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L’État est une structure sociale, politique et juridique qui organise la société. Il est la forme politique élaborée qui sert de pérennisation au pouvoir de la classe dominante. La forme de l'État est donc déterminée par les conditions historiques et la lutte des classes.

Caractéristiques principales de l'État

Tous les États partagent les caractéristiques suivantes :

  • une armée distincte de la masse des citoyens armés ;
  • des juges distincts de la masse des citoyens jugeant leur semblables ;
  • des chefs héréditaires, des rois, etc. ;
  • des administrateurs : mandarins, scribes, bureaucrates, etc. ;
  • des producteurs d’idéologie : prêtres, enseignants, philosophes, etc.

Toutefois, toutes ces caractéristiques ne se valent pas entre États, et peuvent varier fortement : il est évident que le pouvoir militaire est quasi-inexistant au Vatican, quand bien même ce dernier est formellement reconnu comme État...

Communisme primitif

Les sociétés humaines ont vécu et se sont développées sans avoir constitué une administration spéciale, un corps de fonctionnaires chargé des « affaires publiques ». Dans ces sociétés sans classes ni État que l'on peut appeler "communisme primitif" (qu’il ne faut pas idéaliser, à cause de la pauvreté, de l’ignorance, des peurs, des croyances, et de la domination des aînés, des hommes sur les femmes, etc.), chacun portait des armes, participait aux assemblées qui prenaient des décisions concernant la vie collective et les rapports de la communauté avec le monde extérieur, réglaient les conflits personnels.

Article détaillé : Communisme primitif.

Origine de l’État

Découvertes techniques et surproduit social

L’agriculture, l’élevage et le développement de l’artisanat, rendus possibles par la maîtrise de la technique et de la nature par l'homme, ont modifié profonde son organisation sociale. En accroissant les forces productives, un surproduit social est apparu en même temps que la division du travail. Cela a conduit à des différentiations en classes sociales distinctes et notamment à une classe dominante qui s’approprie alors une part de ces richesses produites.

Domination et légitimation

L’État naît avec la société de classes, il est nécessaire en tant que force de la classe dominante pour maintenir l'organisation contradictoire de la société et la domination. C'est pourquoi « en dernière instance, l’État est une bande d’hommes armés » (Engels). Des fonctions qui étaient exécutées par l’ensemble des membres de la collectivité passent dans les mains d’un groupe d’hommes séparé (des fonctionnaires, une armée...). En même temps que la force, des idéologies dominantes naissent pour légitimer l'ordre existant. (les religions deviennent un enjeu d'État, etc...)

Autres interprétations

Plusieurs autres interprétations de l'origine de l'État existent :

  • certains, et c'est notamment la vision "courante", ne voient pas qu'il y a un saut qualitatif entre les premiers chefs de tribus et les chefs des sociétés de classe. Dans cette vision, l'État est présent de tout temps, et serait expliqué pêle-mêle par la violence universelle de la nature humaine, la nécessité d'avoir des dirigeants, ou encore par des inégalités naturelles entre hommes ;
  • parmi ceux qui raisonnent en terme de classes, certains pensent que celles-ci sont d'abord venues de conquêtes et d'asservissement de peuples par d'autres peuples. Cette vision ne repose donc pas sur une base socio-économique (la division du travail), et considère que les classes ont été créées par des actes politiques. C'est ce qu'on notamment défendu Eugen Dühring, Ludwig Gumplowicz ou Franz Oppenheimer.[1]

Fonctions socialement utiles

L'État a endossé des fonctions qui sont socialement utiles, et qui se retrouvent entremêlées avec les fonctions de domination de classe.

« [le but de l'État] doit être défini par les intérêts des classes dirigeantes et seulement par ces intérêts. Cette situation n'est en rien contredite par le fait que l'État remplit, et a rempli, une variété de fonctions socialement utiles. » [1]

En fait, la présence de ces fonctions socialement utiles est une condition nécessaire pour l'existence et la stabilité d'un État. Par exemple, les institutions de police et de justice, si elles sont fondamentalement inégalitaires, peuvent rendre des actes "justes", notamment dans des conflits qui opposent des personnes de même classe. La condamnation de la violence ou du vol entre personnes de même rang est reconnue légitime par l'ensemble de la société.

Les classes dirigeantes ont également utilisé l'État pour impulser de nombreuses activités qui peuvent paraître généreuses, mais qui sont en réalité dans leur intérêt :

  • éducation : afin de bénéficier d'administrateurs ou cadres formés, puis de plus en plus pour les besoins en travailleurs qualifiés ;
  • infrastructures : afin de faciliter les communications de l'État, les transports commerciaux ou militaires ;
  • droit du travail : afin d'éviter une surexploitation affaiblissant trop les potentiels soldats (c'est notamment ce qui a été la motivation première des premières lois sociales en Angleterre[2]).

Depuis l'origine, l'idéologie dominante présente l'État comme garant de l'intérêt général. Le code de Hammurabi, en 1750 av. JC en Mésopotamie, annonçait que le but de l'Etat était « d'établir la loi dans le pays, d'éliminer la méchanceté et le mal, afin que le fort ne fasse plus de tort au faible ». L'idéal de l'État basé sur le "contrat social" (Rousseau) ne fait que reprendre cette idée.

L'État peut aussi endosser des fonctions qui ne sont pas utiles à la classe dominante sous la pression de la lutte de classe. Par exemple, une grande partie des acquis sociaux (congés payés, sécurité sociale, retraite...) ont été arrachés par de grandes luttes des travailleurs, et les capitalistes cherchent en permanence à réduire cette composante.

Evolutions historiques

Des classes différentes commencent à apparaître, avec un appauvrissement marqué pour les couches inférieures, très évident dans les sociétés où l’essentiel de la production est assuré par des esclaves, comme en Egypte, en Grèce ou à Rome. Dans la société actuelle, c'est ce que l'on appelle l’État bourgeois qui est le garant du capitalisme.

Marx reconnaissait toutefois que l'État est une structure qui connaît, même au sein d'un mode de production donné, une grande variété de formes.

« La "société existante", c’est la société capitaliste qui existe dans tous les pays civilisés, plus ou moins libérée des vestiges du moyen âge, plus ou moins modifiée par le développement historique particulier à chaque pays. En revanche, l’État "existant" change avec la frontière de chaque pays. Dans l’empire Prusso-Allemand il est autre qu’en Suisse, en Angleterre ou aux États-Unis. L"État existant" c’est donc une fiction. »[3]

Boukharine considérait en 1915 que la centralisation du capital tendait vers des trusts nationaux en concurrence entre eux (impérialisme), ce qu'il appelait le capitalisme d'État. Cette thèse a fortement inspiré Lénine. Boukharine avançait également que l'État devenant un patron direct, la fiction d'un État neutre, au dessus des classes, disparaîtrait.[4]

L'État impérialiste

L'État est non seulement le garant de l'exploitation au sein du peuple qu'il organise, mais il est aussi souvent le garant du pillage d'autres peuples. C'est ce que l'on appelle l'impérialisme, au sens large.

Perspective marxiste

État ouvrier

Pour Marx, l'épisode du Printemps des Peuples et plus encore celui de la Commune de Paris lui prouvèrent la nécessité de détruire la machinerie d'État bourgeoise et de la remplacer par une véritable démocratie ouvrière. Il était contre cependant les visions anarchistes, qu'il jugeait métaphysiques, et étapistes, qui privilégiaient la collaboration de classes à l'action révolutionnaire. Plus tard, la nécessité de construire un tel État sera réaffirmée par Lénine et les bolchéviks au cours de la Révolution de 1917.

Article détaillé : Etat ouvrier.

Fin de l'État

De nombreux militants révolutionnaires inscrivent aujourd'hui leur lutte dans la perspective de la fin de l'État, entrevoyant une société libérée de toute domination et en particulier de la violence étatique. Mais les descriptions des chemins à suivre pour parvenir à cette fin de l'État sont différentes, entre par exemple les anarchistes qui revendiquent l'abolition de l'État, de façon un peu métaphysique, et les marxistes qui parlent plutôt d'extinction de l'État dans la phase supérieure du communisme.

Article détaillé : Extinction de l'Etat.

Voir aussi

Notes et sources

Lénine, De l'État, conférence faite le 11 juillet 1919 à l'université Sverdlov

  1. 1,0 et 1,1 N. Boukharine, Contribution à une théorie de l'Etat impérialiste, 1916
  2. Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuses en Angleterre, 1845
  3. Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875
  4. Boukharine, Imperialism and World Economy', 1915'