Gouvernement bourgeois

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Un gouvernement bourgeois est un gouvernement qui gère les affaires de la bourgeoisie dans l'intérêt de la bourgeoisie.

Gouvernement bourgeois

La démocratie capitaliste est traversé d'une profonde contradiction : elle repose sur la domination de la bourgeoisie, mais celle-ci est numériquement minoritaire par rapport à la classe travailleuse. En période "normale", l'idéologie dominante nie l'existence de classes sociales, ou, plus souvent, elle tente de faire passer l'idée qu'exploiteurs et exploités ont les mêmes intérêts. C'est pourquoi en dehors de périodes révolutionnaires, les partis bourgeois sont souvent majoritaires, les gouvernements se prétendent "au dessus des classes" et au service de "l'intérêt général".

Il faut bien préciser qu'un gouvernement est dit bourgeois parce qu'il mène une politique au service de la bourgeoisie, cela ne veut pas dire que tous les membres du gouvernement sont des "bourgeois". Bien sûr, le plus souvent, les politiciens des sont des professionnels qui sont de longue date coupés de la classe travailleuse et sont en fait partie intégrante de la bourgeoisie, même s'ils ne sont pas eux-mêmes capitalistes. Mais il arrive parfois que des ministres soient issus de condition modeste, tout en défendant désormais une politique bourgeoise. Les partis bourgeois raffolent de ces cas rares, qui sont des façons pour eux de se montrer "populaires" et atténuer la conscience de classe qui pourraît naître chez les exploités.

Gouvernement et Etat bourgeois

Mais pour renversement le capitalisme, il ne suffit pas de remplacer un gouvernement, il faut un programme révolutionnaire mis en oeuvre par les travailleurs eux-mêmes, à travers des organes de pouvoir des travailleurs (conseils, soviets, cordones industriales...). Car les institutions de l'Etat actuel (Etat bourgeois) sont fondamentalement faites pour préserver le pouvoir de la classe dominante (parlementarisme représentatif de "tous les citoyens", donc surtout des meilleurs lobbyistes, ministères sans contrôle des travailleurs...). Les communistes révolutionnaires veulent donc renverser tout gouvernement bourgeois, mais fondamentalement à amener la classe laborieuse à la conscience qu'elle doit accomplir une révolution socialiste en prenant le pouvoir, tant économique (expropriation des capitalistes) que politique (mise en place d'un Etat ouvrier). C'est-à-dire mettre en place un gouvernement des travailleurs, qui assume d'être un gouvernement de classe.

Néanmoins, il peut arriver dans des situations révolutionnaires que des partis disant défendre les travailleurs accèdent à un gouvernement dans le cadre des institutions actuelles. C'est-à-dire la formation d'un gouvernement des organisations ouvrières avec les institutions de l'Etat bourgeois.

Une telle situation est nécessairement instable, car elle est en contradiction profonde avec l'idéologie dominante (qui dit qu'un gouvernement dans sa forme actuelle est au service de "l'intérêt général") et menace la bourgeoisie. Un tel gouvernement peut facilement trahir ou être renversé, car les partis ouvriers au pouvoir sont soumis à la pression de la classe dominante et ne sont pas l'émanation directe de la démocratie ouvrière. Mais si un parti révolutionnaire est capable de porter la conscience de classe au maximum, une telle situation peut être l'ultime jalon vers un gouvernement des travailleurs eux-mêmes.

Stratégie et tactiques révolutionnaire

Les communistes révolutionnaires maintiennent en toute circonstance une indépendance politique et défendent l'indépendance de classe vis-à-vis de tout gouvernement bourgeois. Bien évidemment ils maintiennent aussi une propagande consistant à expliquer que seul un gouvernement des travailleur-se-s, à la place d'un gouvernement bourgeois, pourra satisfaire les revendications.

Mais la place que prend cette propagande varie bien sûr selon les tâches immédiates et selon le contexte général :

  • Dans une situation révolutionnaire où le prolétariat et à l'offensive et où des organes d'auto-organisation sont présents, le renversement du gouvernement bourgeois est la tâche de l'heure, l'axe politique central (« tout le pouvoir aux soviets ! »)
  • Dans une situation où le prolétariat est à l'offensive, mais reste dominé par des forces réformistes, le renversement d'un gouvernement bourgeois peut être un mot d'ordre très utile pour faire progresser l'expérience collective des travailleur-se-s, et, à condition de maintenir la pression sur tout attelage réformiste qui pourrait émerger, cela peut conduire à une situation révolutionnaire.
  • Dans une situation où la dynamique penche du côté de la réaction (par exemple un parti d'extrême droite, voire fasciste contestant un gouvernement bourgeois "libéral"), ce n'est sans doute pas le moment de faire du renversement du gouvernement libéral un axe d'agitation politique.

Par exemple, dans Contre le national-communisme, Trotsky condamne le PC allemand qui venait de faire front avec les nazis en participant à un référendum visant à faire tomber le gouvernement (coalition de bourgeois et social-démocrates). Or, vu le rapport de force de l’époque (les communistes sont un parti de masse, mais les nazis sont devenus plus nombreux), cela revenait à donner le pouvoir aux nazis. Trotsky revient sur l'enseignement des bolchéviks dans la révolution russe :

« Pendant la démonstration d'avril 1917, une partie des bolcheviks lança le mot d'ordre " A bas le gouvernement provisoire ". Le Comité central rappela aussitôt à l'ordre les ultra-gauches. Nous devons, bien entendu, propager la nécessité de renverser le gouvernement provisoire mais nous ne pouvons pas encore appeler les masses dans la rue sur ce mot d'ordre, parce que nous sommes encore en minorité dans la classe ouvrière. Si, dans ces conditions, nous réussissions à renverser le gouvernement provisoire, nous ne pourrions pas le remplacer et, par conséquent, nous aiderions' la contre-révolution. Il faut expliquer patiemment aux masses le caractère antipopulaire de ce gouvernement avant que sonne l'heure de son renversement. »[1]

Notes et sources

  1. Trotsky, Contre le national-communisme , 25 août 1931