Insurrection d'Octobre

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Jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui avait à l'époque 13 jours de retard sur le calendrier grégorien. Le 23 février « ancien style » correspond donc au 8 mars « nouveau style » (n.s.).

L'insurrection des 24-25 octobre 1917 (n.s : 6-7 novembre) est le point de basculement qui marque la Révolution d'Octobre. Dans la nuit, le Comité militaire révolutionnaire - dirigé par les bolchéviks et quelques socialistes-révolutionnaires de gauche - s'empare des points stratégiques de la capitale, Petrograd. Le lendemain s'ouvre le Second congrès pan-russe des soviets d'ouvriers et de soldats, qui prend les premières mesures révolutionnaires et vote la mise en place du nouveau gouvernement.

Conditions de l'insurrection

« Majorité agissante »

Juste après l'insurrection de Février 1917, dans les soviets qui se forment partout, la majorité appartient aux socialistes conciliateurs (en faveur de la coalition avec les libéraux bourgeois) : les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires (SR). Un premier congrès pan-russe des soviets d'ouvriers et de soldats se réunit en juin, et les bolchéviks n'y ont alors que 13% des délégués.

Mais au fil du temps, le gouvernement provisoire et les socialistes qui le soutenaient se sont fortement discrédités. Ils poursuivaient la guerre qui exaspéraient les paysans-soldats, et refusaient de satisfaire les revendications paysannes de partage des terres, et les revendications ouvrières. Ils reportaient tout à la future Assemblée constituante qui devait se tenir plus tard, mais sans cesse différée au prétexte de la guerre. Les socialistes bolchéviks, eux, ne faisaient que se renforcer. Depuis avril, ils revendiquaient « tout le pouvoir aux soviets », comme seuls organes réellement populaires, la paix, la terre aux payans, le contrôle ouvrier...

En septembre, les bolchéviks obtiennent la majorité parmi les ouvriers et les soldats (au soviet de Petrograd le 31 août, au soviet de Moscou 5 septembre...). Dans les insitutions représentatives classiques, comme les Doumas municipales et les zemstvos, le poids des bolchéviks est plus réduit que dans les soviets. La bourgeoisie et la petite-bourgeoisie y sont plus présentes directement et influencent plus les "citoyens" atomisés. Par ailleurs les élections ont eu lieu il y a longtemps et beaucoup de zemstvos ont été élus au suffrage censitaire. Mais néanmoins en Octobre les voix pour les bolchéviks progressent partout, au fur et à mesure des réélections​[1]. En août-septembre, les garnisons se bolchévisent rapidement. Et dans les institutions plus prolétariennes que les soviets, comme les syndicats et les comités d'usine, l'hégémonie des bolchéviks était quasi-totale.

Milioukov craignait à raison que cette force soit devenue invincible : « De soi-même se posait la question fatale : N'est-il pas trop tard ? N'est-il pas trop tard pour déclarer la guerre aux bolcheviks ? »[2] Il diagnostiqua lui même que : «  La république bourgeoise, défendue seulement par les socialistes de tendances modérées, qui ne trouvaient plus d'appui dans les masses, ne pouvait se maintenir. »

Pays en ébullition

Août et septembre deviennent les mois d'une rapide aggravation de la situation économique. Dans le district de Moscou, on commença à ne plus délivrer que 2 livres par semaine, et un début de famine touche même certaines zones. La Volga, le Midi, le front et l'arrière tout proche, toutes les régions du pays passent par une terrible crise d'approvisionnement.

Les journaux recensaient chaque jour de nouveaux foyers de révoltes des ouvriers, des soldats, du petit peuple des villes. Beaucoup d’ouvriers se mettent en grève, sans suivre les appels à la prudence des soviets, des syndicats, du parti. Mais les plus avancés, déjà passés par ces étapes de débrayes, de politisation, d'organisation, considèrent déjà ce mode d’action comme dépassé. Ils comprenaient bien que des grèves ne pouvaient quasiment plus rien apporter dans le contexte actuel. Convaincus par le parti bolchévik, ils se rallient à l’objectif de l’insurrection. Paradoxalement, c'était Pétrograd qui restait le plus calme dans le mois qui précède l'insurrection. Dans beaucoup de localités on va plus loin et le pouvoir effectif est de fait entre les mains des soviets.

En septembre, des soulèvements éclatent dans les campagnes. Cela signifie que la majorité du peuple bascule côté révolutionnaire, et donc peut soutenir les bolchéviks s'ils neutralisent le gouvernement qui lui, tente de réprimer les paysans.

Il ne fait aucun doute qu'un des camps (réaction ou révolution) devait prendre l'initiative. Dès juillet-août, Milioukov résumait : « ou Kornilov ou Lénine ». Or Kornilov avait essayé et échoué... La presse bourgeoise, avec en tête la Rietch des KD, répétait de jour en jour qu'il ne fallait pas laisser aux bolcheviks la possibilité « de choisir leur moment pour déclarer la guerre civile ».

Convaincre le parti

« Les bolchéviks doivent prendre le pouvoir en mains »

Dès le 12 septembre, Lénine envoyait au Comité central bolchévik deux lettres allant droit au but : « Ayant obtenu la majorité aux Soviets des députés ouvriers et soldats des deux capitales, les bolchéviks peuvent et doivent prendre en mains le pouvoir. Ils le peuvent, car la majorité agissante des éléments révolutionnaires du peuple de [Moscou et Petrograd] suffit pour entraîner les masses »[3] A ce moment-là, on n'est pas certain d'une majorité exacte pour les bolchéviks. Mais Lénine défend une vision dynamique : «  Attendre une majorité "formelle" serait naïf de la part des bolchéviks : cela aucune révolution ne l'attend ». Vu la montée des révolutionnaires, les réactionnaires vont frapper si on leur en laisse le temps. A l'inverse, si l'on agit, « en proposant sur-le-champ une paix démocratique, en donnant aussitôt la terre aux paysans, en rétablissant les institutions et les libertés démocratiques foulées aux pieds et anéanties par Kérenski, les bolchéviks formeront un gouvernement que personne ne renversera ».

On s'inquitétait alors particulièrement d'une prise de Petrograd par les Allemands, qui aurait porté un coup dur au coeur révolutionnaire, et que le gouvernement aurait pu mettre à profit. Ce danger-là s'est éloigné par la suite, mais Lénine en voyait bien d'autres, en cas d'inaction. Plus globalement, dans cette période, Lénine critiquait constamment sur la gauche le comité central, qui accorde trop d'attention au Comité exécutif conciliateur, à la Conférence démocratique, et aux bavardages parlementaires en général, et ne s'occupe pas assez activement de préparer les masses à l'insurrection.

Pendant la Conférence démocratique (14-22 septembre), Lénine propose de cerner le bâtiment et prendre le pouvoir[4]. Le Comité central repousse unanimement la proposition, pour des raisons différentes : certains sont contre l'insurrection en général, d'autres (Sverdlov, Trotsky, Boukharine) considèrent que ce n'est pas le moment. Le comité central repousse même au début l'idée de boycott du pré-parlement issu de la Conférence[5].

« La crise est mûre »

Le 29 septembre (a.s), Lénine écrit un article intitulé La crise est mûre, qui reconnaît ce moment historique : « Que nous ayons maintenant avec les socialistes-révolutionnaires de gauche la majorité à la fois dans les Soviets, dans l'armée et dans le pays, cela ne fait pas l'ombre d'un doute »[6]. Il souligne que l'ensemble des couches populaires, y compris petite-bourgeoises, sont en révolte. Il ajoute que des mutineries viennent d'éclater parmi les matelots de la flotte allemande en août, et replace la Russie dans un processus mondial de transformation de la guerre mondiale en révolution internationale. Pour être des internationalistes en acte, il faut que les révolutionnaires russes allument l'étincelle de leur côté. Il faut qu'ils renversent le gouvernement provisoire, sans attendre le congrès des soviets ni l'Assemblée constituante, car ce serait lui laisser le temps de réprimer les paysans, de truquer les élections, de préparer une contre-offensive type Kornilov, et donc ce serait laisser se refermer la situation révolutionnaire. «  Tout l'avenir de la révolution ouvrière internationale pour le socialisme est en jeu. »[6]

Paradoxalement, de sa retraite clandestine, Lénine est peut-être plus sensible à la situation intenable des masses, étant loin des cercles conciliateurs petit-bourgeois. « A quoi bon tolérer encore trois semaines de guerre ? »[7] Il faisait venir dans son refuge divers bolcheviks, les interrogeait à fond, envoyait des lettres à des militants plus près de la base[8][9] pour susciter des pressions sur les sommets. Il s'appuie sur Smilga, qui dirige les soviets de Finlande et qui est à l'extrême gauche du parti[7]. Fin septembre, le Bureau régional de Moscou prit une résolution accusant le Comité central d'irrésolution et de confusionnisme, lui demandant de prendre « une ligne claire et déterminée vers l'insurrection ».

Dans une partie privée de sa lettre du 29 destinée au Comité central, Lénine dénonçait le courant «  en faveur de l'attente du Congrès des Soviets et hostile à la prise immédiate du pouvoir, hostile à l'insurrection immédiate ». Il conclut en menaçant de démissionner pour être libre de faire de la propagande dans le parti. En effet il y avait de fortes réticences. Zinoviev et Kamenev renouvelaient leur opposition aux thèses d'avril, affirmant que la prise du pouvoir par la classe ouvrière était impossible. Trotsky était pour l'insurrection mais préconisait d'attendre le Congrès des soviets, alors prévu le 20 octobre. Lénine répondait qu'attendre officiellement le Congrès pour décider de la question du pouvoir revenait à annoncer publiquement la date de l'insurrection. « On réunira les cosaques pour le jour sottement "fixé" (...) On peut prendre le pouvoir aujourd'hui, mais du 20 au 29 octobre, on ne vous le laissera pas prendre ».

Le 5 octobre, le Comité central décide finalement de quitter le préparlement lors de son ouverture, le 9. Trotsky y fait une déclaration de sortie qui se termine par « Vive la lutte directe et ouverte pour le pouvoir révolutionnaire dans le pays ! » Ce jour également est lancée la création du Comité militaire révolutionnaire (CMR) de Petrograd.

Le Comité central du 10 octobre

Le lendemain même, le 10, le Comité central des bolcheviks tient une réunion secrète, avec Lénine (chez Soukhanov et à son insu). La motion de Lénine, faisant de l'insurrection armée la tâche pratique des journées les plus prochaines, est adoptée à 10 voix contre 2 (Zinoviev et Kamenev). Il fut convenu oralement que l'insurrection devait avoir lieu avant le Congrès des soviets (alors prévu le 20 octobre) et si possible avant le 15. A noter que certains membres du Comité central auraient sûrement voté contre s'ils avaient présents, comme Rykov et Noguine. Un certain nombre d'autres cadres dans le parti étaient contre ou très sceptiques : Tchoudnovsky, Tomsky, Volodarsky, Frounze, Manouilsky... Beaucoup de cadres de l'Organisation militaire du parti (Krylenko, Lachevitch, Podvoïsky) avaient tendance à surestimer les difficultés techniques et à sous-estimer le soutien politique pour les bolchéviks.

Le vote du 10 met en action toute une frange du parti. Mais elle déclenche aussi un sursaut des opposants. Zinoviev et Kamenev diffusent le lendemain un appel aux principales organisations du parti[10], qui condamne l'insurrection, et envisage la cohabitation pacifique des soviets bolchéviks et d'une Constituante bourgeoise, et une montée graduelle de l'influence bolchévique. Enfin, beaucoup de dirigeants étaient officiellement avec la majorité, mais ne faisaient rien de concret.

La motion du 10 fixait une tâche au parti sans mention des soviets. Pour Lénine, il ne restait plus que les aspects techniques à résoudre. Mais ils étaient importants : outre le choix (arbitraire ?) d'une date, quel organe devait réaliser l'insurrection ? Comment concilier la légitimité d'une émanation des soviets avec son pluralisme et les préparatifs nécessairement secrets ? C'est dans ce sens que Ioffé (pro-insurrection), objectait à Lénine : « Il n'est pas exact qu'à présent la question soit purement technique ; même maintenant, la question du soulèvement doit être considérée du point de vue politique ».

Ayant l'impression d'une inaction (impression exagérée par son isolement, selon Trotsky), Lénine demande une conférence du parti le 16. Contre les opposants voulant l'annuler (Zinoviev, Kamenev) ou les pessimistes (Milioutine, Schotmann), Lénine réaffirme l'insurrection. Il rappelle : « ll ne s'agit pas d'une lutte contre l'armée, mais d'une lutte d'une partie de l'armée contre l'autre... Les faits prouvent que nous avons la prépondérance sur l'ennemi ». Au même moment Trotsky et Krylenko faisaient adopter au soviet le CMR, l'instrument concret de l'insurrection.sur une ligne officiellement défensive. Krylenko était maintenant convaincu qu'on ne pouvait plus reculer, mais il estimait qu'on ne pouvait assumer d'attaquer en premier. « La question de l'évacuation des troupes est justement le motif qui provoquera la bataille... Le fait d'une offensive contre nous existe ainsi et l'on peut l'utiliser... Il n'est pas utile de s'inquiéter de savoir qui commencera, car c'est déjà commencé. »

Le 17 octobre, une déclaration de Kamenev paraît dans le journal centriste de Gorki :

« Non seulement moi et Zinoviev, mais un certain nombre de camarades-praticiens trouvons que prendre sur nous l'initiative d'une insurrection armée au moment présent, étant donné les rapports des forces sociales, indépendamment et quelques jours avant le Congrès des soviets, ce serait une démarche inadmissible, périlleuse pour le prolétariat et la révolution... Jouer tout sur la carte du soulèvement en ces prochaines journées, ce serait un acte de désespoir. Or, notre parti est trop fort, il a devant lui un trop grand avenir pour faire de tels pas. »

Cette rupture publique du centralisme en cette circonstance fit l'effet d'une bombe. Lénine les traite de jaunes et réclame leur exclusion du parti (ce qui ne sera pas fait). La rédaction du journal bolchévik, dirigée par Staline, publie alors des déclarations de Zinoviev et Lounatcharski sur la ligne de la minorité, avec une note minimisant les désaccords : « La violence de ton dans l'article de Lenine ne change rien à ceci que dans l'essentiel, nous restons de la même opinion ». Staline propose de démissionner quand le Comité central condamne les publications de la rédaction, mais le comité refuse.

Préparatifs de l'insurrection

L'enjeu de la garnison de Petrograd

Le contrôle de la garnison de Petrograd est un des enjeux cruciaux. Les soldats de Petrograd, qui se sont révoltés en Février, jouissent d'un grand prestige dans les classes populaires. Le Gouvernement provisoire s'était engagé en mars (auprès du Comité exécutif soviétique auquel ils étaient liés) à ne pas les envoyer au front, ce qui était le fondement du double pouvoir. La promesse a été trahie après la répression de Juillet où les régimes les plus radicaux ont été éloignés de la capitale. Le 8 septembre, la section des soldats du soviet réclame le retour à Petrograd des régiments évacués en Juillet. Le gouvernement et les conciliateurs cherchaient au contraire à évacuer les autres régiments, en voie de radicalisation.

En août les conciliateurs prédominaient encore dans la garnison. Les calmonies contre les « bolchéviks agents de l'Allemagne » ont fait beaucoup de mal. Courant septembre, la méfiance laisse place à des sympathies ou a une neutralité expectative. Mais pas encore à une sympathie active. Et il restait une minorité à peu prés irréductible hostile aux bolcheviks, les éléments les plus qualifiés de l'armée (5000 junkers, 3 régiments de cosaques, un bataillon d'automobilistes, une division d'autos blindées). L'issue du conflit n'était donc pas encore certaine, et il fallait être prudent.

Si les franges les plus radicales des ouvriers et soldats bolchéviks étaient impatientes, aux yeux de larges masses indécises, la légitimité dépendait largement de qui était responsable d'une agression. Par ailleurs le gouvernement et la presse réactionnaire tentait de monter le front contre « l'oisiveté » des soldats de Pétrograd qui refusaient d'y aller. Le Soviet de Pétrograd restait prudent, insistait sur l'attitude défensive des soviets face à la contre-révolution, et affirmait qu'après l'expérience de Kornilov, il fallait que les soviets contrôlent eux-mêmes les besoins militaires. Ce fut une revendication transitoire extrêmement efficace vers le pouvoir des soviets. Le 6 octobre, face à des rumeurs de fuite du gouvernement à Moscou devant les Allemands, Trotsky obtient un vote unanime de la section des soldats du Soviet : « Si le gouvernement provisoire est incapable de défendre Petrograd, il a l'obligation de signer la paix, ou bien de céder la place à un autre gouvernement. »

Le Comité militaire révolutionnaire

C'est dans ce but que l'idée du Comité militaire révolutionnaire (CMR) est actée par l'exécutif du Soviet le 9 octobre. C'était la pièce venant résoudre le dilemme des bolchéviks, qui cherchaient à créer un organe qui émane des soviets, donc composant avec les partis hostiles, mais qui soit capable de se préparer à l'insurrection. Le Comité central bolchévik du lendemain prit la décision de l'insurrection. Le CMR s'insérait dans la perspective de la lutte immédiate pour la conquête du pouvoir. A ce moment selon Trotsky, l'issue de l'insurrection « était déjà prédéterminée aux trois quarts »[11].

Lasimir, jeune SR de gauche proche des bolchéviks, fut placé à la tête de la commission d'élaboration des statuts : se mettre en liaison avec l'arrondissement militaire de Petrograd, le front Nord, le Tsentrobalt et le soviet régional de Finlande pour élucider la situation au front, recenser les régiments de Petrograd et des environs, faire l'inventaire des armes et munitions, maintenir la discipline dans les masses des soldats et des ouvriers. On flirte avec la limite entre défense de Petrograd et revue des forces pour l'insurrection : Comme le sougline Trotsky, ce n'était pas seulement une manoeuvre conspirative :

« Ces deux problèmes, qui s'excluaient jusqu'alors l'un l'autre, se rapprochaient maintenant en fait : ayant pris en main le pouvoir, le soviet devra se charger aussi de la défense militaire de Petrograd. L'élément du camouflage de la défense n'était point introduit par force du dehors, mais procédait jusqu'à un certain degré des conditions d'une veille d'insurrection.  »

Le 12, le Comité exécutif examina les dispositions élaborées par la commission de Lasimir. Les menchéviks, indignés mais impuissants, comprenaient très bien où les bolchéviks voulaient en venir. Le 13, c'est la section des soldats du soviet qui débat de la question du CMR. Dybenko, président du Tsentrobalt, expliqua dans un langage cru que la Flotte avait rompu définitivement avec le gouvernement et n'hésiterait pas à pendre l'amiral. Il dément aussi les ordres de l'Etat major :

« On parle de la nécessité de faire marcher la garnison de Petrograd pour la défense des approches de la capitale et, en partie, de Reval. N'y croyez pas. Nous défendrons Reval nous-mêmes. Restez ici et défendez les intérêts de la révolution... Quand nous aurons besoin de votre appui, nous vous le dirons nous-mêmes et je suis certain que vous nous soutiendrez. »

Dans l'enthousiasme général, on vote pour le projet avec 283 voix contre une, avec 23 abstentions.

Le CMR est officiellement créé lors de la séance plénière du 16 octobre. Les conciliateurs interpellent les bolchéviks :« Les bolcheviks ne donnent point de réponse à cette question directe : préparent-ils un soulèvement ? C'est de la lâcheté ou bien un manque d'assurance en leurs propres forces. » Dans l'assemblée on éclate de rire et on se moque de ces alliés du gouvernement qui voudraient qu'on leur dise tout. Dans sa réplique, Trotsky ne nie pas que le projet d'insurrection (« Nous n'en faisons pas un secret. »), mais ajoute qu'il ne s'agit pour l'instant que de répondre au gouvernement qui veut évacuer les troupes de Pétrograd. Le projet de Lasimir est adopté par une écrasante majorité de voix. Les menchéviks refusent de prendre part au CMR.

Le 17 octobre, l'exécutif conciliateur reporte le congrès des soviets au 25, ce qui fut mis à profit pour les préparatifs.

Armement du prolétariat et contrôle ouvrier

Le 12 octobre, le  Comité exécutif annonce la création d'une section spéciale de la Garde rouge. Mais il fallait plus d'armes. En grande partie, l'initiative pour résoudre les questions pratiques venait des masses. Trotsky raconte comment des ouvriers sont venus lui signaler qu'ils avaient pris contact avec les ouvriers de la fabrique d'armes de Sestroretsk, et qu'ils pouvaient en livrer sur demande du Soviet. « Je donnai l'ordre de livrer cinq mille fusils, et les ouvriers les reçurent le jour même. C'était une première expérience. » Une usine d'État livrait des armes sur ordre d'un individu qui était accusé de haute trahison et relaxé sous caution : la presse réactionnaire hurlait de rage.

Le Comité exécutif central pan-russe (toujours aux mains des conciliateurs depuis le premier congrès des soviets) ordonna qu'on ne délivre des armes à personne sans son autorisation, court-circuitant le gouvernement, qui n'osait rien dire. Mais les masses de Pétrograd n'écoutaient plus le Comité exécutif central.

Dans de nombreuses localités des ouvriers se mettaient en lien d'autres usines pour s'approvisionner, court-circuitant les patrons et les administrations. Face au dysfonctionnement généralisé du pays et au sabotage des possédants, le contrôle ouvrier montait comme une revendication populaire. Avant même l'insurrection, le « pouvoir aux soviets » sous direction du prolétariat s'était déjà fortement matérialisé.

Les derniers jours du gouvernement provisoire

Les rumeurs et les pressions

Les peurs de la réaction et des conciliateurs prenaient la formes de rumeurs. Le menchevik Potressov, s'appuyant vraisemblablement sur les informations du contre-espionnage ou bien de la mission militaire française (qui n'hésitait pas à faire des faux), exposa dans la presse bourgeoise un « plan du soulèvement bolcheviste » censé avoir lieu dans la nuit du 16 au 17 octobre. Cela fit beaucoup rire les soldats et les gardes rouges. Les autorités menaient des enquêtes dans les quartiers ouvriers, et constataient beaucoup de propagande et de détermination, mais aussi un grand calme, et personne ne semblait savoir quand l'insurrection éclateraient.

Le matin du 14 eut lieu, chez Kérensky, une réunion des ministres qui approuva les mesures prises par l'Etat-major contre "la manifestation" qui se préparait. Ils se demandaient si bolchéviks se limiteraient à une manifestation armée comme en juillet ou s'ils iraient jusqu'à une insurrection. Le commandant de l'arrondissement militaire (Etat-major local), Polkovnikov, déclarait à la presse : « Dans tous les cas, nous sommes prêts ».

Le 16, Polkovnikov faisait un rapport optimiste sur ses forces au gouvernement. Le maire de la ville, Schreider, SR, suppliait de son côté « de ne pas faire de désordres, risquant de provoquer certainement la famine dans la capitale ».  Dans son journal, Gorki exige des bolcheviks qu'ils démentent les bruits si seulement ils ne sont pas « le jouet sans défense d'une foule ensauvagée ».

Pour le 17, l'état-major du front, avec les comités d'armée, convoquait les représentants du soviet de Petrograd pour les intimider devant les tranchées, à Pskov. Le soviet accepta le défi et envoya une délégation de quelques dizaines d'hommes. Profondément convaincue d'avoir raison, la délégation tint facilement tête à l'attaque de l'Etat-major et rentra à Petrograd plus unanime qu'au moment où elle était partie. Les preuves historiques ont ensuite montré que c'était surtout Kerensky qui voulait envoyer les troupes au front, et pas les officiers du front qui les réclamaient.

La tactique bolchévique

Le 18, pour la première fois, fut convoquée la Conférence de la garnison. Sous l'effet des rumeurs omniprésentes, spontanément chaque délégué de régiment aborde la question du "soulèvement". Une majorité se déclara prête à répondre à l'appel du Soviet. Une poignée de régiments est contre ou ne veulent obéir qu'au Comité exécutif central, d'autres se disent neutres. D'autres encore disent qu'ils répondront au Congrès des soviets, ce qui convient aux bolchéviks, étant donné qu'ils sont sur le point d'y représenter la majorité.

Mais la multiplication des rumeurs crée aussi du doute dans les quartiers ouvriers et les régiments. On se demande si quelque chose a été décidé sans eux. Dans cette dernière ligne droite, la position contradictoire du soviet, entre parlement ouvert et état-major révolutionnaire, créait un des difficultés. A la fin de la séance du soir du soviet, Trotsky déclare :

« Depuis quelques jours la presse est pleine d'informations, de bruits, d'articles au sujet du prochain soulèvement... Les résolutions du soviet de Petrograd sont portées à la connaissance de tous. Le soviet est une institution élective et ne peut prendre de résolutions qui ne seraient point connues des ouvriers et des soldats. Je déclare, au nom du Soviet : aucune manifestation armée n'a été fixée par nous. Mais si le Soviet, d'après la marche des choses, était forcé de faire appel à une manifestation, les ouvriers et les soldats marcheraient sur un signe de lui comme un seul homme... On dit que j'ai signé l'ordre de livrer cinq mille fusils... Oui, je l'ai signé... Le Soviet continuera à organiser et à armer la Garde ouvrière. »

Trotsky présente devant les masses de Petrograd la prise du pouvoir en lien étroit avec le Congrès des soviets, prévu le 20, et couvre l'insurrection d'une logique défensive :

« La bourgeoisie sait que le Soviet de Petrograd proposera au Congrès des soviets de prendre le pouvoir en main... Prévoyant la bataille inévitable, les classes bourgeoises s'efforcent de désarmer Petrograd. (...) A la première tentative de la contre-révolution pour supprimer le Congrès, nous répondrons par une contre-offensive qui sera implacable et que nous pousserons jusqu'au bout. »

Le Soviet se sent assez puissant pour fixer ouvertement une date d'insurrection. Mais le pouvoir n'est pas encore entre ses mains. Lénine est toujours caché, Kerensky est toujours au Palais d'Hiver, et à Smolny l'administration de la caisse, de l'expédition, des automobiles ou des téléphones se trouve encore entre les mains du Comité exécutif central.

Le 19 matin, le Comité exécutif central tente une opération : il convoque une assemblée "légale" de la garnison, y appelant même les comités arriérés, non renouvelés par élection depuis longtemps, qui n'ont pas été présents la veille. Mais la majorité bolchévique est confirmée. En revanche cela permet de constater que la forteresse Pierre-et-Paul et la division des autos blindées n'étaient pas prêtes à l'insurrection.

Etant donné que le Congrès des soviets était initialement prévu le 20, le gouvernement prend des mesures préventives : des patrouilles de Cosaques parcourent les quartiers ouvriers toute la nuit, la milice et des réserves de cavalerie se tiennent prêtes, et devant le palais d'Hiver sont disposées des autos blindées, de l'artillerie légère, des mitrailleuses... Le lendemain, n'ayant rien vu, certains se croient sauvés comme Dan qui écrit dans les Izvestia : «  Leur aventure au sujet d'une manifestation armée dans Petrograd est une affaire finie. (...) Ils se rendent déjà. » Toute une partie des cadres bolchéviks avait réellement peur de l'issue finale. Peu de temps avant l'insurrection, se balladant au centre de Moscou, devant ses magasins luxueux et ses bâtisses imposantes, Rykov confiait : « Ici, au centre même de Moscou bourgeoise, nous nous sentions effectivement comme des pygmées qui auraient médité de renverser une montagne. »

En fait, le CMR n'est mis sur pied que le 20. Mais il dispose d'emblée d'une forte influence et efficacité. Il place des commissaires auprès des régiments, et rapidement son contrôle s'étend à toujours plus de dépôts d'armes, même à des magasins privés d'armuriers. Il suffisait de s'adresser au comité de soldats, d'ouvriers ou d'employés pour briser la résistance de l'administration ou du patron.

Le dimanche 22 octobre et le bras de fer avec l'Etat-major

Le Soviet fixa ouvertement, le dimanche 22, une revue pacifique de ses forces sous forme de meetings :«  Par l'unanimité de la multitude, il fallait forcer les ennemis à se cacher, à disparaître, à ne pas se montrer. (...) Il fallait arriver à ceci que les masses, se voyant elles-mêmes, se disent : personne et rien ne pourra plus nous résister.  » (Trotsky)

Des religieux réactionnaires et des cosaques fixèrent le même jour une procession dans les rues, certains espérant sans doute créer une provocation. J. Reed témoigne du renforcement de la sécurité : « Il devint dès lors peu facile d'entrer à l'Institut Smolny, le système des laissez-passer était modifié à des intervalles de quelques heures, car des espions pénétraient constamment à l'intérieur ».

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La Conférence de la garnison du 21 discuta de la préparation du 22 et confirma l'hégémonie des révolutionnaires. Dans la journée on apprit que la procession était annulée sur pression des autorités.

Le chef de l'Etat-major de l'arrondissement de Petrograd refuse de voir ses ordres validés par le CMR. Celui-ci déclare alors publiquement : «  Ayant rompu avec la garnison organisée de la capitale, l'Etat-major devient l'instrument direct des forces contre-révolutionnaires ». Le CMR annonce qu'il a désormais le contrôle de la garnison pour protéger la ville de la contre-révolution.

Alors qu'une nouvelle fois les bourgeois et les conciliateurs redoutent l'insurrection et se cachent, la journée du 22 se déroule pacifiquement et dans un immense enthousiasme. Partout des foules immenses écoutent les orateurs, ressentent profondément que ce n'est plus un prêche lointain mais un ferme espoir en un changement imminent.

Le lendemain, 23 octobre, l'Etat-major de l'arrondissement est en telle position de faiblesse qu'il propose d'accepter les commissaires du CMR, à condition qu'il annule sa déclaration dénonçant l'Etat-major comme contre-révolutionnaire. Il ne fut donné aucune réponse.

Le CMR s'efforçait de convaincre le maximum de régiments. On se demandait notamment comment neutraliser la forteresse Pierre-et-Paul, et on envisagea de la prendre de force. Mais finalement, le 23, Trotsky s'y rend et parvient dans un discours à faire basculer les soldats, ou plutôt à les faire désavouer leurs délégués plus à droite qu'eux. La séance du soir du Soviet est particulièrement remplie et confiante. Les informations sur les troupes appelées par le gouvernement sont bonnes : elles refusent d'être appelées en "renfort".

En ces jours-là, Kerensky est complètement illusionné sur ses forces, persuadé d'être capable de réprimer si nécessaire, sans réaliser à quel point sa chaîne de commandement était brisée et n'était plus reliée aux soldats. Mais la plupart des KD sont également dans cet état d'esprit. Ils espèrent même une offensive des bolchéviks qui permettrait de les éliminer une bonne fois pour toute. Leur journal écrit : «  Il y a de l'orage dans l'air, mais peut-être purifiera-t-il l'atmosphère ». Peu avant l'insurrection, Kerensky demanda des renforts au général Krasnov (qui avait soutenu Kornilov).

L'insurrection d'Octobre

Prise de la capitale (24-25)

Le plan initial de l'insurrection la prévoyait la nuit du 24-25. Les matelots de la Baltique devaient arriver en gare de Finlande, près de Vyborg, et de ce bastion on avancerait. Mais vu la faiblesse du gouvernement, il n'y eut besoin d'aucune guerre de position pour prendre les points clés de la ville.

Dans la nuit du 23 au 24, le gouvernement décide de réagir : interdire les journaux bolcheviks qui appellent à l'insurrection, poursuivre en justice le CMR, appeler des contingents sûrs de la banlieue et du front. Le bruit des décisions prises par le gouvernement se répandit immédiatement dans la ville. Cela déclenchera l'insurrection avec une légère avance.

Smolny devient aussitôt un véritable quartier général fourmillant d'activité. Le VTsIK quitte Smolny pour le local de l'Etat-major. Le matin, l'Etat-major s'active et annonce que tous les commissaires du CMR sont congédiés, que toute manifestation sera gravement punie et que les régiments doivent rester dans leurs casernes (le CMR aussi avait donné consigne de rester dans les casernes sauf contre-ordre). Le ministre de la justice Maliantovitch donna l'ordre d'arrêter Trotsky (ironie : il avait aussi été inculpé en 1905 pour son rôle dans le soviet, et Maliantovitch était alors son avocat). Des contingents sont demandés au front nord et d'autres appelés de la banlieue : un bataillon de choc de Tsarskoïe, des junkers d'Oranienbaum, de l'artillerie de Pavlovsk.

A 5h30 du matin, un détachement de junkers saisit l'imprimerie bolchévique et neutralise la publication du Rabotchi et du Soldat. Le CMR envoie aussitôt deux bataillons réouvrir l'imprimerie. Il est ordonné au croiseur Aurore, stationné sur la Neva, de sortir en mer. L'équipage, bolchévik, interroge le CMR qui annule l'ordre. Un téléphonogramme à tous les quartiers et régiments annonce : « Les ennemis du peuple ont pris l'offensive pendant la nuit... Le Comité militaire révolutionnaire dirige la résistance contre l'attaque des conspirateurs. » Trotsky demande à l'emetteur radio de l'Aurore de retransmettre, et d'appeler à arrêter les bataillons lancés sur Petrograd.

Le Comité central se réunit à 11 à Smolny et se répartit les principales tâches. Zinoviev se tient à l'écart, par contre Kamenev participe au travail d'organisation, il est affecté en particulier au lien avec les SR de gauche. Sverdlov eut un rôle majeur de coordination. Il accueillait notamment les bolchéviks arrivant des régions pour le congrès des soviets. Ils étaient déjà près de 300 le 24, et la plupart, d'une façon ou d'une autre, s'inséra dans le mécanisme de l'insurrection. Face à eux, Trotsky s'efforce encore de présenter ce qui est en train de se passer comme de la défensive, pour éviter de troubler les plus modérés et limiter les risques de fuite. « Et quoi faire alors du gouvernement provisoire ? » lui demande-t-on. « Si Kerensky essayait de ne pas se soumettre au Congrès des soviets la résistance du gouvernement créerait une question de police et non de politique ». Des représentants de la Douma de Petrograd viennent demander à Trotsky les intentions des bolchéviks. Ils sont renvoyés à la décision du Congrès.

Les bataillons motocyclistes, moins révolutionnaires, basculent à partir du 24. Certains désertent leur poste de garde du Palais d'Hiver. Parmi la petite minorité de l'armée non gagnable politiquement, la plupart n'osa pas s'engager dans la lutte au moment décisif. La majorité des soldats, tout en votant pour les bolchéviks, n'étaient pas réellement en état de se battre. Ils étaient réservistes depuis longtemps, et ils voulaient plus que tout rentrer dans leur campagne et procéder au partage des terres. Mais il y avait suffisamment de soldats et de gardes rouges fiables pour vaincre.

Pendant ce temps au pré-parlement, Kerensky stigmatise la « populace » et annonce que désormais les bolchéviks « sont sujets à une liquidation immédiate, résolue et définitive ». Il demande alors le soutien de l'assemblée, mais les divers socialistes sont frileux de se solidariser du gouvernement et débattent de formules tout l'après-midi. Finalement ils reprennent hypocritement une formule de Martov qui désigne le gouvernement comme co-responsable de la situation et lui demande de remettre la terre aux comités agraires et d'engager des pourparlers de paix immédiatement. Au moment des votes, les soutiens inconditionnels du gouvernement (KD, leaders cosaques, coopérateurs) sont en minorité, ce qui décrédibilise encore plus Kerensky. Cette nuit-là, l'aile droite des bolchéviks discutait avec les conciliateurs pour essayer à tout prix de désamorcer la crise, et les conciliateurs tranquilisaient Kerensky, lui assurant que les bolchéviks étaient prêts à discuter.[11]

Le soir à la réunion du Soviet, Trotsky dément encore une insurrection offensive : « Le Comité ne permit pas à Kerensky de faire sortir de Petrograd les troupes révolutionnaires et prit la défense de la presse ouvrière. Est-ce là une insurrection ? L'Aurore est aujourd'hui là où elle se trouvait la nuit dernière. Est-ce là une insurrection ? » Il réaffirme que le Congrès disposera de « ce demi-pouvoir [qui] attend un coup de balai historique », mais prépare toutefois les esprits à ce qui en réalité était déjà prévu pour la nuit : « Si, cependant, le gouvernement, dans les 24 ou 48 heures dont il dispose encore, essayait d'en profiter pour planter un poignard dans le dos de la révolution, nous le déclarons une fois de plus : l'avant-garde de la révolution répondra coup pour coup et au fer par de l'acier ».

Des junkers occupent les gares et vers 15h coupent les ponts tournants. C'est un signe fort : la monarchie avait toujours fait ça en cas de trouble dans la capitale, comme en Février. Une bataille s'engage pour le contrôle des ponts. Les ouvriers et soldats parvenaient à débloquer les ponts soit par la persuasion, soit par la menace. Certains ponts furent coupés et rétablis à plusieurs reprises. L'Aurore s'approche du Pont Nicolas, et les junkers s'enfuient. Le soir, des milicens tentent en vain de s'en prendre au journal Rabotchi i Soldat. Une dizaine de junkers s'aventura dans Vyborg pour chercher Lénine et se retrouva vite enfermée à la forteresse Pierre-et-Paul. Le central téléphonique et télégraphique est occupé et les agents (hostiles aux bolchéviks) surveillés.

Vers 2h du matin les principales opérations commencent. Des troupes du CMR occupent les gares, la centrale électrique, les arsenaux et les entrepôts d'approvisionnement, le service des eaux, la banque d'Etat, les grandes imprimeries, et le pont du Palais. Les junkers s'enfuient ou se laissent arrêter, et on libère des prisonniers. A l'inverse, parmi les soldats fatigués du CMR, un sursaut de discipline réapparaît, et en même temps beaucoup d'initatives. Dans tous les régiments, on arrête les officiers qui ne se sont pas encore enfuis. Le commandant Polkovnikov envoie dans la nuit au Grand Quartier Général et à l'Etat-major du front Nord :

« La situation de Petrograd est épouvantable. Il n'y a pas de manifestations ni de désordres dans les rues, Mais on s'empare méthodiquement des établissements, des gares, il y a des arrestations... Les junkers abandonnent leurs postes sans résistance... Rien ne garantit qu'il n'y ait pas une tentative pour mettre la main sur le gouvernement provisoire. »

Après minuit se tient une séance unifiée des Comités exécutifs centraux des soviets. Les menchéviks y sont sans leurs principaux leaders, et entourés de délégués du Congrès, invités, en majorité bolchéviks. Ils soutiennent que la contre-révolution est plus forte que jamais, que « des fous mènent la révolution à sa perte, comme en 1905 » (allusion au président du Soviet) et qu'il faudra passer sur le cadavre du VTsIK. Un cri surgit : « Mais c'est déjà un cadavre! »

Au même moment au Palais d'Hiver, Kerensky se fâche avec les conciliateurs qui ne le soutiennent pas assez franchement, et promet à ses officiers réactionnaires d'aller jusqu'au bout dans la revanche s'ils peuvent contre-attaquer avec des cosaques. Mais les cosaques ne sortirent pas. Kerensky fit même appel aux groupes armés organisés par le parti SR, mais le peu qu'il en restait ne lui répondaient plus.

Prise du palais d'Hiver (25-26)

Dès 10h le 25, Smolny diffusa dans le pays un bulletin de victoire : « Le gouvernement provisoire est déposé. Le pouvoir d'Etat est passé aux mains du Comité militaire révolutionnaire ». Il s'agissait d'être proactifs, de se comporter comme un pouvoir. Mais il restait encore formellement le Palais d'Hiver, le GQG et tous les relais provinciaux du pouvoir.  Mais déjà apparaissaient des affiches annonçant la victoire de l'insurrection. On n'avait pas eu le temps même de les coller et des automobiles les distribuaient. Sur l'avenue Nevsky, principale artère bourgeoise, certains riaient :  « Vous avez entendu : les bolcheviks ont pris le pouvoir ? Ils en ont pour trois jours tout au plus. Ah ! Ah ! Ah ! » Mais il y avait peu de monde dans les rues. Dans les établissements gouvernementaux et dans les services publics, le travail avait cessé. Mais de nombreux magasins restaient ouverts. On servait dans les restaurants, mais plutôt dans les arrière-salles. Les tramways circulaient.

Ce matin-là, du ministère de la Guerre (pas encore occupé), le général Levitsky indiquait au Grand Quartier Général : « Les contingents qui se trouvent dans le palais d'Hiver ne le gardent que pour la forme, car ils ont résolu de ne pas agir effectivement. Dans l'ensemble, l'impression est que le gouvernement provisoire se trouve dans la capitale d'un état ennemi, ayant achevé la mobilisation mais n'ayant pas ouvert les hostilités. » Le palais d'Hiver devait lui aussi être pris la nuit du 24-25. Un plan détaillé avait été fait dès le 23 par Podvoïsky, Antonov et Tchoudnovsky. Mais le temps estimé pour les préparatifs avait été sous-estimé, et une série d'erreurs ajoutèrent du retard.

A 14h35, la séance extraordinaire du Soviet de Petrograd fut ouverte par un rapport de Trotsky qui déclara que le gouvernement provisoire n'existait plus, et qu'on n'avait pas connaissance d'une seule victime. « Le palais d'Hiver n'est pas encore pris, mais son sort sera réglé dans quelques moments. » Podvoïsky avait annoncé à Smolny au plus tard midi. Cela prendrait encore 12h. Lénine fit sa première apparition en public depuis juillet, annonçant la suite : « La troisième révolution russe doit, en fin de compte, mener à la victoire du socialisme ».

Les insurgés donnent aux junkers qui gardent le Palais l'ultimatum d'évacuer. Un peu plus tard, une délégation de junkers dit au gouvernement qu'ils sont prêts à remplir leur devoir jusqu'au bout « si seulement l'espoir existe de recevoir des renforts ». Kerensky s'enfuit alors vers le front, officiellement pour s'assurer des renforts, à bord de la voiture de l'ambassadeur des Etats-Unis. Avec son fanion états-unien, les insurgés la laissaient passer.

Le 3° bataillon de motocyclistes, appelé du front, s'arrête de lui-même en route pour demander par télégramme au Soviet de Petrograd des précisions. Le CMR saluta le bataillon et l'invita à envoyer représentants. Le Congrès des soviets apprendra dans la nuit leur ralliement à la révolution.

Le première journée du Congrès qui s'ouvre le 25 est passée en réunion de partis. Chacun attend le dénouement au sujet du Palais d'Hiver. Podvoïsky assura ensuite qu'à 18h il serait pris, mais ce ne fut pas le cas. Smolny gronde tellement que Podvoïsky et Antonov arrêtent de donner des délais. Peu à peu de plus en plus d'autos blindés passent du côté bolchévik. On change à la hâte leurs noms patriotiques à la peinture rouge. Au Palais le moral est au plus bas, mais dans la cour sont encore disposés des canons et des pièces d'artillerie pour la défense. Des sentinelles sont désarmées par des hommes du Soviet qui approchent avec l'apparence de simples passants et qui sortent un révolver au dernier moment.

Plus tard, des junkers commencent à tirer vers la place, que personne n'occupe encore. Cela renforce l'attentisme des assaillants, qui attendent les matelots de Cronstadt. Ce délai permit à quelques renforts cosaques d'arriver (malgré de fortes frictions parmi eux), puis 40 chevaliers de Saint-Georges, et enfin un bataillon de choc féminin.

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Finalement, les matelots de Cronstadt arrivent, puis 5 vaisseaux de guerre de la flotte de la Baltique. A présent le palais est encerclé avec plus de forces qu'il n'en faut. Après 18h, le siège du Palais est vraiment étanche. Antonov fit transmettre au Palais un ultimatum : « Rendez-vous et désarmez la garnison du palais d'Hiver ; dans le cas contraire, la forteresse et les vaisseaux de guerre ouvriront le feu ; vingt minutes pour réfléchir ». Les ministres décident de ne pas répondre, et de demander l'aide de la Douma municipale.

Une demi-heure plus tard, un détachement soviétique investit sans rencontrer de résistance l’Etat-major, accolé au Palais d'Hiver. Le remplaçant de Polkovnikov, qui avait été déchu un peu plus tôt, démissionne. On éteignit les lumières dans le Palais. Une fusillade fit les premiers morts de l'insurrection. L'electricien du Palais sabote la défense en allumant les lumières, ce qui expose les junkers.

La plupart des domestiques du palais s'étaient cachés ou enfuis. De nombreux officiers se saoulent au buffet, ce qui contribue à démoraliser les quelques troupes du Palais. Vers 21h les cosaques basculent tous du côté du Soviet et quittent le Palais. De discrets agitateurs s'introduisent dans le Palais pour pousser les junkers à se rendre. Tchoudnovsky pénètre dans le palais pour des pourparlers. D'abord arrêté, il ressort finalement avec une partie des junkers et des chevaliers de Saint-Georges qui se rendent. Le bataillon de femmes tente alors une sortie mais doit se rendre. Peu après, le gouvernement expédie dans le pays un communiqué affirmant que la première attaque contre le palais d'Hiver a été repoussée, que l'ennemi est faible, et concluant : « Que l'armée et le peuple répondent ! »

Il était prévu qu'une fois l'encerclement du palais d'Hiver achevé, une lanterne rouge devait être hissée sur le mât de la forteresse Pierre-et-Paul, et à qu'à ce signal, l'Aurore tire un coup de canon à blanc pour faire peur. Ensuite, la forteresse tirerait avec des projectiles légers sur le Palais. Après de nombreuses défaillances, le tir à blanc est enfin lancé. Un groupe de junkers et de femmes se rend. La forteresse se met alors à tirer pendant plus d'une heure et demi, mais les rares coups qui atteignent leur cible n'endommagent que le revêtement. Il y avait probablement une volonté délibérée d'éviter de toucher la cible.

Soudain, un coup de téléphone de la Douma municipale annonce que des « citoyens » (des groupes de conciliateurs) se mettent en route pour converger en aide vers le Palais. Certains conciliateurs quittent le congrès des soviets en appelant à venir mourir avec eux... Cette colonne de 3 ou 400 personnes se heurta à un barrage de matelots et retourna piteusement sur ses pas. Ailleurs dans Petrograd, les milieux bourgeois et nobles continuaient de fréquenter les théâtres et les cinémas.

Des matelots pénètrent soudain dans la palais et lancent deux grenades, blessant légèrement deux junkers avant d'être arrêtés. De plus en plus d'intrus pénètrent dans le palais, même s'ils finissent pour l'instant par se faire arrêter. Smolny et Lénine lui-même exigeaient qu'on en finisse. L'ordre est donné à l'Aurore de canonner le palais, mais comme le reconnut le bolchévik responsable, Flerovsky : «  Nous décidâmes d'attendre encore un quart d'heure sentant d'instinct la possibilité d'un changement de situation ».

Le palais fut pris peu après, dans une grande confusion. Sans se tirer dessus, les assaillants et les défenseurs se retrouvaient nez-à-nez dans les salles du palais, bientôt submergées par le nombre. La prise du palais d'Hiver aura été un encerclement et une intrusion progressive à mesure que les défenseurs désertaient.

A 2h16 le 26 octobre, entrant dans la salle des ministres, Antonov dit au nom du CMR : « Je vous déclare, à vous, membres du gouvernement provisoire, que vous êtes en état d'arrestation ». Quand ils sont emmenés dans la cour, certains expriment leur rage « Fusillez-les ! A mort ! » Mais les gardes rouges les escortent jusqu'à la forteresse pour y être enfermés. Ils sont 18 en comptant les sous-secrétaires d'Etat.

Aussitôt après la prise du palais d'Hiver, des bruits se répandent dans les cercles bourgeois au sujet de lynchages, d'exécutions, de viols de combattantes, de pillages. Des soldats ont effectivement commencé à se servir dans un sous-sol en porcelaines, linge, etc. Mais aussitôt des gardes rouges sont intervenus : « Camarades, ne touchez à rien, c'est la propriété du peuple. » Des junkers fouillés sont aussi retrouvés avec les poches pleines. Quelques heures après, Tchoudnovsky est nommé commandant du palais.

Du côté du gouvernement il n'y eut aucune perte, et du côté insurgés, 5 marins[12] et 1 soldat tués[13].

Suites immédiates

Prise de Moscou

Lénine avait envisagé de commencer l'insurrection par Moscou[6][8][9] (moins défendue), pour porter un coup imprévu. Mais il s'agissait de l'avis de beaucoup d'une mauvaise idée.

La prise de Moscou fut plus violente, et dura du 28 octobre au 2 novembre. Les bolchéviks occupent le Kremlin puis la direction locale hésite et signe une trêve avec les autorités SR locales avant d’évacuer le bâtiment. Les troupes gouvernementales en profitent alors pour abattre à la mitrailleuse 300 gardes rouges désarmés, sous les ordres du maire SR Roudnev. Les SR s'associent à des monarchistes pour mener une sanglante répression. Il faudra une semaine de combats acharnés avant que les bolcheviks, conduits par Boukharine, ne s’emparent finalement de la ville. Cela était en partie dû à des différences sociologiques et politiques objectives entre Petrograd et Moscou, mais aussi au manque de résolution de la direction locale. Ce ne fut que le 25 octobre qu'un Comité militaire révolutionnaire fut établi par le Soviet de Moscou.

Répercussions ailleurs

La victoire même de l'insurrection à Petrograd ne suffit pas immédiatement à dissiper l'inertie des hésitants dans le parti. Presque partout, il fallait très souvent une impulsion simultanée et d'en haut et d'en bas pour briser les dernières hésitations du Comité local, l'obliger à rompre avec les conciliateurs et à prendre la tète du mouvement. Chliapnikov témoigne :« La fin d'octobre et le commencement de novembre furent véritablement des journées "de trouble profond" dans les milieux de notre parti. Nombreux étaient ceux qui se laissaient rapidement gagner par l'ambiance ».

A Voronèje l'insurrection fut accomplie non par le Comité du parti, mais par son active minorité à la tête de laquelle était Moïsseev. A Kiev, le Comité dirigé par Piatakov, qui menait une politique purement défensive, transmit, en fin de compte, l'initiative et, ensuite, le pouvoir même à la Rada. Dans bon nombre de chefs-lieux de province, les bolcheviks firent bloc en octobre avec les conciliateurs.

Autour de l'insurrection

L'insurrection évitable ?

Après la débâcle de Kornilov et jusqu'à la Conférence, Lénine interpelle les menchéviks et les SR : qu'ils prennent le pouvoir, et qu'on s'en remette ensuite au congrès des soviets. Pendant ce cours laps de temps, il soutient qu'il y a une possibilité de développement pacifique de la révolution. Mais les conciliateurs s'obstinent dans la coalition avec la bourgeoisie, ce qui referme cette possilité. Lénine presse alors le comité central bolchévik de se fixer comme tâche l'insurrection avant le congrès des soviets, pour lui remettre tout le pouvoir.

Kamenev et Zinoviev, contre Lénine, soutenaient que l'insurrection n'était pas nécessaire, et qu'on pourrait conquérir graduellement et pacifiquement la majorité, en laissant cohabiter soviets et institutions bourgeoises. Selon Trotsky : « Si les bolcheviks n'avaient pas pris le pouvoir en octobre-novembre, ils ne l’auraient vraisemblablement jamais pris.  »

La clémence des révolutionnaires

Le 24, des ouvriers bolchéviks, notamment de Poutilov, proposaient au CMR de se lancer dans le désarmement des junkers. Trotsky expliqua plus tard que cela aurait dû être fait :

« Si cette mesure, convenablement préparée, d'accord avec les équipes non combattantes des écoles, avait été appliquée dans la nuit du 24 au 25, la prise du palais d'Hiver n'aurait présenté aucune difficulté. Si les junkers avaient été désarmés, même dans la nuit du 25 au 26, après la prise du palais d'Hiver, il n'y aurait pas eu tentative de contre-insurrection le 29 novembre. Mais les dirigeants manifestaient encore en bien des points "de la magnanimité", en réalité un excès d'assurance optimiste, et ne prêtaient pas toujours assez d'attention à la voix raisonnable de la base : l'absence de Lenine fut sensible aussi en ce point. (...) Il y eut inutilement des victimes des deux côtés. Dans une lutte sérieuse, il n'y a pire cruauté qu'une "magnanimité " inopportune . »

Trotsky fit personnellement relâcher un groupe de junkers sous leur promesse de ne plus s'engager contre le pouvoir des soviets. Il reconnaît lui-même ses doutes. D'un côté c'était imprudent car la victoire n'était pas encore acquise, de l'autre, vu les hésitations qui existaient parmi les junkers, cela envoyait le signal qu'on pouvait se rendre sans crainte, évitant ainsi qu'ils se battent à tout prix.

Des personnalités importantes furent à moment donné aux mains des insurgés. Stankevitch, principal commissaire du GGQ arrivé le 24 du front est arrêté puis relâché. Le matin du 25 il tente en vain avec quelques junkers de reprendre le local téléphonique. On les laisse partir sans combat. Le directeur du ministère de la Guerre, Manikovsky, est arrêté, envoyé à la caserne du régiment Pavlovsky, puis relâché après avoir convaincu que son arrestation pouvait démolir tout le mécanisme administratif et entraîner des désagréments pour les soldats au front. Prokopovitch également fut arrêté et relâché. Tous ceux qui défendaient le Palais d'Hiver furent relâchés.

Marxisme et blanquisme

Les bolchéviks, en tant que marxistes, ne souhaitaient pas et ne pensaient pas possible de réaliser une véritable révolution par un coup d'Etat qui ne représente pas les aspirations des larges masses. En cela ils se différencient du blanquisme. Mais à partir de septembre, cette condition est réunie. Lénine considère aussitôt que l'insurrection devient une tâche du moment.

Difficultés historiographiques

Les informations qui arrivent aux Etats-majors ne sont point consignées sur le papier, ou bien sont rédigées distraitement, et les papiers se perdent. Les souvenirs imprimés plus tard sont secs et pas toujours exacts, étant donné qu'ils proviennent, pour la plupart, de témoins d'occasion. Les ouvriers, matelots et soldats, qui étaient les effectifs inspirateurs et dirigeants des opérations, prirent bientôt la tête des premiers détachements de l'Armée rouge et, en majorité, tombèrent sur différents champs de bataille de la guerre civile.

Coup d'Etat ?

Une des critiques les plus courants sur l'insurrection des 24-25 octobre est qu'elle aurait été un coup d'Etat, et pas un mouvement populaire de masse. Le contraste avec la plupart des révolutions est net : pas de foules en liesses descendant spontanément dans les rues, pas de retournement soudain contre la police, presque pas de morts...

Mais précisément, les ouvriers et soldats de Petrograd avaient déjà connu cette fusion populaire, principalement en Février, et de plus en plus fortifiée au fil des mois. Le niveau d'organisation des casernes et des quartiers ouvriers n'avait fait que se renforcer. Ces masses populaires formaient une unité politique de masse comme il y en a rarement eu dans l'histoire, et cet ensemble avait incontestablement confiance dans les leaders bolchéviks. Des explosions spontanées avaient déjà eu lieu, comme en juillet, et avaient échoué parce qu'elles manquaient de vision d'ensemble pour choisir le bon moment. En ces journées d'Octobre, toutes les conditions étaient réunies. Pourquoi les bolchéviks n'auraient-ils pas pris la décision de frapper le plus méthodiquement possible pour l'emporter ?

Notes

  1. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 41. Sortie du préparlement et lutte pour le congrès des soviets, 1930
  2. Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe - 38. La dernière coalition, 1930
  3. Lénine, Les bolchéviks doivent prendre en mains le pouvoir, 12 septembre 1917
  4. Lénine, Le marxisme et l'insurrection, Rédigé entre les 12 et 14 septembre
  5. Lénine, Notes d'un publiciste, 22-23-24 septembre 1917
  6. 6,0, 6,1 et 6,2 Lénine, La crise est mûre, 29 septembre 1917
  7. 7,0 et 7,1 Lénine, Lettre à I. Smilga, président du comité régional de l'armée, de la flotte et des ouvriers de Finlande, 27 septembre 1917
  8. 8,0 et 8,1 Lénine, Lettre au comité central, au comité de Moscou, au comité de Pétrograd, aux membres bolchéviks des Soviets de Pétrograd et de Moscou, écrit le 1er octobre 1917
  9. 9,0 et 9,1 Lénine, Lettre à la conférence de la ville de Pétrograd, écrit le 7 octobre 1917
  10. Zinoviev et Kamenev, Sur le moment présent, 11 octobre 1917
  11. 11,0 et 11,1 Trotsky, Les leçons d'Octobre - Autour de la révolution d'Octobre, 1924
  12. Richard Pipes, La Révolution russe, PUF, 1993
  13. William Henry Chamberlin, The Russian revolution, 1917-1918: from the overthrow of the czar to the assumption of power by the bolsheviks, 1976

Bibliographie