Herr Vogt, histoire d'une calomnie de l'anticommunisme

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Herr Vogt est une brochure conséquente écrite par Karl Marx et publié à Londres pour la première fois en décembre 1860.

Contexte d'écriture[modifier]

Karl Marx écrit Herr Vogt en réponse aux calomnies de Carl Vogt. Il l'accusé dans des articles d'être un espion prussien, d'être de connivences avec la police, de lancer des menaces, des chantages envers et contre les travailleurs. Et enfin, selon William Vogt, dans La vie d'un homme sur Karl Marx :

« Un autre moyen d'arriver à ses fins, en jetant le trouble dans les esprits par la terreur, consistait à s'opposer aux efforts individuels tentés par les affamés dans le but d'assurer leur existences et celle de leur famille. Quiconque se permettait de se retourner, d'accepter une place, de chercher une situation, de quémander de la besogne, de solliciter quelque emploi ou de s'établir, était immédiatement et sans autre, avec grossissements d'épithètes, déclaré traître à la Révolution qui avait besoin de tous ces défenseur ; car à en croire ces phraseurs, l'Allemagne allaient s'insurger d'un moment à l'autre... C'est avec de semblable billevesées, qu'elle savait mensongères, que la "bande soufrée" forma une troupe de fainéants, "fortes en gueule", qui, sacrifiant sans cesse sur l'autel de la patrie, repoussaient, avec un dégoût patriotique, toute occupation, et passaient leur temps dans les bouges et les cafés à déblatérer sur les "transfuges" et les "corrompus". »[1]

Les amis de Marx n'y voyaient qu'"enfantillage". Mais, pour Marx ces accusations sont insoutenables. Ayant vu sa plainte pour diffamation rejetée par la justice, Marx arrête son travail sur Le Capital et passe un an à rédiger Herr Vogt. C'est la seule fois où l'on voit Karl Marx s'efforcer à parler de lui. Selon la méthode du passage de l'abstrait au concret, il démontre, sans le dire, que Karl Vogt est un espion à la solde de Napoléon III.

Cela est confirmé des années plus tard peu après la Commune de Paris de 1871. En effet, il est découvert dans les archives du Second Empire le reçu d'une somme de quarante mille francs-or que Vogt avait touchée en 1859 sur les fonds secrets de Napoléon III[2].

Il faut savoir aussi que Bakounine est très proche la famille Vogt depuis 1848. L'affaire Vogt a probablement amené Marx à se méfier de l'anarchiste et de son groupe au seins de l'Association Internationale des Travailleurs (1864-1872).

Extrait de La vie d'un homme par William Vogt[modifier]

Voici comment William Vogt retranscrit la calomnie de Carl Vogt dans la biographie La vie d'un homme qu'il a écrit sur son père :

"Qu'entendait-on exactement sous le nom de Schfeldbane ? A l'aube de la révolution de 1848, un journal se disant républicain très avancé la Rheinische Zeitung paraissant à Mayence, publia des articles incendiaires qui consternèrent les bons bourgeois. Son mot d'ordre était : dictature du prolétariat, et ça se résumait en ceci : le monde, tant dans l'ordre politique que social, étant fait d'injustice, il fallait le renverser faire table rase par tous les moyens et mettre à la place de ce qui doit être détruit la volonté du peuple. On voit d'ici combien cette doctrine du tout ou rien, cette perspective de ruines souillées par la flamme et le sang, attirait d'adepte à la cause libérale. Cependant les rédacteurs de cette feuilles, malgré leur inconsciente et brutale frénésie des provocations inutiles, ne s'engagèrent pas immédiatement, quoique la plume leur démangeât, dans une polémique avec les membres de la gauche radicale... Pour le moment, ils s'en tirent donc au sous-entendus, trop heureux qu'on le poussât pas trop loin par des questions gênantes. Evidemment, quelque chose demandait à être éclairci: La Rheinische Zeitung, ne manquant pas de capitaux, se rencontrait partout, était envoyé gratis dans toutes les directions, et agents de polices et réactionnaires brillaient au premiers rang de ses propagateurs; cela seul devait suffire à donner l'éveil."

"Plus tard, on constatera aussi que toutes les fois que les Blind, les Liebknecht et d'autres jeunes énergumènes provoquent du scandale, entreprennent des coups de mains hasardeux, la police qui survient, pleine d'attention pour les prometteurs, les laisses s'évader, tandis qu'elle enferme brutalement les quelques braves ouvriers qui les avaient suivis. Le coup de filet de Morat, en 1850, qui est un des plus curieux épisodes de la vie politique de Liebknecht, est un belle exemple des faveurs exceptionnelles et de l'impunité bien étrange, à la vérité, dont jouissait alors ces incorrigibles communistes qui grouillaient à Londre autour de K. Marx."

"Après la débâcle, en 1849, la "bande soufrée" ne se rendit pas à l'évidence; elle feignit de ne pas trouver dans la masse des exilés et des bannis cette aspirations au calme réparateur, à une existence de repos et de travail dont avait parlé Vogt dans sa brochure de Berne; au contraire, elle continua son oeuvre négative en excitant les républicains allemands les un contres les autres et en semant la zizanie parmi les chefs et les troupes. Dés que paraissaient l'un de ces "épurateurs" au teint jaune, à l'haleine empestée et à l'oeil injecté, dans un groupe d'émigré qui jusque-là avaient vécu et travaillé en parfaite harmonie, le poison de la discorde s'insinuait dans les rangs de la compagnie. Par des correspondances, de vagues propos, des assertions à doubles ententes, les travailleurs étaient chauffés à blanc jusqu'à ce qu'une rixe sanglante, un duel mortel ou l'expulsion générale du territoire eussent couronné de succès la sale besogne du personnage, qui restait prudemment dans la coulisse quand las choses commençaient à se gâter."

"Un autre moyen d'arriver à ses fins, en jetant le trouble dans les esprits par la terreur, consistait à s'opposer aux efforts individuels tentés par les affamés dans le but d'assurer leur existences et celle de leur famille. Quiconque se permettait de se retourner, d'accepter une place, de chercher une situation, de quémander de la besogne, de solliciter quelque emploi ou de s'établir, était immédiatement et sans autre, avec grossissements d'épithètes, déclaré traître à la Révolution qui avait besoin de tous ces défenseurs; car à en croire ces phraseurs, l'Allemagne allaient s'insurger d'un moment à l'autre... C'est avec de semblable billevesées, qu'elle savait mensongères, que la "bande soufrée" forma une troupe de fainéants, "fortes en gueule", qui, sacrifiant sans cesse sur l'autel de la patrie, repoussaient, avec un dégoût patriotique, toute occupation, et passaient leur temps dans les bouges et les cafés à déblatérer sur les "transfuges" et les "corrompus"."

"En examinant de près les choses, tous ces vertueux piliers de la démocratie aux redondances déclamatoires, appliquaient leur intelligence à dépouiller les gogos se laissant abuser avec une aveugle persistance, et vivre aux dépens des caisses de secours des travailleurs. On jouait de la crédulité de l'ouvrier en le flattant de la façon la plus grotesque, avec des cajoleries de dupeur et des extases de croyants; aussi advint-il que plus d'un niais se crût, à la suite de ces platitudes, le Messie désigné, le grand génie qui devait apporter à l'humanité son salut avec la fameuse Dictature du prolétariat. Il est compréhensible qu'avec des instruments pareils entre mains, la camarilla de Londres pouvait tout oser; et, osant tout, elle alla jusqu'au chantage, ce dernier piment de toute campagne déshonnête. Pas une, mais des centaines de lettres pénétrèrent dans les familles en Allemagne, lettres menaçant de dévoiler aux autorités la participation du père, du frère ou d'un parent à tel ou tel acte politique compromettant. On donnait sa parole d'honneur de se taire contre une somme d'argent, désignée, livrable à telle adress à Londre, dans un espace de temps plus ou moins courts."

"Paraît dans la brochure Studen etc... Enfin, on le tenait, ce railleur, ce dangereux ennemi qui n'avait jamais caché son dédain pour certains meneurs et n'éprouvait aucun effroi en leur présence. Pensez donc ! Karl Vogt, commenal de Plonplon, engageait ses amis à intervenir en faveur de la neutralité de la Confédération germanique; ergo, Kalr Vogt était vendu à Napoléon III, etc. !"

Thèmes récurrents de l'anticommunisme[modifier]

Ce n'est donc pas seulement une affaire d'accusation d'espionnage et d'exploitation envers et contre Marx. Ce n'est pas non plus un simple pamphlet contre Napoléon III. Les propos de Karl Vogt (ici rapporté par son fils) rentre dans un processus de la calomnie dont Marx met en avant les phénomènes.

Et effet, ces propos diffalatoires de Vogt ressemblent fort étrangement à ceux que l'on trouve dans l'historiographie médiatique sur les pays communistes post-féodaux et le communisme en général.

On les retrouve chez les grands spécialistes officiels de l'histoire de l'URSS comme chez l'espion anglais (Robert Conquest), les descendants de tsaristes (Nicolas Werth), les ex-staliniens ou ex-maoïstes (Stéphane Courtois) et les membres de l'Institut "fasciste" Hoover (François Furet) et autres personnalités d'autorité et médiatiques sur la question. En partant de faits réels, ils amènent, le lecteur, a avancé des thèses comme celles de Herr Vogt.

Comme le fait remarquer Hegel dans son article Qui pense abstrait ? la pensée abstraite va au peuple. Ainsi, par l'autorité du concret, le peuple construit une vision abstraite. Cependant, cette vision est prédéfinie par les phénomènes hégémoniques du moment. Or, ils sont générés par la sphère du pouvoir et de l'administration immédiate. C'est le principe même de l'idéologie selon Karl Marx. Marx répond à l'idéologie, aux spéculations et aux calomnies par la pensée et la méthodologie scientifique (matérialisme, objectivité, immanence).

Voilà comment Karl Vogt, le matérialiste maladroit, n'est plus matérialiste, ni scientifique en politique et dans le domaine de la sociologie. Et, voilà comment aujourd'hui le domaine de l'histoire n'est pas encore une science (matérialisme, objectivité, immanence).

Louis XV a également été de la même manière accusé d'affamer sciemment la population française lors de La libéralisation du commerce des grains sous l'Ancien Régime. La calomnie a perduré jusqu'a la révolution française.

Liens externes[modifier]

Références[modifier]

  1. in Herr Vogt, Notice par J. Molitor, p XIII à XVI - extrait de William Vogt, La vie d'un homme,
  2. Encyclopaedia universalis : Volume 20, 1975