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MaréeNoireDeepwaterHorizon.jpg
Une marée noire est un vaste écoulement de pétrole sur la mer et le littoral, suite à un accident ou déversement volontaire.

C'est le sommet de l'iceberg d'un ensemble de pollutions aux hydrocarbures, les déballastages ("dégazage").

Aspects concrets et conséquences

Lorsqu'une grande quantité d'hydrocarbures (pétrole brut ou autres produits pétroliers lourds) est déversée à la mer, il se forme une nappe flottante qui se déplace sous l'effet des marées et du vent, et finit généralement par atteindre les côtés les plus proches.

Les plus grandes catastrophes surviennent lorsque des navires pétroliers coulent, mais il arrive bien plus souvent que des navires déversent intentionnellement du pétrole à la mer ("dégazage").

Par ailleurs, les navires ne sont responsables que d'une minorité des déversements (10% dans les années 2000).

Le reste de ces hydrocarbures que l'on retrouve en mer, a trois origines différentes :

  • la pollution tellurique (industrielle et domestique) qui représente environ 70 % ;
  • la pollution des activités d'extraction du pétrole off-shore qui représente environ 10 % ;
  • la « pollution » naturelle — c'est-à-dire celle provenant de certaines fissures dans les fonds marins, sortes de sources sous-marines d'hydrocarbures —, qui représente également environ 10 % des apports annuels d'hydrocarbures dans les mers et les océans

Entre autres conséquences graves de la pollution de l'eau par les marées noires :

  • asphyxie du milieu, destruction des fonds marins et de l'habitat de nombreux animaux.
  • destruction de la faune et la flore des zones côtières terrestres touchées
  • certains animaux vont absorber des composants du pétrole, contaminant la chaîne alimentaire
  • perturbation directe de certains animaux (perte de système immunitaire, de fertilité, résorption osseuse, troubles de la mobilité cellulaire, apoptose...)
  • Contamination des produits de la pêche qui deviennent impropres à la consommation
  • Produits dangereux par inhalation et par contact avec la peau
  • Le nettoyage des rivages est très coûteux

Responsabilité capitaliste

La première cause des marées noires est la négligeance totale de l'entretien des navires : ce sont deux vieux tankers rouillés à simple coque. De plus, la pression de la rentabilité maximale court-circuite les impératifs de sécurité et les bonnes conditions de travail des marins, souvent embauchés en sous-effectif, sous-payés et épuisés par des temps de veille rallongés. La recherche systématique de la route la plus courte malgré les dangers, la pression mise par les affréteurs pour respecter coûte que coûte des délais de livraison réduits au minimum, pour ne pas perdre leur tour au déchargement dans les grands ports, poussent les capitaines des navires à prendre des risques et à naviguer y compris par forte tempête.

Les armateurs sont encouragés dans l'impunité par le système des pavillons de complaisance qui permet à un armateur de ne respecter aucune des lois internationales en vigueur. En bref, c'est la logique du capitalisme qui est en cause.

Par ailleurs, les Etats bourgeois procèdent à une vraie socialisation des coûts engendrés par les dégâts. Les contribuables français ont payé plus de 153 millions d’euros pour le naufrage de l’Erika, et le coût total de cette catastrophe est de l’ordre d’un milliard d’euros. Mais Total, le quatrième trust mondial du pétrole et l’affréteur de ce bateau-poubelle, n’a payé que le pompage des soutes. Lui-même a été entièrement remboursé du montant de la cargaison, en quelques mois, par son assureur. Et ce n’est pas l’exception, c’est la règle.

Exemples

Au début des années 1970, on évaluait à près de 3,8 millions de tonnes la quantité d'hydrocarbures de toutes sortes répandue annuellement dans les océans et les mers. La part des navires dans ces déversements d'hydrocarbures était alors estimée à près de 1,4 million de tonnes, soit 37 % de ce total.

Il y a certes des progrès en sécurité. Mais il y a tellement plus de navires (de 1970 à 2000 le tonnage des marchandises transportées par voie maritime a doublé) que la quantité déversée chaque année en mer baisse à peine : 3 millions de tonnes dans les années 2000.

  • la plus importante fut celle de la tête du puits sous-marin d'Ixtoc I, dans le golfe du Mexique où 600 000 tonnes de pétrole brut se sont déversées dans l'océan entre juin 1979 et mars 1980
  • Le sabotage du Terminal pétrolier Koweïtien Mina al Ahmadi par l'Irak durant la guerre de 1991 et l'incendie de 732 puits de pétrole, environ 20 millions de tonnes de pétrole furent déversé dans le sol et en mer.
  • 1967, le Torrey Canyon (c'est à cette occasion qu'un journaliste du Télégramme de Brest invente l'expression de marée noire)
  • 1978, l'Amoco Cadiz (230 000 tonnes);
  • 1989, l'Exxon Valdez,
  • 1999, l'Erika,
  • 2002 le Prestige

Le 20 avril 2010, dans les eaux du golfe du Mexique, une explosion accidentelle (tuant 11 ouvriers) a détruit la plate-forme de forage Deep Water Horizon. La marée noire qui s’en est suivie est d’une énorme importance. Jusqu’au 3 juin, date à laquelle la compagnie pétrolière British Petroleum (BP) a réussi à stopper partiellement la fuite de pétrole brut, 20 000 à 40 000 barils par jour se sont répandus en mer[1]. Il s’agit de la pire catastrophe écologique de l’histoire des États-Unis. Barack Obama fait alors mine de demander des comptes à BP, mais ce n'est que du théâtre. Et pour cause : BP est un des mécènes d'Obama...[2] BP a continué à verser des dividendes à ses actionnaires comme si de rien n'était, et n'aura à payer que des indemnités dérisoires par rapport à ses profits.

Golfe du Niger

Et pourtant on peut relever l'énorme différence de réaction médiatique avec la catastrophe bien plus limitée de la plate-forme de BP dans le golfe du Mexique en 2010 :

« Avec 606 champs pétrolifères, le delta du Niger fournit 40 % du total des importations américaines de brut. C’est la capitale mondiale de la pollution pétrolière. L’espérance de vie dans ses communautés rurales, dont la moitié n’a pas accès à l’eau potable, est tombée à 40 ans à peine depuis deux générations. La population locale maudit le pétrole qui pollue ses terres et trouve incroyables les efforts déployés par BP et les autorités américaines pour colmater la brèche dans le golfe du Mexique et protéger le littoral de la Louisiane contre la pollution. Si la même mésaventure était survenue au Nigeria, ni le gouvernement ni le pétrolier ne s’en seraient beaucoup préoccupés, explique l’écrivain Ben Ikari. Cela a lieu en permanence dans le delta ! »[3]

Certes les mutinationales versent des "réparations financières", avec des montants ridicules qui sont une façon de s'acheter le droit à la bonne conscience. Ainsi les fonds prévus par l’accord Opol, ratifié en 1974, s’élèveraient actuellement à 120 millions de dollars – une goutte d’eau par rapport aux profits des compagnies – alors que les dégâts des catastrophes se chiffrent rapidement en milliards. Et quand bien même ces montants seraient augmentés, ils ne rachèteraient jamais les vies brisées et les ravages écologiques causés.

Notes et sources

Marée noire du golfe du Mexique et réflexions sur l’industrie pétrolière, Tendance CLAIRE du NPA, 2010

  1. Selon les estimations parues dans la presse. Le chiffre de 5 000 barils par jour avancé par BP a été qualifié de mensonge (Le Monde, 12 juin 2010).
  2. David Brooks, Celui qui est accusé du désastre dans le Golfe du Mexique British Petroleum a parrainé Obama par David Brooks , 12 juin 2010
  3. The Guardian du 6 juin 2010