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Rapport du Secrétariat du Parti français au Comité exécutif élargi de l'I.C.
| Auteur·e(s) | Parti communiste français |
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| Écriture | mai 1923 |
Les dix rapports qui ont été rédigés par le secrétariat général du Parti français et transmis au Comité exécutif de l'Internationale depuis le 4e Congrès mondial, ont tous donné une note optimise quant à la situation du Parti au sortir de sa dernière crise, après notamment la démission de Frossard et la constitution de son groupe résistant.
On a pu, avec quelque raison, blâmer cet optimisme. Il était cependant justifié d'un certain point de vue. On peut excuser en effet le secrétariat du Parti français d'avoir, pendant quatre mois, porté ce jugement sur la marche du Parti en considération de la situation tout à fait difficile et délicate dans laquelle le Parti s'est trouvé au début de janvier. Il était permis de craindre que les épreuves qu'il a subies entre le Congrès de Paris, octobre 1922, et le retour des délégués au 4e Congrès mondial, première quinzaine et décembre 1922, ne l'ébranlassent infiniment davantage. Nous pouvions donc être fondés à nous réjouir en constatant de semaine en semaine que l'ensemble de nos fédérations et de nos sections avaient très heureusement résisté aux essais de dispersion qui avaient été tentés contre elles par Frossard et son groupe de confusionnistes, au milieu desquels on pouvait compter un nombre assez important de militants de tête du Parti : Lafont, Georges Pioch, Henri Torrès, H.P. Gassier, Victor Méric, Ferdinand Faure, Cordon, maire de Saint-Ouen, Emile Auclair, Doncicol, etc.
Nous persistons à croire que nous avons eu raison de marquer comme un indice tout à fait sérieux le fait que non seulement les effectifs du Parti s'en soient retrouvés plus nombreux qu'ils ne l'étaient l'année dernière au début de l'année, mais que l'ensemble de nos fédérations aient montré un grand empressement à tenir compte des directives de l'Internationale, à renforcer la discipline pour chacun des adhérents du Parti, à constituer les organismes de travail indispensables du Parti : commissions syndicales, commissions coopératives, etc., etc. Nous indiquons encore, comme un fait digne de retenir l'attention du Comité exécutif élargi, que le chiffre des adhérents au Parti communiste est, à la date présente, de 52 000.
LA SITUATION MORALE DU PARTI[modifier le wikicode]
Nous ne pouvons malheureusement donner l'assurance que l'effort de bonne volonté fourni par nos fédérations pour organiser leurs sections sur le canevas de travail prévu par le 4e Congrès mondial (programme d'action du Parti français) ait abouti dès aujourd'hui à des résultats parfaits. La fausse mentalité dans laquelle un grand nombre de nos adhérents ont été maintenus pendant des années ne leur permet pas de saisir autrement que d'une façon encore vague l'importance capitale des formes d'organisation et de travail préconisées par l'Internationale Communiste. Nos militants et nos propagandistes éclairés sont encore obligés d'employer beaucoup de temps à expliquer ces choses dans la plupart des sections du Parti, mais ce que nous pouvons répéter, c'est que partout nous trouvons dans la grande majorité de nos adhérents un grand et sincère désir de compréhension. En sorte que, d'ici à la fin de l'année par exemple, nous espérons être à même d'annoncer à l'Internationale que sa section française s'est vraiment rapprochée de l'état d'organisation dans lequel doit se trouver chacune des sections de l'Internationale Communiste.
LA PROPAGANDE DEPARTEMENTALE[modifier le wikicode]
En vue de poursuivre méthodiquement ce but et de l'atteindre aussi tôt que possible, la conférence des secrétaires fédéraux qui s'est tenue à Paris le 18 février, un mois après notre conseil national de Boulogne-sur-Seine, a décidé d'entreprendre dans chaque département, c'est-à-dire dans chaque fédération, un travail systématique de propagande à assurer par une équipe de militants ouvriers communistes, distingués parmi les plus intelligents et plus au fait de la doctrine communiste, avec pour chacun d'eux les buts suivants :
- Visiter toutes les sections de la fédération. Expliquer devant chacune d'elles ce que doit être désormais l'organisation et le travail d'un Parti communiste, procéder à la constitution des commissions syndicales et coopératives, leur expliquer leur tâche.
- Organiser quelques réunions d'ateliers, de fabriques, d'usines, de mines, de carrières, d'exploitations forestières, d'employées d'administrations publiques ou privées, de façon à montrer comment les sections devraient désormais poursuivre leur besogne de recrutement et de propagande : persuader les sections que les réunions de centres professionnels étaient de beaucoup préférables à la réunion publique et contradictoire dont les résultats étaient la plupart du temps décevant et aboutissaient à mettre en œuvre des orateurs, des moyens financiers, des déplacements coûteux pour des résultats souvent assez minces et qui, s'ils pouvaient à la rigueur répondre aux tâches d'un parti d'opinion ou d'action purement électorale, ne pouvaient en aucune mesure satisfaire les besoins d'un parti d'action révolutionnaire et de travail systématique dans la masse ouvrière.
- Visiter les centres prolétariens où l'organisation est nulle ou insuffisante aussi bien du point de vue du Parti que du point de vue syndical, y constituer des organisations avec le concours des militants à rechercher dans la masse inorganisée.
- Trouver même dans les centres moyens ou petits un camarade sûr qui constituerait d'abord un correspondant de confiance pour le centre fédéral et une amorce pour le développement ultérieur d'une section communiste dans la localité considérée.
- Susciter un peu partout des militants actifs en les choisissant parmi les éléments modestes ou insuffisamment décidés de nos sections. Depuis la première quinzaine d'avril, où cette forme de propagande spéciale a commencé, les fédérations suivantes ont été visitées ou se trouvent actuellement en cours de travail : Allier, Ardèche, Aveyron, Creuse, Doubs, Finistère, Gard, Hérault, Indre, Loir et Cher, Loire, Loire-inférieure, Haute Marne, Meurthe et Moselle, Pas de Calais, Puy de Dôme, Pyrénées Orientales, Saône et Loire, Seine et Oise, Seine et Marne, Somme, Tarn et Garonne, Vienne et Haute Vienne, soit 25 fédérations sur 90 et nous comptons que toutes nos fédérations auront été ainsi visitées d'ici au mois d'octobre prochain.
LES RESULTATS OBTENUS[modifier le wikicode]
Les rapports qui nous sont jusqu'alors parvenus et le contrôle qu'il a été possible à l'organisme central du Parti d'en faire, montrent que les résultats obtenus par ce moyen répondront bien aux espoirs que nous avions en décidant cette méthode exceptionnelle de renforcement du Parti. Non seulement il est sûr que toutes les sections visitées seront désormais à même d'entreprendre par les moyens qui conviennent un véritable travail communiste. Mais l'organisation syndicale, et surtout celle de la C.G.T.U., a largement bénéficié des efforts de propagande du Parti. En nombre d'endroits des syndicats unitaires se sont créés, là où les ouvriers étaient sans organisation. D'autre part enfin, l'influence syndicale du Parti a déjà manifestement grandi dans plusieurs des centres visités. Dans toutes les fédérations ainsi travaillées, sans aucune exception, des sections nouvelles du Parti ont été reconstituées ou créées. Ç'a été là, pour nous une preuve encourageante de ce que le communisme, en France, malgré les ennemis de toute sorte qui continuent de le combattre avec acharnement répond à la confiance d'une élite ouvrière et que, loin de péricliter, il continuera de grandir.
LE TRAVAIL DANS LES SYNDICATS ET LES COOPERATIVES[modifier le wikicode]
En dehors du rapport spécial de la Commission centrale syndicale qui est actuellement en préparation que vous recevrez par le plus prochain courrier, vous trouverez ci-joint le rapport de la Commission fédérale de la Seine, qui vous indiquera les résultats obtenus dans l'agglomération parisienne à la suite du travail entrepris par notre fédération de la Seine dans l'organisation syndicale.
En ce qui concerne le travail communiste dans la coopération, nous devons reconnaître que son début a été tout à fait tardif. Les militants du parti qui s'intéressaient le plus à la coopération étaient en désaccord profond, non seulement depuis toujours sur l'orientation du travail communiste dans la coopération, mais sur l'interprétation même des thèses du 4e Congrès mondial sur ce sujet. Le Comité directeur est arrivé à réaliser cet accord sur un plan d'organisation et d'action tout à fait net et précis, et le travail a commencé sans heurts, mais malheureusement un peu tard.
Des résultats ont déjà été obtenus dans les assemblées générales des coopératives qui ont été réunies en vue du Congrès national de la coopération qui siège présentement à Bordeaux. Au cours de la séance d'hier, les coopérateurs révolutionnaires, groupés sous l'influence de nos camarades communistes, se sont mis d'accord sur une motion d'orientation. Les résultats du vote ne nous sont pas encore connus, mais il apparaît déjà comme sûr que, pour la première fois, les dirigeants réformistes et coopératistes de la Coopération française vont se heurter à une opposition importante.
LA FEDERATION DE LA SEINE[modifier le wikicode]
Nous vous avons exposé dans notre précédente lettre les raisons pour lesquelles notre fédération de la Seine a marqué un temps d'arrêt au point de vue de l'activité propagandiste et du chiffre de nos effectifs. Ce chiffre, qui a monté au cours du dernier mois, est présentement de 6 000.
Plusieurs réunions du Bureau politique et une réunion spéciale du Comité directeur ont été consacrées à l'examen de cette situation. Vous trouverez également joint le rapport moral du Comité fédéral de la Seine, qui synthétise non seulement les observations diverses qui ont été formulées, mais aussi les solutions qui ont été décidées. Il est tout à fait juste de reconnaître que les quatre derniers mois n'ont pas été perdus par la fédération de la Seine. Ils ont été consacrés à l'organisation des éléments de travail syndical, coopératif et éducatif des 190 sections de la fédération. Les résultats obtenus dans le domaine syndical, la constitution des premiers noyaux communistes dans les usines et la part importante prise par les communistes de la Seine dans le récent congrès des usines ont démontré que ces quatre derniers mois n'ont pas été mal employés. Le Comité directeur a seulement regretté que toutes les besognes n'aient pas été menées de front.
La fédération de la Seine conserve devant elle des perspectives tout à fait rassurantes quant à ses possibilités de développement et de renforcement de l'éducation communiste de ses membres d'ici à la fin de la présente année.
LA COMPOSITION SOCIALE DU PARTI[modifier le wikicode]
Les défections provoquées par les décisions du 4e Congrès relatives à la franc-maçonnerie, à la Ligue des Droits de l'Homme et aux devoirs particuliers des intellectuels n'ont pas ébranlé gravement le parti. Il semble bien que l'Internationale avait vu juste en prévoyant que les réactions qui s'ensuivraient joueraient en tous les cas à l'avantage de la composition sociale du Parti, sinon à l'avantage du nombre de ses effectifs.
Il ne nous a pas encore été possible de faire rentrer toutes les feuilles de recensement qui ont été remplies par chacun des adhérents du Parti. Mais voici néanmoins le résultat d'un dépouillement qui a été fait sur un total de 2 800 adhérents appartenant à la fédération de la Seine :
| Ouvriers | 1 510 |
| Employés et ouvriers d'administration publique
(P.T.T. et chemins de fer) |
570 |
| Employés de commerce | 280 |
| Ménagères | 120 |
| Commerçants, professions libérales, retraités | 260 |
| Techiciens | 60 |
| TOTAL | 2800 |
S'il a été possible de juger avec optimisme la situation de notre Parti depuis le début de l'année 1923 en prenant comme terme de comparaison sa situation au cours de l'année précédente et surtout à la fin de l'année 1922, il nous apparaît au contraire nécessaire de juger très modestement les conditions dans lesquelles le Parti s'est comporté en face des tâches — il est vrai fort lourdes — que les conjonctures internationales lui ont imposées.
L'ACTION DU PARTI DEPUIS LE DEBUT DE L'ANNEE[modifier le wikicode]
LE PARTI ET L'OCCUPATION DE LA RUHR[modifier le wikicode]
Le début de l'envahissement de la Ruhr, la conférence internationale d'Essen, les arrestations des militants de tête du Parti et de la C.G.T.U. se sont produits dans la première quinzaine de janvier, c'est-à-dire peu de jours après la démission tapageuse du secrétaire du Parti, Frossard, et de l'offensive, tout de même gênante, de son groupe de résistants contre le Parti communiste et contre l'Internationale communiste. Le Parti s'est trouvé en présence de besognes difficiles dans le moment même où sa structure, en nombre de fédérations, avait été ébranlée. Il nous a pourtant été possible d'organiser avec rapidité une vaste campagne de meetings dans toute la France, d'accord avec le Comité Central d'action contre l'impérialisme et la guerre (C.G.T.U. et Parti Communiste).
Il paraît certain que cette campagne de meetings n'a pas été sans résultats. Nous avions bien la claire conscience que ce moyen de résister aux mauvais coups de l'impérialisme français n'était pas celui qui eût été désirable. Nous comprenions bien qu'il eût été souhaitable de pouvoir galvaniser la réprobation active de toutes les organisations ouvrières dans une grève générale suffisamment suivie et soutenue pour obliger M. Poincaré à ne pas pousser jusqu'au bout son entreprise. Mais les organisations réformistes refusent absolument de réaliser le front unique, il eût été fou d'essayer, à l'aide des seuls moyens du Comité central d'action, de déclencher une grève générale. Personne ne doutait alors, personne ne doute encore aujourd'hui que nous eussions été là à un échec très net et dont les conséquences eussent été absolument désastreuses. Il n'en reste d'ailleurs pas moins, quelle qu'ait été l'humiliation que nous avons éprouvée en face de notre impuissance, que la campagne de meetings a rencontré dans tout le pays un écho très large.
L'élite de la classe ouvrière, qui avait été découragée par l'échec des grandes grèves du printemps de 1920, s'est ressaisie et les centaines de réunions publiques, d'abord improvisées, puis organisées avec méthode par l'intermédiaire des comités départementaux et locaux d'action, ont nettement douché la campagne insensée de violence que la presse capitaliste avait déchaînée en vue d'exacerber les passions chauvines du peuple français autour de l'opération de la Ruhr. Nous pensons qu'en bonne justice et pour relativement mince que soit le résultat, il importe de l'inscrire comme une chose efficace au crédit du Parti communiste et de la C.G.T.U.
Nous nous sommes également rendu compte de ce que l'Humanité et l'ensemble de notre presse de province n'ont pas montré une souplesse, une capacité d'assimilation, d'expression et de persévérance aussi parfaites qu'il eût été désirable. Nos campagnes de presse contre l'occupation de la Ruhr ont présenté d'assez nombreuses lacunes et, à de certains moments, même de véritables coupures, qui resteront sans excuse. Les raisons de cette insuffisance doivent se trouver dans l'absence d'homogénéité que présentait la rédaction de notre organe central, presque entièrement remaniée au lendemain des démissions et des exclusions qui se sont produites dans ses cadres précédents. L'emprisonnement du directeur de l'Humanité, notre camarade Marcel Cachin, ainsi que de plusieurs militants occupant des postes de tête dans le Parti, a ajouté encore à cet faiblesse.
Le Comité directeur et le Bureau politique ont fait tout le possible pour réagir contre cette situation. Ils ne sont arrivés que très lentement à l'améliorer.
Puis l'opération de la Ruhr se prolongeant, nous nous sommes heurtés à un autre ordre de difficultés, redoutables encore : l'ensemble de l'opinion publique, aussi bien l'opinion ouvrière, se sont résignées à l'opération de la Ruhr. Aucune de ces opinions ne réagissait plus ni dans un sens ni dans un autre, et quand il s'est agi pour nous de galvaniser à nouveau la masse ouvrière en faveur de la conférence internationale de Francfort, nous avons dû constater que le public que nous avions trouvé un mois plus tôt si ardent, ne mettait plus aucun empressement à se rendre dans les meetings du Comité d'action.
L'explication de ce phénomène paraît devoir être la suivante. Aussitôt après Essen, l'émotion avait été générale dans la masse ouvrière, à cause d'abord du retentissement important de la première manifestation internationale qu'avait constituée Essen et en raison aussi de l'emprisonnement des militants respectés des ouvriers révolutionnaires et sympathisants. On sentait alors d'instinct, mais de façon très nette, le danger imminent de guerre impérialiste. Il est possible que nous ayons notamment trop insisté sur ce danger parce qu'il constituait pour nous un levier d'agitation plus commode et plus puissant, en sorte que lorsqu'il apparut, en tout état de cause, écarté, l'opinion ouvrière, dans sa masse non organisée, a pris de façon relative son parti des autres dangers économiques attachés à la rivalité des impérialismes et qui paraissaient minces comparativement au danger de guerre européenne.
Une autre faiblesse de notre action a consisté dans l'absence de toute politique de réparations au service de la cause que nous avions pour mandat de soutenir et de faire triompher. On nous pardonnera d'émettre l'opinion que l'Internationale a aussi une part de responsabilité dans cette constatation. Nous étions hors d'état de présenter à l'ensemble de l'opinion ouvrière, à côté de notre programme négatif d'opposition, un programme mûri de réparations possibles. Nous avions à notre disposition une critique très forte des fautes commises par les hommes d'Etat de l'impérialisme mondial autour du tapis vert de Versailles. C'était quelque chose, mais il eût fallu pour nous que nous fussions complètement armés, que nous ayons à présenter quelque chose de plus positif et naturellement de moins ridicule que le programme des réparations de la IIe Internationale.
Le problème a été posé pour nous dans ces circonstances regrettables. Il reste posé aujourd'hui, et c'est pour l'Internationale, selon nous, un devoir important et urgent que de travailler à le résoudre.
Une autre cause de faiblesse a résidé dans l'inorganisation presque totale de la C.G.T.U., à laquelle nos possibilités d'action étaient strictement liées. Jamais nous n'avons eu autant à regretter que le principe fédéraliste soit encore aussi vivant dans la C.G.T.U. Le secrétariat de cette organisation a dû nous avouer bien des fois l'impuissance totale dans laquelle il se trouvait de donner des ordres à ses Unions départementales ou à ses Fédérations d'industrie avec la certitude que ces ordres seraient strictement observés. Quand il s'est agi de désigner les délégations d'ouvriers français que le Comité international d'action nous demandait d'expédier en territoire rhéno-wesphalien ou dans d'autres parties de l'Allemagne pour y conférer avec les représentants révolutionnaires de certaines industries, pour y prendre part à des meetings internationaux ou pour y délibérer en marge du Comité central d'action international, il a fallu consacrer des jours et des jours pour arriver à faire face tant bien que mal à ces sortes d'obligations cependant si nécessaires. L'emprisonnement de Monmousseau et de Sémard est encore intervenu dans cette situation comme élément d'aggravation.
D'autre part, l'obligation dans laquelle nous nous trouvions d'envoyer des délégués du Parti et de la C.G.T.U. pour le travail au sein de l'armée d'occupation et des usines rhénano-wesphaliennes n'a pu être assurée que d'une façon tardive et tout à fait insuffisante quant au nombre de nos délégués et à la compétence de ceux qu'il nous a été possible d'envoyer.
La critique ainsi faite de l'action du Parti au cours de cette période historique aboutit à mettre en relief l'importance du travail d'organisation et d'éducation qui reste à opérer non seulement dans l'ensemble de la masse ouvrière de France, mais dans l'organisation syndicale et surtout, à cause de ses responsabilités particulières, dans notre Parti communiste.
LA TACTIQUE DU FRONT UNIQUE[modifier le wikicode]
A propos de cette importante question aussi, le Comité directeur de notre Parti a été d'avis de faire franchement, devant l'Internationale, un autre acte de modestie. Nous n'avons pas encore su tirer de l'application de cette tactique tout le profit désirable. Il y a moins d'un ans que le Parti communiste s'est rallié par un acte public à la tactique du front unique. Il y a encore moins de temps qu'il l'a réellement comprise, et les conditions dans lesquelles il nous a été possible de la faire jouer ont mis en relief des tâtonnements d'abord, puis des erreurs, et nous en sommes encore à rechercher quelle doit être en fin de compte la meilleure ligne à suivre dans cet ordre d'action.
Nous avons fait avec l'ancien Comité directeur un premier essai, à fin octobre, en faveur de l'amnistie générale. La C.G.T. réformiste nous a immédiatement répondu par un refus très net, et le Parti socialiste dissident, après quelques tergiversations, a fini par répondre de même, en excipant du fait que l'impossibilité dans laquelle nous déclarions être de lui présenter des excuses à raison de nos violentes attaques passées ne lui donnait pas une garantie suffisante quant à la loyauté de nos intentions. Il prétendait en outre que les dissensions qui venaient de se manifester à notre Congrès de Paris ne lui paraissait pas conférer une autorité suffisante au Comité directeur d'alors pour prendre avec lui des engagements sur un terrain aussi délicat que celui sur lequel nous prétendions les entraîner.
Nous avons renouvelé notre offre en faveur de la Conférence internationale d'Essen et à l'occasion du Congrès national du Parti socialiste S.F.I.O. qui s'est tenu à Lille dans les premiers jours de janvier. Non seulement nous avons essuyé là un nouveau refus sous des prétextes identiques à ceux qu'on avait déjà opposés à notre offre première, mais on nous faisait savoir que ce refus était définitif et qu'il était désormais inutile de tenter de nouveaux essais.
Nous avons pris prétexte de la conférence internationale de Francfort et de l'aggravation de la répression bourgeoise pour présenter malgré tout une autre invitation au Parti socialiste S.F.I.O. De son côté, la C.G.T.U. avait adressé une invitation pareille à la C.G.T. réformiste. Les résultats n'ont pas été plus heureux. Mais ils ont, semble-t-il, suggéré à nos adversaires réformistes l'idée de la contre-tactique de la reconstitution de l'unité politique du prolétariat français. Nous devons signaler qu'à l'occasion de cette précédente tentative, nous ne nous sommes adressés à la Commission administrative permanente du Parti socialiste qu'après avoir fait toucher directement par nos fédérations et par nos grosses sections les fédérations et les grosses sections du Parti dissident. De même la C.G.T.U. avait-elle utilisé ses Unions départementales et ses grosses fédérations d'industrie en ce qui concerne l'offre qui avait été faite par elle, latéralement à la nôtre, à la C.G.T. de la rue Lafayette.
Il convient encore de reconnaître que notre presse ne s'est pas trouvée en état de soutenir avec vigueur et avec la persévérance nécessaire les différentes campagnes de front unique. Les raisons de cette faiblesse sont exactement les mêmes que celles qui ont déjà été signalées aux chapitres précédents en ce qui concerne l'action du Parti contre l'opération de la Ruhr.
Une divergence de vues assez sérieuse s'était d'ailleurs manifestée au sein de notre Bureau politique quant à la façon de conduire la tactique du front unique. Notre camarade Boris Souvarine, considérant sans doute comme un fait définitif l'opposition des chefs réformistes à la réalisation du front unique, avait, en plusieurs articles parus tant dans l'Humanité que dans le Bulletin communiste, entrepris de flageller sans modération les dirigeants du Parti socialiste et de la C.G.T. réformiste. Il pensait que le moment était venu d'essayer de discréditer ces hommes, non seulement aux yeux de la masse ouvrière sympathisant à l'idée révolutionnaire, mais aux yeux même des ouvriers qui, bien que capables de jugement et doués du sentiment réel de la nécessité de la lutte des classes, se trouvaient encore embrigadés derrière les chefs réformistes.
Le Bureau politique et le Comité directeur n'ont pas suivi notre camarade Souvarine dans cette façon de voir et ont décidé que la tactique du front unique serait appliquée sans violence ni injure. On prendrait bien prétexte des erreurs passées du réformisme en France au cours de ces quatre dernières années dans la mesure où celles-ci ont été mises en relief évident par des faits politiques, économiques ou sociaux consacrés, mais on le ferait dans des termes tels qu'ils visent plutôt à convaincre qu'à punir. Les choses en sont là et l'expérience des mois qui vont suivre nous permettra certainement de juger laquelle des deux méthodes devait être la meilleure.
LES RESULTATS OBTENUS[modifier le wikicode]
Nous pensons que pour chaotiques qu'ils aient été, les efforts que nous avons faits pour l'application de la tactique du front unique n'ont pas été absolument vains. L'idée du front unique est aujourd'hui partout dans l'air, elle s'impose comme un leit-motiv à tous les orateurs ouvriers. Il est hors de doute qu'elle gagne de plus en plus dans la masse ouvrière, et le Comité central d'action contre l'impérialisme et la guerre, qui vient de se reconstituer et de s'élargir sur la proposition formelle du dernier Comité national confédéral de la C.G.T.U., à l'A.R.A.C. et à l'Union anarchiste, s'est nettement rallié, dès sa première séance, au principe du front unique dans la forme même où elle a été préconisée par la conférence internationale de Francfort. Il a été entendu en effet, que l'anniversaire de la Semaine sanglante de la Commune de Paris serait commémoré cette année avec un grand éclat, non seulement à Paris, mais dans le plus grand nombre de localités possible en France.
La préparation des manifestations qui auront lieu à la date du dimanche 27 mai, sera offerte en commun par les organisations contractantes au Comité central d'Action, au Parti socialiste S.F.I.O. et à la C.G.T. réformiste. Il a été décidé de même de faire rendre public que le 14 juillet prochain sera utilisé par le Comité central d'action pour dresser, partout où cela sera possible, dans les villes et dans les campagnes, sous des modalités diverses, l'ensemble de la population ouvrière et paysanne, dégoûtée de la politique impérialiste et chauvine du Bloc national, contre l'imposture que constitue la commémoration traditionnelle de la prise de la Bastille. Le front unique sera également offert à cette occasion à toutes les organisations ouvrières réformistes qui se réclament de la lutte de classes.
LA CONTRE-TACTIQUE DES REFORMISTES[modifier le wikicode]
La preuve de ce que le Parti socialiste se soit trouvé réellement gêné pour persévérer à refuser notre offre de front unique, réside dans le fait de la contre-tactique qu'il vient de nous opposer. Depuis trois semaines, en effet, le Populaire est parti en guerre sur la nécessité de reconstituer l'unité politique du prolétariat international sur des bases acceptables par toutes les organisations actuellement divisées. D'autre part, le Parti communiste unitaire de Frossard, qui vient de réaliser un Comité d'entente dit « socialiste-communiste » avec l'Union fédérative socialiste de Verfeuil, enfourche le même cheval. Ces deux groupements dissidents ont déclaré vouloir délibérément remettre à trois mois leur fusion complète en vue de se donner le temps de tenter respectivement auprès du Parti communiste S.F.I.C. un essai de reconstruction de l'unité politique du prolétariat français sur une base à déterminer. Ajoutez à ces tentatives intéressant spécialement la France la perspective du Congrès international de Hambourg, et vous aurez une idée de la situation à laquelle nous sommes obligés de faire face.
Inutile d'expliquer longuement que notre résolution a été prise de déclarer qu'il n'y avait que des rapports assez lointains entre le front unique immédiatement possible et désirable et la reconstitution de l'unité politique du prolétariat, qui, en admettant même, pour aller très loin dans les concessions, qu'elle ne soit pas absolument impossible, ne pourrait être réalisée qu'après un temps très long et l'intervention de toute sorte d'éléments dont aucun ne se trouve encore à l'horizon politique. Nous avons cependant décidé d'apporter une grande application à rédiger la réponse qui sera incessamment adressée à l'Union socialiste-communiste de Frossard et Verfeuil, de façon à ne mettre de notre côté, aux yeux de la classe ouvrière française, aucun tort et même aucune apparence de tort. Nous vous feront connaître cette réponse dès qu'elle aura été mise au point.
LE PARTI COMMUNISTE UNITAIRE ET LE COMITE CENTRAL D'ACTION[modifier le wikicode]
On nous a fait grief de différents côtés de n'avoir pas su faire admettre, dès le début, l'A.R.A.C. au sein du Comité central d'action. Il convient de remarquer que cette décision a été fortement préconisée par la C.G.T.U. pour justifier devant ses troupes la concession qu'elle nous faisait d'autre part en refusant d'admettre le groupement résistant de Frossard. Aujourd'hui, l'Union anarchiste et l'A.R.A.C. sont rentrées au Comité central d'action et la C.G.T.U. vient d'être saisie d'une demande d'admission émanant du groupement Verfeuil-Frossard. Nous avons décidé de ne plus nous opposer à cette admission. Outre que ce refus pourrait être mal jugé par toutes les parties de l'opinion ouvrière, nous considérons que la réalisation d'un Comité d'entente entre les deux groupements Frossard et Verfeuil représente aujourd'hui une capacité d'influence prolétarienne qui ne peut plus être négligée.
LES PERSPECTIVES DE TRAVAIL POUR LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS[modifier le wikicode]
Pour montrer enfin que le reproche d'optimisme qui a pu être adressé au moins au secrétariat du Parti, ne peut être appuyé sur l'idée insuffisante qu'aurait ce dernier de l'importance des tâches qui incombent au Parti, nous tenons à mentionner, pour terminer ce rapport, les grandes lignes de la situation économique et sociale au milieu de laquelle nous devons travailler.
52 000 adhérents au Parti communiste, quatre mois après la dernière et la plus grave d'une succession de crises importantes, sont un chiffre rassurant. C'est un chiffre ridicule, si on le compare au contraire à l'importance de la masse salariée travaillant en France, tant comme ouvriers d'industrie, employés et ouvriers agricoles. Sur une population active de 17 millions de personnes en 1921, nous relevons 9 662 000 salariés et 4 171 000 artisans, travaillant presque exclusivement pour leur compte, 2 406 540 ouvriers agricoles hommes et 871 226 ouvrières agricoles femmes. Le personnel politique du Parti travaille présentement à la mise au point d'un rapport complet sur la situation économique, financière, commerciale, industrielle et agricole de la France. Il nous suffira de mentionner que le chiffre des propriétaires fonciers, grands, moyens et petits, qui était de 8 millions en 1918, est passé à 8 300 000 en 1919, c'est-à-dire dans l'année qui, suivant la guerre, a permis aux agriculteurs de transformer leur bénéfices de guerre en terrains et en propriétés enregistrées.
C'est assez dire qu'en ce qui nous concerne, tout est à faire. Nous ne pouvons prétendre être réellement, même dans un long temps donné, et d'une façon purement artificielle, le puissant parti communiste capable par avance et à coup sûr d'accomplir sa tâche historique. Nous comptons seulement utiliser notre parti, tel qu'il est présentement, à faire, avec les méthodes de propagande, de recrutement et d'éducation arrêtées à la suite de l'expérience de l'Internationale, sa besogne de groupement des consciences révolutionnaires et d'élargissement de son influence dans la masse ouvrière.
Les résultats d'ensemble que nous avons obtenus sont bien minces en comparaison de nos obligations révolutionnaires. Mais nous pensons pouvoir nous rendre le témoignage de ce que notre bonne volonté à remplir nos tâches est totale, et qu'à défaut d'autres éléments plus importants, celui-là doit être considéré comme suffisant pour nous assurer, de la part des Partis frères, de la confiance et encore un peu de crédit.
LE PROCES DU COMPLOT[modifier le wikicode]
Malgré les discussions très sérieuses qui se sont élevées au sein du gouvernement français quant à la façon la meilleure de sortir des inculpations de complot lancées contre les militants du Parti et de la C.G.T.U., la thèse de Poincaré a momentanément triomphé. Il a été décidé de joindre à l'affaire du complot proprement dit l'affaire du Conscrit et l'affaire de la propagande anti-militariste, et de renvoyer le tout devant le Sénat constitué en Haute Cour. Cette haute juridiction de la République démocratique et bourgeoise est convoquée pour le 24 mai. Elle devrai préalablement mettre en branle des organismes subséquents chargés d'examiner d'abord, du point de vue juridique, s'il y a lieu à comparution. L'ensemble de ces formalités demandera un temps assez long et tout nous fait prévoir que l'affaire ne pourra venir de sitôt devant la Haute Cour, en admettant même qu'elle y vienne jamais.
Les inculpés sont au nombre de 36. Nous allons dès maintenant entreprendre toute une campagne pour plaider par avance le procès devant l'opinion publique et pour le faire avec tout l'éclat possible. Si le Sénat commet la faute de suivre Poincaré et s'il ne trouve pas le moyen de se dessaisir, il est certain que les débats du procès auront un très grand retentissement dans le pays et que jamais une occasion ne nous aura été offerte d'établir de la façon la plus large tout le procès d'un régime en pleine décomposition.
Nos délégués au Comité exécutif élargi ont d'ailleurs le mandat de causer de ces choses à Moscou et d'examiner là-bas par quel moyen il sera possible de faire venir en témoignage à Paris nos camarades les plus représentatifs des Partis frères de l'Internationale, et particulièrement de la Russie ouvrière et paysanne.
Nous avons déjà retenu la suggestion qui nous a été faite d'appeler nos camarades Zinoviev et Boukharine, mais nous pensons qu'un témoignage particulièrement important et sensationnel serai celui de notre camarade Trotsky, non seulement en raison du rôle qui est le sien dans la Russie révolutionnaire, mais en raison du fait qu'il lui serait possible de s'exprimer directement en français. Au cas où nous n'obtiendrions par les moyens de passeports et de garanties en faveur de ces camarades, il reste entendu qu'ils devront faire leur déposition écrite et que celles-ci seront lues avec la solennité qui convient devant MM. les sénateurs de la République française.
LA PRESSE CENTRALE ET DE PROVINCE[modifier le wikicode]
Vous trouverez, en annexe au présent rapport, un questionnaire qui avait été établi en janvier dernier par notre camarade Kolarov, secrétaire général du Comité Exécutif. Les réponses qu'il comporte vous renseigneront sur un certain nombre de points intéressant la vie du Parti et particulièrement sa presse. Le tirage moyen de l'Humanité est de 180 000 exemplaires. Il dépasse fréquemment 200 000 chaque fois qu'un événement important se produit en France ou à l'étranger. Ces résultats sont tout à fait encourageants, mais ils ont été jugés tout à fait insuffisants par la nouvelle direction du Parti qui a décidé d'entreprendre de la façon la plus active une campagne pour la diffusion de l'Humanité dans les milieux ouvriers et paysans. Nous pouvons dire que depuis quatre mois, nous avons travaillé sans arrêt à perfectionner l'organe central de notre Parti communiste, aussi bien dans son siège administratif que rédactionnel, et s'il est vrai que les résultats obtenus apparaissent comme minces dans leurs manifestations extérieures, il nous paraît certain que les efforts que nous avons faits sont sur le point d'aboutir à un perfectionnement réel de notre journal et à une augmentation du nombre de ses lecteurs. Une quinzaine de propagande en faveur de l'Humanité a eu lieu du 15 au 30 avril. Elle a été soutenue par des initiatives diverses émanant de nos sections, par un affichage important dans tous les grands centres prolétariens et par une distribution méthodique de 600 000 tracts spéciaux. Bien qu'elle ne soit close que depuis quelque jours, elle a déjà provoqué plus d'un millier d'abonnements nouveaux. Nous comptons la continuer sans arrêt sous des formes différentes, notamment par une série de campagnes de quinze jours ou trois semaines chacune, et consacrées respectivement à la vie et aux intérêts des grandes corporations : mineurs, textiles, cheminots, métallurgistes, pêche marchande, employés des services publics, etc. etc. Chacune de ces campagnes sera constituée par une documentation écrite et photographique, rassemblée sur place. Pendant le temps que durera chacune de ces campagnes, la vente de l'Humanité sera poussée par affiches et par crieurs dans tous les centres prolétariens comptant plus spécialement des travailleurs de l'industrie visée. En octobre enfin, nous terminerons cette suite de lancements corporatifs et régionaux par une grande campagne d'ensemble que nous organiserons dès aujourd'hui et pour laquelle on utilisera au mieux l'activité de chacun des lecteurs de l'Humanité. Conformément aux directives selon lesquelles la politique du Parti a été arrêtée quant à l'organisation de sa presse de province, la plupart des petits organes hebdomadaires départementaux ont été fondus dans des hebdomadaires régionaux de base plus large et susceptibles ainsi de couvrir leurs frais par leur propres moyens. Le supplément gratuit de l'Humanité qui avait d'abord été établi pour le seul département du Gard a été élargi au département du Vaucluse, puis un peu plus tard à celui des Bouches du Rhône. Depuis le 5 mai, une autre édition du supplément régional et gratuit de l'Humanité a été lancé pour les départements du Var, des Alpes-Maritimes et des Basses-Alpes. Une autre édition doit sortir incessamment pour les départements de l'Aude et de l'Héraut. A partir du 1er juin, l'importante région prolétarienne de Lyon et du Rhône aura également son édition quotidienne et gratuite du supplément de l'Humanité. Nous venons enfin de mettre à l'étude la même question pour une édition qui aurait son centre dans le bassin minier de la Loire, à Saint-Etienne, et qui couvrirait en outre le département de la Haute-Loire, de l'Allier, du Puy de Dôme et du Cantal. Nous avons obtenu jusqu'ici par ce moyen des résultats tout à fait intéressants. C'est ainsi que notre département du Gard compte à lui seul près d'un millier d'abonnés à l'Humanité sur les 13 000 que compte notre organe central en totalité. En Vaucluse après un mois d'essai, la vente de l'Humanité, qui était de 300, est passée à 900 et cette vente continue dans le sens de la progression.
Après bien des tâtonnements, il semble enfin que nous aurons réussi à opérer la fusion du quotidien de la Moselle, la Volkstribune, à Metz, et de celui de l'Alsace, la Neue Welt, à Strasbourg. Les deux quotidiens continueront à paraître jusqu'au premier octobre sous le titre de l'Humanité. A partir de cette date, ils fusionneront en un quotidien unique pour la Lorraine et pour l'Alsace, qui aura son siège à Strasbourg. Nous espérons qu'il en résultera, non seulement une diminution des charges financières que le Parti a jusqu'alors dû supporter pour assurer l'existence de ces deux quotidiens, mais que l'organe unique aura pour résultat d'unifier le mouvement ouvrier aussi bien au point de vue politique que syndical dans les trois fédérations intéressées de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin.
Nous avons également amorcé par une mesure importante la création d'un quotidien pour notre région industrielle du Nord, exceptionnellement importante au point de vue de l'action révolutionnaire.
Le Parti vient de consentir un prêt de 120 000 francs pour l'achat et la remise en état d'un immeuble à Lille. Notre fédération du Nord, qui allait se trouver sans logement, y trouvera d'abord son siège et elle se procurera le complément de la somme qui lui est nécessaire, soit près d'un million, par la constitution d'une société anonyme sur la base coopérative. Inutile de dire que toutes les précautions juridiques ont été prises pour qu'en cas de poursuites judiciaire contre le futur quotidien, contre la fédération du Nord ou contre l'Humanité, on ne permette en aucuns cas à la justice de s'emparer de l'immeuble, du matériel d'imprimerie et des machines qui s'y trouveront logées.
LA SITUATION POLITIQUE EN FRANCE[modifier le wikicode]
Il paraît extrêmement difficile de porter un jugement net sur la situation politique actuelle de notre pays en raison de la confusion dans laquelle se trouvent les différents partis politiques.
Cette situation dépendra demain des conditions dans les quelles va se clôturer l’affaire de la Ruhr. Que le Bloc National au pouvoir soit d’ores et déjà discrédité et qu ’il doive être battu aux prochaines élections législatives de 1924, ceci ne fait de doute pour personne. Mais sa défaite sera plus ou moins large selon les résultats qu’aura donnés en fin de compte la politique de Poincaré sur la question des réparations et par conséquent de l’affaire de la Ruhr. Le Bloc des Gauches s’élabore avec lenteur et pas mal de difficultés. Cette formule sera évidemment le tremplin de la future majorité parlementaire à la Chambre des Députés. Avec quels éléments se présentera-t-il devant le corps électoral ? C’est là une chose encore bien indécise. Le Bloc des Gauches pourra être aussi bien une sorte de Bloc national légèrement élargi du côté des Radicaux qu'un groupement englobant effectivement, en dehors des actuels éléments radicaux, un certain nombre de transfuges de la gauche du Bloc National, les radicaux socialistes, les socialistes indépendants, et l'à peu près totalité du Parti socialiste (S.F.I.O.). Il semble cependant que les discussions qui auront lieu et qui commencent déjà au sein de ce Parti sur la question du Bloc des Gauches seront des plus orageuses. Elles pourront même devenir tout à fait dangereuses pour le maintien de l’unité au sein de ce Parti. Si après l'épreuve, l'unité n'est pas rompue, ceci ne tiendra qu'à la discipline tout à fait élastique du groupement de Renaudel, Blum, Longuet, Paul Faure ou, plus exactement, à son absence à peu près totale de discipline.
La position électorale du Parti communiste ne paraît pas devoir être changée, quoi qu'il arrive, au premier tour de scrutin ; il y aura intérêt probablement à ce qu'elle soit conforme à la dernière thèse électorale du Parti. Mais son attitude dans les secteurs électoraux où un second tour de scrutin sera nécessaire, dépendra largement des conditions dans lesquelles les deux blocs bourgeois qui se disputeront le pouvoir se présenteront respectivement devant le corps électoral. De même le programme du Parti pourra-t-il être révisé sur le point de savoir quelle sera son attitude au Parlement par rapport à l'action du Parti socialiste. Tout dépendra de la position qu'aura prise dans la bataille électorale l'ensemble de ce parti ou une de ses fractions.
Ceci dit en considération du mot d'ordre possible de la réalisation du Gouvernement ouvrier. Mais il semble vraiment que ce soit là une hypothèse si lointaine qu'on puisse sans difficultés en remettre l'examen à beaucoup plus tard.
Nous devons envisager que la fusion électorale du Parti socialiste (S.F.I.O.) et de l'Union Socialiste Communiste de Verfeuil-Frossard, et peut-être aussi d'un certain nombre d'éléments syndicalistes directement issus de la C.G.T. réformiste, représentera en France une zone d'influence électorale considérable.
Telles sont actuellement les données du problème et elles nous obligent à conclure comme nous avons commencé : l'ensemble de cette situation est encore trop indécise pour que nous puissions dégager, dès maintenant et à coup sûr et jusque dans ses détails, l'attitude du Parti communiste.
Un grave incident menace d'ailleurs de bouleverser les plans établis par les personnalités dirigeantes de la politique française. L'incident soulevé par le journal le Quotidien à propos de la fraude fiscale importante qu'aurait commise M. Arago, vice-président de la Chambre des Députés et l'un des leaders de la fraction la plus importante de la représentation parlementaire du Bloc National, ne paraît pas devoir s’arranger à l'avantage de l'intéressé. Si la fraude est reconnue et si M. Arago est contraint d'abandonner le poste politique de tête qu'il occupe présentement, il s'ensuivra nécessairement un grand dommage moral à la défaveur du Bloc National et qui s'ajoutera aux autres déjà nombreux. Le premier résultat sera de renforcer devant l'opinion la position du Bloc des Gauches. Il serait alors possible que la majorité parlementaire fût, dans un délai très court et en tous les cas bien avant la prochaine consultation électorale, déplacée vers la gauche. M. Loucheur, qui pose de plus en plus à l'élément de gauche et qu'on indique comme le chef probable du futur gouvernement, aurait peut-être la possibilité de faire sa jonction avec des hommes comme M. Herriot. Des perspectives nouvelles pourraient dans ce cas être assez rapidement ouvertes sur des points importants comme le règlement du problème des réparations, l'attitude à l’égard de l'Allemagne et la reconnaissance des Soviets. Une fois de plus, le terrain devient là trop imprécis pour qu'il soit possible de renseigner de façon plus précise l'Internationale, sans tomber dans[1]
L'OPINION OUVRIERE ET LA REVOLUTION RUSSE[modifier le wikicode]
Le redoublement des attaques auxquelles se trouve en butte la République Soviétique de la part des grands pays capitalistes, a incité notre Comité Directeur à se préoccuper spécialement de sa situation. Nous l'envisageons sous deux angles :
- Quant à l'opportunité urgente d'employer tous nos moyens de propagande et d'agitation politique dans le sens de la reconnaissance officielle de la République Soviétique et de la reprise des rapports normaux avec elle, il a été décidé au cours de la dernière séance de notre C.D. de soutenir, dans notre organe central aussi bien que dans notre presse de province, une énergique campagne dans ce sens. Nos fédérations et nos sections seront en même temps invitées à multiplier les initiatives pour soutenir dans les milieux où peut s'étendre leur influence l'idée de la reprise des relations avec le gouvernement des Soviets.
- L'utilité d'entreprendre une campagne de résistance, puis de redressement, contre les dénigrements auxquels se livrent systématiquement et depuis trois mois, et avec une violence de plus en plus accrue, les ennemis prétendument ouvriers et révolutionnaires de la Révolution Russe, soutenus par le Libertaire et par un certain nombre d'organes syndicaux. L'anarchiste Chezof qui a été délégué de la C.G.T.U. au deuxième congrès de l'Internationale Syndicale Rouge en novembre dernier, organise dans les grands centres des conférences, sous prétexte d'expliquer ce qu'il a vu en Russie, dans une forme mesurée, avec des arguments évidemment spécieux, mais choisis avec soin et appuyés par toute une série de références, auprès des autres délégués au Congrès de l'I.S.R. ; Chézof s'emploie, d'une façon malheureusement intelligente, à troubler les auditoires ouvriers qui viennent l'entendre sur la situation présente de la Russie Révolutionnaire. Sa conclusion, s'est que la N.E.P., avec le concours passif des hommes du Gouvernement, est en train de tout pourrir en Russie et que la situation du prolétariat est désormais si basse, tant au point de vue matériel qu'au point de vue politique, qu'elle n'a plus aucune chance d'être redressée. Les militants ouvriers qui tentent de protester, sont brisés et emprisonnés dans des conditions de cruauté qu'aucun gouvernement réactionnaire ne peut dépasser. Nous déléguons et nous déléguerons, chaque fois que la chose sera possible, des camarades communistes pour contredire Chézof. Mais nous avons le devoir de prévenir l'Internationale que nous gagnerions beaucoup à être mieux renseignés sur la situation réelle de la Russie et sur les causes des inévitables imperfections qu'on peut y relever.
Le Comité Exécutif est placé pour rassembler et tenir à jour la documentation nécessaire sur ce sujet et pour en pourvoir les directions des partis frères. Nous allons d'ailleurs donné mandat à notre camarade Souvarine, qui rejoint son poste à Moscou, de consacrer, dans la plus large mesure possible, à l'ensemble de ce sujet sa collaboration à notre presse. Nous pensons que le C.E. comprendra la réelle importance de la situation que nous lui signalons et qu'il décidera rapidement des mesures propres à y faire face. Il n'y va pas seulement de l'intérêt de la Russie révolutionnaire, il y va des possibilités du développement de l'influence de notre Parti communiste en France.
LA PRESSE DU PARTI[modifier le wikicode]
| L'Humanité | Tirage courant | 171 000 |
| Tirage exceptionnel | 210 à 220 000 | |
| Tirage moyen depuis le début de l'année | 180 000 | |
| Quotidiens | Neue Welt (Strasbourg), tirage | 6 000 |
| la Volkstribune (Metz) | 8 000 | |
| la Dépêche de l'Aube | 6 000 | |
| Hebdomadaires centraux | Voix paysanne | 23 000 |
| Bulletin communiste | 5 000 | |
| Avant-Garde (Jeunesse) | 7 000 | |
| L'Ouvrière | 2 000 |
18 hebdomadaires en province tirant de 1 000 à 5 000 exemplaires.
- ↑ Le texte de ce paragraphe n'est pas terminé.