Exploitation

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L'exploitation est un terme qui a un sens courant, porteur de révolte.

L'exploitation capitaliste un sens plus précis pour les communistes révolutionnaires, pour laquelle un taux d'exploitation peut être défini.

Lien et différences avec le sens commun

Un mot et des pratiques existant de longue date

On peut dire "ils se font exploiter" en parlant aussi bien de paysans serfs que d'esclaves ou encore de prostitué-e-s. Ce terme ne s'applique pas nécessairement à des rapports de dominations capitalistes, et il est évident que l'exploitation existe depuis l'apparition de sociétés divisées en classes.

Les similitudes

On peut noter des similitudes avec ces sens premiers de l'exploitation et le sens marxiste.[1]

  • L'idée qu'une part du travail fourni se fait au service d'un ou d'autres, et de façon non choisie (servage...).
  • L'idée que cette situation induit aliénation physique, morale, intellectuelle... (esclavage...).
  • L'idée que cette situation est souvent un résulat de la nécessité matérielle (prostitution, travail salarié...).

Différence majeure

Contrairement au sens courant de l'exploitation, la définition marxiste a des aspects contre-intuitifs. Par exemple, l'exploitation dans les pays occidentaux, est bien plus grande de nos jours qu'au début de la révolution industrielle, alors même que des familles entières d'ouvriers vivaient alors dans des conditions bien plus lamentables qu'aujourd'hui.

Pourtant, la différence majeure de l'exploitation capitaliste avec les anciennes formes d'exploitation, c'est que celle-ci est beaucoup moins visible.

« Dans le servage le travail du corvéable pour lui-même et son travail forcé pour le seigneur sont nettement séparés l'un de l'autre par le temps et l'espace. Dans le système esclavagiste, la partie même de la journée où l'esclave ne fait que remplacer la valeur de ses subsistances, où il travaille donc en fait pour lui-même, ne semble être que du travail pour son propriétaire. Tout son travail revêt l'apparence de travail non payé. C'est l'inverse chez le travail salarié : même le surtravail ou travail non payé revêt l'apparence de travail payé. Là le rapport de propriété dissimule le travail de l'esclave pour lui-même, ici le rapport monétaire dissimule le travail gratuit du salarié pour son capitaliste. »[2]

L'exploitation capitaliste

Distinction avec le vol

Des salariés peuvent légitimement se sentir "volés" par leurs patrons. Cette notion de vol peut sans honte être utilisée à des fins d'agitation. Mais pour expliquer le mécanisme de l'exploitation capitaliste, il est nécessaire de faire la distinction avec le vol au sens strict.

  • Le vol d'un salarié par un patron, c'est le cas où un patron ne paie pas tout ce qu'il devrait (voir plus loin : loi de la valeur appliquée à la force de travail ).
  • Le vol d'un capitaliste par un autre, c'est le cas où une entreprise s'approprie une partie de ce qui devrait être les profits d'une autre entreprise.

Ces deux cas se produisent évidemment fréquemment, mais ce n'est pas cela qui explique la "création de richesse" et donc le profit capitaliste : dans un tel cas, il n'y aurait que des transferts d'argent.

Schéma de l'exploitation sur un cycle de production

Avant tout, les conditions de l'exploitation sont qu'il existe d'une part des détenteurs de capitaux et d'autre part des travailleurs obligés de leur vendre leur force de travail.

Ce sont les travailleurs qui produisent les richesses, avec les moyens de production appartenant aux capitalistes, et ce sont ces derniers qui disposent des richesses produites.

Le capitaliste investit son capital A = c + v

Pour faire tourner son exploitation le capitaliste doit investir, par exemple pour un an, dans du capital constant « c » (qui ne produit aucune valeur) : bâtiments, matière première, et dans les salaires annuels que nous appellerons du capital variable « v » parce qu’il sert à acheter la force de travail (qui produira plus de valeur …).

Point crucial : la force de travail, comme les éléments du capital constant, est une marchandise soumise à la loi de la valeur.

         

La force de travail soumise à la loi de la valeur...

Si on raisonne sans aucun critère humain, comme le fait à la base le capitalisme, la valeur de la force de travail, donc le montant du salaire, dépend comme toute marchandise du temps socialement nécessaire qu'il faut pour la produire. Dans ce cas, cela signifie l'équivalent en temps de travail nécessaire pour re-produire la force de travail, c'est-à-dire :

  • pour que les travailleurs mangent ;
  • pour qu'ils se reposent ce qu'il faut pour être disponibles ;
  • plus généralement pour qu'ils survivent.

... aux variations du marché...

En cas de manque de main d'oeuvre général, les salaires ont bien sûr tendance à pouvoir être négociés à la hausse par les travailleurs, et inversement, un fort niveau de chômage fait pression pour les dégrader.

Cyniquement, il peut arriver que dans certaines circonstances (une énorme réserve de main d'œuvre disponible à l'emploi pour les capitalistes), la valeur de marché des salaires descende en dessous de ce qu'il faut à des travailleurs pour vivre. Mais c'est applicable uniquement pour des emplois sans qualifications nécessaires, car un capitaliste refusera de perdre du temps passé à la formation.

... et à la lutte de classe. Enfin, la principale différence avec toutes les autres marchandises, c'est que la force de travail dépend aussi de la capacité des travailleurs à s'unir pour imposer collectivement "un peu plus que le minimum vital". C'est évidemment cette lutte de classe qui explique que partout où le capitalisme s'est développé, les salaires sont au-dessus de cette valeur seuil qui est donnée par la loi de la valeur.  

Les marchandises créées ont une valeur supérieure

Au bout d’un an, les marchandises produites auront la valeur

Si on suppose que la valeur de la force de travail des ouvriers de l'entreprise est de 4 heures, et qu'ils ont travaillé 8 heures par jour, la valeur initiale correspond à ces 4 heures, et la valeur finale des marchandises sera donnée par les 8 heures de travail cristallisées en elles.

Le capitaliste va donc récupérer une plus-value :

L'exploitation : la source du profit

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L'exploitation est la seule source du profit capitaliste, pour la simple et bonne raison que le travail humain est la seule source de plus-value.

Bien que la base sur laquelle le système est assis est la richesse de la nature, c'est toujours l'action consciente de l'homme qui la transforme en valeur (ne serait-ce que pour les extraire, les déplacer et les mettre en circulation sur un marché).

Le taux d'exploitation

On peut définir une grandeur, le taux d’exploitation, par le rapport

Dans ce cas, le taux d’exploitation est de 100% : (8-4)/4 = 4/4 = 1.

Cette grandeur est très utile pour décrire la dynamique du capitalisme : l'augmentation du taux d'exploitation est la principale réponse à la baisse tendancielle du taux de profit.

Marchandisation et boulimie de surtravail

La production qui était orientée principalement par la valeur d'usage était relativement stable, tandis que la production en vue de produire des valeurs d'échange comporte en elle-même un appétit insatiable. Des seigneurs particulièrement cruels pouvaient imposer des corvées particulièrement humiliantes à leurs serfs, mais le rapport de production en lui-même ne poussait pas à une augmentation du temps de travail ou de son intensité : une fois obtenue la quantité de biens agricoles voulue pour le maître (le dominus, le seigneur...), cela suffisait.

En revanche, là où la production est recherchée pour la valeur qu'elle a sur le marché, et l'accumulation qu'elle permet, la stimulation de l'appât du gain des puissants est sans limite.

Cela pouvait déjà s'observer dans l'Antiquité dans quelques secteurs comme la production minière, comme noté par Marx :

« Quand il s'agit d'obtenir la valeur d'échange sous sa forme spécifique, par la production de l'or et de l'argent, nous trouvons déjà dans l'antiquité le travail le plus excessif et le plus effroyable. Travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive devient alors la loi. Qu'on lise seulement à ce sujet Diodore de Sicile :[3]

« Il est impossible de voir ces malheureux (dans les mines d'or situées entre l'Égypte, l'Éthiopie et l'Arabie) qui ne peuvent pas même entretenir la propreté de leur corps, ni couvrir leur nudité, sans être forcés de s'apitoyer sur leur lamentable destin. Là point d'égards ni de pitié pour les malades, les estropiés, les vieillards, ni même pour la faiblesse des femmes. Tous, forcés par les coups, doivent travailler et travailler encore jusqu'à ce que la mort mette un terme à leur misère et à leurs tourments. » (Diod. Sic. Bibliothèque historique, liv. III, ch.13.)

Cela s'observe encore lorsque des formes de travail servile se retrouvent insérées dans le commerce international :

« Tant que la production dans les Etats du Sud de l'Union américaine était dirigée principalement vers la satisfaction des besoins immédiats, le travail des nègres présentait un caractère modéré et patriarcal. Mais à mesure que l'exportation du coton devint l'intérêt vital de ces Etats, le nègre fut surmené et la consommation de sa vie en sept années de travail devint partie intégrante d'un système froidement calculé. »

Cela s'est également observé en Roumanie avec un renforcement du servage.

Plus généralement, la production capitaliste créé une incitation généralisée à sur-exploiter les salarié·es. Ainsi la révolution industrielle en Angleterre est d'abord marquée par une augmentation brutale de la durée du travail, paradoxale en ces temps de hausse de la productivité. Cette soif de surtravail a dû être encadrée par des lois tant elle menaçait de faire sombrer la grande masse des travailleur·ses d'Angleterre.

Dans le Capital Marx cite des exemples de ce qui était alors ordinaire : des enfants de 9 ans obligés de travailler de nuit de 18h à midi dans une usine à 30°C, des enfants de 7 ans travaillant 15 heures par jour dans l’industrie de la poterie, des ouvriers perdant des membres en nettoyant des machines actives que le patron ne voulait pas voir arrêtées, des familles entières s'auto-exploitant dans du travail à domicile, jusqu'à leurs enfants de 2 ans, une espérance de vie ouvrière de 30 ans et une taille moyenne en diminution, des ouvriers agricoles entassés dans de minuscules cottages au milieu de grandes propriétés agricoles...

Résistances à l'exploitation

L’objet des luttes contre l’exploitation est essentiellement pour les salariés de vendre leur force de travail le plus cher possible. L’intensité de l’exploitation n’est pas fixée une fois pour toute. L’objet du syndicalisme est (à la base) de collectivement la faire baisser. Se pose évidemment la question de supprimer l’exploitation : c'est ici que les communistes révolutionnaires entrent en jeu. Les moyens de productions, matériels comme immatériels, doivent être collectivisés, c'est-à-dire soumis à l'ensemble de la société civile. De cette manière, l'on pourra en finir avec cette dynamique de profit qui aboutit à des crises sociales et écologiques comme le système capitaliste en produit régulièrement. C'est cependant, sur la forme que prendra cette dictature du prolétariat, qu'ont éclaté des divergences entre de nombreux mouvements marxistes : léninistes, luxemburgistes, trotskistes...

Analyses avant Marx

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L'exploitation a été perçue par de nombreux autres auteurs avant Marx, même parmi ceux clairement du côté de l'ordre dominant. Par exemple le wigh Edmund Burke disait : « En réalité ceux qui travaillent... non seulement se nourrissent eux-mêmes, mais nourrissent aussi les rentiers, ceux qu'on appelle les riches. »[4]

Notes et sources

  1. Que Faire, Qu'est-ce que l'exploitation ?
  2. Karl Marx, Le Capital, Livre I, Chapitre XIX : Transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire, 1867
  3. Karl Marx, Livre I - Chapitre X : La journée de travail, 1867
  4. Edmund Burke, Thoughts and details on scarcity originally presented to the R. Hon. W. Pitt in the month of November 1695, Edit. London, 1800