Double pouvoir en Espagne républicaine

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Cette page a pour but de décrire l'atmosphère révolutionnaire qui régnait en Espagne vers 1936, surtout dans certains régions, et par là d'illustrer les initiatives qu'est capable de prendre le prolétariat dans certaines circonstances.

Ce n'est pas une page sur la révolution espagnoleen général.

Extrait de "La révolution et la guerre en Espagne"[modifier]

Pierre Broué et Emile Témine : La révolution et la guerre en Espagne
Extrait du chapitre V : Double pouvoir en Espagne républicaine (pages 104-105) :

Barcelone est le symbole de cette situation révolutionnaire. Pour l'excellent observateur qu'est Franz Borkenau, elle est le « bastion de l'Espagne soviétique » — au sens primitif du terme —, de l'Espagne des conseils et des comités ouvriers. Elle offre en effet, non seulement l'aspect d'une ville peuplée exclusivement d'ouvriers, mais encore celui d'une ville où les ouvriers ont le pouvoir : on les voit partout, dans les rues, devant les immeubles, sur les Ramblas, fusil en bandoulière, pistolet à la ceinture, en vêtements de travail (1). Plus de bicornes de gardes civils, très peu d'uniformes, pas de bourgeois ni de senoritos : la Généralité a, dit-on, « déconseillé » le port du chapeau. Plus de boîtes de nuit, ni de restaurants, ni d'hôtels de luxe : saisis par les organisations ouvrières, ils servent de réfectoires populaires. Les habituels mendiants ont disparu, pris en charge par les organismes syndicaux d'assistance. Les autos arborent toutes fanions, insignes ou initiales d'organisations ouvrières. Partout, sur les immeubles, les cafés, les boutiques, les usines, les trams ou les camions, des affiches indiquant que l'entreprise a été « collectivisée par le peuple » ou qu'elle « appartient à la C. N. T. ». Partis et syndicats se sont installés dans de grands immeubles modernes, hôtels ou sièges d'organisations de droite. Chaque organisation a son quotidien et son émetteur-radio. Sauf la cathédrale, fermée, toutes les églises ont brûlé. La guerre civile continue et toutes les nuits de nouvelles victimes tombent. (…)

Madrid, quelques jours après, offre au voyageur venu de France un spectacle différent. Ici aussi, certes, les syndicats et partis sont installés dans de beaux bâtiments, ont organisé leurs propres milices, mais les ouvriers armés sont rares dans les rues, presque tous dans le nouvel uniforme, le « mono », la combinaison de travail bleue. Les anciens uniformes n'ont pas disparu ; dès le 27 juillet, la police régulière a repris dans les rues un service normal. Toutes les églises sont fermées, mais elles sont loin d'avoir été toutes incendiées. Il y a moins de Comités, peu de traces d'expropriation. Les mendiants habituels tendent la main au coin des rues. Restaurants chics et boîtes de nuit fonctionnent comme «avant». La guerre, toute proche ici, a arrêté le cours de la révolution.
Entre ces deux extrêmes, l'Espagne républicaine offre toute une gamme de nuances, d'une ville à l'autre, d'une province à l'autre.

(1) Tous les observateurs ont été frappés de l’attachement des ouvriers, hommes et femmes, à leurs armes. Delaprée (op. cit. p.21) nous montre une femme revenant du marché, son enfant, son cabas et son fusil dans les bras. Koltsov (op. cit. p. 17) dit qu'on ne pose son arme ni au restaurant, ni dans les salles de spectacles, malgré les écriteaux qui conseillent de les déposer au vestiaire. Il commente le 8 août : " Les travailleurs se sont emparés des armes, ils ne les laisseront pas si facilement que cela ".