Télégramme postal n° 2886-a (Aux camarades Tchitchérine, Lénine, Karakhan, Krestinski, Radek, Kamenev)

De Marxists-fr
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Note de la MIA : Quelques dates pour mieux comprendre

Après avoir signé avec le chef « nationaliste » ukrainien Petlioura un accord dans lequel ce dernier cède d’avance à la Pologne une partie des territoires ukrainiens (voir ci-après), le maréchal Pilsudski lance l’armée polonaise à l’assaut de l’Ukraine le 25 avril. En quelques jours ces dernières prennent Jitomir, Berditchev, Moghilev, puis, le 6 mai, Kiev. La contre-offensive de l’armée rouge commence le 25 mai et le 12 juin l’armée rouge reprend Kiev, puis Minsk le 11 juillet, et Brest-Litovsk le 1er août. Elle pénètre ensuite en Pologne jusqu’au coup d’arrêt qui lui est donné à la mi-août par l’armée polonaise devant Varsovie. C’est pour les dirigeants polonais « le miracle de la Vistule » Dans sa contre-offensive, dès le 21 août l’armée polonaise reprend Brest-Litovsk. Le 21 septembre des pourparlers de paix – interrompus fin avril – entre la Pologne et la Russie soviétique reprennent à Riga et aboutissent à un armistice le 12 octobre.

Nous venons tout juste de recevoir la nouvelle que nos armées ont repris Kiev. Les Polonais, en quittant la ville, ont fait sauter le château d’eau, la station d’électricité et la cathédrale de Vladimir. Même dans la guerre impérialiste on n’a pas assisté à des destructions aussi absurdes et aussi lâches. Les Allemands avaient saccagé une cathédrale parce qu’ils voulaient l’utiliser à des fins militaires, mais détruire un monument artistique dans le seul but de le détruire on n’a pas vu ça même au cours du carnage impérialiste.

La destruction du château d’eau condamne 600 ou 700000 habitants de la ville à d’effrayantes épidémies. La destruction de la station électrique de la ville va provoquer d’énormes calamités pour la population et n’a aucune portée militaire. Cet acte vise à faire le maximum de tort à cette population que Pilsudski et Petlioura veulent libérer de notre présence. Il faut donc développer sans tarder la plus large agitation.

Il faut que le comité de Moscou (du parti) envoie dans les rues des agitateurs qui aux carrefours et aux coins de rues racontent ces faits et appellent à les faire payer aux hobereaux polonais. Il faut aujourd’hui diffuser sur ce point de courts appels, les distribuer dans les rues et les coller sur les murs.

Il faut que l’agence Rosta mobilise son appareil, informe la province par radio et l’appelle à des manifestations de protestation et d’indignation.

Il faut dans toute notre agitation souligner la responsabilité directe de l’Angleterre et de la France pour les forfaits commis à Kiev et à Borissov. La cathédrale Vladimir, la station électrique, le château d’eau ont été détruits avec de la dynamite française et des bâtons de pyroxyline anglais par les mains des incendiaires français. Il faut examiner toutes les déclarations que Lloyd George fait à Krassine à la lumière des explosions de Kiev et de l’incendie de Borissov.

Nous en appelons aux représentants des ouvriers anglais, français, italiens et autres qui se trouvent sur notre territoire, nous en appelons au prolétariat de tous les pays en les invitant à exercer une vengeance impitoyable contre les classes dirigeantes qui arment les canailles de Varsovie pour leur permettre de commettre des crimes sans exemple dans l’histoire.

Dans l’agitation, outre les éléments cités ci-dessus, il faut souligner ce qui suit : nous répondrons en écrasant les hobereaux polonais, nous balaierons de la surface de la terre la barbarie des grands propriétaires et des capitalistes, mais nous ne nous vengerons pas sur le peuple travailleur polonais, avec qui nous cherchons à établir une union fraternelle. Nous ne détruirons ni les monuments de l’art ni les installations techniques comme le château d’eau, l’équipement électrique, etc. Au contraire, nous aiderons, autant que nous le pourrons, le peuple polonais libre et fraternel, ayant rejeté le joug de la bourgeoisie et de la noblesse, à reconstruire les installations techniques détruites.