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Christian Gueorguievitch Rakovski (1873-1941), né Khristo Stantchev, était un marxiste révolutionnaire roumain d'origine bulgare.

Militant connu de la Deuxième Internationale avant 1914, principale figure du mouvement socialiste roumain, ce médecin polyglotte, journaliste et militant traversa de nombreux pays d'Europe et fut expulsé de plusieurs d'entre eux pour ses activités politiques. Il participa à la conférence de Zimmerwald puis gagna la Russie où il rejoignit le parti bolchévique après la révolution d’octobre 1917. Il fut un des fondateurs de l'Internationale communiste, et devint chef du gouvernement de la République socialiste soviétique ukrainienne. Il prit part à la conférence de Gênes en 1922, et fut ambassadeur soviétique à Londres et à Paris. Il s’opposa à Staline et rallia l’Opposition de gauche de Trotski. Se soumettant à l’autorité de Staline en 1934, il fut brièvement réintégré, mais néanmoins exécuté par par le NKVD en 1941.

Sommaire

Un jeune socialiste européenModifier

Khristo Gheorghev Stantchev naît le 13 août 1873 à Kotel, en Bulgarie, dans une riche famille de propriétaire fonciers qui était partisane de l'ordre établi sous l'empire ottoman.

En 1878, à la suite de l'indépendance de la Bulgarie, les Stanchev (de même que les Bogoridi) sont devenus personae non gratae dans leur fief de Kotel[1]. Ils s'exilèrent en Roumanie et Christian Rakovski devint roumain à l'âge de 5 ans. Il fut élevé à Bucarest et découvrit le marxisme au lycée. À 16 ans, en 1889, il fut exclu à vie des lycées du pays pour son militantisme politique, et passa son baccalauréat en candidat libre. À 17 ans, ce brillant jeune homme, charmeur et polyglotte, alla étudier la médecine à Genève où il ne tarda pas à rencontrer de nombreux exilés politiques socialistes, à commencer par le russe Gueorgui Plekhanov et la jeune Rosa Luxemburg. En quelques années, étudiant en Suisse, en Allemagne puis en France, il se fit connaître et apprécier de l'ensemble du mouvement socialiste européen. Influent parmi les petites communautés d'étudiants bulgares exilés, il fut dès 1893 délégué au congrès de la Deuxième Internationale à Zurich où il eut l'occasion de rencontrer le vieil Engels. L'année suivante, il devint correspondant du Vorwärts, le principal quotidien social-démocrate allemand et entretint une relation amicale avec Wilhelm Liebknecht. Expulsé de Prusse comme « anarchiste », Christian Rakovski termina ses études de médecine en France. C'est là qu'il soutint sa thèse en 1896.

En Suisse, Rakovski s'était lié avec une étudiante socialiste russe, Elisaveta Pavlovna Ryabova. C'est par elle qu'il s'intéressa d'abord à la Russie. Ils se marièrent en 1898. La même année, il fut incorporé comme lieutenant médecin dans l'armée roumaine. Après son service militaire, Christian Rakovski tenta de s'établir à Saint-Pétersbourg. Rapidement expulsé pour ses activités politiques, il ne put revenir qu'au prix d'un important pot-de-vin. Mais, en 1901, sa femme mourut en couches avec son nouveau-né.

Séjournant en France entre 1902 et 1904, Christian Rakovski se fit connaître et apprécier dans le mouvement socialiste français. Il devint correspondant pour les Balkans de l'Humanité, le quotidien nouvellement fondé par Jean Jaurès. Il tenta vainement d'obtenir la nationalité française.

À la tête du mouvement socialiste roumainModifier

De retour en Roumanie, Christian Rakovski s'impliqua totalement dans le soutien aux mouvements de grève qui secouèrent le pays à partir de 1905. Influencés par les événements qui se déroulaient au même moment en Russie, des milliers d'ouvriers de la jeune industrie roumaine exigèrent des augmentations de salaire et une amélioration de leurs conditions de travail, malgré les violences policières et l'envoi de la troupe contre eux. Rakovski contribua au développement des syndicats roumains notamment en organisant un congrès ouvrier.

En mars 1905, il lança un hebdomadaire socialiste, România muncitoare (La Roumanie ouvrière), dont l'activité fut le noyau autour duquel se regroupa le futur parti social-démocrate de Roumanie, fondé en 1910.

Pendant l'été 1905, les marins mutinés du cuirassé Potemkine, en partie d'origine moldave se réfugièrent à Constanţa, en Roumanie. Rakovksky dépensa beaucoup d'énergie pour prendre leur défense, exiger du gouvernement roumain qu'il leur accorde l'asile politique et faire connaître leur histoire au monde entier. Le gouvernement accorda l'asile, mais rendit au Tzar son cuirassé. Rakovksky fournit personnellement de l'aide et du travail à certains d'entre eux.

Début 1907, une importante révolte paysanne, impliquant des milliers de villages et plus de 40 000 insurgés, éclata en Roumanie en raison de mauvaises récoltes et du système des grandes propriétés: les aristocrates, résidant dans la capitale ou à l'étranger, sous-louaient leurs immenses domaines à des exploitants (souvent grecs, juifs ou arméniens, d'où le qualificatif non-sourcé de pogrom parfois donné à cette révolte) qui pressuraient les paysans jusqu'au bord de la famine, vendant les grains à des firmes agro-alimentaires internationales (notamment allemandes et britanniques). Les insurgés désespérés prirent d'assaut les manoirs des propriétaires, les offices des sous-loueurs, des mairies, des préfectures, des entrepôts ferroviaires. Le gouvernement libéral du roi Carol, mena une répression féroce contre les paysans révoltés qui fit 11000 morts parmi les insurgés. Le journal de Rakovski prit courageusement position en faveur des insurgés, invitant les soldats à ne pas tirer sur les paysans et même à les rejoindre avec armes et bagages.

Craignant son activité révolutionnaire, le gouvernement roumain prit prétexte de l'origine bulgare de Rakovski pour le déchoir, en toute illégalité, de la nationalité roumaine fin 1907, au moment où il se trouvait à Stuttgart pour un congrès de l'Internationale. Des protestations s'élevèrent contre cette décision dans la presse socialiste européenne. Christian Rakovski n'était pas particulièrement attaché à sa nationalité roumaine, mais il tenait à mener le combat politique pour sa réintégration. En 1909, il tenta de rentrer clandestinement en Roumanie et fut refoulé. Une manifestation ouvrière en sa faveur eut lieu, qui fut brutalement réprimée. Finalement, en 1912, au terme d'une longue bataille juridique, Christian Rakovski recouvra sa nationalité, juste à temps pour dénoncer les Guerres balkaniques de 1912-1913.

Président du conseil des commissaires du peuple d'UkraineModifier

En internationaliste convaincu, Christian Rakovski fut durement éprouvé par l'attitude des sociaux-démocrates européens lorsqu'éclata la Première Guerre mondiale en 1914. Il exposa son point de vue dans une brochure publiée en français sous le titre « L