qui la [[Révolution_socialiste|révolution socialiste]] consiste en une expropriation des grands capitalistes, Lénine substitue une vision apocalyptique de l'agonie du capitaliste, dans le cadre de conflits gigantesques.
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Le capitalisme classique se caractérise par l’exportation de marchandises, mais arrivé à son stade impérialiste, c’est l’exportation de capitaux qui prédomine. Les pays développés peuvent exporter des capitaux en grandes quantités, car ils en détiennent d’importants excédents, qu’ils ont beaucoup de peine à investir dans leur économie saturé en biens. C’est alors que l’exportation des capitaux devient ainsi un moyen d’encourager l’importation des marchandises à bas coup. Ceci permet de maintenir un taux de profit raisonnable (du moins temporairement) aux capitalistes. La Chine illustre à merveille ceci depuis 20 ans.
<blockquote>Quand une grosse entreprise devient une entreprise géante et qu'elle organise méthodiquement, en tenant un compte exact d'une foule de renseignements, l'acheminement des deux tiers ou des trois quarts des matières premières de base nécessaires à des dizaines de millions d'hommes; quand elle organise systématiquement le transport de ces matières premières jusqu'aux lieux de production les mieux appropriés, qui se trouvent parfois à des centaines et des milliers de verstes; quand un centre unique a la haute main sur toutes les phases successives du traitement des matières premières, jusque et y compris la fabrication de toute une série de variétés de produits finis; quand la répartition de ces produits se fait d'après un plan unique parmi des dizaines et des centaines de millions de consommateurs (vente du pétrole en Amérique et en Allemagne par la "Standard Oil" américaine), alors, il devient évident que nous sommes en présence d'une socialisation de la production et non point d'un simple "entrelacement", et que les rapports relevant de l'économie privée et de la propriété privée forment une enveloppe qui est sans commune mesure avec son contenu, qui doit nécessairement entrer en putréfaction si l'on cherche à en retarder artificiellement l'élimination, qui peut continuer à pourrir pendant un laps de temps relativement long (dans le pire des cas, si l'abcès opportuniste tarde à percer), mais qui n'en sera pas moins inéluctablement éliminée.</blockquote>
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Lénine constate que le partage du monde entre les puissances exportatrices de capitaux implique un partage effectif des différentes zones du globe. En fonction de cette logique, les groupes peuvent parvenir à se mettre d’accord pour occuper le monde de façon à ce que chacun puisse en tirer le maximum. Mais comme le monde était entièrement partagé depuis le début du XXe siècle, la lutte pour les marchés et le contrôle des différentes zones du monde, a abouti au conflit de 14-18. Mais si le conflit fut désastreux pour la population, il fut au contraire une véritable bouée de sauvetage pour les capitalistes en sursis. En effet pour le grand capital, la guerre n’a que de grandes vertus. La perspective du champ de ruine encore fumant qui permettra aux capitaux surabondants de trouver enfin un débouché solvable lors de la reconstruction.
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Aujourd’hui de nouveaux prétendants à un repartage se manifestent sur la scène mondiale ce qui laisse présager d’un triste futur. Partout les grands groupes impérialistes sont obligés de défendre leurs propres marchés, mais aussi se battre pour en gagner contre leurs concurrents et pour espérer maintenir leurs profits. Le combat est devenu permanent (Irak, Ukraine, Syrie, Libye, Afrique), ce qui ne correspond qu’aux combats annonciateurs de la prochaine guerre mondiale. De la même façon que la crise marocaine ou la guerre balkanique était annonciateur de la boucherie de 1914.
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Les descriptions d’une bourgeoisie de plus en plus parasitaire, vivant de la tonte des coupons de Bourse à l’ombre d’un État à son service, caractérisent toujours les financiers contemporains. L’exploitation éhontée des petits pays par les grands dénoncée en 1916, correspond toujours à la politique des pays ex-colonisateurs ou même aux rapports entre membres de l’Union européenne et à la politique extérieure des États-Unis. Lénine montrait le parasitisme de la classe dominante bloquant le progrès, développant le militarisme, l’expansionnisme, la réaction, et ce qu’il appelait la putréfaction de la société, illustrée par le carnage commencé en 1914. Il démontrait l’enchaînement de tous ces faits sociaux, la logique du développement du capital, de la guerre et de la lutte de classe, et décelait dans ce monde en crise l’approche de la révolution sociale.
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Malgré le temps écoulé, malgré les transformations du capitalisme et les cataclysmes dont a été rempli ce siècle, ''L’Impérialisme'' reste d’une brûlante actualité. À un mineur sud-africain, à un ouvrier chinois, à un lycéen marocain ou à un chômeur de Roubaix, ce livre dit encore aujourd’hui&nbsp;: «&nbsp;''Voilà ce qu’est ce monde et ce qu’il faut faire pour le transformer.''&nbsp;»
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== Notes et références ==
 
== Notes et références ==
  
 
Lire ''L'impéralisme, stade suprême du capitalisme''&nbsp;: [https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm]
 
Lire ''L'impéralisme, stade suprême du capitalisme''&nbsp;: [https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm]
 
[[Catégorie:Livres]] [[Catégorie:Théorie]]
 
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Version du 31 décembre 2016 à 13:15

L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme est un livre écrit par Lénine en 1916 et publié en 1917.

Contexte

En pleine guerre mondiale, alors que des armées de millions d’hommes s’affrontaient dans des carnages sans nom, alors que l’économie des pays les plus développés s’était transformée en une vaste production d’engins de mort, que toute la planète était mise à contribution pour la guerre, Lénine voulait répondre à la question : « Comment en est-on arrivé là ? » À cette époque comme aujourd’hui, les explications et les justifications de la catastrophe ne manquaient pas. Les nationalistes accusaient le camp d’en face, d’autres jetaient la faute sur la nature humaine ou sur celle d’un terroriste illuminé en particulier, les plus raisonnables parlaient de folie politique et du regrettable entêtement des gouvernements. Lénine, lui, allait au fond des choses, en expliquant que le développement même du capitalisme avait exacerbé la concurrence entre les différentes puissances et engendré la guerre pour le repartage du monde.

Contenu

Lénine établit que le déploiement de la libre concurrence implique un développement intense de l’industrie, entraînant la concentration de la production et la formation de grands groupes monopolistes. Ces derniers s’entendent sur les conditions de vente, ils se répartissent les débouchés, ils déterminent la quantité des produits à fabriquer. Ils fixent les prix. Ils gèrent et contrôlent l’ensemble de la vie économique, ce qui conduit à la transformation de la concurrence en monopole. Hier comme aujourd’hui, ce sont eux le vrais détenteur du pouvoir. D’ailleurs aujourd’hui, les 1% les plus fortunés concentrent 46% du patrimoine mondial.

Lénine montre aussi que l’interpénétration du capital bancaire et du capital industriel marque la naissance du capital financier avec son inévitable domination. En effet, le développement des monopoles ne pouvait s’effectuer sans le rôle des banques qui transforme le capital passif (l’argent) en capital actif (qui génère des profits). De par leur développement et le processus de concentration, les banques deviennent de grands monopoles. Les petites banques disparaissent ou sont absorbées par les grandes. Les entreprises sont ainsi sous le contrôle des grands groupes bancaires avec lesquels elles travaillent.

Le capitalisme classique se caractérise par l’exportation de marchandises, mais arrivé à son stade impérialiste, c’est l’exportation de capitaux qui prédomine. Les pays développés peuvent exporter des capitaux en grandes quantités, car ils en détiennent d’importants excédents, qu’ils ont beaucoup de peine à investir dans leur économie saturé en biens. C’est alors que l’exportation des capitaux devient ainsi un moyen d’encourager l’importation des marchandises à bas coup. Ceci permet de maintenir un taux de profit raisonnable (du moins temporairement) aux capitalistes. La Chine illustre à merveille ceci depuis 20 ans.

Lénine constate que le partage du monde entre les puissances exportatrices de capitaux implique un partage effectif des différentes zones du globe. En fonction de cette logique, les groupes peuvent parvenir à se mettre d’accord pour occuper le monde de façon à ce que chacun puisse en tirer le maximum. Mais comme le monde était entièrement partagé depuis le début du XXe siècle, la lutte pour les marchés et le contrôle des différentes zones du monde, a abouti au conflit de 14-18. Mais si le conflit fut désastreux pour la population, il fut au contraire une véritable bouée de sauvetage pour les capitalistes en sursis. En effet pour le grand capital, la guerre n’a que de grandes vertus. La perspective du champ de ruine encore fumant qui permettra aux capitaux surabondants de trouver enfin un débouché solvable lors de la reconstruction.

Aujourd’hui de nouveaux prétendants à un repartage se manifestent sur la scène mondiale ce qui laisse présager d’un triste futur. Partout les grands groupes impérialistes sont obligés de défendre leurs propres marchés, mais aussi se battre pour en gagner contre leurs concurrents et pour espérer maintenir leurs profits. Le combat est devenu permanent (Irak, Ukraine, Syrie, Libye, Afrique), ce qui ne correspond qu’aux combats annonciateurs de la prochaine guerre mondiale. De la même façon que la crise marocaine ou la guerre balkanique était annonciateur de la boucherie de 1914.

Postérité

Les descriptions d’une bourgeoisie de plus en plus parasitaire, vivant de la tonte des coupons de Bourse à l’ombre d’un État à son service, caractérisent toujours les financiers contemporains. L’exploitation éhontée des petits pays par les grands dénoncée en 1916, correspond toujours à la politique des pays ex-colonisateurs ou même aux rapports entre membres de l’Union européenne et à la politique extérieure des États-Unis. Lénine montrait le parasitisme de la classe dominante bloquant le progrès, développant le militarisme, l’expansionnisme, la réaction, et ce qu’il appelait la putréfaction de la société, illustrée par le carnage commencé en 1914. Il démontrait l’enchaînement de tous ces faits sociaux, la logique du développement du capital, de la guerre et de la lutte de classe, et décelait dans ce monde en crise l’approche de la révolution sociale.

Malgré le temps écoulé, malgré les transformations du capitalisme et les cataclysmes dont a été rempli ce siècle, L’Impérialisme reste d’une brûlante actualité. À un mineur sud-africain, à un ouvrier chinois, à un lycéen marocain ou à un chômeur de Roubaix, ce livre dit encore aujourd’hui : « Voilà ce qu’est ce monde et ce qu’il faut faire pour le transformer. »

Notes et références

Lire L'impéralisme, stade suprême du capitalisme : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/vlimp.htm