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Déclaration du gouvernement provisoire ouvrier et paysan sur les tâches du pouvoir soviétique en Ukraine
| Auteur·e(s) | Christian Rakovski |
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| Écriture | 28 janvier 1919 |
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(extraits)
Le 28 janvier 1919
Issu de la révolution, le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine considère comme son premier devoir de mener à terme la révolution socialiste en rétablissant partout le pouvoir des Soviets des députés ouvriers, paysans et de l’Armée rouge. Tenant compte des conditions de la guerre moderne et de l’expérience de la guerre civile tant en Ukraine qu’en République socialiste fédérative soviétique de Russie, le gouvernement ouvrier et paysan d’Ukraine poursuivra avec une énergie accrue la formation d’une Armée rouge ukrainienne régulière. Dans cette armée s’intégreront les détachements partisans, qui ont héroïïquement et avec succès accompli jusqu’à présent leur tâche révolutionnaire, mais qui ont désormais besoin de cohésion, d’organisation et d’un commandement unifié pour remplir les tâches futures de la lutte révolutionnaire.
Considérant que la libération des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes, le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine recourra, si nécessaire, à l’armement général des ouvriers et des paysans, en proclamant la mobilisation générale.
[…] La libération des travailleurs consiste avant tout à les soustraire au pouvoir des classes dominantes. L’expropriation du capital et le transfert des moyens de production aux mains de l’État socialiste constituent l’objectif sans lequel le gouvernement provisoire ouvrier et paysan perdrait toute raison d’être. C’est pourquoi le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine procède à la nationalisation immédiate des branches industrielles les plus importantes, en l’étendant progressivement à toutes les autres branches de l’industrie capitaliste, au fur et à mesure de l’organisation de l’appareil étatique, technique et ouvrier nécessaire.
[…] Conscient du fait que nous en sommes encore aux débuts de l’organisation de la société communiste et que les intérêts de la classe ouvrière doivent être pleinement protégés même à ce stade transitoire de développement, le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine considère comme l’une de ses premières tâches l’élaboration d’une législation exhaustive pour la protection du travail et l’organisation de toutes les formes d’assurance des ouvriers contre la maladie, la vieillesse, l’invalidité et le chômage. S’appuyant sur la riche expérience et la législation de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, il étend à l’Ukraine toutes les mesures adoptées dans ce domaine en Russie.
La révolution socialiste en Ukraine, à l’instar de la révolution d’Octobre en Russie, est simultanément une révolution des ouvriers contre le capital et des paysans contre les propriétaires fonciers et les koulaks. Parallèlement à la nationalisation dans le domaine industriel, sont confisquées les terres des propriétaires fonciers, des koulaks et des monastères pour être mises à la disposition des paysans pauvres et sans terre. Les terres cultivables sont déclarées propriété du peuple tout entier et restent sous la supervision du Commissariat du peuple à l’Agriculture.
Pour accroïâtre la productivité du travail agricole et soulager la situation difficile de la paysannerie, le gouvernement soviétique ouvrier et paysan favorisera le développement de la culture collective commune des terres, en approvisionnant les campagnes en semences, en moyens techniques et en outils agricoles nécessaires à la gestion des exploitations collectives.
[…] Rejetant toute oppression nationale, simple masque de la domination de classe, le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine déclare que la langue d’enseignement dans les écoles dépendra de la volonté de la population ouvrière et paysanne locale. Quant à l’enseignement supérieur, la création de cours parallèles dans les différentes langues parlées en Ukraine permettra à chacun d’étudier dans sa langue maternelle.
[…] Une étroite fraternité et une liaison continue avec les pouvoirs soviétiques établis dans d’autres pays, avec le prolétariat insurgé là où il n’a pas encore conquis le pouvoir, et avec les partis communistes du monde entier sont une condition du triomphe et du renforcement du pouvoir soviétique en Ukraine. Én premier lieu, nous proclamons haut et fort notre solidarité avec la République soviétique fédérative de Russie, berceau de la révolution mondiale, soutien moral et matériel du soulèvement prolétarien universel. Les liens historiques, économiques et culturels étroits entre l’Ukraine ouvrière et paysanne et la Russie soviétique nous imposent le devoir d’aligner notre front révolutionnaire de classe avant tout sur celui du prolétariat russe. Nous déclarons ennemis de l’Ukraine soviétique les ennemis de la Russie soviétique. Nos tâches politiques, économiques et militaires sont identiques. La lutte contre les gardes blancs, contre l’impérialisme des Alliés et contre la bourgeoisie ukrainienne incarnée par la Directoire[1] est une condition tout aussi nécessaire au renforcement du pouvoir soviétique en Russie comme en Ukraine. L’écrasement total de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers russes est une condition non seulement du renforcement du pouvoir soviétique en Russie, mais aussi en Ukraine.
Tout cela prédétermine l’unification de la République soviétique ukrainienne avec la Russie soviétique sur les bases d’une fédération socialiste, dont les formes seront fixées par les représentants mandatés au Congrès pan-ukrainien des Soviets.
Nous sommes convaincus qu’avec notre révolution en Ukraine, nous apportons une aide essentielle à nos frères ouvriers et paysans russes, tout en favorisant le développement de la révolution dans la péninsule balkanique, en Roumanie, en Bessarabie, en Bucovine, en Galicie, en Pologne, et en créant un appui économique pour le triomphe de la révolution prolétarienne en Allemagne.
[…] Dans les rangs de l’Armée rouge, devant les machines des usines, sur les chemins de fer, dans les mines, dans les institutions d’État – partout doit se manifester la volonté du prolétariat révolutionnaire et de la paysannerie révolutionnaire d’en finir avec l’ancien monde et d’édifier un nouvel ordre socialiste.
Camarades ouvriers, le triomphe de la révolution ouvrière ne brise pas seulement vos chaïânes, mais vous impose aussi un devoir révolutionnaire !
Portez la production au niveau requis, édifiez un pouvoir ouvrier fort et solide sur le terrain, renforcez votre armée et contribuez par tous les moyens à l’augmentation de la production agricole. Fournissez aux travailleurs des locomotives, du charbon, du fer, organisez les transports ! Camarades paysans, donnez votre blé à l’armée, aux villes et aux organes soviétiques d’approvisionnement ! Nous devons nourrir les ouvriers pour qu’ils puissent, sans souci du pain quotidien, se consacrer au travail productif industriel. Nous devons aider le prolétariat russe, les capitales rouges – Moscou et Petrograd – qui, étranglées par la main squelettique de la faim, sont restées à leur poste révolutionnaire et ont conservé pour le prolétariat mondial une réserve profonde et inépuisable d’énergie révolutionnaire.
Camarades soldats de l’Armée rouge ukrainienne, par vos victoires, vous vous êtes couverts d’une gloire impérissable et avez mérité l’amour des ouvriers et paysans ukrainiens ! Le gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine vous salue au nom des masses insurgées d’Ukraine et vous demande de remplir les missions assignées par vos chefs, de respecter la discipline révolutionnaire, de ne pas oublier votre rôle de libérateurs de vos frères et de vous abstenir de tout pogrom et pillage.
[…] Nous serons impitoyables envers les ennemis des ouvriers et des paysans, n’hésitant devant aucun moyen lorsqu’il s’agira d’extirper les ennemis déclarés ou cachés de la dictature du prolétariat des villes et des campagnes.
Constatant le développement extrêmement rapide de la révolution en Ukraine, le gouvernement provisoire ouvrier et paysan déclare avec une pleine confiance que, d’ici au 1er mars, se réunira le IIIe Congrès pan-ukrainien des Soviets des députés ouvriers, paysans et de l’Armée rouge, auquel le gouvernement remettra ses pouvoirs et qui établira définitivement le pouvoir soviétique en Ukraine.
Vive la République socialiste soviétique d’Ukraine !
Vive l’Armée rouge ukrainienne !
Vive la révolution communiste mondiale !
Le président du gouvernement provisoire ouvrier et paysan d’Ukraine
[Rakovsky][2]
Les membres du gouvernement,
[signatures]
Le secrétaire du gouvernement provisoire ouvrier et paysan,
[signature]
S. U. Ukrainy [Recueil de loi d’Ukraine], n° 4, art. 46, 1919.