Droit à l'autodétermination des peuples

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Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ou droit à l’autodétermination, est un principe affirmé théoriquement par le libéralisme bourgeois et régulièrement piétiné... pour préserver les intérêts des bourgeoisies impérialistes.

Pour les communistes révolutionnaires, défendre ce principe est une des bases de l'anti-impérialisme.

Définition

Le droit à l’autodétermination signifie que chaque peuple doit pouvoir choisir librement, sans ingérance étrangère, de déterminer son régime politique, son indépendance ou son rattachement à un autre État.

Quand il s'agit d'un État constitué, ce principe consiste en l'exercice de sa pleine souveraineté. C'est un principe qui est affirmé formellement par le "droit international" (c'est-à-dire le vernis démocratique de la diplomatie entre impérialistes mondiaux).

Quand il s'agit d'un peuple au sein d'un État existant, ce principe consiste en la possibilité de décider (par un référendum ou par des luttes si nécessaires) de faire sécession. Ce droit fait l'objet de beaucoup plus de controverses.

Attitude du mouvement des travailleurs

L'anti-impérialisme en général

Même si Marx et Engels, et plus largement la Première internationale n'ont pas abordé la question de l'oppression nationale dans toute son ampleur, ils considéraient que les travailleurs devaient s'opposer aux politiques de domination et de guerre contre d'autres peuples. C'est ce que montrent notamment leurs prises de position pour le peuple irlandais[1], le peuple polonais[2]... Ils se sont opposés fermement aux principales puissances "impérialistes" de l'époque, le tsarisme et l'Angleterre.

La Deuxième internationale social-démocrate a affirmé un certains nombre de principes, mais qu'elle a peu défendu dans la pratique, ce qui a marqué un recul par rapport à ces premiers acquis. Elle affirmait un vague pacifisme, s'opposait aux actes les plus barbares des colons, mais ne dénonçait pas à la racine la domination occidentale et la colonisation. C'est cette tendance que les communistes ont appelé social-chauvinisme.

Lors de la rupture communiste et de la formation de la Troisième internationale, un tournant radical vers les luttes des peuples colonisés a été entrepris. Déjà en octobre 1913, une résolution du POSDR affirmait le droit d'autodétermination. En 1916, Lénine argumentait résolument pour le "droit des nations à disposer d'elles-mêmes"[3]. Ce sera une période d'efforts de propagande vers les travailleurs et paysans des pays dominés et vers les immigrés des pays dominants. Cela donnera lieu notamment au Congrès des peuples de l'Orient en 1920. En parallèle, une élaboration stratégique va avoir lieu, visant à combiner la lutte contre l'oppression nationale et la préservation des intérêts du prolétariat (front unique anti-impérialiste).

La stalinisation de l'Internationale communiste va modifier cette attitude. L'IC ne soutiendra plus de façon inconditionnelle les luttes des opprimés, mais en fonction de ses intérêts. Dans le même temps, quand elle les soutiendra, elle le fera non plus dans une optique révolutionnaire, mais en subordonnant les partis communistes aux nationalistes bourgeois. Seul le courant trotskiste (Quatrième internationale) tentera de faire vivre l'héritage anti-impérialiste.

Le droit à l'autodétermination en particulier

Le Congrès socialiste international de Londres de 1896 reconnaissait le droit des nations à disposer d'elles-mêmes.

Les principales thèses qu'ont défendu Lénine, Trotsky et les révolutionnaires des débuts de l'IC sont :

  • L'autodétermination de peuples opprimés, y compris l'indépendance, sont des revendications "nationalistes", mais le nationalisme d'un peuple opprimé n'a pas le caractère réactionnaire du nationalisme d'un pays dominant (qui consiste à défendre cette domination).
  • Des puissances impérialistes sont parfois amenés à soutenir les revendications d'autodétermination de certaines minorités, par exemple dans des pays dont ils ont intérêt à affaiblir l'État. Cela ne peut pas justifier de bafouer le droit à l'autodétermination de ces minorités.
  • Les communistes ne sont pas "en soi" pour le morcellement en États plus petits. Ils pensent au contraire que les travailleurs, surtout dans les petits pays, ont vivement intérêt, économiquement et politiquement, à se coordonner au delà des frontières. Et par ailleurs, ils pensent que les États ouvriers sont amenés à disparaître après la révolution. Mais cela ne doit pas justifier ici et maintenant de dénier le droit à un peuple qui en ressent le besoin de se séparer. Par ailleurs, "plus le régime démocratique d'un Etat est proche de l'entière liberté de séparation, plus seront rares et faibles, en pratique, les tendances à la séparation"

A l'inverse, parmi les social-chauvins, certains ont ouvertement justifié des annexions sous prétexte que la concentration politique serait "progressiste", et refusé l'autodétermination en la déclarant utopique, illusoire, petite-bourgeoise, etc. D'autres, "centristes", tout en affirmant verbalement le droit d'autodétermination, rejoignent en pratique les premiers. Par exemple le principal représentant du centrisme, Karl Kautsky, estimait "exagérée" ("zu viel verlangt": Kautsky dans la Neue Zeit du 21 mai 1915) la revendication du droit de séparation politique.

Cas concrets

En novembre 1913 dans la ville alsacienne de Saverne, des vexations infligées par un officier prussien aux alsaciens soulevèrent l'indignation de la population locale, en majorité française, contre le joug de la clique militaire prussienne. Lénine considérait qu'il fallait utiliser ce genre de situation pour faire de la propagande contre l'oppression nationale.

La Première guerre mondiale a soulevé de nombreuses "questions nationales", notamment en Europe, en même temps qu'elle a fait apparaître des divergences irrémédiables de principes dans le mouvement socialiste face à ces questions.

A la fin de la guerre, les impérialistes victorieux (France, Angleterre, États-Unis) ont affirmé lors de la signature du traité de Versailles le droit à l'autodétermination... sauf pour les colonies de la France et de l'Angleterre ! Par ailleurs, ce droit à l'autodétermination, même en Europe, a été totalement hypocrite.

C'est ce dont témoignait par exemple l'occupation de la Ruhr par l'armée française en 1923.

Notes et sources

Lénine, Thèses sur la question nationale,1913

Lénine, La classe ouvrière et la question nationale, 1913