Devenir (principe)

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Le Devenir en métaphysique s'oppose à l'être au sens absolu (permanence) comme ce qui tantôt est (Être), tantôt n'est pas (Néant). À travers l'opposition entre l'Être et le Devenir s'exprime la très vieille opposition des deux grands penseurs présocratiques à savoir Parménide et Héraclite. À la même époque, des débats identiques existaient dans les philosophies indiennes, chinoises entre autres. Si le devenir d'Héraclite a décliné au profit du fixisme de Parménide en occident, le devenir du bouddhisme et du Taoïsme (Lao-tseu) ont eu une forte influence. Il faut attendre Hegel pour que le devenir renaisse en occident.

Après Hegel, la notion de Devenir cesse d'être spéculative :

« l'originalité absolue d'Hegel par rapport aux autres philosophies antérieures : tout est vrai et rien n'est le vrai - réconciliation refondée de Parménide et d'Héraclite, d'où résulte le caractère auto-référent de la dialectique, la dialecticité de la dialectique »[1]. 

« Le vrai est certes le tout, mais le tout est mouvement d’accomplissement de l’essence. L’absolu est résultat, sujet qui advient à soi. L’idée que l’intuition est l’immédiat est une idée fausse, un truc verbal, une illusion qui permet la paresse ontologique. Il faut oser la médiation, le non-absolu si l’on veut vraiment l’absolu, car l’absolu est cette médiation tant redoutée. » ( Hegel - extrait de la préface de la “Phénoménologie de l’esprit”)

Le Devenir est mis à jour dans la nature et la société par leur développement historique non linéaire. Ce principe processionnel dialectique a donné le concept de stade notamment en géologie, en histoire et en psychologie du développement.

=> cf aussi Origine et commencement

Le néant et la négation

« ... dans négativité, il faut y entendre un processus. La négation serait un acte, la négativité serait un processus toujours en devenir. »[2]

Le concept, la négation et le devenir

=> Jean-Clet Martin. Intrigue criminelle de la philosophie - Lire La phénoménologie de l'esprit de Hegel. Les empécheurs de tourner en rond/La découverte (extrait sur la négativité)


« Le concept, au sens de Hegel, est déjà processuel, pour reprendre l’expression de Deleuze dans Qu’est-ce que la philosophie ? Il témoigne d’un processus qui ne reste pas seulement subjectif -idée ou représentation- mais est déjà débordé par une réalité en devenir. »

« On n’insistera jamais suffisamment sur l’idée que La logique de Hegel ne commence pas vraiment par la doctrine de l’Etre, mais que sa première disposition sera celle du devenir, mis en mouvement par le Néant ou le négatif. »

Figure du néant et de la négativité

=> Francoise Dastur (2018). Figures du néant et de la négation entre Orient et Occident (224 p.). Encre Marine.


« Ce qui a fait naître l’émerveillement des premiers penseurs grecs, c’est qu’il y a quelque chose plutôt que rien, et c’est là ce qui a donné le coup d’envoi à cette pensée de l’être qui s’est développée de Parménide à Aristote et qui constitue le fondement de la philosophie occidentale.

On trouve cependant, déjà dans la pensée grecque, une dénégation de la possibilité d’un discours sur l’être, d’abord chez Gorgias, contemporain de Socrate, puis chez le fondateur de l’école sceptique, Pyrrhon. Et à l’époque même où Parménide écrivait son poème, une pensée de la vacuité et du néant commençait à se développer en Orient dans le cadre du bouddhisme, laquelle met profondément en question la notion même d’ontologie.

Or c’est précisément cette pensée du rien qui resurgit en Occident à la fin de l’âge classique, avec ce premier philosophe véritablement moderne qu’est Kant, dans son Essai sur les grandeurs négatives et cette « Table du Rien » qui, dans La Critique de la raison pure, clôt l’Analytique transcendantale.

Et c’est le concept de négativité qui va former chez Hegel la matrice même de la pensée dialectique, alors que celui du néant constituera le coeur de la critique du nihilisme qu’entreprendra Nietzsche, avant de redevenir, avec le Heidegger de Qu’est-ce que la métaphysique ?, avec le Sartre de L’Être et le néant, et avec le dernier Merleau-Ponty, auteur de ce livre inachevé qu’est Le Visible et l’Invisible, un thème fondamental de la pensée de l’apparaître.

Une telle pensée du néant et de la négation traversant la frontière qui sépare l’Orient de l'Occident, il s’agira donc, en prenant comme référence majeure la pensée heideggérienne, d’en interroger les diverses figures, d’abord chez Gorgias et Pyrrhon, puis chez Nagarjuna, le plus grand penseur du bouddhisme indien (ii-iiie siècle) et chez Nishida (1870-1945), représentant fameux de l’école de Kyoto et du bouddhisme zen, avant d’en venir à l’idéalisme allemand avec Kant et Hegel, à la question du nihilisme européen avec Schopenhauer, Nietzsche et Heidegger, puis à la phénoménologie avec Husserl, Sartre, Merleau-Ponty et Maldiney. » (Présentation de l'éditeur)

Le devenir dans l'histoire par Tran-Thong

=> Tran-Thong (1992). Stades et concept de stade de développement de l'enfant dans la psychologie contemporaine, Tran-Thong, éd. Librairie Philosophique J. Vrin, 1992  (2-7116-0711-9),

  • partie 3. Le concept de stade de développement de l'enfant, 
  • chap. III. éléments de définition du concept de stade de développement de l'enfant.

Héraclite en Occident

p.371 >

En Occident, c'est Héraclite qui est considéré comme le père de la philosophie du devenir. Pour Héraclite, il y a un écoulement perpétuel des choses, nulle chose n'échappe au devenir. Tout est devenir car tout dérive d'un feu éternellement vivant et actif, qui par extinction, se transforme en air, en eau, un terre, etc., et en lequel inversement se transforment en toutes choses par conflagration

Le devenir est donc l'effet d'un conflit des contraires qui à la fois s'opposent et s'impliquent mutuellement.


L'unité du réel n'est donc pas une unité immobile mais celle d'éléments opposés; elle est le devenir sans lequel li n'y que mort et destruction. Ainsi le permanent et le changement ne s'excluent pas, l'identique se trouve dans le changement même.

En Asie : le taoïsme et le bouddihsme

p.371 >

Pour Lao-Tseu, également, tout change, les choses apparaissent et disparaissent, les êtres croissent et meurent, car toutes choses contiennent en elle-mêmes les éléments contraires et opposés. Le devenir est universel car toutes choses proviennent du Tao unique, innombrable, sorte de chaos initiale indifférencié.

p.372 >

Le devenir universel prend dans la philosophie bouddhique la forme d'une impermanence totale des êtres et des choses. À ce devenir, cependant, Bouddha assigne un sens qui est le nirvâna mais qu'il refuse de définir sinon négativement comme suppression définitive de tout devenir.

Négation du devenir en occident

p.372 >

C'est le fixisme [Parménide, Platon, Aristote] qui favorise la formation des catégories à travers des définitions et classifications logiques mais qui met un terme à la philosophie du devenir.

Négation de la négation du devenir par Hegel

p. 372 >

C'est avec Hegel (1770-1831) que celle-ci va renaître. Pour Hegel comme pour Héraclite et Lao-Tseu, le devenir est universel et il est l'effet de la contradiction interne.

Le mérite de Hegel est d'avoir dépassé les généralités sur le devenir dont se sont occupés les anciens philosophes pour tenter de concevoir et de décrire les étapes des devenirs et du devenir universel.

p. 373 >

C'est dans la Science de la logique (1812) que Hegel a exposé sa conception du devenir universel. Pour Hégel, le devenir est universel parce que toute chose est en elle-même contradictoire.

L'être et le néant sont à la fois opposés et solidaires. Ils sont inséparables et on ne peut les séparer que par abstraction. En fait ils sont unis et leur unité n'est rien d'autre que le devenir : passage du néant à l'être et passage de l'être au néant, apparition et disparition.

C'est à partir de cette dialectique initiale et générale que Hegel va expliquer la série d'antinomies qui se présentent dans une philosophie du devenir, antinomies entre l'identique et le changement, entre l'un et le multiple, entre la qualité et la quantité, entre la continuité et la discontinuité. Ce sont des termes antithétiques mais inséparablement unis parce qu'ils sont deux moments successifs du devenir.

Le devenir, sous sa forme la plus générale, peut être conçu selon Hegel comme une succession de qualités par le passage des changements quantitatifs aux changements qualitatifs. p. 374 >

Wahl, après examen des diverses philosophies du devenir, conclut aussi que l'idée « avec laquelle l'idée de devenir paraît réellement liée, c'est l'idée de qualité. S'il n'y avait pas de qualité hétérogène dans le monde, il n'y aurait sans doute pas d'idée de devenir. Ce sont les changements qualitatifs qui nous donnent cette idée » (Wahl, 1953, p. 39).

Le stade supérieur du devenir

Le conflit dialectique sur le devenir

p. 374 >

Après Hegel, le devenir quitte pour ainsi dire la spéculation pour s'installer dans les sciences. Mais si le fait d'évolution, de développement est généralement admis aujourd'hui, ..., un débat s'est ouvert et est loin d'être clos entre les partisans de la continuité et les partisans de la discontinuité de l'évolution ... .

Le temps en devenir ou le concept de stade

p. 375 >

... le concept de temps est une abstraction à partir des devenirs nombreux et variés. Il n'est pas antérieur à la perception du devenir, c'est ce qu'a montré l'étude des origines de la notion de stade et des notions des changements cycliques et périodiques des phénomènes naturels tels que la successions des jours, des saisons.

Initialement abstrait des devenirs et destiné à servir de référence à leur stabilité et conservation, le concept de temps devient de plus en plus indépendant du devenir pour s'en détacher complétement. [...] Kant [...] ne peut y voir qu'une catégorie apriori de la raison. Cette situation s'explique [...] que dans les premières philosophies du devenir ont connu un destin plutôt éphémère et qu'avec Socrate, surtout Platon et Aristote, l'effort philosophique s'est plutôt dirigé vers la stabilisation des catégories et vers leurs réflexions et élaboration formelle. Ce qui a entrainé [...] la création d'une logique formelle rigoureuse [...] mais également un certain flottement et parfois de francs conflits entre la catégorie et la réalité, comme [...] dans les discussions qui opposent réalistes et nominalistes au moyen âge et récemment rationalistes et empiristes...

Le concept de stade en science

Stades dans le développement psychologique 

Stades du développement chez l'enfant

  • Approche abstraite et unidimensionnelle : Sigmund Freud et Jean Piaget
  • Approche concrète et multidimensionnelle : Henri Wallon et Arnold Gessel

Le vieillissement

Rejet des stades par des psychologues

  • Lors des symposiums de Genève de 1953 et 1956 à cause de la disparité des critères employés par les chercheurs en oubliant de définir le concept de stades dans sa nature et ses implications[3].
  • Dans la psychologie neuro-cognitiviste

Stades dans le développement des sociétés

Histoire globale

  • Les frises chronologiques avec des périodes stables conflictuelles générant :
    • des révolutions techniques globales (néolithique, agricole, industriel) avec leurs crises sociologiques (sociales, économiques, politiques) diffuses et permanentes
    • et des révolutions sociologiques (politique, économique, social) ponctuelles et transformantes dans des crises historiques globalisées (1618-1648, 1789-1815, 1914-1945, 1952-1984).
  • Déni du Moyen-âge par le récentisme. ex : le mathématicien russe Anatoli Fomenko

Anthropologie évolutionniste

  • Les sociétés communalistes primitives : Lewis Morgan, Alain Testart, Christophe Charbonnat
  • Les sociétés communalistes modernes : Alexandre Zinoviev
  • Les sociétés professionnelles : Karl Marx, Lénine
  • Rejet de l'historicisme
    • Néolibéralisme. ex : Karl Popper, l'épistémologue libéral autrichien;
    • Socialisme post-45 : ex : Albert Camus, l'écrivain français (débat entre Camus et Sartre)
    • Structuralisme. ex : Claude Levis-Strauss, le grand anthropologue français;
    • Post-modernisme ou french theory. ex : Michel Foucault, le philosophe gauchiste, Louis Althusser, le philosophe marxiste français.

Stades du développement de la nature

dans l'histoire de la vie

  • La théorie sur l'évolution : Charles Darwin, Stephen Jay Gould
  • Échelle des temps géologiques avec ses périodes stables conflictuelles et ses crises géologiques
  • Déni du déterminisme matérialiste par le dessein intelligent. ex : Les membres de l'Université Interdisciplinaire de Paris de Jean Staune.

Stades dans l'histoire de la terre

  • Échelle des temps géologiques avec ses périodes stables conflictuelles et ses crises géologiques
  • Les divers cycles (cosmologique, tellurique, tectonique, stratigraphique, magnétique, climatique, ...)
  • Déni du transformisme par le créationnisme. ex : Le turc milliardaire et coraniste Harun Yahya


La personne ou l'être en devenir et le devenir de l'être

La spirale du devenir mental chez Henri Wallon par Émile Jalley

=> Émile Jalley (1990). Une dialectique entre la nature et l'histoire... Unes psychologie conflictuelle de la personne . La Spirale et le miroir. In Psychologie et dialectique : Henri Wallon (écrits de 1926 à 1961). Messidor.

a_ Synchronisme et diachronisme

p.218 >

« Dans la perspective de la dialectique matérialiste, Wallon, envisage que l'« évolution du monde s'opère par action et réaction de forces en conflits », soit encore par « action antagoniste et réciproque » La solution du conflit s'effectue par « intégration » des forces, selon un processus de « négation qui n'anéantit pas », à un « niveau supérieur » défini par un « autre équilibre ». (1946 n. 125)

À notre avis, il y a lieu de rapprocher de ces propos de caractère philosophique, les formulations que Wallon donne concernant la psychogenèse dans le texte sur les Stades de l'évolution psychologique (1947 n. 129).

«Le nouveau stade n'abolit pas, il intègre, règle et dirige les formes précédentes de vie ou d'activité... Le développement montre une sorte d'unité solidaire à travers les diversités et les oppositions, les crises qui le ponctuent... Ensemble indissociable... Une unité faite de contrastes et de conflits ».

p. 219 >

L'ensemble de ces formules comportes deux séries de termes qui, d'après nous, renvoient de façon claire aux deux composantes du paradigme hégélo-marxien de la contradiction [antagonique et non-antagonique].

  • La composante structurale, statique, synchronique est représenté par les termes : unité, ensemble, action réciproque, mais aussi intégration, équilibre, diversité, contraste.

Dans le domaine de la psychogenèse, le principe d'intégration fonctionnelle a une signification tout d'abord synchronique, vertical : il assure la hiérarchie interne propre à chaque stade comme équilibre provisoire, unité d'un contraste entre deux fonctions, l'une dominante et l'autre subordonné (A/i ou I/a => polarité affectivité-intelligence).

La composante génétique, dynamique, diachronique du paradigme est indiqué clairement par les termes : conflit, antagonisme, négation, opposition, crise. Cet ensemble lexical renvoie au principe complémentaire d'alternance fonctionnelle.

-> »

composantes structurale,

statique,

synchronique

génétique,

dynamique,

diachronique

termes unité

ensemble

action réciproque

intégration

équilibre

diversité

contraste

conflit

antagonisme

négation

opposition

crise

[p. 226 > ... la 'fonction diachronique du principe d'alternance' enferme également une 'dimension synchronique', cependant que la 'fonction synchronique du principe d'intégration' se prolonge aussi en une 'dimension diachronique', mais en définitive 'subordonnante à l'égard de l'ensemble du mouvement' de la psychogenèse.]

b_ Triple interaction et intégration

p. 219 >

« -> Dans la perspective de Wallon, le développement psychologique de l'enfant doit s'envisager comme prenant appui sur le système des interactions entre deux ordres de conditions, ou de « forces ».

  • les unes, internes biologiques, expriment le rôle psychophysiologique de la maturation nerveuse.
  • Les autres, externes, sociales, reflètent l'action de l'ambiance humaine et, à travers elle, du milieu physique, comprenant les objets techniques et naturels. »

Les systèmes, propre à une période donnée, des interactions entre ces deux ordres de facteurs, inters et externes, s'exprime dans un comportement de type dominant, qui définit un stade en tant qu'« ensemble indissociable de besoins et d'intérêts. »

  • Le facteur endogène de maturation s'exprime dans le principe d'alternance fonctionnelle,qui rend compte du double processus de crise et de discontinuité dans la transition entre stades successifs.
  • Le facteur endogène, constitué par le milieu humain, se manifeste dans le principe d'intégration fonctionnelle qui explique à la fois l'interaction systématique, l'unité hiérarchique interne propre à chaque stade, et aussi l'unité solidaire, la continuité de l'ensemble de la psychogenèse.

p.220 >

Le déterminisme de nature bio-sociale, socio-organique dont on vient d'établir le mécanisme interactif, d'adjoint en outre un facteur proprement psychologique.

-|| L'interaction des conditions organiques et des conditions sociales résulte en conduites psychologiques qui constituent autant de facteurs succeptibles à la fois de réagir sur le développement actuel et d'agir sur le développement ultérieur. ||-

Ainsi par exemple de

  • l'expression émotionnelle qui organise, en lui donnant cohérence, le désordre gestuelle primitif.
  • Mais qui aussi prépare la voie à la représentation (1-3 ans); dont elle deviendra par ailleurs la fonction antagoniste.

DONC, les structures psychologiques constituées à un niveau donné assurent la transition avec celles du niveau précédent et celles du niveau suivant. cette causalité psychologique qui vient interférer avec la causalité socio-organique, représente un facteur d'unité et de continuité du développement, qui vient renforcer les effets dans le même sens du principe d'intégration.

En fait, le déterminisme de la vie mentale repose sur une forme « surdéterminé » (sis) de la causalité, à niveaux multiples d'interaction (x), plus précisément de nature bio-psycho-sociologique (B x P x S) »

c_ Contradiction et personnalisme

p.227 >

« De façon essentielle, le caractère mixte, composite, du modèle wallonien de la contradiction dialectique est à relier à la double conception de son auteur qui envisage,

  • d'une part, l'homme comme un être indissociablement biologique et social,
  • d'autre part et pour cette raison, la psychologie comme charnière entre les sciences de la nature et les sciences humaines.

Il nous paraît que cette perspective est à rattacher à la suggestion de Sève d'après laquelle le non-antagonisme et l'antagonisme trouveraient leurs champs d'application privilégié respectivement dans la nature et l'histoire.

Schémas formel de modèle wallonien de la contradiction dialectique
triple interation < moteur de développement > intégration des alternances
(B x S x P) >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> (((A/i)1(I/a2)(A/i3)...

La parenthèse complet de la série alternant des dominances indique le rôle du principe d'intégration fonctionnelle en sa dimension horizontale, c'est-à-dire diachronique.

[AINSI],

Le caractère intégratif du modèle wallonien évoque dans une certaine mesure celui du prototype hégélien.

CEPENDANT,

le modèle de Wallon démantèle l'aspect exclusivement cyclique de celui-ci, en intégrant et en subordonnant le cycle des procès à un vecteur linéaire et développemental. 

À l'opposé de la circularité totalement bouclée du modèle hégélien, celui de Wallon met en jet une circularité de type ouvert,

une « évolution dialectique interprétée comme un devenir toujours possible »

Le modèle wallonien de la psychogenèse peut se résumer en définitive par cette formule très abrégée : interaction d'un principe de conflit et d'un principe d'interaction.

Au contraire, la formule logique du modèle idéaliste hégélien de la contradiction se définit dans les termes suivants : unité (A-B...C) de l'unité (A-B) et de la différence (...C).»

modèle wallonien modèle hégelien
« conflit <> interaction » [ unité - différence ]

p. 228 >

« La succession des six stades wallonniens s'organise selon « une spirale grossissante » et ascendante. La série des stade à dominance affective et celle des stades à dominance intellectuelle sont situées de part et d'autre de la spirale, chacune sur une ligne droite montante qui relie les paliers discontinues successifs de la courbe continue.

  • La spirale comprend deux cycles, deux spires dont le troisième stade, celui du personnalisme (3-6 ans) représente la zone de soudure.
  • Chaque cycle comprend un moment global syncrétique (affectivité), un moment différenciateur (intelligence) et un moment intégrateur (personne).
    • Le premier cycle aboutit à la naissance de la personne (personnalisme),
    • le second à son achèvement (adolescence).
-|| Le stade du personnalisme comporte donc une forme particulière de surdétermination dans l'ensemble du procès psychogénétique. ||-

D'ailleurs sa structure est fort complexe : il s'agit d'un stade à polarité subjective, comportant lui-même trois sous-stade à polarité respectivement

  • subjective (3-4 ans),
  • objective (4-5 ans),
  • enfin subjective et objective (5-6 ans).

D'autre formes spécifiques de circularité ne peuvent être envisagées ici, résultant en particulier des phénomènes de chevauchement (Jalley, 1981).

Pour illustrer cette complexité, on peut invoquer la métaphore du psychologue américain Gesell, qui compare lui aussi le développement de l'enfant à une spirale, mais qui serait faite d'un fil qui aurait déjà lui même la forme d'un ressort ». »

Théorie de l'individuation de Gilbert Simondon

=> Chabot, P. (2013). L'individuation (p.75-101). In La philosophie de Simondon (158p.). Vrin (Pour Demain).

p. 76 >


« Simondon a cherché une pensée capable de saisir l'évolution. Une pensée souple et mobile comme le devenir, une pensée qui suit la genèses. Il est adversaire des principes, c'est-à-dire des lois premières et arrêtées. L'évolution ne suit pas un programme déterminé. Elle est un processus. Le devenir, comme objet philosophique, réclame modestie. Il est relativement facile de parler d'un principe, car il est stable et défini. Mais qualifier un processus est un tour de contorsionniste.


Les processus défient les identités du langage. [...] Simondon est intéressé par [la] transformation plutôt que par les identités nominales. Il est philosophe de la genèse. Dans chaque ordre de réalité, il défait les identités et les substances. Il présente une « doctrine » qui a pour base cette idée : l'individu n'est pas une substance, mais le résultat d'une processus d'individuation. »

Recherche de la dynamique « Forme <> Matière » dans/par l'histoire (tableau réalisé d'après Chabot, p. 76-77)
Aristote, Thomas d'Aquin et les scolatiques Les atomistes Gilbert Simondon
matière (hylè) indéterminée et immunable déterminée et spécifiée déterminée
forme (morphè) déterminé et changeante persistance de la forme de des éléments (atome)

au sein d'un composé (molécule)

non déterminée
processus mutations subtantielles arrangement « C'est en tant que forces que matière et formes sont mises en présences »[4]
représentation Forme =(?)> matière H + O2 <=> H2O (H-f-O-f-H) : liaisons

p. 77-78 > «

« la relation a valeur d'être »[4], telle est la devise d'une philosophie de l'individuation.

La relation ne lie pas A et B lorsqu'ils sont déjà constitués. Elle opère dès le début. Elle est intérieure à l'être. La relation n'est pas un accident qui viendrait apporter après coup à la substance une détermination nouvelle. Au contraire (p.78 >) aucune substance n'existe, ni n'est déterminée, sans relation à d'autres substance et à un milieu.

Exister, c'est être lié. 

Cette proposition philosophique permet à Simondon d'asseoir son projet : Concilier l'être et le devenir.

La relation est le devenir à l'œuvre. 

Grâce à elle, les changements arrivent à l'être et l'individu évolue.

La relation est dans l'être comme le temps est coalescent au réel.

De même l'être et le devenir sont dans une situation d'appartenance mutuelle. L'un exprime le statisme, l'autre le dynamique. L'individuation n'est pas entre ces deux notions, comme le juste milieu aristotélicien. Elle est la rencontre de ces deux dimensions qui existent par leur contraires.

Le Yin Yang symbolise l'intuition ontologique de Simondon. 

... »

Références


  1. Jalley, É (2014). Louis Althusser et quelques autres - Notes de cours 1958-1959 (p.254). L'Harmattan.
  2. s’ e n t r e - t e n i r avec ... G. W. F. Hegel via J-F. Kervégan : De la négativité dans le système hégélien (49 min.). Les nouveaux chemins de la connaissance. Les vertus du non (2/4) - France Culture. émission du 15 1o 2o13. URL : http://jef-safi.net/spip/spip.php?article347
  3. Tran-Thong (1992). Stades et concept de stade de développement de l'enfant dans la psychologie contemporaine (p.14). éd. Librairie Philosophique J. Vrin
  4. 4,0 et 4,1 Simondon. L'individu et sa genèse..., p. 39