L'oeuvre sociale de la Commune

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L’œuvre sociale de la Commune fut certes limitée, du fait de sa courte durée. La déclaration de la Commune, le 19 avril, propose une définition tout de même très significative de cette première révolution prolétarienne : « La Commune c’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage, des privilèges auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres. »
Illustration d'un communard

La politique sociale de la Commune, de son Conseil, est aussi fondamentalement la traduction de la formidable intervention populaire au quotidien qui marque la révolution. Chacun de nous sait combien la Commune connaît un formidable dynamisme tant des groupes, clubs, Chambres ouvrières et syndicales, que des pratiques, réunions, pétitions, presse.

L'oeuvre sociale[modifier]

Le droit au logement[modifier]

Les conditions de logement de la classe ouvrière parisienne sont héritées du Second Empire. Les plus favorisés occupent deux pièces ; dans la première est installé un coin cuisine d'1 m2, l’autre pièce est une très petite chambre à coucher. Les ouvriers non qualifiés s’entassent avec leur famille dans un étroit cabinet sans eau ni sanitaires.

L’augmentation du salaire de l’ouvrier entre 1855 et 1869 est très en deçà du coût de la vie. Les prix des denrées alimentaires et des loyers sont exorbitants, plus du double des prix d’autrefois. Une chambre et un cabinet, rue Grégoire-de-Tours, qui valaient 100 F en 1848 en valent 260 en 1866. Une chambre rue Saint- Martin est passée de 160 à 400 F. Un cabinet rue de la Grande-Truanderie de 80 à 260 F...

La transformation de la capitale en cité moderne par Haussmann a entraîné la démolition des constructions anciennes. Les immeubles nouveaux ne sont pas accessibles aux prolétaires qui doivent s’installer dans les quartiers périphériques éloignés du centre ville.

La chute du Second empire ne changea pas la vie des classes laborieuses. Les souffrances et les privations résultant du siège de Paris par les Prussiens sont aggravées par les mesures impopulaires du gouvernement de Monsieur Thiers. Le 15 février 1871, l’Assemblée nationale supprime la solde de 30 sous des gardes nationaux. Le 10 mars 1871, le moratoire des loyers institué lors de l’investissement de la capitale est abrogé.

La colère gronde dans le peuple parisien et l’on peut comprendre que la Commune soit bien accueillie lorsqu’elle décrète, le 29 mars 1871, la remise générale des loyers d’octobre 1870, de janvier et d’avril 1871. Les citoyens menacés de saisies et d’expulsions vont pouvoir respirer et défendre la Commune jusqu’au bout.

Les 25 avril 1871, le décret de réquisition des appartements vacants permettra l’hébergement des familles dont les maisons ont été détruites par les bombardements. Ces deux décrets donnent lieu à la création de commissions municipales chargées de régler les différends qui peuvent surgir entre les propriétaires et les locataires. Ces mêmes commissions assurent l’installation dans les appartements vacants des personnes privées de toit.

Le Mont-de-Piété[modifier]

La gestion du Mont-de-Piété fut une des préoccupations essentielles des communards qui lui ont consacré beaucoup de temps dans leurs délibérations.

Sous le Second Empire, la majorité des ouvriers avaient régulièrement recours à cette institution — que l’on appelait « ma tante » depuis qu’un prince, pour se disculper d’avoir engagé sa montre, avait dit à la reine Marie-Adélaïde de l’avoir laissée chez sa tante — où ils engageaient linge, vaisselle, meubles, etc… Au printemps 1871, on évaluait à près de deux millions le nombre des articles déposés.

Parmi les mesures d’urgence adoptées par le Comité central, figurait un texte rapportant l’arrêté relatif à la vente des objets engagés au Mont-de-Piété et l’un des tout premiers actes de la Commune fut de confirmer cette suspension par un décret publié au Journal Officiel du 30 mars.

Devant la pression exercée par les nombreux nécessiteux ne se contentant pas de cette mesure et demandant la restitution de leurs biens, la Commune engagea une assez longue discussion sur ce sujet.

Au JO du 1er mai, paraissait un long rapport de la Commission du travail et de l’échange présentant un historique de l’usure et de l’institution des monts-depiété. Ce rapport notait que ces institutions avaient « une corrélation intime avec les bureaux de bienfaisance, l’administration des hospices, les caisses d’épargne, la société du prince impérial » et que «  ces cinq organes de la charité publique faisaient entre eux des virements de fonds journaliers. » Il indiquait que le mont-de-piété détenait un nombre considérable de gages sur lesquels il avait prêté une somme de 38 millions représentant une « valeur réelle  » de 180 millions, «  la moyenne du prêt ne dépassant pas le cinquième de la valeur de l’objet déposé.  »

La liquidation des monts-de-piété posait donc d’énormes problèmes. Le décret publié au JO à la suite de ce rapport en adopta cependant le principe, accompagné des dispositions nécessaires à sa mise en oeuvre (qui n’aura pas lieu) par un « syndicat de liquidation. »

Quelques jours plus tard, un décret publié au JO du 7 mai prévoyait que « toute reconnaissance du mont-de-piété antérieure au 25 avril portant engagement d’effets d’habillement, de meubles, de linge, de livres, d’objets de literie, d’instruments de travail ne mentionnant pas un prêt supérieur à la somme de 20 f pourra être dégagée gratuitement à partir du 12 mai. »

L’exécution de cet arrêté, donna lieu à des tirages au sort des objets à restituer au cours de plusieurs journées marquées par une grande affluence. Ces opérations, qui portèrent sur une faible partie des 900 000 articles entrant dans le champ du décret et représentant une valeur d’environ 10 millions, furent interrompues par l’entrée des troupes versaillaises dans Paris.

L'approvisionnement de Paris[modifier]

La question de l’approvisionnement de Paris était cruciale pour la Commune. On sait combien, en particulier, la nourriture restait encore la pierre de touche de la réussite d’une action sociale. Or les circonstances ne semblaient guère favorables. Sans être vraiment isolé, Paris ne risquait-il pas de pâtir du second siège, encerclé à l’Est par les Prussiens, à l’Ouest par les Versaillais ? Certes du côté des Prussiens, la rigueur n’était pas de mise comme au temps du premier siège, mais du côté versaillais on s’ingéniait à rendre le ravitaillement difficile ; également une certaine inquiétude pouvait s’être emparée des approvisionneurs, fournisseurs, négociants, alarmés devant l’insurrection. Par ailleurs, comme les autres services, les services des subsistances de la Ville (Halles, Abattoirs, Tabacs (…) avaient été gravement désorganisés après le 18 mars par le départ ou l’absence des responsables et de nombreux fonctionnaires municipaux. La situation paraissait ainsi bien grave, atténuée sans doute par la réduction de la population parisienne depuis 1870.

Sans être inédite sur des revendications et des pratiques qui remontent à la Révolution française, la Commune va loin dans le domaine de la lutte contre la hausse des prix et dans le domaine de l’approvisionnement à faible coût du peuple (nous ne parlons pas ici des aides aux plus pauvres).

Il semble bien qu’ à compter de la fin avril, des menaces sérieuses commencent à peser sur le niveau du prix des denrées au point que le JO du 26 avril annonce espérer que «  d’ici à peu de jours, il y aura dans le prix des denrées, une baisse très sensible  ».

Le 27 avril, le JO annonce que le citoyen Viard, délégué aux subsistances, va prendre des dispositions «  sous peu de jours » pour livrer des produits à bas prix. Et le 8 mai, la Commune décrète, s’appuyant sur un arrêté du 21 septembre 1870, la taxation du prix du pain (1 kg de pain pour 50 centimes). Mais, et c’est là le plus original, c’est sur l’organisation d’un approvisionnement municipal que compte le plus la Commune. Il avait été déjà prévu, le 13 avril, « une priorité d’achat  » pour la Ville des blés déposés dans les Magasins gratuits de la Ville. Cet achat se fait sur la base d’un «  maximum rémunérateur  » pour la vente par les négociants. Il ne s’agit alors pas de prix maximal mais de marge maximale.

Ces quantités importantes de denrées et produits détenus par la municipalité sont alors revendues par des magasins municipaux ou par des magasins privés qui acceptent eux aussi des marges modiques et des prix taxés (JO du 12 mai). Ces prix maxima ne concernent pas seulement le pain, mais aussi les viandes (JO du 11 mai sur la taxe de viande de boucherie pour les boucheries municipales), les haricots, légumes, beurres, café, vins etc. (JO du 12 mai).

L’autre particularité de ce système qui doit permettre des prix modiques est le rôle que doivent jouer les municipalités d’arrondissement. En effet, comme il apparaît difficile de faire gérer ce mouvement de vente local par un organisme central, c’est aux municipalités d’arrondissement qu’est laissée l’initiative « d’entrer immédiatement en relation avec le commerce pour l’organisation des ventes » et d’organiser l’approvisionnement des commerces municipalisés (Viard, JO du 27 avril).

Il ne nous est pas possible d’établir un bilan de ces actions dans l’ensemble des arrondissements. Mais il apparaît qu’il faut bien distinguer les magasins municipaux, ouverts par les mairies, et les rares magasins municipalisés, boutiques privées qui vendent la viande fournie par la municipalité aux prix et marges fixés par la Commune. L’ensemble se met en place assez tardivement, au début de mai. Quatre boucheries municipales fonctionnent dans le IXe arrondissement à compter du 15 mai et une, à compter du 14 mai, rue des Dames dans le XVIIe.

Deux magasins municipaux de produits variés fonctionnent dans le Ier arrondissement à compter du 5 mai, un dans le Ier à compter du 14 mai, un dans le IIIe (école Turgot, rue Turbigo) à partir du 21 mai, un dans le cinquième, rue des Fossés Saint-Marcel, à partir du 14 mai. Mais il y a aussi des magasins municipaux spécialisés dans la vente de pommes de terre, rue du Pot-de-Fer-Saint-Marcel à compter du 7 mai et dans le XVIIe, rue Nollet, ou dans la vente de lait dans la caserne des pompiers, rue du Château d’eau. On ne saurait dresser un bilan exhaustif de ces ouvertures, mais pour les quelques arrondissements examinés, on voit bien que le mouvement est sensible et bien amorcé dans le courant de mai.

Dans des conditions extrêmement difficiles, le bilan de la Commune paraît très satisfaisant comme le reconnaissent la plupart des auteurs : Paris a été approvisionné correctement et les prix ont été maîtrisés. Et à bien examiner les choses, la Commune ne cesse d’inventer des mesures inédites et modernes qui conjuguent un soutien efficace des pouvoirs publics aux activités commerciales, un lien constant avec les acteurs du marché où s’associent un certain jeu du marché et la mise en place d’un contrôle rigoureux, puis d’un service municipalisé et décentralisé. En quelque sorte, la Commune pense que l’approvisionnement de la capitale et la mise à disposition des produits à un prix accessible au peuple ne sont rien d’autres qu’un service public supposant et le marché et l’intervention de l’État comme contrôle, voir comme acteur direct.

Les services publics[modifier]

La loi du 16 juin 1859 avait annexé à la capitale qui comptait désormais deux millions d’habitants, les communes situées entre le mur des Fermiers généraux et la ligne des fortifications. Sous l’impulsion du baron Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, elle avait subi de profondes modifications.

Dans les années 1870, les services publics à Paris se composaient en premier lieu des ministères au nombre de six, des directions nationales et des services parisiens des grandes administrations dont les effectifs pour la France entière étaient de l’ordre de 250 000 (dont près de 40 000 ministres du culte). Le libéralisme économique restant l’idéologie dominante, l’intervention de l’État se limitait par ailleurs à quelques établissements — d’ailleurs situés à Paris — gérés en « régie directe » tels que l’Imprimerie nationale, les Monnaies et médailles, l’Atelier de fabrication d’armements du Louvre, la Manufacture des Gobelins, les entrepôts dépendant de la Manufacture des tabacs.

La capitale était dotée d’un régime administratif particulier, avec un préfet de la Seine, un maire de Paris et vingt maires d’arrondissement, un préfet de police avec un chef de la Sûreté commandant 80 commissaires de quartier, quelques centaines d’inspecteurs et 6 000 sergents de ville. Les 250 000 enfants d’âge scolaire se répartissaient en parties sensiblement égales entre les inscrits dans les écoles communales, ceux qui l’étaient dans des écoles congréganistes et les élèves non-inscrits ne fréquentant aucune école. Il existait à Paris une quinzaine d’hôpitaux et hospices soumis à la surveillance de l’Assistance publique, un Mont-de-Piété, des bureaux de bienfaisance.

L’Opéra, l’Opéra comique, les grands musées, la Bibliothèque nationale et les autres bibliothèques publiques tenaient une place honorable dans la vie culturelle de la société parisienne. Les chemins de fer, dont l’essor avait commencé sous le Second Empire, relevaient d’un régime original : l’exploitation des lignes était assurée par six compagnies privées concessionnaires (Nord, Est, Ouest, Lyon, Orléans, Méditerranée) placées sous une tutelle assez souple du ministère des Travaux publics.

Les services municipaux, qui occupaient naturellement une place essentielle dans l’administration parisienne, ont joué un grand rôle pendant le siège. Les personnels de ces différents services étaient pour une part des agents placés sous l’autorité de l’État et pour une part beaucoup plus importante des employés de droit privé.

Telle était la configuration des « services publics » dans une société qui ne connaissait pas encore l’éclairage électrique, le téléphone, la machine à écrire, le métro, l’automobile et le transport aérien, dans une ville dotée de 100 000 chevaux, où l’on circulait à pied, en fiacre ou en omnibus. On était encore très loin de la fonction publique d’aujourd’hui, des services industriels et commerciaux, des offices et sociétés d’économie mixte qui se développeront dans les dernières décennies du XIXe siècle, pendant la guerre de 1914-1918, dans l’entredeux-guerres, et surtout du vaste secteur public et nationalisé qui se constituera au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et qui est aujourd’hui dans une phase décisive de reflux et de privatisation ouverte ou rampante.

Dans la journée du 18 mars, les ministres ont rejoint l’Assemblée à Versailles. Adolphe Thiers a ordonné l’évacuation générale des troupes et il a intimé l’ordre aux fonctionnaires et agents publics de quitter la capitale.

Le Comité central de la Garde nationale a pris possession de tous les organes politiques et administratifs. Il a immédiatement nommé des responsables à la tête des principaux services. Il a pris des mesures d’urgence et organisé les élections qui, après deux renvois, ont eu lieu le 26 mars 1871.

Mais il s’est trouvé devant un vide impressionnant : les chefs de service, sauf ceux qui sont restés sur ordre pour combattre la Commune et saboter son action, sont partis en emportant, chaque fois qu’ils en ont eu la possibilité, le matériel, la caisse, les archives. On estime qu’un employé sur quatre est resté à son poste.

Il a donc fallu recruter de nouveaux agents pour assurer le fonctionnement des services publics parisiens, tout en appelant systématiquement, comme la Commune le fera par la suite, les employés défaillants à reprendre leur activité, par voie d’affiches et de communiqués au Journal officiel.

Personne ne conteste que les communards, fidèles aux principes de la Révolution française, étaient favorables à l’élection des fonctionnaires et des magistrats, et — donnée moins connue — à leur recrutement par examen ou concours. Mais il était matériellement impossible d’organiser des élections dans un délai aussi court et il n’existe aucune trace de telles élections dans les documents et archives de la Commune.

On a par contre la preuve, notamment à la lecture du Journal officiel, de multiples initiatives pour assurer des recrutements objectifs par la vérification des compétences et des capacités, et de nombreux arrêtés de nomination, comme d’ailleurs de révocation de fonctionnaires d’autorité défaillants.

Dès le lendemain de sa proclamation, la Commune a créé neuf commissions qui ont assumé le pouvoir exécutif de l’assemblée délibérative. Elle a assuré le ravitaillement de la capitale, le secours aux indigents, la sauvegarde de la santé, la sécurité et la justice, l’ouverture et la laïcisation des écoles, la levée et la distribution du courrier, l’ouverture au public des musées et des bibliothèques, le fonctionnement des services des Monnaies et médailles, de l’Imprimerie nationale, des Poids et mesures, la collecte des impôts et taxes nécessaires au fonctionnement de ces services, au paiement de la solde des gardes nationaux, aux fabrications de guerre par les régies financières existantes et les avances de la Banque de France.

Selon un des premiers décrets de la Commune, les membres de la Commune avaient la direction de l’administration dans leur arrondissement et Jules Andrieu, délégué des services publics remplissant les fonctions de chef de l’administration municipale, s’employait activement à coordonner leur action. Le blocus décrété par Thiers pour affamer la capitale a été mis en échec.

L’entretien de la voirie, des canalisations d’eau, des cimetières, du Mont-de-Piété a été correctement assuré, ainsi que l’éclairage de la ville en dépit de quelques restrictions. Les services de protection contre l’incendie, ceux des Poids et mesures, ont été réorganisés. Les bureaux de l’état-civil ont repris leur activité, mais la loi du 19 juillet 1871 s’empressera d’abolir les actes établis sous la Commune et d’obliger les intéressés à les renouveler dans les trente jours.

Ce qui se passait dans les quartiers et les arrondissements, avec une participation très active du peuple parisien, est une des données les plus importantes, une des originalités profondes de la Commune de Paris. On ne comprendrait pas la véritable portée de cet événement si on ne tenait pas compte de la situation qui régnait dans les profondeurs du peuple parisien.

Les assemblées qui se tenaient dans les quartiers, souvent dans les églises, avec une affluence très importante ; l’information large organisée par la Commune sur ses décisions ; l’existence de dizaines de journaux parfois éphémères, mais dont certains, comme Le Cri du Peuple ou Le Père Duchêne, avaient un titrage important et une liberté de ton remarquable.

Il est légitime, à ce sujet, de poser ces deux questions à ceux qui dénigrent la Commune et aussi à ceux qui éludent le fait qu’elle a fait face à ses responsabilités d’assemblée élue par les Parisiens.

Que se serait-il passé si elle n’avait pas engagé et réussi la gestion des services publics parisiens et répondu aux besoins immédiats d’une population qui venait de subir les rigueurs de la guerre et du siège et dont une partie importante était dans la misère ? Qu’ont fait les services installés à Versailles, en dehors de la préparation de ce qu’un auteur a appelé « la guerre contre Paris » ?

Les communards sont allés au-delà d’une simple gestion. Ils ont fait preuve d’un esprit novateur, en rupture avec les conceptions autoritaires du second Empire.

On a évoqué à cet égard, le conseil consultatif des Postes, la désignation des chefs d’atelier par les ouvriers de l’Imprimerie nationale, le règlement élaboré à l’Atelier de réparations et transformations d’armes du Louvre créant un conseil de direction et de surveillance et contenant un ensemble de dispositions relatives à la nomination de délégués, de chefs d’atelier, l’embauche et le renvoi des ouvriers.

Dans un court laps de temps, on a assisté à une volonté d’associer les travailleurs aux décisions concernant le fonctionnement de l’entreprise et leurs propres conditions de travail.

L’honnêteté des communards est un fait largement reconnu. Les auteurs les plus hostiles conviennent quand on les y oblige, que les tentatives de corruption émanant du gouvernement de Versailles ont échoué.

La commission des finances gérait les finances au grand jour. Elle publiait régulièrement au Journal officiel les tableaux détaillés des mouvements de fonds, et en organisait le contrôle. Une commission supérieure de comptabilité opérait la vérification générale des comptes des administrations communales. Le paiement des soldes des gardes nationaux faisait l’objet de mesures strictes d’organisation, de contrôle, et de transparence.

Une commission d’enquête était chargée dans chaque arrondissement, de la mise en oeuvre du décret communal portant création de pensions à fournir aux veuves et aux enfants des gardes nationaux tués au service de la Commune et une commission devait centraliser les résultats. Une note relative aux versements des taxes sur les halles et marchés parue au Journal officiel précisait que les détournements éventuels, sans aucun doute monnaie courante sous l’Empire, seraient poursuivis. Un décret prescrivait que tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion seraient traduits devant la cour martiale.

Il faudrait encore dire un mot sur la manière dont la Commune et le comité central de la Garde nationale ont traité le devoir de « désobéissance », notamment par cette proclamation affichée dans les derniers combats de la Semaine sanglante à l’adresse des soldats de Versailles : « Lorsque la consigne est infâme, la désobéissance est un devoir », exprimant ainsi une conception d’une frappante modernité.

Prémisses de la collectivisation[modifier]

Avrial, ouvrier mécanicien, appartenant au courant socialiste de la Commune, membre de la commission du Travail, de l’Industrie et de l’Echange, avait déposé une demande tendant à établir une liste des ateliers abandonnés et à les remettre en exploitation.
Convaincu de parvenir à la justice sociale par une organisation rationnelle du travail, Avrial s’était inspiré d’un projet d’octobre 1870 qui stipulait que les ateliers pouvant servir à la fabrication d’armement devaient être expropriés. La paix conclue, ces établissements seraient confiés à des associations ouvrières qui en paieraient le prix à la nation.

L’initiative d’Avrial, revue par Frankel ne concernait que les ateliers abandonnés dont il fallait dresser la liste avant de les remettre en service. Elle fit l’objet du décret du 16 avril 1871 à caractère nettement socialiste, décret convoquant les chambres syndicales ouvrières pour instituer une commission d’enquête ayant pour but :

  •  de dresser une statistique des ateliers abandonnés ;
  •  de présenter un rapport des conditions pratiques de prompte remise en exploitation par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés ;
  •  d’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ;
  •  de constituer un jury qui statuera au retour des patrons sur les conditions de cession des ateliers et des indemnités à leur verser.

Cette initiative, dont la nouveauté historique n’était pas passée inaperçue, traîna un mois avant d’être suivie d’effet.
Le 15 mai, la commission d’enquête était sur le pied d’oeuvre. La liste des associations de Paris avait été établie d’après les instructions de Frankel, qui voyait dans le rassemblement des corporations les prémisses d’une assemblée des états généraux du monde du travail ; elle comprend 42 associations ouvrières de production, 34 chambres syndicales. 

Pour autant qu’on connaisse les intentions de Frankel, il se proposait de favoriser la réactivation du mouvement syndical ; puis de transférer aux mains des travailleurs la gestion des entreprises, tout en structurant l’ensemble des corps de métiers par une fédération du type de celle de la Garde nationale ? Ce qui n’eût pas manqué de donner à la Commune un type d’organisation sociale parallèle, branché sur la transformation économique de la société.
L’étude de ces projets mettra un jour en évidence la richesse de ces initiatives, émanant parfois de simples ouvriers. Ce qui apparaît en filigrane de ces projets, c’est le souci d’aboutir, par l’extension graduelle du rôle des corporations et par l’association universelle à la conquête du corps social, à la transformation de la société.
Or la Commune ne disposa que de huit jours pour faire entrer dans la ville ses idées. De cette manière, l’expérience sociale à laquelle le décret du 16 avril aurait dû donner lieu en resta à son stade initial : embryonnaire. Il n’y eut que quelques dizaines d’ateliers confisqués en comprenant les établissements d’Etat. Fait à la fois curieux et révélateur de la timidité de ces premiers pas : les entreprises importantes ne furent pas touchées. Nous n’en voulons pour preuve que lorsque le 4 mai, Vésinet déposa un projet de décret tendant à réquisitionner les grands ateliers, il ne fut pas discuté. Ce texte préfigurait pourtant des mesures de socialisation dont l’expérience du XXème siècle est si riche.
Que se passa-t-il dans les ateliers contrôlés par la Commune ? L’atelier d’armes du Louvre était placé sous la direction d’un délégué de la Commune nommé par les ouvriers et révocable, administré par un conseil de direction et de surveillance.

Notes et références[modifier]