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Insurrection d'Octobre

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[[File:PlanPetrograd1917.jpg|right|395x327px|PlanPetrograd1917.jpg]]{{InfoCalendrierJulien}}L''''insurrection des 24-25 octobre 1917''' (n.s : 6-7 novembre) est le point de basculement qui marque la [[Révolution_d'Octobre|Révolution d'Octobre]]. Dans la nuit, le [[Comité_militaire_révolutionnaire|Comité militaire révolutionnaire]] - dirigé par les [[Bolchéviks|bolchéviks]] et quelques [[Parti_socialiste-révolutionnaire|socialistes-révolutionnaires de gauche]] - s'empare des points stratégiques de la capitale, [[Petrograd|Petrograd]]. Le lendemain s'ouvre le [[Deuxième_congrès_pan-russe_des_soviets|Second congrès pan-russe des soviets d'ouvriers et de soldats]], qui prend les [[Premières_mesures_du_gouvernement_soviétique|premières mesures révolutionnaires]] et vote la mise en place du [[Soviet_des_commissaires_du_peuple|nouveau gouvernement]].
== Conditions de l'insurrection ==
En septembre, les bolchéviks obtiennent la majorité parmi les ouvriers et les soldats (au [[Soviet_de_Petrograd|soviet de Petrograd]] le 31 août, au [[Soviet_de_Moscou|soviet de Moscou]] 5 septembre...). Dans les insitutions représentatives classiques, comme les [[Douma_municipale|Doumas municipales]] et les [[Zemstvos|zemstvos]], le poids des bolchéviks est plus réduit que dans les [[Soviets|soviets]]. La bourgeoisie et la petite-bourgeoisie y sont plus présentes directement et influencent plus les "[[Citoyens|citoyens]]" atomisés. Par ailleurs les élections ont eu lieu il y a longtemps et beaucoup de [[Zemstvos|zemstvos]] ont été élus au [[Suffrage_censitaire|suffrage censitaire]]. Mais néanmoins en Octobre les voix pour les bolchéviks progressent partout, au fur et à mesure des réélections​<ref name="TK41">Léon Trotsky, ''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr41.htm Histoire de la révolution russe - 41. Sortie du préparlement et lutte pour le congrès des soviets]'', 1930</ref>. En août-septembre, les garnisons se bolchévisent rapidement. Et dans les institutions plus prolétariennes que les soviets, comme les [[Syndicats_en_Russie|syndicats]] et les [[Comités_d'usine|comités d'usine]], l'hégémonie des bolchéviks était quasi-totale.
[[Milioukov|Milioukov]] craignait à raison que cette force soit devenue invincible&nbsp;: ''«&nbsp;De soi-même se posait la question fatale&nbsp;: N'est-il pas trop tard&nbsp;? N'est-il pas trop tard pour déclarer la guerre aux bolcheviks&nbsp;?&nbsp;»<ref>Léon Trotsky, ''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr38.htm Histoire de la révolution russe - &ndash; 38. La dernière coalition]'', 1930</ref>'' Il diagnostiqua lui même que&nbsp;: ''«&nbsp; La république bourgeoise, défendue seulement par les socialistes de tendances modérées, qui ne trouvaient plus d'appui dans les masses, ne pouvait se maintenir.&nbsp;»''
=== Pays en ébullition ===
=== ''«&nbsp;Les bolchéviks doivent prendre le pouvoir en mains&nbsp;»'' ===
Dès le 12 septembre, [[Lénine|Lénine]] envoyait au Comité central bolchévik une lettre deux lettres allant droit au but&nbsp;: ''«&nbsp;Ayant obtenu la majorité aux Soviets des députés ouvriers et soldats des deux capitales, les bolchéviks peuvent et doivent prendre en mains le pouvoir. Ils le peuvent, car la majorité agissante des éléments révolutionnaires du peuple de [Moscou et Petrograd] suffit pour entraîner les masses&nbsp;»''<ref>Lénine, ''[https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170925.htm Les bolchéviks doivent prendre en mains le pouvoir]'', 12 septembre 1917</ref> A ce moment-là, on n'est pas certain d'une majorité exacte pour les bolchéviks. Mais Lénine défend une vision dynamique&nbsp;: ''«&nbsp; Attendre une majorité "formelle" serait naïf de la part des bolchéviks&nbsp;: cela aucune révolution ne l'attend&nbsp;»''. Vu la montée des révolutionnaires, les réactionnaires vont frapper si on leur en laisse le temps. A l'inverse, si l'on agit, ''«&nbsp;en proposant sur-le-champ une paix démocratique, en donnant aussitôt la terre aux paysans, en rétablissant les institutions et les libertés démocratiques foulées aux pieds et anéanties par Kérenski, les bolchéviks formeront un gouvernement que personne ne renversera&nbsp;»''.
On s'inquitétait alors particulièrement d'une prise de Petrograd par les Allemands, qui aurait porté un coup dur au coeur révolutionnaire, et que le gouvernement aurait pu mettre à profit. Ce danger-là s'est éloigné par la suite, mais Lénine en voyait bien d'autres, en cas d'inaction. Plus globalement, dans cette période, Lénine critiquait constamment sur la gauche le comité central, qui accorde trop d'attention au [[Comité_exécutif_central_panrusse|Comité exécutif conciliateur]], à la [[Conférence_démocratique_(Russie)|Conférence démocratique]], et aux bavardages parlementaires en général, et ne s'occupe pas assez activement de préparer les masses à l'insurrection.
=== ''«&nbsp;La crise est mûre&nbsp;»'' ===
Le 29 septembre (a.s), [[Lénine|Lénine]] écrit (de sa clandestinité) un article intitulé ''La crise est mûre'', qui reconnaît ce moment historique&nbsp;: ''«&nbsp;Que nous ayons maintenant avec les socialistes-révolutionnaires de gauche la majorité à la fois dans les Soviets, dans l'armée et dans le pays, cela ne fait pas l'ombre d'un doute&nbsp;»''<ref name="CriseMure">Lénine, ''[https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171029.htm La crise est mûre]'', 29 septembre 1917</ref>. Il souligne que l'ensemble des couches populaires, y compris petite-bourgeoises, sont en révolte. Il ajoute que des mutineries viennent d'éclater parmi les matelots de la flotte allemande en août, et replace la Russie dans un processus mondial de transformation de la [[Première_Guerre_mondiale|guerre mondiale]] en [[Révolution_internationale|révolution internationale]]. Pour être des [[Internationalistes|internationalistes]] en acte, il faut que les révolutionnaires russes allument l'étincelle de leur côté. Il faut qu'ils renversent le [[Gouvernement_provisoire_(Russie)|gouvernement provisoire]], sans attendre le [[Deuxième_congrès_des_soviets|congrès des soviets]] ni l'[[Assemblée_constituante_russe|Assemblée constituante]], car ce serait lui laisser le temps de réprimer les paysans, de truquer les élections, de préparer une [[Putsch_de_Kornilov|contre-offensive type Kornilov]], et donc ce serait laisser se refermer la [[Situation_révolutionnaire|situation révolutionnaire]]. ''«&nbsp; Tout l'avenir de la révolution ouvrière internationale pour le socialisme est en jeu.&nbsp;»<ref name="CriseMure" />''
Paradoxalement, de sa retraite clandestine, Lénine est peut-être plus sensible à la situation intenable des masses, étant loin des cercles conciliateurs petit-bourgeois. ''«&nbsp;A quoi bon tolérer encore trois semaines de guerre&nbsp;?&nbsp;»''<ref name="Smilga" /> Il faisait venir dans son refuge divers bolcheviks, les interrogeait à fond, envoyait des lettres à des militants plus près de la base<ref name="LenLettre11017">Lénine, ''[https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171001b.htm Lettre au comité central, au comité de Moscou, au comité de Pétrograd, aux membres bolchéviks des Soviets de Pétrograd et de Moscou]'', écrit le 1er octobre 1917</ref><ref name="LenLettrePetro">Lénine, ''[https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/vil19171007.htm Lettre à la conférence de la ville de Pétrograd]'', écrit le 7 octobre 1917</ref> pour susciter des pressions sur les sommets. Il s'appuie sur [[Ivar_Smilga|Smilga]], qui dirige les soviets de Finlande et qui est à l'extrême gauche du parti<ref name="Smilga">Lénine, ''[https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170927.htm Lettre à I. Smilga, président du comité régional de l'armée, de la flotte et des ouvriers de Finlande]'', 27 septembre 1917</ref>. Fin septembre, le Bureau régional de Moscou prit une résolution accusant le Comité central d'irrésolution et de confusionnisme, lui demandant de prendre ''«&nbsp;une ligne claire et déterminée vers l'insurrection&nbsp;»''.
[[Pavel_Lasimir|Lasimir]], jeune [[SR_de_gauche|SR de gauche]] proche des bolchéviks, fut placé à la tête de la commission d'élaboration des statuts&nbsp;: se mettre en liaison avec l'arrondissement militaire de Petrograd, le front Nord, le [[Tsentrobalt|Tsentrobalt]] et le soviet régional de Finlande pour élucider la situation au front, recenser les régiments de Petrograd et des environs, faire l'inventaire des armes et munitions, maintenir la discipline dans les masses des soldats et des ouvriers. On flirte avec la limite entre défense de Petrograd et revue des forces pour l'insurrection&nbsp;: Comme le sougline [[Trotsky|Trotsky]], ce n'était pas seulement une manoeuvre conspirative&nbsp;:
<blockquote>''«&nbsp;Ces deux problèmes, qui s'excluaient jusqu'alors l'un l'autre, se rapprochaient maintenant en fait&nbsp;: ayant pris en main le pouvoir, le soviet devra se charger aussi de la défense militaire de Petrograd. L'élément du camouflage de la défense n'était point introduit par force du dehors, mais procédait jusqu'à un certain degré des conditions d'une veille d'insurrection. &nbsp;»''</blockquote>
Le 12, le Comité exécutif examina les dispositions élaborées par la commission de Lasimir. Les menchéviks, indignés mais impuissants, comprenaient très peu bien où les bolchéviks voulaient en venir. Le 13, c'est la section des soldats du soviet qui débat de la question du CMR. [[Dybenko|Dybenko]], président du [[Tsentrobalt|''Tsentrobalt'']], expliqua dans un langage cru que la [[Flotte_de_la_Baltique|Flotte]] avait rompu définitivement avec le gouvernement et n'hésiterait pas à pendre l'amiral. Il dément aussi les ordres de l'Etat major&nbsp;:
<blockquote>''«&nbsp;On parle de la nécessité de faire marcher la garnison de Petrograd pour la défense des approches de la capitale et, en partie, de Reval. N'y croyez pas. Nous défendrons Reval nous-mêmes. Restez ici et défendez les intérêts de la révolution... Quand nous aurons besoin de votre appui, nous vous le dirons nous-mêmes et je suis certain que vous nous soutiendrez.&nbsp;»''</blockquote>
Dans l'enthousiasme général, on vote pour le projet avec 283 voix contre une, avec 23 abstentions.
Des religieux réactionnaires et des [[Cosaques|cosaques]] fixèrent le même jour une procession dans les rues, certains espérant sans doute créer une provocation. [[John_Reed|J. Reed]] témoigne du renforcement de la sécurité&nbsp;: ''«&nbsp;Il devint dès lors peu facile d'entrer à l'Institut Smolny, le système des laissez-passer était modifié à des intervalles de quelques heures, car des espions pénétraient constamment à l'intérieur&nbsp;»''.
 [[File:Octoberrevolution 198.jpg|right|304x369px|Octoberrevolution 198.jpg]] La Conférence de la garnison du 21 discuta de la préparation du 22 et confirma l'hégémonie des révolutionnaires. Dans la journée on apprit que la procession était annulée sur pression des autorités.
Le chef de l'Etat-major de l'arrondissement de Petrograd refuse de voir ses ordres validés par le CMR. Celui-ci déclare alors publiquement&nbsp;: ''«&nbsp; Ayant rompu avec la garnison organisée de la capitale, l'Etat-major devient l'instrument direct des forces contre-révolutionnaires&nbsp;»''. Le CMR annonce qu'il a désormais le contrôle de la garnison pour protéger la ville de la contre-révolution.
Plus tard, des [[Junkers|junkers]] commencent à tirer vers la place, que personne n'occupe encore. Cela renforce l'attentisme des assaillants, qui attendent les matelots de Cronstadt. Ce délai permit à quelques renforts cosaques d'arriver (malgré de fortes frictions parmi eux), puis 40 chevaliers de Saint-Georges, et enfin un [[Bataillons_de_femmes|bataillon de choc féminin]].
 [[File:Octoberrevolution 28.jpg|right|375x408px|Octoberrevolution 28.jpg]]Finalement, les matelots de [[Cronstadt|Cronstadt]] arrivent, puis 5 vaisseaux de guerre de la [[Flotte_de_la_Baltique|flotte de la Baltique]]. A présent le palais est encerclé avec plus de forces qu'il n'en faut. Après 18h, le siège du Palais est vraiment étanche. [[Vladimir_Antonov-Ovseïenko|Antonov]] fit transmettre au Palais un ultimatum&nbsp;: ''«&nbsp;Rendez-vous et désarmez la garnison du palais d'Hiver&nbsp;; dans le cas contraire, la forteresse et les vaisseaux de guerre ouvriront le feu&nbsp;; vingt minutes pour réfléchir&nbsp;»''. Les ministres décident de ne pas répondre, et de demander l'aide de la [[Douma_de_Petrograd|Douma municipale]].
Une demi-heure plus tard, un détachement soviétique investit sans rencontrer de résistance l’Etat-major, accolé au Palais d'Hiver. Le remplaçant de Polkovnikov, qui avait été déchu un peu plus tôt, démissionne. On éteignit les lumières dans le Palais. Une fusillade fit les premiers morts de l'insurrection. L'electricien du Palais sabote la défense en allumant les lumières, ce qui expose les junkers.
Mais précisément, les ouvriers et soldats de Petrograd avaient déjà connu cette fusion populaire, principalement en Février, et de plus en plus fortifiée au fil des mois. Le niveau d'organisation des casernes et des quartiers ouvriers n'avait fait que se renforcer. Ces masses populaires formaient une unité politique de masse comme il y en a rarement eu dans l'histoire, et cet ensemble avait incontestablement confiance dans les leaders bolchéviks. Des explosions spontanées avaient déjà eu lieu, comme en juillet, et avaient échoué parce qu'elles manquaient de vision d'ensemble pour choisir le bon moment. En ces journées d'Octobre, toutes les conditions étaient réunies. Pourquoi les bolchéviks n'auraient-ils pas pris la décision de frapper le plus méthodiquement possible pour l'emporter&nbsp;?
 
=== Révisionnisme stalinien ===
 
Dans la [[Pravda|''Pravda'']] du 7 novembre 1918, [[Staline|Staline]] écrit un article pour l'anniversaire de l'Insurrection d'Octobre. Il tentait déjà d'atténuer le rôle de Trotsky, en soulignant qu'il y avait eu une direction générale du comité central (alors qu'à ce moment-là, Lénine était caché en Finlande, Kamenev, Zinoviev, Rykov, et Kalinine s'opposaient à l'insurrection, Staline ne se mouillait pas...). Mais Staline était forcé d'écrire ceci&nbsp;:
<blockquote>
''«&nbsp;Tout le travail d'organisation pratique de l'insurrection se fit sous la direction immédiate de Trotsky, président du soviet de Pétrograd. On peut dire en toute assurance que le parti doit avant tout et surtout au camarade Trotsky la rapide adhésion de la garnison du soviet et l'habile organisation du comité de guerre révolutionnaire.&nbsp;»''
</blockquote>
Il fallut encore plusieurs années pour que Staline ait le rapport de force pour pouvoir réviser l'histoire et dire que Trotsky n'a joué aucun rôle particulier ni dans le parti, ni dans la révolution d'Octobre.
== Notes ==
**''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr45.htm 45. La prise de la capitale]''
**''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr46.htm 46. La prise du palais d'Hiver]''
**''[https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr47.htm 47. L'insurrection d'Octobre]''
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