Différences entre les versions de « Front populaire (France) »

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*Franck Slegers, "La grande désillusion, il y a cinquante ans, s'appelait Front populaire", ''La Gauche'', février 1986, [http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=576:la-grande-desillusion-il-y-a-cinquante-ans-sappelait-lfront-populairer&option=com_content&Itemid=53].
 
*Franck Slegers, "La grande désillusion, il y a cinquante ans, s'appelait Front populaire", ''La Gauche'', février 1986, [http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=576:la-grande-desillusion-il-y-a-cinquante-ans-sappelait-lfront-populairer&option=com_content&Itemid=53].
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[[Category:France]][[Category:Analyse_historique]]

Version du 11 avril 2011 à 23:15

Le Front populaire est le nom donné à l'alliance formée, à partir de 1934, par le Parti communiste français, la SFIO et le Parti radical, et qui a accédé au gouvernement en 1936.

1 Contexte

En 1931, la crise économique frappe la France. En 1936, on compte 1,5 millions de chômeurs complets ou partiels pour 10 millions de travailleurs. La classe ouvrière, les paysans, les classes moyennes sont touchés, et la démocratie parlementaire est discréditée. Des groupes d'extrême-droite exploitent la situation.

2 Historique

2.1 Divisions du mouvement ouvrier

Au début des années 30, le mouvement ouvrier est divisé :

  • le PCF, fort de 30 000 membres et bien organisé, suit une ligne ultra-sectaire, et met dans le même sac les socialistes et les fascistes ;
  • la SFIO compte 100 000 membres, mais est peu implantée parmi les ouvriers d'usine.

Le mouvement syndical est divisé de façon identique :

  • la CGT, dominée par la SFIO, compte 700 000 membres dont 200 000 ouvriers d'usine ;
  • la CGTU, dominée par le PCF, compte 200 000 membres.

2.2 Le 6 février 1934

Le 6 février 1934, suite à un scandale financier (l'affaire Stavisky), les groupes d'extrême-droite organisent une manifestation contre le système parlementaire. Le PCF appelle à manifester à la fois contre le gouvernement et les bandes fascistes. Des affrontements violents ont lieu. Sous la pression de la rue, le gouvernement démissionne.

2.3 Tournant vers l'unité

La chute du gouvernement provoque un choc dans la classe ouvrière française, qui va dès lors imposer l'unité à ses organisations pour lutter contre le péril fasciste. Le 9 février, le PCF manifeste seul. Mais 3 jours plus tard, la CGTU se rallie à la manifestation organisée par la CGT ! La grève du 12 est un succès inespéré, et les cortèges communiste et socialiste fusionnent aux cris d'"Unité ! Unité !".

Mais si la IIIe Internationale abandonne son cours sectaire, ce n'est pas pour réaliser l'unité des organisations ouvrières. La ligne de Staline n'est pas d'oeuvrer à l'unité du mouvement ouvrier international, mais de chercher l'alliance des ouvriers français avec leur bourgeoisie contre la bourgeoisie allemande. C'est pourquoi le PCF, qui a conclu un accord anti-fasciste avec la SFIO en juillet 1934, veut aussi s'allier avec le Parti radical, qui est le principal parti de la bourgeoisie française. En octobre, Maurice Thorez, dirigeant du PCF, plaide pour une alliance entre ces trois partis. La gauche de la SFIO, partisane d'une alliance des organisations ouvrières, s'y oppose ; mais elle est battue au Congrès de Mulhouse (juin 1935).

2.4 Une dynamique inattendue dans les masses

Un "Rassemblement populaire", ou Front populaire, est donc formé entre socialistes, communistes et radicaux, sur la base d'un accord qui ne donne en rien satisfaction aux revendications des travailleurs (les radicaux s'y opposeraient). Cette alliance au sommet soude, à la base, l'unité des travailleurs. Leur assurance croît de façon colossale. La 14 juillet 1935, 500 000 travailleurs défilent dans les rues de Paris. Le 1er mai 1936, il y a 250 000 grévistes à Paris. Les deux confédérations syndicales ont fusionné en mars.

Cette confiance de la classe ouvrière s'exprime au moment des élections du 3 mai 1936 : le Front populaire remporte les élections, et le Parti radical perd énormément de voix au profit des socialistes. Léon Blum, chef de la SFIO, devient président du conseil (chef du gouvernement).

2.5 Grève et accords de Matignon

Cette victoire électorale a un immense écho dans les entreprises. Un mouvement de grève se développe en moins d'un mois, avec recours systématique aux occupations d'usines. Les grèves sont totales, et elles reçoivent le soutien de la classe moyenne et des cadres. La force colossale de la classe ouvrière attire les autres couches opprimées de la société.

Le patronat panique, mais aussi les dirigeants socialistes et communistes, qui ne voient pas d'un bon oeil ce mouvement susceptible de saper les bases de l'Etat bourgeois.

Les accords de Matignon accordent des avancées substantielles aux travailleurs : hausse de salaire, congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives, etc. Ces revendications ne figuraient pas au programme du Front populaire : elles ont été obtenues par la grève, et non par la simple victoire électorale. Et ces concessions sont considérées comme insuffisantes par beaucoup de grévistes. Les accords sont sont signés le 8 juin, mais il y a encore 2 millions de grévistes le 11 juin. Le PCF entre alors en première ligne pour arrêter les grèves.

2.6 La bourgeoisie se venge

La SFIO et le PCF se mettent ensemble pour briser les grèves. Le patronat fait des concessions considérables pour conserver son pouvoir. Les syndicats comptent 5 millions de membres en 1937, le PCF et la SFIO comptent chacun, après 1936, plus de 200 000 membres. Le PCF atteint même rapidement les 380 000 membres. Mais la bourgeoisie garde les rênes du pouvoir, et récupère ce qu'elle a dû concéder : l'inflation rattrape les hausses de salaire, le gouvernement Blum est saboté économiquement, et la droite reviendra au pouvoir.

3 Sources

  • Franck Slegers, "La grande désillusion, il y a cinquante ans, s'appelait Front populaire", La Gauche, février 1986, [1].